Jaguar XJR-S : l’anglaise en survêtement

Mercredi 14 novembre 2018
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A la fin des années 80, Jaguar n’était pas identifiée comme une marque sportive par une clientèle attirée essentiellement par le luxe et l’ambiance feutrée et toute britannique de ses berlines et grands coupés. Etrangement, dès le milieu de la décennie, la marque s’engageait avec les équipes de Tom Walkinshaw dans une aventure sportive sans précédent, notamment en endurance, pour finir par remporter en 1988 le championnat du monde « Sport Proto » sous le nom de Silk Cut Jaguar et avec la XJR-9. Dans la foulée de cette présence sportive, une société commune entre Jaguar et TWR, appelée JaguarSport, est créée pour profiter de l’engouement et des retombées de ces victoires en produisant des dérivés sportifs, et notamment l’XJR-S.

La XJ-S « by TWR » dans sa livrée exclusive

La première Jaguar « de série » à bénéficier de l’expertise de Walkinshaw et de ses équipe sera la XJ40, étrennant pour l’occasion l’appellation XJR, mais très rapidement, on allait s’attaquer, dans l’usine de Bloxham dédiée à la jeune filiale et aux équipes sportives, au coupé XJ-S V12. Dans un premier temps de façon très light.

La Jaguar XJR-S 5.3 voyait ses suspensions et sa direction optimisées, sans modifications moteur

En effet, TWR produisait déjà un kit « sport » pour la XJ-S depuis 1985, mettant l’accent sur l’aérodynamisme et une peinture bi-ton pas forcément de très bon goût. Ainsi parée, la XJ-S n’avait que l’apparence de la sportivité sans réellement changer de nature, et restait donc un coupé relativement plaisant mais aussi placide malgré ses 12 cylindres et ses 5.3 de cylindrées. A partir de 1988, la formule sera dans un premier temps réutilisée, avec la JaguarSport XJR-S 5.3 ! Son V12 restait inchangé (comme la XJ-S by TWR précédente, avec 285 ch), mais son kit carrosserie se faisait plus discret et moderne, abandonnant la peinture bi-ton. En outre, la voiture bénéficiait de quelques améliorations, avec notamment une suspension et une direction plus sportives.

Cette première mouture n’était qu’une mise en bouche. Elle sera produite entre 1988 et 1989 à 326 exemplaires, dont 100 réservés à l’Angleterre et appelés Le Mans, pour célébrer la victoire de Jaguar aux 24 heures en 1988. Mais TWR et son associé britannique ne comptaient pas en rester là. Sans imaginer faire de la XJ-S une pure sportive (la base ne s’y prêtait pas), il semblait important de préserver une image sportive dans la gamme en attendant la supercar XJ220 déjà dans les starting-blocks.

La Jaguar XJR-S dans sa version 6 litres poussée à 318 ch

Car c’était bien là l’enjeu : présentée en 1988 à Birmingham, la super sportive de Jaguar prenait son temps (elle n’entrera en production qu’en 1992). Il y avait bien la XJR-15 en préparation, mais il ne s’agissait que d’une série limitée à 50 exemplaires, un projet de moindre ampleur que celui de la XJ220. Voilà pourquoi la XJR-S allait devenir le porte étendard du sport « by Jaguar », faute de mieux.

Cette fois-ci, on décida de faire un peu plus que des améliorations esthétiques et quelques aménagements mineurs : la XJR-S « deuxième série » entrait en production en septembre 1989 avec un V12 porté à 6 litres grâce à l’allongement de la course (et autres modifications issues de la compétition) et 318 chevaux (une puissance qui atteindra même 338 chevaux sur certains modèles). A cette occasion, la XJR-S recevait enfin la boîte automatique 4 vitesses qui équipait déjà les XJ-S 6 cylindres. Elle récupérait des amortisseurs Bilstein, des pneus Dunlop spécifiques (16 pouces), un freinage plus endurants et une direction adaptées aux exigences difficilement compatibles de confort et de sportivité. Ces différentes améliorations permettaient à ce gros chats a priori pataud des performances tout à fait remarquables, avec une vitesse de pointe frôlant les 280 km/h et le 0 à 100 en 6,9 secondes.

Cette version haute performante de la XJ-S restera au programme jusqu’en mai 1993, trouvant 390 clients. Ce chiffre comprends 50 exemplaires d’une version cabriolet exclusivement destinée aux USA et pourvue des mêmes modifications. Autant dire qu’il s’agit d’une vraie rareté, dernière des JaguarSport puisque la co-entreprise ne survivra pas à la XJ220 (un gouffre financier). Ford, devenu propriétaire de Jaguar en 1989, récupérera l’usine de Bloxham pour y produire l’Aston Martin DB7, l’usine de Newport Pagnell s’avérant inadaptée.

