Hino Renault 4CV : les tribulations d’une française au Japon

Publié le mardi 7 avril 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Les marques françaises ont toujours été marginales au Japon, vendant quelques milliers d’exemplaires par an. Du moins, c’est l’image qu’on en a aujourd’hui. Pourtant, dans les années 50, l’industrie automobile japonaise n’était pas aussi puissante qu’aujourd’hui, loin de là, et elle dut s’associer à des constructeurs occidentaux pour redémarrer après-guerre, et surtout pour apprendre (rapidement) l’ingénierie automobile et son industrialisation. C’est ainsi que, par une heureuse convergence d’intérêts la petite 4CV de chez Renault se retrouva produite au Pays du Soleil Levant !

Hino 4CV 03

A la fin de la seconde guerre mondiale, le Japon est terrassé après avoir subi deux attaques nucléaires, et son industrie est exsangue. Privé d’armée et d’ambitions diplomatiques, l’archipel va alors se consacrer au développement de son économie et à sa reconstruction. C’est l’industrie qui aura les faveurs du gouvernement Japonais, et notamment le fameux MITI. Aussi encourage-t-il fortement les alliances avec des constructeurs occidentaux pour motoriser le pays, mais aussi exporter. Cette stratégie mènera Toyota, 65 ans plus tard, en pole position des constructeurs mondiaux. Pourtant, en ce début des années 50, l’heure est à l’apprentissage.

Hino 4CV 01

De son côté, la France (qui elle aussi se reconstruit) encourage fortement ses constructeurs nationaux à exporter. Renault, qui mise beaucoup sur sa petite 4CV populaire, l’exporte déjà aux USA (par l’intermédiaire de l’importateur Green à New York) et sporadiquement au Japon. Seuls quelques exemplaires se vendent sur l’archipel à cause de taxes douanières très élevées. Mais la petite française tape dans l’oeil des dirigeants de la firme de poids lourds diesel Hino qui, poussé par le gouvernement, cherche à se lancer dans la production de voitures particulières.

Hino 4CV 04

Les français y voient un moyen de s’imposer sur un marché prometteur sans le handicap de lourdes taxes, tandis que les japonais, eux, mènent à marche forcée leur industrialisation. Le MITI impose en effet à Hino des minima de production : 2000 exemplaire la première année, 2600 la seconde, 3400 la troisième. Dans les accords signés par Hino, Renault et le MITI, il est aussi prévu de passer de 25 % de pièces japonaises à 75 % au bout de 12 000 voitures produites. La production de la 4CV commence en 1953 sous le nom de Hino Renault 4CV. La voiture est parfaitement adaptée aux besoins des japonais, et notamment les taxis qui en seront friands : robuste, économique, fiable et simple, elle peut transporter 4 personnes sur un réseau routier en piteux état.

Hino 4CV 05

La première année de production, toutes les pièces sont importées en kit (CKD) directement de France, mais conformément aux accords, les 4CV vont recevoir de plus en plus de pièces d’origine japonaise, pour aboutir à une voiture 100 % japonaise dès 1957. Entre temps, Hino apportera de nombreuses modifications, notamment le renforcement des trains roulants, à tel point que la 4CV japonaise est de bien meilleure qualité que sa sœur française. A cette époque, le torchon brûle entre français et japonais. Hino veut son indépendance, et arrêter de payer sa licence à Renault, qui finira par céder en contrepartie de la mise en fabrication de la Dauphine. Cette partie du contrat ne sera jamais respectée. Hino cesse de payer Renault dès 1957 tout en poursuivant la production de la 4CV !

Hino 4CV 02

Si la 4CV française cessera d’être produite en 1961, elle continuera sa carrière japonaise jusqu’en 1963. Une autre voiture japonaise lui devra beaucoup : la Hino Contessa, lancée en 1961. Si l’allure générale de cette voiture est originale, elle reprend soubassement et mécanique de la petite française. Elle sera produite jusqu’en 1967 seulement. Car bien mal acquis ne profite jamais ! Entre temps, Toyota a racheté Hino et décide de stopper la production d’automobiles particulières sous cette marque pour se consacrer à nouveau aux poids lourds.

Hino Contessa 900, sur base 4CV !
Hino Contessa 900, sur base 4CV !

En dix ans, Hino aura produit 34 853 exemplaires d’une 4CV nippone d’excellente facture et d’une qualité irréprochable. Si vous êtes amateurs d’exotismes, de modèles rares et de chasse au trésor, alors mettez-vous en quête d’une Hino 4CV histoire d’épater la galerie au prochain rassemblement, même s’il ne doit pas en rester beaucoup encore en circulation. Un beau challenge en perspective !

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4 commentaires

François-Xavier

Le 18/08/2015 à 13:03

Avec un pare-chocs allongé lié aux normes Japonaises… Des voitures en dessous d’une certaine dimension étaient soumises à une limitation de vitesse

David P. Alias HéliosÉole

Le 26/08/2015 à 12:15

Intéressante anecdote, les pare-chocs allongés.
Stratagème qui fut réutilisé plusieurs décennies plus tard par Peugeot et Škoda pour leurs 206 GT et Fabia RS afin qu’elle puisse servir de base à des versions « WRC » (World Rally Car), catégorie reine des rallyes mondiaux dont le règlement imposait une longueur minimale de quatre mètres.

Sebastien

Le 16/11/2016 à 13:37

Voilà qui explique donc l’aspect mandibuleux de ces 206 que je ne comprenais pas!
Sinon au sujet du Japon, a l’occasion de la Nième rediffusion du film Wasabi avec Jean Reno, j’ai redécouvert la DS de Michel Muller qui elle aussi semblait avoir qq spécificités locales (calandre): un sujet de plus en perspective pour boîtier rouge que ces citroens du soleil levant!

philippe

Le 22/01/2017 à 19:17

N’ayant découvert BR qu’avec retard je dévore avec retard …
Cet article ne m’apprend certes rien mais par contre je vous invite à lire un mémoire découvert sur le net à propos de mon voisin Aimé Jardon maintenant très agé que vous pouvez solliciter à l’occasion et pas seulement à propos de la 4CV Hino d’ailleurs.
http://loic.lemauff.free.fr/memoire.pdf
A noter que Mr Jardon est considéré par des chercheurs allemands comme l’un des meilleurs spécialistes du Japon d’après guerre, il a pris des kilomètres de film super8 sur le pays en reconstruction.
Lorsque Renault a racheté 44% de Nissan il avait prédit que les Japonais finiraient par prendre le dessus…

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