Greenpeace Smile : la Twingo écolo

Publié le vendredi 25 octobre 2019.
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Dans les années 90, l’électricité n’était pas encore glamour. Renault et sa Clio ou PSA avec ses AX, Saxo et 106 électriques faisaient surtout acte de présence, expérimentant sans conviction l’avenir branché. En ces années-là, la voiture plaisir restait à la mode, qu’elle soit petite, grosse, sportive. Du fun du fun du fun. Certes, la dernière crise pétrolière, celle de 1979, avait un temps obligé les constructeurs à étudier des véhicules moins gourmands, Renault Vesta II ou Peugeot Vera et Vera Style, mais l’inquiétude était retombée. Pas chez Greenpeace en tout cas qui, en 1994, lançait de façon rocambolesque son projet d’automobile basse consommation (et donc basses émissions), la Smile…

La Vesta II, fruit des recherches de Renault pour consommer moins

A la poursuite des 3 litres aux 100

Au début des années 80, l’Etat, par le biais de l’Agence pour l’Economie d’Energie, signe une convention avec les constructeurs français Renault et PSA (à l’époque Peugeot, Citroën et Talbot), mettant au défi la filière automobile de concevoir une automobile capable de consommer moins de 3 litres aux 100. Les deux crises pétrolières des années 70 ont laissé des marques, tandis que le poids du pétrole pèse dans la balance commerciale. Il devient urgent d’agir. Peugeot lancera deux prototypes, Vera en 1981 et la Vera Style en 1985. Chez Renault, on planche sur l’EVE, l’EVE+ puis la Vesta et la Vesta II en 1987. 

Cette dernière, réalisée sous l’égide de Gaston Juchet (créateur de la Renault 16, mais aussi des 15 et 17), ne pèse que 473 kg, grâce à l’utilisation de matériaux en polyester, en fibre de verre ou en composite. Un petit 3 cylindres de 716 cc développant 27 chevaux. Le 23 juin 1987, la Vesta II réalise un Paris-Bordeaux sur autoroute à 100,9 km/h de moyenne en ne consommant que 1,94 litre aux 100. Record mondial.

Greenpeace ne lâche pas l’affaire

Mais en cette fin des années 90, la question de la consommation n’est plus aussi primordiale. Certes, Citroën reste attachée au concept avec une AX qui privilégie le poids aux moteurs puissants, et les petites citadines représentent une bonne part du marché automobile mais l’obsession, désormais, c’est le coût. Lorsque Renault décide de lancer sa petite Twingo, l’important, c’est de séduire, à un prix raisonnable. Pour cela, on a recours à un moteur largement amorti depuis le temps : le Cléon-Fonte.

Chez Greenpeace, on grogne de voir les belles intentions des années 80 bafouées sur l’autel du marché et de la rentabilité. Pourquoi l’association écologique cible-t-elle Renault en particulier ? Nul ne le sait mais elle a le losange et sa Twingo dans le nez et compte bien prouver qu’un autre projet était possible. En février 1993, la Fondation Allemande pour l’Environnement, un prête-nom derrière lequel se cache Greenpeace, ose demander le prêt de la Vesta II auprès de la marque française, au prétexte d’une exposition sur l’environnement et l’écologie. Dans un premier temps, Renault refuse : la Vesta II aurait soi-disant été détruite. Puis, à l’été 93, contre toute attente, elle accepte. Pourquoi ce revirement ? Là encore pas de réponse.

Le rapt de la Vesta II

Ce qui ne devait être qu’un prêt le temps d’une exposition se révèle être un rapt pur et simple, selon Libération : l’association refuse de rendre la Vesta II et l’engage dans un tour d’Europe pour montrer le potentiel gâché des constructeurs automobiles. Mais pas seulement : l’association a un autre but, montrer qu’une autre voie était possible avec la Twingo, et la Vesta II est aussi conservée pour décortiquer les solutions de Renault en matière d’aérodynamisme et d’utilisation des matériaux. Manque de chance, impossible d’étudier les solutions “moteur”, Renault n’ayant prêté qu’une véhicule sans rien sous le capot. 

En janvier 1994, le hasard veut que Greenpeace et Renault se retrouvent quasiment côte à côte lors d’un salon à Munich : le constructeur en profite pour récupérer son bien à la hussarde. Pour l’association écologiste, ce n’est que le début puisqu’elle lance la même année le projet SMILE (Small, Intelligent, Light and Efficient) sur la base d’une Twingo, en appliquant les recettes de la Vesta II. Greenpeace met sur la table 2,5 millions de DM pour son projet. Les sociétés Wenko, Esoro et BRM Design sont mises à contribution et présentent en 1996 la fameuse Smile. 

Les différences d’émissions entre une Twingo et une Smile imagées par une photo

Place à la Smile

Le design perd le côté malicieux de la Twingo mais applique certains principes de la Vesta sans rendre la voiture laide pour autant. Elle pèse 650 kg, soit 200 kg de moins que la Twingo, grâce à l’utilisation de matériaux plus légers (aluminium, plastique) ou des équipements plus légers car plus petits (batterie, radiateur et bien entendu moteur). Sous le capot, on trouve un bicylindre à plat de 358 cc 8 soupapes (4 par cylindre) dopé par un turbo et développant autant de chevaux que le Cléon-Fonte, soit 55 chevaux. La consommation descend à 3,5 litres aux 100 : c’est plus que la Vesta II, mais deux fois moins que la Twingo. Malgré ces qualités, elle s’avère 15 % plus chère à produire que la petite française, et c’est là qu’est le hic !

La Smile restera sans suite, finissant sa carrière dans un musée. Pour Greenpeace, c’était une façon de faire bouger les choses et d’une certaine manière, elle a réussi son pari puisque depuis tous les constructeurs ont investi dans la réduction de la consommation de leurs moteurs qui réussissent l’exploit désormais de consommer moins malgré l’augmentation sans précédent du poids des voitures. Le nouveau cheval de bataille aujourd’hui, c’est le passage à l’électricité : un passage obligé par les législations entraînant des investissements sans précédent. Il est loin le temps de la Smile pour éveiller les consciences.

4 commentaires

Otto

Le 25/10/2019 à 14:48

Des véhicules récents qui consomment moins et polluent moins. Polluent moins ? Où inventent de nouvelles pollutions, en passant avec brio le tests focalisés sur les anciennes formes de pollution ?

Non pas qu’il ne faille pas saluer le progrès et l’évolution. Mais c’est quand même important de ne jamais oublier que l’enfer est pavé de nouvelles intentions et que l’homme à fort tendance à se trouver plus malin que ses prédécesseurs en faisant de nouvelles erreurs, parfois pires que celles des anciens ainsi évitées.

Franck

Le 25/10/2019 à 16:29

Bien d’accord avec Otto, le NOx est arrive par le downsizing.

Estrade

Le 26/10/2019 à 14:33

Bonjour,

Ce véhicule est visible au Musée des Transports de Munich – (Deustches Museum Verkehrszentrum).

très riche par ailleurs.

Jo

Le 27/10/2019 à 07:55

Le rapport poids/puissance a bien des vertues.
Pa exemple avec ma pauvre Mazda 2 1.4 hdi 68cv de 2003 je fais facilement du 3.5l/100km.
Un léger allègement et une légère mise au point me permettent davoir une consommation dérisoire.
Et je vis en Corse, je gravis tous les jours des cols de montagne…

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