La Jaguar XJR-S, de part sa faible production, n’est pas forcément facile à trouver, et certains préféreront sans doute le charme d’une XJ-S/XJS classique, la base n’étant pas réellement sportive. Mais ceux qui aiment les voitures pas banales pourraient se laisser tenter si l’occasion se présentait. Difficile d’établir une cote quand les transactions sont rares. Selon LVA, une telle voiture reste pourtant abordable, avec une cote tournant autour de 16 000 euros (2018).

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES JAGUAR XJR-S 6.0

Motorisation

Moteur V12 à 60 degrés, 24 soupapes
Cylindrée 5993 cc
Alimentation Injection Zytek
Puissance 318 chevaux
Couple 491 Nm à 3750 trs/min

Transmission

Roues motrices arrière
Boîte de vitesses BVA 4 vitesses

Dimensions

Longueur 4765 mm
Largeur 1882 mm
Hauteur 1262 mm
Poids à vide 1800 kg

Performances

Vitesse maxi 278 km/h
Production 390 exemplaires (1989-1993)

Tarif

Cote moyenne 2018 16 000 euros (LVA)

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13 commentaires

François-Xavier

Le 14/11/2018 à 10:21

« A la fin des années 80, Jaguar n’était pas identifiée comme une marque sportive par une clientèle attirée essentiellement par le luxe et l’ambiance feutrée et toute britannique de ses berlines et grands coupés. »
Aujourd’hui encore, l’image de Jaguar penche, de mon point de vue, davantage côté classicisme conservateur que côté sportivité, encore que la chose dépende souvent de l’âge de la personne que l’on interroge.
Ainsi, mon père, fervent jaguariste, la classerait sans hésiter parmi les marques de voitures de sport, auréolée qu’elle est des victoires au Mans de ses types C et D, des performances des E ou des victoires de Bernard Consten au volant de sa MKII.
A l’inverse, mon épouse ne voit en la production de la marque au félin que des autos certes élégantes, mais destinées à une clientèle de retraités…
Et ce malgré la présence de sportives dans la gamme ou la communication typée sport (F-Type « project 7 », XE SV « Project 8 »,…)

Greg

Le 14/11/2018 à 13:41

Rendons à César ce qui appartient à César:
c’est à la branche américaine de Jaguar, que l’on doit le retour en compétition après la glorieuse et déjà lointaine campagne des XK120 spec. C, puis C-type et D-Type.
IL y avait donc aux USA un directeur qui croyait que la promotion de la marque Jaguar passait par le sport automobile, et un préparateur-pilote du nom de Bob Tullius qui avait gagné le championnat SCCA au volant d’une monstrueuse Type E V12 gréée en barquette, sous les couleurs de son écurie Group 44.
Jaguar USA lui proposa alors de s’engager dans la catégorie supérieure, la coupe Trans Am, avec la toute nouvelle XJS, en V12 forcément.
Et Bob Tullius, de remporter la coupe Trans Am…
La maison mère, très sensible à cette initiative privée, convoque Tullius à Coventry et lui demande en substance:
« Ramenez nous au Mans! »
Jaguar commande donc à Group 44 la conception et l’engagement en compétition d’un proto avec néanmoins 1 contrainte: employer le tout nouveau moteur 6 cylindres AJ6.
Ce sera la XJR-5 qui court effectivement à partir de 1982.
Homologuée, je crois, en catégorie IMSA, elle affronte au Mans les nouvelles Groupe C (dont la Porsche 956) et courra surtout aux USA.

Philippe

Le 14/11/2018 à 23:35

Dommage qu’en Europe les superbes XJC 5.3 Broadspeed n’aient pu s’imposer face aux BMW CSL et Capri en Groupe 2 dans le milieu des années 70.

Greg

Le 16/11/2018 à 09:07

Elles étaient très rapides en qualifications mais elles voyaient rarement le drapeau à damier…
Comme le disait Enzo Ferrari:
« Pour terminer premier, il faut en premier terminer! »

Grégory Lopez

Le 14/11/2018 à 13:42

Merci de parler un peu d’XJ-S.
Je pense que la cote annoncée à 16000€ est largement sous-estimée, en annonce en tous cas ces exemplaires rares me semblent plutôt tourner autour de 30 000 aujourd’hui, c’est vrai que les prix ont pas mal grimpé récemment.
Enfin en tant que propriétaire d’une XJ-S 3.6, donc le modèle le moins puissant, je dirai que ces voitures sont étonnamment agiles au regard de leurs poids et dimension quand on les secoue un peu. Ce n’est pas une voiture pataude, bien que ce ne soit pas non plus une 205 GTI. Par contre le confort y est tout de même excellent. La synthèse des deux en fait une voiture très plaisante.

