Italdesign Columbus : le monospace « business class »

Lundi 17 octobre 2016
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Au début des années 90, le monospace avait certes déjà une réputation de transporteur de cohortes d’enfants et leurs bagages au détriment de la ligne et du plaisir de conduire du Papa, mais il représentait un eldorado pour les grands comme les petits constructeurs, généralistes ou bien même spécialistes. Il vint donc à l’idée de certains de créer une autre vocation « plus business » à ce nouveau segment de marché, plus luxueuse aussi, mais surtout plus performante, qui m’auront fait croire un instant qu’un monospace pouvait être désirable (seul l’Avantime me donnera la même sentation au début des 00’s, lire aussi : Renault Avantime).

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Chez les français, c’est De La Chapelle qui ouvrit le bal, avec son Parcours étonnant, pas franchement joli mais qui me faisait malgré tout envie grâce à son potentiel V12 puis V8 Mercedes, ses équipements modernes et luxueux pour l’époque, et sa proximité avec la marque MVS Venturi (lire aussi : De La Chapelle Parcours). Présenté à l’époque en 1992 au Salon de Genève, il devançait de quelques années son compatriote plus réaliste mais aussi plus modeste, le Hobbycar Passport, avec son 4 cylindres turbo Opel de 200 ch, ses 4 roues motrices et ses portes coulissantes antagonistes ouvrant sur un superbe salon « business » tendu de cuir (lire aussi : Hobbycar Passport).

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Entre les deux, au Salon de Turin 1992, c’est Italdesign (le studio de design de Giugiaro) qui offre sa vision du monospace de luxe performant : le Columbus. Si les deux propositions françaises devaient être produites en (petite) série, ce ne fut jamais l’ambition d’Italdesign qui, avec ce gigansteque monospace, à la frontière du minibus, ne souhaitait que partager une vision, et fêter accessoirement le 500ème anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (d’où son nom).

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Si ces dimensions semblaient irréalistes pour notre vieux Continent, c’est justement l’Amérique que visait Italdesign avec cette proposition certes pachydermique, mais pas si idiote que cela. Doté de 4 roues motrices, le Columbus avait en outre les roues arrières auto-directionnelles jusqu’à 15° à petite vitesse, pour faciliter le braquage et le rendre plus agile en ville.

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Côté motorisation, on y est pas allé de main morte chez les italiens, avec tout simplement le V12 M70 de 5 litres et 295 chevaux. De quoi assurer des performances… normales vu le probable poids de l’engin, mais avoir 12 cylindres (en position transversale!) sous le capot, ça fait toujours un peu rêver. Le design est, comment dire, particulier, mais correspond à ce qu’on pouvait imaginer comme futur automobile à l’époque. On est d’abord surpris, puis on s’habitue, avant de trouver cela pas si mal quelques années plus tard. Et si le Columbus ne sera jamais décliné en série dans le monde réel, on retrouvera un modèle imaginaire sous le nom de Vaillante Armada en 1998.

Un air d'Italdesign Columbus pour le monospace Armada de la marque Vaillante
Un air d’Italdesign Columbus pour le monospace Armada de la marque Vaillante

A l’intérieur, le conducteur est en position surélevée, avec un poste de conduite situé au centre, comme sur une McLaren F1 (lire aussi : McLaren F1) tandis que 6 passagers pouvaient prendre place à l’arrière dans un confort royal pour l’époque : fauteuil tournant sur eux-mêmes, systèmes audio et vidéo, toit ouvrant à l’avant, panoramique à l’arrière. Bref, le grand luxe.

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Inévitablement, ce show-car le restera, pour finir remiser dans les réserves d’Italdesign sans plus jamais en sortir. Mais étrangement, il sera resté imprimé dans ma mémoire, sans doute la votre, et celle de Jean Graton aussi il faut croire. Et si beaucoup diront en commentaire ici ou sur Facebook « quel mocheté », une chose est sûr : il ne laisse pas indifférent. Le concept du monospace de luxe ne prendra pas cette forme aussi business par la suite, mais plutôt familial (la série des Espace Initiale), laissant aux SUV pour les familles, et aux minibus façon Mercedes Vito pour le business. Restent les souvenirs d’adolescent de cet étrange Columbus !

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16 commentaires

JN

Le 17/10/2016 à 19:10

Un engin qui aurait parfaitement correspondu à mon business actuel, dommage qu’il n’en ont pas produit et qu’on doit se rabattre sur des dérivés d’utilitaires très chers et mal fabriqués comme les V, Vivaro, H1, Transit Custom,Caravelles et autres ..

MAGNIER

Le 18/10/2016 à 00:40

Merci Paul ! Je me souviens encore de sa présentation dans l’Auto Journal il y a quelques années maintenant. J’avais été bluffé par le luxe et l’habitabilité démesurés de ce concept.
Je le dis, il n’a pas vieilli mais il est bien pataud. Quand on voit un des derniers maxi monospaces, le Chrysler Pacifica, on peut encore avoir un format US (5m et plus de long) et offrir un peu (j’ai bien dit un peu) d’élégance.

