Kia Stinger: ambition et prudence pour une montée en gamme

Publié le vendredi 20 janvier 2017.
Mis à jour le vendredi 21 juin 2019.
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Aller à la présentation d’une nouvelle voiture, c’est toujours enthousiasmant, même si la voiture en question a déjà fait son apparition quelques jours plus tôt de l’autre côté de l’Amérique. Faire partie des premiers à la voir créé toujours un petit lien affectif, surtout quand elle est plutôt réussie (à première vue), et qu’elle inaugure des choses intéressantes chez un constructeur qu’on a pas l’habitude de voir sur ce terrain là. C’est donc à Milan que je suis allé découvrir la Kia Stinger, un coupé 4 portes plus qu’une berline qui compte bien positionner la marque coréenne un cran au dessus de son image actuelle.

Ecouter ses confrère est toujours intéressant : beaucoup s’étonne de cette montée en gamme de Kia, comme si c’était une nouveauté. Voilà pourtant longtemps que, sur d’autres marchés (et parfois le nôtre), Kia offre des berlines d’un certain standing… C’est parfois surprenant d’ailleurs, comme à la fin des années 70 où la Peugeot 604 était fabriquée sur ses chaînes en CKD pour le marché coréen (lire aussi : Kia 604)… Ou bien quand Kia présentait l’Opirus en 2003, avec cette étrange calandre et son allure un peu pataude. Parfois, c’est plus réussi, comme les dernières K9 (ou K900 pour le marché américain), grandes berlines « à la Lexus ».

La K9 (ou K900 aux USA) installait déjà Kia sur le marché du premium

La nouveauté de cette Stinger, c’est surtout son look résolument sportif, du au centre de design européen de Kia et au français Grégory Guillaume (qui présentait justement la Stinger à Milan pour en expliquer les lignes). N’étant pas (encore) légitime sur ce créneau de la grande berline sportive, Kia s’est contenté de jouer une recette connue : assimiler ce qui existe déjà pour en ressortir une voiture séduisante mais pas révolutionnaire, à l’instar d’Audi dans les années 80 (et notamment la V8, lire aussi : Audi V8), une stratégie prudente mais intelligente, histoire de se donner le temps « d’éduquer » la clientèle. Alors oui, il y a du Audi, du Jaguar, du Mercedes, parfois même du Holden sur certains détails (lire aussi : Holden), mais il faut reconnaître que l’ensemble fonctionne bien. Le concept GT de 2011, qui l’inspire, était plus osé, mais il aurait du nous mettre la puce à l’oreille.

La Kia GT Concept de 2011 préfigurait la Stinger de façon plus originale

L’autre nouveauté, c’est que le ramage est en adéquation avec le plumage : sous le capot, la plus forte motorisation, un V6 Biturbo de 3.3 litres offre tranquillou ses 370 ch, disponibles en transmission intégrale mais aussi en propulsion. Comme Alfa (avec sa Giulia, lire aussi : Alfa Romeo Giulia), Kia a bien compris que pour au moins survivre – à défaut d’exister – sur ce marché là, il fallait offrir un vrai tempérament sportif. Or aujourd’hui, c’est le grand renouveau de la propulsion, censée distiller plus de plaisir. Au côté de cette version haut de gamme, on trouve aussi un 4 cylindres Turbo plus modeste, avec 255 ch tout de même. Et puis, même si l’on sent que le marché cible est plutôt celui des Etats-Unis (c’est pas un hasard si la Stinger a été présentée à Détroit en avant-première), Kia s’est dit qu’elle pourrait bien séduire des clients européens encore un poil adeptes du diesel. Hop, c’est un tout nouveau 2.2 litres turbo D de 2.2 litres et 200 ch qu’on met sous le capot. Après tout, même si Kia n’a pas encore vraiment d’image à ce niveau de gamme en Europe, la garantie 7 ans et le design valorisant peut lui permettre de convaincre quelques clients adeptes de la différence et de l’originalité.

Malgré quelques difficultés financières dans les années 90 qui l’ont fait passé dans le giron de son compatriote Hyundai, l’ex-Asia Motors devenue Kia a toujours eu de l’ambition. Dans le sport avec la Kia Elan, version coréenne de la Lotus éponyme, vendue à près de 1000 exemplaires entre 1996 et 1999 (lire aussi : Kia Elan), mais aussi dans le véhicule de loisir avec le Sportage, petit SUV astucieux, bien positionné, qui avait su séduire en son temps pas mal de clients dès 1994, à une époque ou d’autres constructeurs venus du Pays du Matin calme en était encore à grimer des Opel Kadett, comme Daewoo (lire aussi : Daewoo Nexia « Le Juste Prix »).

