Jaguar XKSS 2017: la renaissance des 9 exemplaires disparus

Publié le jeudi 17 novembre 2016.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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Jaguar nous avait déjà fait le coup en 2014 avec l’annonce par Jaguar Classic (une branche de la division Special Operation du groupe Jaguar Land Rover) de la fabrication des 6 exemplaires manquant de la Jaguar Type E Lightweight (lire aussi : Jaguar Type E Lightweight). Cette fois-ci, Jaguar Classic a annoncé la fabrication hier, à Los Angeles de 9 exemplaires « à l’identique » de la Jaguar XKSS.

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Le choix du lieu n’est pas anodin. Prévue pour être fabriquée à 25 exemplaires, la Jaguar XKSS, version routière de la célèbre voiture de course D-Type qui dominera le Mans en 1955, 1956 et 1957, ne verra que 16 voitures sortir réellement des ateliers. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les 25 voitures furent réellement fabriquées, mais un terrible incendie le 12 février 1957 ravagea l’usine de Browns Lane, détruisant 9 exemplaires. Toutes les XKSS étaient destinées au marché américain, voilà pourquoi Jaguar Classic a profité du Salon de Los Angeles pour rassurer les clients américains, presque 60 ans après : oui, l’ensemble de la production sera bien assurée, avec un peu de retard, « of course ».

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Il ne s’agit bien entendu plus des mêmes clients qu’en 1956/1957. Aujourd’hui, il s’agit de collectionneurs fortunés, amoureux de la marque, et « triés sur le volet » (selon Jaguar) qui auront le droit à leur superbe XKSS neuve d’origine. Car le principe de Jaguar Classic, c’est de fabriquer selon les plans d’origine, sans modification « moderne ». Chacun des 9 exemplaires produits à partir de 2017 portera le numéro de châssis de l’un des 9 modèles détruits par le feu, et partira contre un chèque de 1 million de £ (soit 1,1 million d’euros).

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Pas la peine de vérifier votre PEA, PEL, Livret A ou autre pour vérifier si vous pouvez vous offrir ce caprice, tous les exemplaires sont déjà vendus. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, Jaguar a pu « scanner » les modèles d’origine pour recréer une maquette servant de base à la réalisation des carrosseries selon les cotes d’origine. Idem pour le châssis, reconstitué par CAO en prenant pour base les exemplaires d’origine. On retrouve sous le capot le même moteur, un « Straight 6 » 3.4 litres de 262 ch, identique à celui qui équipait les XKSS, mais aussi les D-Type du Mans. A l’intérieur, le grain du cuir est identique, tout comme les compteur Smith. Seules quelques modifications mineures ont été effectuées (comme le matériau utilisé pour les réservoirs, plus résistant).

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La production a d’ores et déjà commencé pour des livraisons à partir de 2017 (soit 60 ans après l’incendie). 10 000 heures de travail sont nécessaires pour chaque exemplaire. Certains considéreront que, malgré les efforts de Jaguar Classic, ces XKSS ne sont pas des vraies, d’autres, comme moi, s’enthousiasmeront de la renaissance de vénérables dames comme celles-ci, surtout qu’il ne s’agit pas d’évocations, ou de versions « modernisées », mais bel et bien de voitures « à l’identique ». Et quoi qu’on en pense, ce genre d’opération s’avèrent extrêmement efficace en terme de communication, bien plus intelligente et rentable qu’une campagne de publicité, parce qu’elle valorise bien plus l’image de Jaguar et son savoir-faire qu’un spot de télévision.

Images: Jaguar Classic

 

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15 commentaires

wolfgang

Le 17/11/2016 à 13:06

Elles sont identiques, faites par la même marque, pourquoi ne seraient-elles pas des vraies ?
Par contre il va y avoir un pb d’homologation.
Elles ne répondent pas aux normes actuelles.
Je ne vois pas comment elles auront droit de rouler sur route, ne serait-ce qu’avec les tests de pollution.

