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Jensen 541 : retour aux affaires

Lundi 28 janvier 2019
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Avant la guerre, la petite firme de West Bromwich fondée par les frères Alan et Richard Jensen avait connu un certain succès grâce à des voitures de luxe mêlant style à l’anglaise et motorisations américaines (V8 Ford ou Nash). Elle restait cependant un petit constructeur. Il faudra attendre les années 50 pour voir un modèle de la marque connaître une diffusion un peu plus large, la Jensen 541, qui donnera naissance à une lignée fameuse comprenant la CV8 mais surtout l’Interceptor (et sa fameuse version FF).

Les frères Jensen créèrent leur entreprise sur la base d’une carrosserie industrielle appelée Carters Green dont ils prirent les rênes en 1934 et à laquelle ils donnèrent finalement leur nom : Jensen Motors était née mais l’activité essentielle restait la production de carrosserie de camions. Rapidement, la passion de la mécanique et des belles carrosseries les conduisit à se lancer dans une petite activité automobile, en transformant en coupé ou cabriolet des Morris, Triumph ou Wolseley. Ils s’attaquèrent aussi à des châssis Ford à moteur V8 (d’origine américaine mais produits à Dagenham, dans la banlieue ouest de Londres, au bord de la Tamise).

Des utilitaires aux GT d’exception

Ces Ford transformés établiront leur réputation lorsque Clark Gabble en commanda un exemplaire. Dès lors, les modèles Jensen S-Type puis H-Type (dont les châssis étaient spécifiques) allaient s’équiper de moteurs américains. Les frères Jensen proposèrent rapidement un moteur plus efficace, un V8 Nash. Succès d’estime mais l’activité principale restait l’industrie utilitaire, sous la marque JNSN. La guerre renforça encore un peu cette dépendance puisque Jensen dut produire des ambulances mais aussi des tourelles de chars pour participer à l’effort de guerre.

En 1946, le marque relançait sa production d’automobiles avec la PW (Post War) équipée d’un V8 Meadows puis Nash. Cette voiture allait être à l’origine d’une collaboration avec le groupe BMC de façon amusante : en 1947, Austin présentait une A135 Princess ressemblant étonnamment à la PW. Plutôt que de rentrer dans une longue bataille judiciaire, les frères Jensen prirent la décision de négocier avec Leonard Lord, le patron de BMC : la fourniture du 6 en ligne Austin contre l’absence de poursuites. Cet échange de bons procédés permit à Jensen et BMC d’entretenir d’excellentes relations. En 1949, le petit constructeur de West Bromwich obtenait la fabrication des carrosseries de l’Austin A40 Sport, un petit cabriolet. La même année sortait l’Interceptor première du nom dotée du fameux L6 Austin.

La Jensen Interceptor, première du nom (en haut) et le Tempo, produit sous licence sous le sigle JNSN

Tout au long des années 50, la production de camions (le Jen-Tug, puis le Tempo sous licence), de bus (le JLP) ou d’automobiles pour le compte de tiers (Austin Champ entre 1951 et 1956, puis le Gipsy à partir de 1958) continuait d’être le coeur de l’activité de l’entreprise, pourtant, les frères Jensen entendaient persister dans l’automobile haut de gamme. Malgré les faibles ventes de la PW (moins de 20 exemplaires) ou de l’Interceptor (88 exemplaires seront fabriqués entre 1949 et 1957), il fut décidé de persévérer avec la 541, un coupé au style affirmé.

La 541, première d’une lignée de GT

Depuis 1946, Jensen employait un designer du nom d’Eric Neale, un ancien de Mulliners et de Wolseley. Celui-ci offrit à Jensen un dessin particulièrement séduisant, rappelant celui de la Mercedes SL (W121) parue la même année, en un peu plus gros. Concernant la 541, il s’agissait d’une GT 4 places et non d’un roadster. Sous le capot, on trouvait le 6 en ligne Austin (3 carburateurs SU) de 4 litres développant 135 chevaux. Plus légère que l’Interceptor (1 220 kg contre 1 370, grâce à sa carrosserie en fibre de verre et ses portes en aluminium), elle atteignait sans peine les 175 km/h. Cette fois-ci, les frères Jensen tenaient un best-seller (à leur échelle). Jusqu’alors, jamais ils n’avaient disposé d’un modèle susceptible d’être fabriqué à plus d’une dizaine d’exemplaires par an. Avec la 541, le petit constructeur britannique prenait une nouvelle dimension.

En 1957, tandis que l’Interceptor terminait sa carrière, la 541 devenait Deluxe, en échangeant ses freins à tambour contre des disques. Cette même année sortait la 541R, une version plus performante encore : son L6 désormais à double carburateur offrait 150 chevaux et une vitesse de pointe de plus de 200 km/h. Son châssis maison était encore renforcé pour plus de sportivité.

En 1960, la 541S prenait le relais des 541 Deluxe et R. Sensiblement élargie (notamment pour accueillir un différentiel à glissement limité Salisbury), elle devait pouvoir accueillir un V8. Des tests furent effectués avec des V8 Chrysler ou Chevrolet, sans succès. La 541S se contenta donc du L6 Austin, mais proposait en option une boîte de vitesses automatique à 4 rapport Rolls-Royce Hydramatic. Elle sera remplacée en 1962 par la CV8 qui recevra la primeur d’un V8 sous le capot, tout en reprenant nombre de caractéristiques de la 541S. Entre temps, Jensen était devenu le sous-traitant de Volvo, produisant le coupé P1800 entre 1960 et 1963 dans ses ateliers de West Bromwich. La production sera finalement rapatriée en Suède en raison d’une qualité de fabrication inférieure au cahier des charges.

Originalité et distinction britannique

Au total, 546 exemplaires de la 541 furent fabriqués entre 1953 et 1963 : 226 de la première série (Deluxe comprise), 193 en version R et 127 en version S. Même si les volumes restaient modestes, jamais Jensen n’avait produit autant de voitures. La CV8 allait encore accentuer cette montée en puissance et l’Interceptor II enfoncer le clou. Aujourd’hui, les 541 restent relativement abordables car plutôt méconnues : selon les modèles, elles cotent entre 27 500 et 32 000 euros selon LVA (2018).

A ce prix-là, vous disposez d’une voiture particulièrement originale, à la ligne typique des années 50 mais relativement moderne tout de même, avec ce charme si britannique qui vous donne l’impression d’appartenir à un autre monde, fait de classe et de distinction. Rouler en Jensen, c’est déjà pas banal, mais l’Interceptor devient presque trop connue : la 541, elle, vous classera définitivement dans la catégorie “fou furieux” et c’est avec plaisir que vous vous laisserez cataloguer de la sorte.

Caractéristiques techniques

CLASSIC

Jensen 541

1953 - 1963

Motorisation

Motorisation 6 cylindres en ligne Austin
Cylindrée 3 990 cc
Alimentation 3 carburateurs SU
Puissance 130 ch à 3 700 trs/min
Couple 284 Nm à 3 700 trs/min

Dimensions

Longueur 4 521 mm
Largeur 1 600 mm
Hauteur 1 346 mm
Poids à vide 1 372 kg

Transmission

Roues motrices Arrière
Boite de vitesses BVM à 4 rapports

Performance

Vitesse max 187 km/h
0-100 km/h
Production 546 ex

Tarif

Cote 2018 (LVA) 27 000 à 32 000 euros

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