Jeep Grand Cherokee ZJ : luxueux baroudeur

Publié le mardi 25 avril 2017.
Mis à jour le dimanche 7 octobre 2018.
Retour

Janvier 1992. Une sorte de Jeep Cherokee XJ dopée aux hormones et aux angles arrondis remonte les rues de Détroit en direction du Cobo Hall, où se déroule le North America International Auto Show, entourée de motos de police. A son volant, Robert « Bob » Lutz, patron de Chrysler, et comme passager, Coleman Young, le maire de Détroit. Soudain, la voiture ralentit devant l’une des entrée du Cobo Hall, et s’engage sans problème par les escaliers, prouvant au passage ses capacités de franchissement. Une fois en haut des marches, la Jeep continue son chemin, explosant au passage une large vitre de verre pour finir ensuite au milieu de journalistes impatients de voir cette nouvelle Jeep : le Grand Cherokee ZJ (voir la vidéo en fin d’article) !

Le Concept One de 1989, qui donne déjà un aperçu du style du Grand Cherokee ZJ

5 ans après avoir acquit auprès de Renault la mythique marque de 4×4, Chrysler présentait enfin un nouveau modèle pourtant largement initié sous l’ère française. Avec le Grand Cherokee, le Cherokee trouvait là un grand frère à sa hauteur (lire aussi : Jeep Cherokee XJ), prêt à aller en découdre avec le Ford Explorer ou le Range Rover sur le marché lucratif des 4×4 « de luxe ». Mais ce grand frère devait lui aussi beaucoup à Renault, qui avait lancé dès 1983 le programme XJC – dont le développement réel commencera à partir de 1985.

En fait, ce programme devait être celui du successeur du Cherokee XJ. Après avoir interrogé des designers extérieurs, dont le français Alain Clénet qui avait lancé sa propre marque aux Etats-Unis (lire aussi : Clénet Coachworks), et Larry Shinoda (qui s’estimera volé par AMC), ce sont finalement les designers maisons qui remportèrent l’affaire avec la présentation en 1989 du Jeep Concept 1, déjà très proche de ce que deviendrait le Grand Cherokee ZJ. Avec le rachat par Chrysler, les équipes du français François Castaing réorientèrent le projet vers un complément du Cherokee plutôt qu’un successeur.

Depuis le milieu des années 80, AMC-Jeep sous l’impulsion de Renault s’était grandement modernisé et ré-organisé, offrant sur un plateau à Chrysler un outil industriel de premier ordre et de nouvelle méthodes (logiciel de conception par ordinateur, systèmes de plate-forme) dont bénéficiera bien sûr Jeep, mais aussi la marque au pentastar. Avec le Grand Cherokee, Jeep élargit son offre vers le haut en remplaçant le vieillissant Grand Wagoneer type SJ, lancé en 1962 ! Il était temps.

A son lancement, le Grand Cherokee s’offrait en trois niveaux de finitions, base, Laredo et Limited, mais un seul moteur, le L6 de 4 litres de 190 ch. Mais dès 1993, apparaissait un V8 Magnum de 5.2 litres et 225 chevaux tandis qu’une éphémère version « luxueuse » (dotée uniquement de ce moteur) voyait le jour en reprenant le nom de Grand Wagoneer (seuls 6378 exemplaires seront produits, sur la seule année 1993, ce qui en fait un vrai collector). En 1995, les versions destinées à l’export pouvaient recevoir un 4 cylindres turbo diesel d’origine VM Motori de 2.5 litres et 114 chevaux. En 1996, le Grand Cherokee recevait un léger lifting, tandis que le L6 descendait à 185 ch. En 1998, la version Limited recevra un ultime V8 gonflé à 5.9 litres et 245 ch.

Rapidement, le ZJ rencontrera un succès phénoménal gagnant de nombreux prix : Truck of the year (Motor Trend), ou bien Four wheeler of the year (Four Wheeler Magazine) entre autres, avant d’être remplacé par une nouvelle version plus moderne, le WJ (lire aussi : Jeep Grand Cherokee WJ). Entre 1992 et 1998, ce sont 1 251 473 ZJ qui sortiront des chaînes de Détroit, mais aussi de Graz en Autriche (où le Grand Cherokee était fabriqué pour l’Europe chez Steyr-Daimler-Puch, qui produisait aussi le Mercedes Classe G, lire aussi : Mercedes Classe G), de Cordoba en Argentine ou de Valencia, au Vénézuela. Une bonne moyenne pour un gros 4×4.

La rare version Grand Wagoneer produite uniquement en 1993

Aujourd’hui, s’offrir un ZJ c’est s’assurer de prestations haut de gamme, de gros moteurs et de capacités de franchissement hors norme pour des tarifs encore relativement modestes. L’idéal : trouver un rare Grand Wagoneer, une version Limited 5.9 de 1998, une série spéciale Orvis (15 094 exemplaires) voire une version d’apparence plus sportive dénommée TSI.

Le concept Grand One de 2017

Aujourd’hui, la 4ème génération de Grand Cherokee (WK2) fait toujours partie de la gamme Jeep, un tout-terrain que Boîtier Rouge a pu tester récemment et dont l’essai paraîtra sous peu. Mais cette année, pour célébrer les 25 ans du Grand Cherokee, Jeep a présenté le concept Grand One, un Laredo de 1993 remis au goût du jour par de subtiles retouches esthétiques ainsi que de nouveaux trains avant et arrière.