Julien

Le 17/11/2016 à 14:37

C’est exactement la question que je me posais.
Si elle sont reconstruites aujourd’hui exactement comme à l’époque, elles ne sont plus aux normes.
Aussi bien pour la pollution que pour la sécurité (se serait ce que les ceintures)

Après, ca n’est pas un nouveau modele, mais la remise en production d’un modele un (long) temps arrêté.
Peut être que dans ce cas là, il y a une faille qui permet de produire avec les anciennes normes.

HERRES

Le 17/11/2016 à 19:10

M’étant déjà penché sur la question, tant que celle ci ont un numéro de châssis existant pas de soucis en Europe et USA (ailleurs je ne sais pas). Si ces voitures avaient un numéro inexistant elles ne pourraient être immatriculées. Cas plus fréquents qui existe en France avec des 2cv ou Mehari, des fabrications neuves tant que celles ci ont un numéro de châssis ayant existé (l’original hors circulation et donc hors du système) . Les Jaguar d’origine ayant été détruites, ces « nouvelles » XKSS sont considérées comme des remplacements. La seule question ici est ont elle eu une homologation il y a 60 ans? Sans doute pas d’immatriculation mais sûrement oui pour l’homologation faisant partie d’une série. Après n’oublions pas qu’il s’agit d’une production Anglaise où les libertés sont plus grandes. Pas sûr qu’une Ariel Atom ai jamais vu le jour si celle ci ne venait pas D’Angleterre et que son homologation sur place ne lui avait pas donné par automatisme une homologation européenne.

Antoine

Le 17/11/2016 à 14:31

Sont-elles seulement destinées à rouler un jour ?
Peut-être à Peeble-Beach ou à Goodwood mais il sera peu probable d’en croiser une sur la D133 entre Crottes-en-Pithiverais et Bouzonville-aux-Bois…
Il est probable que leur date officielle de mise en service soit en réalité 1957 puisque les numéros de chassis furent édités et déposés à cette époque pour la réception et la fabrication de la petite série. Ces 9 voitures ont le droit d’exister si Jaguar Ltd ne les a pas déclarées comme détruites lors de l’incendie en 1957. Elles auraient donc aujourd’hui un statut d’invendues en stock ou d’occasion 0 km suivant leur « statut comptable ». Dans ce cas la société « héritière » de Jaguar Ltd a tout à fait le droit d’éditer des documents de 1957 et de les vendre comme des véhicules « neufs » mais répondant aux critères d’homologation de 1957.

Greg

Le 17/11/2016 à 17:06

Que dire, ce sont « les vraies » ou pas?
Comme le précise Paul, « les vraies » ont été construites, et détruites par le feu avant même d’avoir quitté l’usine!
Il n’y a rien d’authentique dans ces 9 XK-SS en tant que reconstruction à l’identique des 9 modèles ayant brièvement existé avant d’être définitivement perdus, dont elles s’accaparent les numéros de série.
Et pourtant, comme c’est Jaguar qui les fabrique, qui les vend, et dans la mesure, c’est peut-être le plus important, où 9 acheteurs ont souscrit à la démarche… toute la communauté de l’automobile de collection les accepte sans sourciller!
Un vrai cas d’espèce, qui nous fait considérer le clone comme tout à fait égal à l’original disparu!

Les Type E Lightweight ne relevaient pas de la même démarche: Jaguar a terminé la production de modèles prévus au planning -des numéros de châssis leur ayant été attribués- mais jamais construites à l’époque faute d’avoir trouvé des acheteurs.
Ainsi va la vie d’une auto de course, quand elle est irrémédiablement surclassée par la concurrence!