A l’intérieur, les codes sont respectés et le design, classique, de la planche de bord, est valorisant. Comme à l’extérieur, le sérieux a été privilégié à l’audace, même si c’est un peu tristoune. On est pas encore tout à fait au standard des « premiums » allemands ou même anglais ou suédois, mais la Stinger « fait le job » comme on dit. Les fous furieux de la finition ne s’en satisferont pas, les gens normaux trouveront ça tout à fait correct.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec la Stinger, Kia montre son ambition, et sa capacité à oser défricher des marchés sans jouer les l’originalité à tout prix, cette fameuse originalité qui a souvent coûté cher à nos constructeurs nationaux (Citroën C6 ou Renault Vel Satis par exemple). En reprenant les fondamentaux (ligne sportive mais classique, moteurs puissants, propulsion), en investissant le marché avec modestie, la Stinger prépare le terrain. Qui aurait cru que Toyota, avec Lexus, irait conquérir une grosse part du gâteau aux USA (lire aussi : Lexus LS400) ? Et quelle image aura Kia dans 10 ans ? La Stinger en tout cas montre le chemin, et les ambitions de Kia qui, ne l’oublions pas, est l’une des deux marques d’un poids lourd de l’automobile !

 

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21 commentaires

Herres

Le 20/01/2017 à 20:17

Ce qui saute aux yeux :
– l’arrière fait très british, et le petit trait rouge complètement détaché du dessin des feux manque cruellement d’intérêt, utilité et esthétisme.
-La calandre et feux semblent tout droit sorti d’une série 6 un peu photoshpée.
-Le tableau de bord est tout simplement emprunté à Mercedes

En fait cette voiture serait chinoise tout le monde crierait à la vulgaire copie… Mais c’est Kia, on a oublié qu’ils étaient les chinois de l’automobile avant.

Miss280ch

Le 20/01/2017 à 20:33

J’espère qu’elle sera visible à Geneve, elle m’intrigue 🙂

Navigator84

Le 21/01/2017 à 17:06

Normalement oui elle devrait y être présentée.

philippe

Le 20/01/2017 à 21:24

Plutôt bien dessinée. On ne comprend pas le positionnement relatif des marques Hyundai et Kia, pas plus Premium l’une que l’autre finalement.
En France, Allemagne ou Italie l’image de marque est importante, bien que présentes depuis plus de 10 ans sur le marché, bénéficiant de 7 ans de garantie et présentant des prestations à la hauteur de la concurrence les Coréennes ne percent pas sauf peut-être sur le marché du SUV. Nissan et Toyota d’ailleurs ne font pas beaucoup mieux.
Par contre sur le marché US une Hyundai ou une Kia vaut une Toyota et plus qu’une Buick ou une Ford.

Henri

Le 21/01/2017 à 01:14

Coupé 4 portes: il y avait les Jaguar XJ6, les 5 premières générations (Série 1, Série 2, Série 3, XJ40, X300).

philippe

Le 21/01/2017 à 10:18

Exact, ce que l’on aurait aimé pour la XF phase 2 qui ressemble désormais à une Honda Accord 1995 !

Girling

Le 21/01/2017 à 09:18

Le trait rouge du feu AR intègre certainement le répétiteur d’aile AR imposé aux US

Wolfgang

Le 21/01/2017 à 10:42

Elle est pas mal du tout.

Alain

Le 21/01/2017 à 12:57

Que le style est lourd… Que la face avant est torturée… Que l’arrière est tarabiscoté…
L’idée est louable, essayer de venir titiller les constructeurs prémium.

Le tableau de bord semble moins « navette spatiale » que la Cee’d que j’avais précédemment et cet intérieur semble plutôt pas mal. Je ne m’inquiète pas de la finition, la qualité perçue non plus… D’ailleurs la comparaison finition/qualité perçue avec mon actuelle Octavia est largement à l’avantage de la Koréenne, mais ce ne sont pas les plus gros reproches que je faisais à mon ex voiture, c’est plus la relative sous-motorisation. 1.6 CRDi 128ch en BVA, pour trainer quasi 1500 kgs, c’est plus que léger.

Maintenant Kia fait du très beau design (Cee’d/Rio/Sportage etc…), cette Stinger est un peu trop « m’as tu vu », pour un constructeur n’ayant pas encore la légitimité sur ce créneau et risque de refroidir nombre de potentiels clients, qui sont plus habitués à un style consensuel avec l’Audi A5 Sportback par exemple.

Ceci dit, au moins, il y a un constructeur qui ose ce que les Français refusent toujours… un véhicule de niche, ne générant pas de gros volume, mais tirant l’ensemble d’une gamme vers le haut.

J2M

Le 21/01/2017 à 15:28

J’ai croisé une limousine Equus à Montparnasse il y a quelques temps. Une voiture d’ambassade noire intérieur gold.
C’est vraiment impressionnant.
Les coréens comme les japonais, font plus que maîtriser les processus industriels.
Arrêtons de les considérer avec condescendance. Ils savent tout faire, et ça aussi !

philippe

Le 21/01/2017 à 18:02

Cela fait longtemps qu’on ne les regarde plus avec condescendance vu qu’ils sont en train de détrôner Toyota en tant qu N°1 mondial !
Maintenant on peut se dire que sans les apports de Mitsubishi et Mercedes (qui en a revendu les 25% qu’il détenait en 2009 pour sauver les meubles après la crise) ils n’auraient pas acquis la technologie qu’ils maîtrisent.
Il a fallu un gros effort en terme de qualité perçue à l’usine Renault de Valladolid pour que le QM3 puisse se vendre sur le marché coréen dont les exigences sont désormais bien plus élevées que celles ds Européens.