Pour voir la vidéo du lancement du Grand Cherokee en 1992 à Détroit:

Articles associés

12 commentaires

GeoffGarit

Le 25/04/2017 à 17:14

Conçu pour remplacer le XJ, il sera finalement arrêté 3 ans avant le « petit » Cherokee 😀

Et si Renault avait conservé AMC, aurait-on eu le même ZJ ? Je pense que oui, puisqu’il est dû aux équipes AMC et à François Castaing, mais je m’égare à vouloir ré-écrire l’histoire

Quoi qu’il en soit, comme d’habitude un très bon article, et la vidéo de présentation, le grand show à l’américaine xD

fc30

Le 25/04/2017 à 20:30

Effectivement, très bon article, comme d’habitude… et le maintien de nos constructeurs aux Etats Unis serait un bon sujet d’uchronie.

Quentin

Le 25/04/2017 à 20:32

Le seul problème pour Renault aurait de trouver un V8… Il aurait fallut revoir un bloc AMC comme ils avaient fait pour le 6 cylindre, ou l’acheter ailleurs, comme le premier V6 du XJ. Au fait, un petit détail : si vous regardez bien la vidéo de présentation, vous remarquerez que ce n’est pas le véhicule qui casse la vitre, il y avait en fait des micro charges explosives.

Eddy123

Le 25/04/2017 à 21:30

Effectivement le manque de puissance aurait été un frein. ..
Il aurait p’t être été obligé de booster le prv avant …. cela n’aurait pas été un mal…

fc30

Le 26/04/2017 à 18:08

Oui le PRV aurait été trop juste, peut être qu’en le sortant en V8 comme prévu initialement… Et je pense qu’à terme la fabrication sur place des moteurs aurait été incontournable (il me semble que toutes les Alliance / Encore avaient des moteurs Cléon ou F fabriqués en France).
En tout cas, la perspective de tels débouchés aurait sûrement motivé nos constructeurs à persévérer dans les grosses motorisations.

Eddy123

Le 26/04/2017 à 18:39

Oui le groupe motopropulseur des Encore/Alliance venaient de France..
Idem pour la Premier. … A moteur V6 PRV. … Donc pas impossible pour le Grand Cherokee. ..

Eddy123

Le 25/04/2017 à 20:30

Curieusement, je me rappelle de cette vidéo qui était passé à la télé. …
Déjà féru d’auto, mon père m’avait dit que c’était un bébé bêtement perdu par Renault… Un cousin à lui, ingénieur chez Renault (il bossait sur la platforme du (à l’époque ) futur Master, dont ils avait des soucis) lui avait déjà parlé du futur grand Cherokee. .. Il en était malade….. Il savait déjà qu’il aurait du succès. ..

Fernagut

Le 12/09/2018 à 21:12

J’ai possédé 4 Cherokee puis le grand Cherokee TSI (4×4 intégral et moteur VM) en 229000kms je n’ai eu qu’un arbre de transmission avant à changer, sa tenue de route était agréable car facile d’anticiper et volontiers sur-vireur ce qui est sécuritaire. Ses successeurs ne m’ont pas plu et je suis passé au Touaregs qui sont confortables mais pas du tout amusants car sous-vireurs et pas « agiles ». J’ai quand même gardé un de mes Cherokee qui à présent à 25 ans nous nous promenons toujours dans les bois avec de belles charges de buches dans la remorque. Jamais je ne le vendrai❤️!

Michel

Le 26/04/2017 à 18:43

Çà c’est de la démo produit ! (la vidéo)

Maxence006

Le 12/08/2017 à 02:19

Ce Grand Cherokee a été un véritable coup de coeur pour moi. Il était innovant par rapport à son positionnement : il représentait vraiment le 4×4 de luxe tout en élégance et en discrétion (rien à voir avec le côté ostentatoire du Range rover). Les années passent et je trouve qu’il ne se demode pas. Peut-être est ce le fait de l’avoir tant vu dans les séries et films américains? Ou peut être qu’il est simplement très réussi, et donc intemporel?
Les Grand Cherokee qui ont suivis sont pour la plupart été reussis (en particulier le WJ et l’actuel), mais je regrette qu’avec le temps il ait perdu sa compacité et le tableau de bord à casquette.
Quoi qu’il en soit Jeep reste une de mes marques auto préférée, et cela risque de perdurer vu le bon boulot que fait (et qu’a fait) FCA : Renegade, nouveau Compass, bientôt nouveau Wrangler et renaissance du Wagoneer.

MIROU

Le 18/03/2018 à 08:26

Le mien et de 1999, avec moteur VM de 2,5 litres, je roule toujours avec !

Franck

Le 07/10/2018 à 14:18

Pour remplacer mon XJ 4.0 phase 2 vendu trop vite je me suis intéressé au ZJ. Je dois dire qu’après l’essai d’un beau V8, noir jantes or, j’ai été à deux doigts de sortir mon carnet de chèque pour 5000€… et puis rien, le chéquier est resté dans ma poche. Il y a dans le dessin de cette voiture une inélégance que n’arrive pas à déterminer. Un jugement de valeur de ma part sans réel fondement, mais qui fait que même aujourd’hui, les rares que je croise, je me dit, non, je ne peux vraiment pas.
Je pense que la comparaison avec la classe un Range 1st generation y est pour beaucoup.
En revanche sont petit frère XJ en phase 2, j’aimerais bien y retourner un jour. On n’en voit malheureusement plus un seul en vente.

Laisser un commentaire