Jaguar Mark X / 420 G: quand Jag’ voulait concurrencer Rolls Royce

Publié le mardi 10 janvier 2017.
Mis à jour le vendredi 21 juin 2019.
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Il est amusant de voir comment certaines voitures disparaissent de l’imaginaire collectif à cause du succès d’un autre modèle, plus emblématique. C’est un peu le cas de la Jaguar Mark X (prononcez Mark Ten) et de son évolution 420G qui non seulement ne rencontrera pas le succès escompté, mais sera en plus totalement éclipsée par sa petite sœur, la Jaguar XJ6. Pourtant, cette grande Jaguar censée être le « flagship » de la marque ne manque pas d’intérêt, et jette les bases du design Jaguar pour les 30 années suivantes.

En 1961 pourtant, Jaguar a le vent en poupe. La Mark II est un large succès depuis 1959, l’époustouflante E-Type vient d’être lancée, et Daimler vient d’être absorbée (lire aussi : Daimler SP 250) un an auparavant. Sir William Lyons veut frapper un grand coup et enfoncer le clou en remplaçant la Mark IX très old school par un porte étendard moderne capable d’aller titiller Rolls Royce ou Bentley pour 3 fois moins cher, et surtout d’aller conquérir l’eldorado américain.

Caisse auto-porteuse, train arrière et moteur de Type E, ligne aérodynamique et moderne, luxueux intérieur, la Mark X est a priori une réussite. Son 6 en ligne de 3,8 litres et 220 ch lui permet de tutoyer les 200 km/h malgré ses presque 2 tonnes, et sa tenue de route s’avère particulièrement satisfaisante rapportée à la concurrence. Bref, l’avenir semble radieux pour la nouvelle grande Jaguar.

Cette première version 3.8 litres se vend plutôt bien, avec 13 382 exemplaires vendus entre 1961 et 1964. Pourtant, la maison Jaguar est déçue : c’est moins qu’espéré, et surtout, la voiture ne perce pas aux Etats-Unis où la clientèle reste fidèles à des modèles US suréquipés et luxueux pour des prix défiant toute concurrence. La Mark X ne s’impose pas, et Jaguar va alors lancer une version plus puissante, en 1964, dotée du même 6 en ligne mais poussé à 4.2 litres et 265 ch. Surtout, la Mk X 4.2 récupère une nouvelle boîte à 4 vitesses bien plus moderne que l’ancienne issue de la vénérable Mk IX. En outre, une transmission automatique Borg Warner est proposée, notamment à la clientèle américaine.

Cette nouvelle version sera vendue jusqu’en 1966 à 5137 ex. Entre temps, Jaguar aura fusionné avec British Motors Corporation qui avait racheté le fabricant des coques de Jaguar, Pressed Steel Company. William Lyons, vieillissant, et craignant pour ses approvisionnements, accepte un rapprochement en 1965, et en 1966, la fusion est effective avec la création de British Motors Holding (qui en 1968 avalera Leyland Corporation pour former British Leyland Corporation). Bref, on a un peu l’impression qu’à cette époque, Jaguar perd tout sens du marketing.

la 420 plus petite (en haut) issue de la Mark II va un peu brouiller l’image de la 420 G (en bas). Regardez d’ailleurs: la seule différence qui saute aux yeux, c’est la découpe de la porte avant et la baguette chromée latérale…

En effet, cette année là, la Mark X change de nom pour devenir 420 G (avec un petit restylage pendant qu’on y était), tandis qu’apparaît la 420, une voiture plus petite, évolution de la Mark II mais au style proche de la 420 G. Tout le monde s’y perd un peu, d’autant qu’un an plus tard, Jaguar lançait les 240 et 340, des versions « accessibles » de la Mark II conservant l’ancienne carrosserie (lire aussi : Jaguar 240). Pour la clientèle, il y avait de quoi en perdre son latin.