Quentin

Le 24/01/2017 à 00:04

Ce ne serait pas de Sangyong dont vous parlez? Car eux ont eu assurément des liens avec Mercedes, Hyundai j’en doute.

philippe

Le 24/01/2017 à 05:54

Je viens de vérifier Daimler-Chrysler a détenu 10% de Hyundai de 2000 à 2004 (je me suis trompé ce n’est pas 25 et pas 2008).
Ssangyong a longtemps acheté des plateformes et des moteurs à Daimler mais appartient à Mahindra et Mahindra.depuis fin 2010 après avoir appartenu à SAIC conglomérat chinois.

Quentin

Le 24/01/2017 à 20:10

C’est drôle, cela signifie que la Kia Opirus (vulgaire copie de Classe E) a été conçue pendant que Mercedes était au capital. On en apprend tous les jours.

philippe

Le 24/01/2017 à 23:07

Copie de on ne sait quoi mais ce n’est pas un problème.
Mercedes est allié avec BYD qui produit une sorte de SLK matiné de cabriolet Mégane en Chine.
Ces véhicules ne sont pas concurrents hors marché domestique, et sur marché domestique ils ne sont pas concurrents non plus pour cause déficit d’image.

Totor

Le 23/01/2017 à 08:28

Enfin un nouveau modèle qui n’est pas un SUV/SAV/Crossover/Monospace surélevé !

Une jolie berline, moteur puissant et en propulsion, cela faisait longtemps que je n’avais plus envie de dire : « Take my money and shut up ! » Cela pourrait être une bonne alternative moins chère aux BMW (328/335i ou versions gran coupé) et à la nouvelle Alfa (dont la fiabilité fait toujours peur…).

D’ailleurs une idée des fourchettes de prix ?

Paul

Le 23/01/2017 à 08:32

Kia n’a pas annoncé de tarif, ni en conférence de presse, ni dans son communiqué, mais il est fort probable que le tarif sera « concurrentiel » comme ils disent 😉

philippe

Le 23/01/2017 à 08:50

Si l’on regarde la gamme actuelle Hyundai/Kia ils n’ont plus d’avantage compétitif en terme de prix sur le marché européen.
Déficit d’image sans avantage compétitif il y a peu de chance qu’ils percent ici, contrairement aux US où ils ont monté une usine.
Cf le Veloster sur le marché français .. Ou la Genesis !

Quentin

Le 24/01/2017 à 00:02

Au moins, ils essaient, et ils font ça bien en attaquant frontalement, avec les mêmes ficelles que les marques premiums qui marchent, plutôt que de s’afficher en alternative décalée ce qui reviendrait à admettre une sorte d’infériorité (cf C6). Autre raison de se réjouir : regardez la voiture ! Effilée, dynamique, agressive, avec un ramage à la hauteur du plumage pour une fois (V6 et propulsion). Presque l’antithèse de ce que les écolos nous proposent comme voiture d’avenir, et rien ne pourrait faire plus plaisir à l’amateur à l’heure où même les marques allemandes imposent de monter fortement en gamme pour bénéficier de mécaniques nobles.
Précision: le 2.2 d n’est pas inédit, on le retrouve sur les Santa Fe/Sorento, même s’il sera possiblement amélioré pour s’adapter à un tempérament plus sportif.

philippe

Le 24/01/2017 à 06:03

La montée en gamme imposée pour bénéficier de 6 voire 8 cylindres n’est pas qu’Allemande. C’est vrai pour les Italiennes (Alfa) et les Anglaises (Jaguar) également.
Le downsizing est général, cf le 3cyl 1.0 Ford de 125cv ou les 4cyl 350cv Focus RS/Mustang.
On dit qu’avec le cycle WLTC le downsizing perdrait de son intérêt …

Quentin

Le 24/01/2017 à 07:41

Je confirme, et j’ajouterai même les suédoises qui ne s’y sont jamais trop risquées, Volvo se limite même à des 4 cylindre désormais. Seulement, certains croient encore qu’en Allemagne, pays supérieur et merveilleux etc, les gros moteurs sont disponibles de suite en montant un peu en gamme (alors que chez Mercedes et BMW pour 60 000 € t’as plus rien).
Le cycle WLTC va probablement figer ou rehausser un peu les cylindrées en théorie, mais ne poussera ni les architectures nobles (plus de frottements, d’encombrement…) ni le retour à l’atmo (le turbo augmente le rendement en récupérant un peu d’énergie balancée dans l’air et élargit la plage d’utilisation). Même Mazda (CX-9) et Honda (Civic) s’y convertissent…

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