Jaguar XJ-S Ascot : quand Bertone draguait Jaguar

Publié le lundi 2 décembre 2019.
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Le Tesla Cybertruck et son design tout en angles, lignes et arêtes a beaucoup fait parler ces derniers temps, rappelant à beaucoup d’entre nous d’autres exemples de ce type dans les années 70 (lire aussi : ). En fouillant dans mes archives à cette occasion, je suis retombé sur un concept que j’avais totalement oublié, signé Marcello Gandini pour Bertone : la Jaguar XJ-S Ascot de 1977. Retour sur un show-car méconnu préfigurant les créations de Gandini des années 80 sans réussir à séduire Jaguar.

Dans les années 70, Marcello Gandini croit fermement en l’avenir de la ligne en coin. Après l’Alfa Romeo Carabo, la Lancia Stratos Zero, les Lamborghini Countach et Bravo, la Dino/Ferrari 308 GT4 ou bien son récent concept Ferrari 308 GT Rainbow, notre designer italien persiste et signe en présentant au salon de Turin de 1977 cette Jaguar XJ-S Ascot bien éloignée des codes stylistiques alors en vogue chez Jaguar. 

La Ferrari 308 GT Rainbow de 1976 à l’avant très proche de l’Ascot

Séduire Jaguar ?

Voilà quelques années que Bertone et Gandini cherchent à séduire Jaguar qui, jusqu’à présent, se défile. Tout a commencé avec la Jaguar Pirana en 1967. Il ne s’agissait que d’un concept présenté dans le cadre d’un concours du Daily Telegraph, mais en Italie, on s’est dit qu’une porte s’était entrouverte. À tort jusqu’à présent. L’âme Jaguar pouvait-elle passer par un designer italien ? Rien n’est moins sûr et si Pininfarina s’occupera quelques années plus tard du lifting de la berline XJ, ce sera pour des retouches minimes.

Pourtant, la firme anglaise a bien pris contact avec quelques designers italiens pour réfléchir à la XJ40, Pininfarina, ItalDesign (Giugiaro) ou Bertone, sans pour autant succomber : la proposition interne remporte la compétition. En 1975 sort la XJ-S, remplaçante de la Type E, et chez Bertone, on se dit qu’il ne faudrait pas louper le coche pour la suite, que ce soit pour un restylage ou pour un nouveau modèle.

Une XJ-S à la ligne en coin

À cette époque, Gandini sent bien que la sauce commence à prendre avec sa “ligne en coin”, surtout grâce à la Countach, commercialisée depuis 1974. Depuis, il ne cesse de pousser la démarche plus loin et cette XJ-S Ascot en est le parfait exemple. Difficile de trouver une quelconque filiation avec la XJ-S originelle, ni même avec les XJ. La proposition de Bertone et de son designer vedette détonne et ne sera évidemment pas retenue. 

En réalité, Jaguar n’avait pas l’intention de restyler ni de remplacer l’XJ-S avant longtemps (elle restera presque inchangée jusqu’à la fin de sa carrière, en 1996). Avec l’Ascot, Gandini tente le coup, fait des appels du pieds, mais fait aussi évoluer son trait pour le faire passer des véhicules d’exception vers une plus grande diffusion. Difficile de ne pas voir dans ces lignes (sous lesquelles se cache tout de même un V12) les prémices d’un autre concept, la Volvo Tundra présentée en 1979, puis d’une voiture de série, enfin, la Citroën BX (lancée en 1982). L’Ascot rappelle aussi fortement le prototype Reliant FW11 présenté quelques mois plus tôt.

Un style immédiatement identifiable

Certains traits caractéristiques comme les passages de roues très carrés, voire biseautés à l’arrière (un tic stylistique qu’on retrouvera sur la BX puis la XM, mais aussi sur la Maserati Shamal puis Quattroporte IV, entre autres), l’utilisation de plastiques protégeant les piliers et évidemment la ligne générale, tout préfigure ce que seront les créations de Bertone pour la décennie suivante. La carrosserie, elle, utilise l’aluminium pour alléger le tout (l’Ascot est plus légère qu’une XJ-S) tandis que le V12 5.3 litres propulse le tout grâce à ses 286 chevaux. La calandre striée surprend, mais n’oubliez pas qu’à cette époque, le plastique c’est fantastique et qu’il ne fait pas aussi “cheap” qu’aujourd’hui. Malgré son nom et son logo, l’Ascot n’est pas une Jaguar dans l’âme, mais juste un démonstrateur.

N’espérez pas retrouver l’Ascot, pièce unique de salon. Cependant vous pouvez toujours opter pour une BX (en version Sport, GTI ou 16 soupapes si possible), ou bien choisir l’original avec une XJ-S/XJS dans sa robe Jaguar d’origine. Cette dernière, malgré un design controversé à sa sortie (comparé à la Type E qu’elle remplaçait), s’est bonifiée avec le temps, comme le bon vin, s’offrant un 6 en ligne en complément du V12, une version cabriolet et un restylage réussi en 1991. Et si vraiment vous voulez un peu de ligne en coin malgré tout, la Lynx Eventer vous l’offrira avec son hayon spécifique (en plus d’une exclusivité certaine).

 

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1 commentaire

LUCAS

Le 03/12/2019 à 21:08

En effet, on lui trouve des gênes Citroën. Il est vrai que l’on peut convoquer la superbe GS Camargue (1972), ou la BX issue d’un projet Toundra pour Volvo, sinon le projet Karin dont l’image circule beaucoup des temps-ci. Le prototype-prétexte de cet article regorge d’un foule détails retrouvés sur d’autres proto ou modèles aboutis. Sauf ces power-dome de capots devenus bandeaux en amont des volets-paupières des phares escamotables. C’était l’époque où l’automobile n’était pas encombrée de nostalgie et filait droit vers le siècle à venir. Mais de celui-là, nous avons déjà consommé 19 %.

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