Mais enfin, ce qui tua sans doute la 420 G sera sa propre sœur sortie en 1968, et qui deviendra légende au même titre que le E-Type ou que les XK120/150 : la toute nouvelle XJ qui remplace au bout de 2 ans la 420 (tout court, oui, il faut suivre). Elle dispose elle aussi en haut de gamme du 6 en ligne 4.2 litres, mais sublime encore un peu plus un dessin initié par la Mark X. D’une certaine manière, elle la ringardise. De toute façon, on sent bien que Jaguar a oublié tout espoir de percer avec sa 420 G qui n’arrive pas à conquérir les cœurs des amateurs de Rolls, peine à s’installer aux Etats-Unis, et se distingue mal esthétiquement de la nouvelle XJ.

Consciente de l’échec de la 420 G, la firme anglaise va donc stopper la production de sa grande berline en 1970, d’autant qu’elle a dans ses cartons une idée : offrir un V12 à la XJ (qu’elle obtiendra en 1972). Désormais, le haut de la gamme chez Jaguar sera donc plus petit, moins concurrent frontal des grandes marques de luxe anglaises : finalement, Jaguar va rester sur ses fondamentaux, ceux qui avaient fait le succès de la Mark II, c’est à dire offrir le luxe et la puissance dans des berlines de taille moyenne (pour l’époque). Seuls 5 763 exemplaires de la 420 G seront vendus en 4 ans, et au total, la lignée Mark X/420 G ne se sera écoulée qu’à 24 282 exemplaires.

Aujourd’hui, cette voiture est assez méconnue des « non spécialistes » Jaguar. Pourtant, elle est assez intéressante, plus grande qu’une XJ, annonçant son style avec ses doubles phares ronds entourant la calandre et sa ligne élancée, puissante, stable et surtout très luxueuse. Aussi, si vous trouvez l’XJ trop commune, peut-être la considérez-vous comme une alternative intéressante. A vous de voir.

 

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18 commentaires

philippe

Le 10/01/2017 à 11:35

Merci pour cet article sur une auto très sous-estimée.
Je ne trouve pas l’XJ trop commune en tant que membre de l’Amicale XJ, ni d’ailleurs la « S » que je possède également.
Mais il est vrai que la Mk10 et la 420G sont des paquebots, ells font un peu peur dans la ville et dans la circulation modern avec leur 5m13 et leur largeur impressionante.

fabrice

Le 26/06/2019 à 01:52

Je ne comprend pas bien pourquoi vous dites que la MK10 est trop grande . une XJ X308 fait 5,08m ça ne l’empeche pas de bien circuler en ville et d’avoir l’aire très fine

McCloud

Le 10/01/2017 à 11:50

Intéressant article, qui remet de l’ordre dans la complexité de la gamme jaguar de l’époque, et qui offre à contempler aux non-initié(e)s cette ligne et ce style si réussis que ses codes se retrouveront sur de nombreux modèles, notamment américains (Lincoln Town Car 1998/2011, Buick Park Avenue) et italiens (De Tomaso Deauville) jusqu’aux années 2000. Intéressant aussi par ce qu’il nous montre d’une conception de l’automobile qu’on peut estimer comme relevant de l’archéologie, celle du salon roulant d’un classicisme délicieusement britannique, où les boiseries ne sont pas de la tôle imprimée/emboutie (spécialité US), ou du Vénilia « ronce de noyer » collé au tableau de bord « pour faire premium », où l’ambiance à bord invite à l’indolence… voiture de dandy pour cruising vintage…

philippe

Le 10/01/2017 à 12:55

Ce n’est pas la Buick Park-Avenue mais la CHrysler New-Yorker derivée de « notre » Chrysler Vision http://chrysler-parts.uneedapart.com/images/chrysler-new-yorker-parts.jpg qui est inspire de la Mk10.
La Deauville a été initiée par Ford en réponse à l’attaque de la XJ6 sur le maché américain, le design realisé par Tom Tjaarda inspiré très fortement de cette dernière est sorti 18 mois après.

McCloud

Le 10/01/2017 à 21:24

Certes, mais la Park Avenue des années 90 empruntait aussi aux codes jaguaristiques :

http://images.hgmsites.net/med/1999-buick-park-avenue-ultra_100027635_m.jpg

Eddy123

Le 10/01/2017 à 12:53

Très bon article. . Une voiture méconnu. ..