McCloud

Le 17/10/2016 à 21:24

Je ne le trouve pas moche du tout, ce Columbus évocateur d’une hardiesse de style au sens d’une recherche alliant esthétique, confort et fonctionnel. Ce n’est pas une carrosserie existante aménagée en bureau-salon roulant (http://www.carstyling.ru/en/car/1978_cadillac_tag_function_car/), ce n’est pas non plus une limo-b….drome comme les carrossiers américains en développent depuis la fin des années soixante sur des bases de voitures de prestige, c’est un monospace qui ose se hasarder au-delà des classiques lignes en ponton pour donner une impression de double volume « pushing the limits ». C’est l’ombre portée d’un futurisme disparu…

Pour l’anecdote, voyez comment les stylistes d’une série de SF anglaise « UFO » produite en 1969-70 imaginaient les véhicules de… 1980 :

http://epguides.com/comics/shado/

http://www.isoshado.org/7/7_ufo_in_tv/ufo_in_tv_files/ufo_in_tv_tmc2_file/tmc%20interv4.jpg

Paul

Le 17/10/2016 à 21:27

Alors là je suis tout à fait d’accord: il s’agit d’une ligne déroutante, mais pas inintéressante, pas moche mais hors des sentiers battus… ce qui tranche avec le reste effraie souvent… d’autant plus si le mouvement ne suit pas… Resté lettre morte, le Columbus heurte toujours près de 25 ans après… peut-être à tort !

Tristan

Le 17/10/2016 à 21:53

La « bosse » de la cabine a du inspirer renault au moment de dessiner le trafic

Guillaume D.

Le 17/10/2016 à 22:55

Je ne me souvenais plus qui avait fait ce concept, alors un grand merci! Ce qui est clair, c’est que ce concept a hanté nombre de mes nuits (au même titre qu’un Espace F1…). J’avais beau n’être qu’un ado, mais le monospace et plus généralement, la voiture à vivre me faisait autant envie que les super sportives. Et il est clair que le rapprochement avec la McLaren (une autre des voitures qui ont jalonné ma passion) est vite fait de par la position de conduite centrale.

Nul besoin non plus de préciser que l’Avantime fait aussi partie de ces véhicules qui m’ont marqué: je l’aurai un jour, je l’aurai!

gérard morel

Le 18/10/2016 à 08:30

question à notre ami Paul, qui posséde une incroyable documentation, j’ai ainsi appris le nombre de XM V6 de divers types fabriqués…Connaissez-vous le nombre de R 25 Bacarra V6 et V6 turbo Bacarra fabriqués ?
merci
gm

Nabuchodonosor

Le 18/10/2016 à 10:21

Çà doit être à cause de sa cabine surélevée qu’il me rappelle les Michelines de mon enfance et l’autorail Bugatti. Le concept n’est toutefois pas dénué d’intérêt d’autant plus que le résultat stylistique est attrayant, mais un tel empattement pour ne transporter que (6+3) 9 personnes, un minibus fait mieux dans moins d’espace… Peut-être reverrons nous ce type d’architecture pour véhicules aux longs cours à l’aune du développement des pilotes automatiques ?

Julien

Le 18/10/2016 à 11:14

Cette cabine surélevée m’a immédiatement rappelée l’autorail panoramiques X4200 que j’ai pris une fois (probablement peu de temps avant leur retrait en 1985) quand j’étais enfant et qui m’avait beaucoup marqué.

http://leportailferroviaire.free.fr/trains/unifie/x4200.htm

Chose amusante, en cherchant le nom de cet autorail panoramique, j’ai découvert qu’ils sortaient de chez… Renault dont j’ignorais qu’ils n’avaient jamais fait des trains.

Greg

Le 18/10/2016 à 15:56

S’il est un véhicule de production qui se comparerait au Colombus, je citerais l’inclassable Mercedes Classe R:
6 places au lancement en 2005 puis choix entre 5 ou 6 places par la suite, 2 longueurs au choix -déjà pas loin de 5 mètres pour le « court »-, 4 roues motrices (à l’exception des 2 « entrées de gamme » essence et Diesel), moteur V6 ou V8 uniquement, jusqu’au fameux AMG 6.3 de 510 chevaux!
Il semble que des pépins électriques à répétition ont eu raison de la patience des utilisateurs, condamnant la carrière commerciale du modèle…

Emmanuel

Le 19/10/2016 à 13:23

Je pense que c’est surtout son positionnement (ou son absence de positionnement) qui a conduit à l’échec de ce modèle: moins élégant qu’un break, moins pratique qu’un SUV et en plus cher, il ne pouvait pas interesser grand monde.

Marc COBIGO

Le 18/10/2016 à 17:17

Je ne le trouve pas si moche. Un petit coté OVNI pas déplaisant.
On aurait pu également imaginer une déclinaison aménagée en mini camping-car, pour des W.E. express ! …

Emmanuel

Le 19/10/2016 à 13:24

Moche? Non, du tout.
Il donne plutôt envie de monter à bord… en tant que passager bien sûr!

martin

Le 23/10/2016 à 09:14

Je ne le trouve pas moche , bien au contraire, pour un véhicule de cette taille, sa ligne est équilibré avec son cockpit façon 747.

Paul

Le 23/10/2016 à 10:10

ah tiens, la comparaison est bien vue 😉

Jean-Miel

Le 22/10/2018 à 15:19

Les feux avant sont incroyablement similaires à ceux de l’ETR600, la dernière génération des trains pendolino. D’ailleurs, la position de la cabine et son côté un peu bulle rappellent le Colombus… Un lien supplémentaire avec l’univers ferroviaire !

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