Voilà ce qu’une XJ-S préparée est capable de faire aux mains de Tom Walkinshaw:
https://www.youtube.com/watch?v=if2j6yqZg0Q

Je partage l’article sur le forum XJ-S, attention les spécialistes vont te tomber dessus!

Greg

Le 14/11/2018 à 13:57

Tom Walkinshaw, lui, se charge d’engager le coupé XJ-S V12 dans le championnat européen des voitures de tourisme, avec le même succès que Bob Tullius dans la coupe Trans Am:
sous la bannière de TWR (et les couleurs de Castrol), la « Big Cat » remporte le championnat européen, accrochant au passage la victoire aux 24H de Spa, l’épreuve phare du championnat.
La branche Australienne n’est pas insensible aux succès américains et européens et veut, elle aussi, faire la démonstration sur son marché des capacités sportives de l’XJ-S.
L’importateur, J-R-A, invite donc Walkinshaw à venir disputer les 1000 km de Bathurst en 1984.
Walkinshaw y croit à peine, les coupés du championnat européen ont déjà été retirés du service, alors il expédier aux antipodes 1 ingénieur, quelques mécaniciens et un stock de pièces groupe A, pour monter une auto de course dans les locaux de l’importateur à partir d’une auto de série.
L’expérience, on s’en doute, n’est pas couronnée de succès… Walkinshaw casse son arbre de transmission sur la ligne de départ!!!
JRA renouvelle pourtant l’expérience pour l’édition 1985.
Cette fois-ci, Walkinshaw décide d’envoyer 3 autos, il faut en extraire une du musée des transports de Birmingham, avec la promesse de la rendre une fois l’épreuve terminée…
L’histoire est absolument rocambolesque et mériterait un article entier (Niko la Perruque?) mais à la fin, Jaguar inscrit son nom au palmarès de Bathurst pour l’éternité…
La pôle de Walkinshaw, elle, est passée à la postérité grâce à Youtube: https://youtu.be/M9I7GWllPFY

Greg

Le 14/11/2018 à 14:21

Parallèlement, si Bob Tullius continue de développer son proto IMSA pour courir aux USA, Walkinshaw est chargé de créer un proto groupe C pour courir en championnat du Monde (groupe C FISA), et au Mans: la XJR-6.
Alors que Jaguar avait imposé à Bob Tullius le 6 cylindres AJ6, TWR choisit le V12!
Au fil des évolutions, TWR arrive avec la XJR-9 à un proto « unifié » qui court, moyennant quelques adaptations, aussi bien en IMSA qu’en championnat du monde des voitures de sport (groupe C, FISA).
C’en est bien fini des Jaguar de course américaines…
Jaguar scelle l’alliance avec Walkinshaw en créant l’entité Jaguar Sport.
Désormais, les Jaguar encanaillées par TWR, des braves berlines Xj qui n’avaient rien demandé à personne et des coupés XJ-S, seront vendues – sur commande spéciale- dans le réseau Jaguar, chez une poignée de concessionnaires accrédités Jaguar Sport!
Et nous voilà enfin au coupé XJR-S qui nous intéresse, sans oublier la limousine XJR 4.0 qui fit mon bonheur il y a quelques années 😉
La genèse de Jaguar Sport est tout à fait indissociable du retour victorieux de Jaguar en sport auto, et le coupé XJ-S est une pièce majeure de l’histoire!

24heures (X350)

Le 14/11/2018 à 14:43

Ben… les goûts et les couleurs étant ce qu’ils sont, je ne les trouve pas si mal, moi, ces bi-tons! La vanille-fraise peut-être un peu datée, mais la grise du début élégante!
En plus cela permet si je comprends bien d’avoir les feux AR 1ère génération, qui sont quand même plus esthétiques (là encore ça n’engage que moi) que ceux du restyling…

Grégory Lopez

Le 14/11/2018 à 17:08

Quelques erreurs dans l’article d’après les spécialistes (et ils sont pointus 🙂 :
Je cite:
« la XJRS V12 6l c’est 333 cv et non 318 cv
freinage plus endurant ???? avec les mêmes pièces qu’une XJS classique !!!
boite auto 4 vitesses ???? suffit de regarder le levier de vitesse pour y voir uniquement 3 rapports
la cote à 16000 ne veut rien dire, j’ai vendu la mienne bien au delà… »

Philippe

Le 14/11/2018 à 23:39

Tout ça c’est petit joueur à côté des monstrueuses Lister de 7 litres et 500cv voire même 600cv gavés par 2 compresseurs.

FEUP

Le 15/11/2018 à 13:58

Virez-moi cet aileron !

DTC

Le 19/11/2018 à 13:50

Bon c’’est bien beau tout ça…….mais le remboursement du magazine jamais paru! C’’etait pas pour novembre??? Ou alors c’etait un effet d’annonce pour « encore »mieux nous endormir!?

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