Au dela de cette philosophie de comptoir, je me demande sur un plan pratique comment les clients américains qui ont cassé leur tirelire pour une authentique XK-SS de 2016 (…) vont s’accommoder des lois fédérales?
Quand Porsche avait produit une petite série de 964 Carrera RS Lightweight, les modèles commandés par des clients américains étaient restées en Europe, leur importation aux USA étant alors strictement interdite, en l’absence de tout système de dépollution.
Cette restriction ne s’applique pas aux autos « anciennes », bref, une XK-SS construite en 2016 mais répertoriée dans une nomenclature de 1956 est-elle une « ancienne »???
A ce sujet, l’administration fiscale britannique qui enoxère de la coûteuse « road tax » les autos anciennes, a fermement pris position:
tous les propriétaires de Bugatti au Royaume Uni ont été sommés de prouver l’authenticité de leurs autos!
Il faut bien reconnaître que Jaguar n’a pas été précurseur en matière de fabrication de « vraies anciennes neuves »… mais c’est plus troublant quand un constructeur entreprend lui même cette démarche!
Il existe chez Porsche une 2ème 935/78 « Moby Dick » pourtant réputée unique…
Un collectionneur s’est fait fabriquer il y a quelques années une Aston DB4 GT-Zagato roadster… qui n’a jamais existé à l’époque bien sûr… mais qui a été adoubée comme « authentique » par le PDG d’Aston Martin lui même!
Un autre collectionneur vient de réceptionner sa Jaguar XJ-13, là encore adoubée par Jaguar car elle se présente telle que l’originale avait été construite avant qu’un accident n’implique une reconstruction quasi totale!
Moi je vous le dis, l’attaque des clones a commencé!

Antoine

Le 17/11/2016 à 18:12

Pour ma part je pense qu’elles ne peuvent pas être considérées comme vraies et conformes aux originales de 1957 puisque les ouvriers (donc le savoir-faire) et l’outillage de fabrication ont changé. Sont-elles pour autant moins vraies que certaines voitures anciennes sur-restaurées ou modernisées ?
Le cas des 964 RS Lightweight américaines est différent : elles dataient de 1992 et ne répondaient pas aux normes américaines en vigueur en 1992. Si Porsche avait commercialisé en 1992 des 911 2,4L T sur des numéros de chassis enregistrés auprès des autorités américaines en 1973, elles auraient probablement pu être importées comme étant des autos de 1973… C’est toute l’ambiguïté de ces XK-SS.
Il y a fort à parier que les futurs propriétaires s’en fichent pas mal car ces autos ne sont probablement pas destinées à rouler sur la route et n’ont donc même pas besoin d’une quelconque homologation.
Les Type-E Lightweight, XJ-13 ou Porsche 935 ne sont de toute façon pas concernées par une homologation routière. En théorie ce n’est pas le cas des XK-SS dont le principe même est d’être une voiture de route…
Sur les autos de course, on fait ce qu’on veut et si le constructeur veut reconnaître l’authenticité d’une copie, ça le regarde.
Ne vous leurrez pas, la plupart des autos historiques qui tournent à Goodwood ou au Mans Classic sont des reconstructions ne serait-ce que pour des questions d’assurances mais pas seulement… La plupart des chassis de course d’avant guerre ont continué leurs carrières après leurs premières heures de gloires ou en tant qu’évolutions pour la saison suivante. Il est donc très surprenant de voir une Bugatti de 1936 en parfait état d’époque alors que ce même chassis fut inscrit avec un autre moteur en 1938, saison au cours de laquelle vous apprenez qu’elle fut accidentée puis démantelée… En réalité il s’agit presque toujours de reconstructions ; et à mon sens c’est très bien ainsi.
Vous imaginez un assureur qui vous couvrirait pour aller jouer à Goodwood avec une 250 GTO qui ne tourne jamais et qui pourrait être accidentée ou prendre feu ?
L’attaque des clones commence même « en bas de l’échelle » dans les rallyes historiques type Tour Auto. Amusez-vous à vérifier les numéros de série des berlinettes Alpine TdF, des BMW CSL Batmobile ou des Fulvia Fanalone ? Et encore dans ces cas là, il s’agit de doublures basées sur des caisses de versions plus ordinaires. Regardez de plus près les Stratos « made in England » ou les Audi Quattro S1 croisement d’une caisse de Coupé GT découpée et d’une 200 Turbo.

Paul

Le 17/11/2016 à 17:18

Que de bonnes questions ! Petite précision: les XKSS d’origine étaient prévues pour les américains, et celle de 2017 vient d’être présentée là-bas, au Petersen Museum où se trouve celle de Steve McQueen… clin d’oeil « of course »… Mais Jaguar ne dit pas si les clients d’aujourd’hui sont bien américains…
Je vais demander à Jaguar ce qu’il en est de l’homologation pour être parfaitement complet dès… qu’ils seront revenus des States ahahah

Corail74

Le 18/11/2016 à 09:11

Ca fait rêver tout ça ! Et pourquoi pas un jour autoriser la reconstruction de modèles plus répandus comme la DS ? Je pense que comme moi, la plupart des acheteurs d’autos anciennes se fichent des normes de sécurité ou d’anti-pollution !

