Iso Rivolta Lele : ligne ritale et big blocks yankees

Mercredi 2 novembre 2016
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Dans la vie, il n’y a pas que les GTI et autres bombinettes des années 80 : il y a aussi les gros coupés produits dans les années 70 en petite série, en Angleterre (Bristol, lire aussi : Bristol Blenheim), en Allemagne (lire aussi : Bitter CD) mais aussi en Italie avec l’Iso Rivolta Lele dont je vais vous parler aujourd’hui.

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Iso Rivolta est l’une des nombreuses officines italiennes produisant des voitures de luxe, de sport, ou les deux, en marge de la grande série. Certaines passeront à la postérité plus que d’autres, comme Maserati, ou Ferrari. D’autres, resteront dans l’ombre, voire carrément à quai comme la firme Iso Rivolta qui fermera ses portes en 1974 après avoir eu les yeux plus gros que le ventre…

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En 1969, la gamme Iso comprend le coupé Grifo qui fit sa réputation – un gros coupé deux places lancé en 1963, motorisé par des « big blocks » Chevrolet puis Ford, et dessiné par Giugiaro chez Bertone – mais aussi la grande berline S4/Fidia partageant les mêmes moteurs, dessinée par Giugiaro chez Ghia et qui fit les délices de John Lennon, lancée pour sa part en 1967 (lire aussi : Iso Rivolta Fidia). Entre les deux, il manque un chaînon qu’Iso comblera en lançant la Lele, une 2+2 lancée en 1969.

L'intérieur de la Lele est luxueux... 55 exemplaires seront des RHD
L’intérieur de la Lele est luxueux… 55 exemplaires seront des RHD

Qu’est ce que c’est que ce nom à la « mords moi le noeud » ? Pas besoin de service marketing pour trouver un nom, Lele, c’est tout simplement celui de la femme de Piero Rivolta (le fils du fondateur et alors directeur de l’entreprise). Pas besoin de fleurs pour signifier son amour, un nom de voiture suffit. La Lele sera dessinée par Marcello Gandini (Bertone) qu’on a connu plus inspiré. Mais n’oublions pas : nous sommes presque dans les Seventies, et le futur automobile s’imagine un peu comme ça, à mi chemin entre une européenne et une américaine, avec des feux à moitié cachés sous des paupières mécaniques (un système qu’on retrouve sur l’Alfa Romeo Montreal elle aussi dessinée par Gandini, lire : Alfa Romeo Montreal).

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Une Lele dans sa version IR6 Sport de 360 ch

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La crise pétrolière n’est pas encore passée par là, et le summum du luxe, c’est d’avoir un gros moteur américain sous le capot. Comme pour toutes les Iso Rivolta d’avant 72, c’est un V8 Chevrolet de 327ci (5.4 litres) qui officie, avec 300 (en automatique) ou 350 (en manuelle) bourrins, directement venus des grandes plaines américaines. C’est gros, ça glougloute, c’est puissant, sans transformer pour autant la Lele en super sportive. En 1970, le moteur évolue, passe à 350ci (5.7 litres), tout en conservant les mêmes puissances.

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Mais en 1972, patatras, la GM, qui fournit aussi les boîtes de vitesses automatiques, demande à être payée avant même la livraison des moteurs. Un exercice impossible pour la trésorerie du petit constructeur italien, qui va se tourner vers un autre constructeur américain, Ford, qui lui fournira le V8 Cleveland (351ci) de 325 chevaux. En 1973, la version IR6 Sport reçoit ce même bloc poussé à 360 ch. Malgré tout, les ventes de la Lele restent relativement confidentielles.

lele-16-marlboro-et-f1-isoEn 1974, la firme Iso Rivolta décide d’améliorer son image de marque en participant au championnat de Formule 1. Associé au cigarettier Philip Morris, l’écurie Iso-Marlboro est créée. Elle précipitera la chute de l’entreprise qui n’avait pas les reins assez solides, mais cette courte association donnera naissance à deux modèles spécifiques de la Lele : la IR6 Sport Marlboro. Commandité par Philip Morris pour équiper les deux pilotes de l’écurie, Nanni Galli et Howden Ganley, ces deux modèles sont revisités par l’ingénieur Bizzarrini. Si la puissance reste la même que celle des IR6 Sport (360 ch), du poids est gagné, tandis que le freinage est renforcé. En outre, elles reçoivent une couleur Rouge « Marlboro » spécifique, ainsi que des badges qui la distingue de ses sœurs Lele « classiques ».

Une des deux Lele IR6 Sport "Marlboro"
Une des deux Lele IR6 Sport « Marlboro »

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Au total, 285 exemplaires seulement seront produits entre 1969 et 1974. 112 modèles seront des Lele « Chevrolet » automatiques (300 ch), 13 des Lele « Chevrolet » manuelles (350 ch), 135 seront des Lele « Ford » IR6 (335 ch), 23 des Lele « Ford » IR6 Sport (360 ch), dont 3 seront des répliques « Marlboro », et enfin 2 exemplaires seront donc les vraies IR6 Sport « Marlboro ». Sur l’ensemble de la production, 55 seront des conduites à droite, Iso Rivolta ayant connu un succès d’estime outre-Manche.