Plus jeune, je pensais qu’elle était une version spécial de la XJ pour la reine d’Angleterre. … 🙂

philippe

Le 10/01/2017 à 13:49

La 420G est la base de la limousine Daimler DS420.

Paul

Le 10/01/2017 à 14:07

Oui, et je compte bien en parler de la DS420 (base allongée de 21 cm cela dit 😉 )

philippe

Le 10/01/2017 à 15:07

Et bien-sûr ne pas écrire MARK II ni MARK X mais Mk2 et Mk10 comme le faisait Jaguar maison-mere au moins (il y a eu des derives sur le continent US)

philippe

Le 10/01/2017 à 15:12

Ah oui et … aussi bien le 3.8 que le 4.2 étaient donnés pour 265cv SAE gross et non 220 comme dit dans l’article. Sachant que le 4.2 à 2 carbus de 245cv SAE gross des E S2 et XJ6 S1donnait en fait 186cv DIN on peut raisonnablement penser que les moteurs 3 carbus des E S1 ou 1 1/2, Mk10 3.8 ou 4.2 et 420G distribuaient 200cv DIN ce qui n’était déjà pas mal à l’époque…

wolfgang

Le 10/01/2017 à 16:04

C’est une superbe auto, très impressionnante.
Elle a quelque chose de mystérieux. Agressif, inquiétant mais très beau.
Sa qualité de fabrication est excellente. Le châssis est très solide, les tôles aussi.
L’intérieure tient en effet plus de la Rolls que de la Jag normale.
Par contre c’est 18 l/100 minimum.
J’ai hésité à en acheter un lot de 2 il y a une dizaine d’année, je regrette un peu de n’avoir pas osé. Elles ont pris de la valeur en plus.
Esthétiquement c’est en effet la maman de la XJ, plus harmonieuse, moins ostentatoire mais beaucoup plus courante aussi. Le mieux c’est d’avoir les 2 !
Il y a eu des modèles à 2 couleurs. Sur la 420 G seulement je crois. Moins joli je trouve, mais c’est chacun ses goûts.

Philippe

Le 10/01/2017 à 16:55

Si l’on excepte les places arrières bien trop courtes aux jambes on a le même luxe et le même confort sur les ‘S’. Par contre la DA est en option seulement aïe !! La ‘S’ est un hybride Mk2 Mk10.

Quentin

Le 10/01/2017 à 17:57

C’est en effet une sublime voiture, basse, fuselée, on la croirait en mouvement même à l’arrêt. Il s’agit d’une sorte de chainon manquant entre la Mk2 plus rondouillarde et une XJ aux lignes plus tendues. Détail intéressant : les poignées de porte haut placées et dissimulées juste sous les vitres semblent avoir été reprises sur la dernière Lincoln Continental. Par contre, quelle ingérence d’être allé se jeter dans les bras du loup BMC ! Heureusement que Sir Lyons avait laissé un beau testament (il quitte la société en 1972, mais ne meure qu’en 1985) avec la XJ qui tiendra la marque à bout de bras pendant 20 ans, jusqu’à la privatisation.

Gerald

Le 10/01/2017 à 22:08

Et superbement dessinée dans l’Ile noire, ou elle imposait une image de puissance et de défiance au jeune lecteur des aventures de Tintin que j’étais…

Paul

Le 10/01/2017 à 22:12

Bien vu !!! Merde je m’en veux de ne pas l’avoir noté et indiqué dans l’article !!! (enfin seulement dans la deuxième version de l’Ile Noire)… 😉

Gerald

Le 10/01/2017 à 23:28

Celles qu’on lisait avec la reluire en toile et les pages intérieurs de la couverture tapissées en bleu clair. 😉
Oui la deuxième version, Hergé était maître pour restyler une BD, il aurait pu bosser chez n’importe quel constructeur de l’époque !

Girling

Le 13/01/2017 à 09:10

Grillé par Gérald . Toujours adoré la Mark 10 de l’infâme Muller, qui avait aussi de beaux avions.

Girling

Le 13/01/2017 à 09:14

La première photo semble posée devant le golden bridge SF.
Dans Vertigo, l’héroïne d’Hitckock roule en MK 9 verte et une scène importante est tournée au pied du pont.

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