Quentin

Le 18/11/2016 à 18:29

C’est vrai, les anciens numéros de châssis permettraient de créer de nouvelles voitures de collection identiques, mais neuves et pas plus chère que certaines originales à condition d’avoir des cadences suffisantes, les usines modernes pouvant sans mal supporter des petites séries, comme la e-Méhari (dont l’ancienne remise à neuf aurait un plus grand potentiel de vente). Aussi, je me demande, cette Jaguar a-t-elle le droit de circuler dans Paris ?

Paul

Le 18/11/2016 à 18:40

de toute façon oui… soit elle est considérée comme 1957 ou assimilé, et donc « Collection »… soit elle est considéré comme 2017, et c’est encore plus oui puisque notre amie Hidalgo n’a pas mis de critère de motorisation ou de réponse aux homologations, mais juste un critère de date… cela dit, en France, comment serait-elle homologuée ? Sûrement en version 1957, passer la Drire avec le Straight de l’époque, c’est impossible… 😉

poum

Le 18/11/2016 à 18:59

Quand on voit parfois des reconstructions plus neuves qu’à l’origine à partir d’épaves irrécupérables, on se se pose pas la question de l’authenticité.

La seule chose que l’on pourrait éventuellement reprocher à Jaguar, c’est la faiblesse de l’historicité de ces exemplaires mais niveau qualité, on ne peut qu’admirer la démarche.

A la limite, je trouve plus douteux de présenter la voiture officielle dans laquelle le célèbre pilote duchmol a gagné une célèbre course alors qu’elle pourrissait depuis 80 ans sous 3 mètres de guano au fond d’un poulailler syldave et qu’elle a été reconstruite autour des restes de l’allume cigare avec l’aide de documents d’époque (un daguerréotype à contre-jour, un crobar dégueulasse et une facturette euromarché pour un carré de vidange et deux bouteilles de valstar)

Paul

Le 18/11/2016 à 19:02

Je devrai pas, mais j’ai ris tout seul devant mon écran… surtout la référence Syldave qui prouve une certaine culture (mais le reste m’a fait rire aussi 😉 )

Wolfgang

Le 19/11/2016 à 17:58

y a pas d’allume cigare dans les bagnoles de course.

Jérôme Bohame

Le 19/11/2016 à 21:57

Ce n’est plus la Drire (ni le service des Mines), c’est la Drie en Île de France, la Dreal ailleurs. S’il tu veux en importer une, c’est FFVE et carte grise collection obligatoire si on considère qu’elle est d’époque. Si elle est de 2016, c’est un gros dossier de demande de dérogation…

pascal prévot

Le 11/12/2017 à 19:39

Personnellement, pour moi il n’y a aucune ambiguïté possible : ce sont d’authentiques voitures, valant, à la limite, même bien plus que leurs soeurs aînées. La démarche est, par ailleurs, quasi identique avec les GT40 que Superformance continue à fabriquer, identiques à plus de 90% aux tout premiers exemplaires. Ce sont d’authentique GT40 ayant la licence Saphir de l’époque. La machinerie et l’outillage sont authentiques, et même bien mieux, si pas pareils, que ceux d’origine. GM fait pareil en proposant toujours le fameux moteur L88 ZZ427 big block, remanié aux spécificités actuelles, mais ça reste un authentique chef d’oeuvre. Je lisais un commentaire sur la 964 lightweight. Je rappelle que Porsche fit signer aux 20 heureux propriétaires de cette auto une promesse de NON-immatriculation des ces voitures. Idem pour les Cobra 427. Bien AC Cars fabrique ses propres véhicules aux normes actuelles, seules les Shelby et les Superformance sont d’authentiques Cobra, et, encore une fois, même bien mieux que leurs grandes soeurs.

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