L’exclusivité de la Lele, malgré un physique pas forcément facile à assumer, fait qu’elle faut tout de même un portefeuille garni pour s’en offrir une. En Angleterre, elle est estimée à 50 000 £ (2016), ce qui fait quand même un peu de pognon. Mais l’originalité, la distinction, en bref la classe, n’a pas de prix. A vous de voir !

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10 commentaires

Lionel

Le 02/11/2016 à 15:40

Oui, voiture à la ligne originale, une sorte de pagode (pas la Mercedes, le batiment…). La Grifo avait beaucoup plus d’allure à mon gout.
Je me demandais comment était réalisé les pare chocs ? on dirait la meme technologie que les R5 ? un plastic / polyester moulé ? mais donc 3 ans plus tot que la R5 ?

Cornette

Le 06/12/2016 à 21:29

Les pare-chocs sont en inox embouti, tout simplement. Je suis l’heureux propriétaire de Lele#53, une auto fabuleuse : belle, rare, fiable, rapide, confortable, idéale pour un week-end à 4 avec les bagages. Un pur bonheur !

Mat Ador

Le 02/11/2016 à 15:51

Née des ruines de la seconde guerre mondiale, Iso fut d’abord, avant ces belles et nobles carrosseries, un fabricant de scooters (Iso Furetto) et de bécanes (Iso 500) , puis de scooters-bécanes à trois roues (Iso carro) avant la géniale microcar Isetta qui fut construite sous licences concédées dans plusieurs pays dont la France (Velam à Suresnes dans l’ancienne usine Talbot). Cependant la plus célèbre d’entre-elles restera l’Isetta allemande construite par BMW.
Pour en revenir à cette Lele, diminutif rital d’Emmanuelle, prénom féminin décidément bien à la mode dans ces années là, si sa proue préfigure la sublime Montréal, on voit bien que le dessin un peu lourd de la poupe reste encore en chantier sur la table à dessin industriel de Marcello… Ceci dit, on comprend mieux les choses lorsque l’on zieute d’un peu plus près le luxe accordé à la banquette arrière et l’espace dévolu à ses occupants…
Dans ces années là, les transalpins, tout comme les anglais avec Aston, Jaguar notamment, avaient repris le flambeau, laissé vacant par les français, de ces belles carrosseries nobles faites pour les gens biens habitant à l’étage. Le bon peuple de la rue allait lui se servir chez Fiat & compagnie…

Gianni Agnelli

Le 02/11/2016 à 18:56

Ecco, il faut bien qué tout lé monde gagne sa croûte !

Eddy123

Le 02/11/2016 à 19:33

Je la trouve très belle cette auto…
Je ne connaissais pas..

wolfgang

Le 03/11/2016 à 12:16

Iso c’est magnifique. Une de mes marques préférées. Belle ligne et gros moteurs US costauds.
Très cher aussi, un peu comme Facel.
Bien plus cher que Bristol ou Jensen pourtant c’est la même recette.

Marc Limacher

Le 04/11/2016 à 11:55

L’équipe de Formule 1 était sur la base de l’équipe Frank Williams Racing Cars Ltd (l’ancêtre de l’équipe actuelle née en 1977). Le deal Marlboro/Iso était le suivant :
Marlboro injectait 100.000 dollars dans le budget, et Iso Rivolta en faisait de même.
A l’époque, Nanni Galli était un souhait de la marque italienne et il devait compléter le budget avec des sponsors italiens personnels.
Sauf que tout ne c’est pas bien passé…Galli n’a jamais versé un centime (il sera remercié au GP de Monaco soit 5 courses seulement) et Iso Rivolta a payé sa partie avec 6 mois de retard et par petite tranche de 12.000 dollars environ.
Marlboro a versé un complément de sponsoring de 35.000 dollars environ pour permettre à l’équipe Williams de terminer la saison et c’était le début de la fin pour la première aventure de Frank Williams en F1. Il vendra son équipe 2 ans plus tard à Walter Wolff et relança son histoire avec l’ingénieur Patrick Head et le soutien de sponsor arabe en 1976/1977.

Oussama

Le 09/11/2016 à 12:08

La ISO Fidia S4 me fait penser à la Monica, à quand un article sur cette vénérable représentante du haut de gamme français?

Paul

Le 09/11/2016 à 13:47

Tape Monica dans le moteur de recherche alors 😉

phalanxs

Le 10/11/2016 à 19:24

Permet-moi une petite correction : tout les blocs que tu as mentionné sont des Small Blocks et non pas des Big Blocks. La différenciation se fait au niveau de la taille physique du moteur, et non pas au niveau de la cylindrée.

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