Kia Stinger GT : la bonne surprise

Publié le vendredi 6 octobre 2017.
Mis à jour le mercredi 17 octobre 2018.
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Francfort, septembre 2011. Le constructeur coréen Kia, filiale du groupe Hyundai, présentait alors à la presse et au public un concept-car étonnant dénommé GT, préfigurant une grande berline dynamique originale, au style résolument moderne. Il faudra patienter six années pour voir la GT devenir réalité sous le nom guerrier de Stinger.

La Kia GT Concept de 2011

Après la présentation statique de la Stinger à Milan en début d’année (lire aussi : présentation Kia Stinger), l’heure est aujourd’hui aux essais internationaux. Le nouveau flagship de Kia intrigue et le gratin de la presse ou de l’internet automobile a répondu présent pour prendre enfin en main la Stinger. Le style est alléchant, la fiche technique aussi, alors forcément, tout le monde a hâte d’en prendre le volant.

Si la voiture est construite en Corée, elle a été développée en Allemagne où se trouve le bureau de style européen de Kia mais aussi le fameux circuit du Nürburgring et sa boucle nord (Nordschleife) qui a servi à mettre au point suspension et tenue de route de la Stinger. Côté technique, c’est Albert Biermann, directeur du développement des modèles hautes performances de Kia qui s’est penché sur la Stinger. L’homme a fait quasiment toute sa carrière chez BMW, et particulièrement chez Motorsport (M), où il s’est notamment occupé de l’E30 M3 Groupe A, de la Z1 (lire aussi : BMW Z1), des M3 E46, M5 E39, et des dernières M3 et M4. Vous l’aurez compris, il s’agit d’une belle prise pour Kia qui montre ainsi ses ambitions.

Côté design, cocorico, c’est un français qui s’y est collé. Grégory Guillaume, chef du design de Kia Motors Europe, a travaillé sur la Stinger, supervisé par Peter Schreyer, chef du design mondial de la marque. Les deux hommes se connaissent bien puisqu’ils viennent tous deux de chez Audi et Volkswagen. Avec ces deux-là, et Biermann, le message est clair : Kia n’est pas là pour rigoler et entend proposer une voiture performante et stylée sur un marché dominé par les marques premiums allemandes.

La Stinger n’est donc pas là pour faire de la figuration. Certes, en France, les ambitions sont mesurées comme me le précise Marc Hedrich, directeur général de Kia France. Aucun objectif de volume n’est mis en avant, il s’agit avant tout d’un véhicule d’image. Pour distribuer la Stinger, les concessionnaires doivent avoir suivi une formation spécifique au produit (et avoir testé la voiture), et disposer d’au moins un véhicule de démonstration. Un peu plus d’une centaine de points de vente seulement pourront donc distribuer la Stinger à partir de mi-novembre 2017. Et si la marque ne s’est pas fixée d’objectifs chiffrées (« peu importe qu’on en vende 50 ou 500 par an » précise Gaël de Beauchesne, directeur Marketing Kia France), il se pourrait qu’elle surprenne avec cette Stinger originale.

Avec la Stinger, Kia est entrée dans une nouvelle ère : transformer son image pour être reconnue comme une marque à tendance sportive dans la décennie 2020. Une ambition matérialisée par cette grande berline, première marche d’une stratégie ambitieuse, et pour bien nous le faire comprendre, c’est directement sur circuit qu’est faite la première prise en main, dans sa configuration GT disposant du V6 3.3 litres bi-turbo de 370 chevaux, ses 4 roues motrices et ses freins Brembo. Et force de constater dans la première ligne droite que ça pousse fort dans un beau bruit de V6. Certes, avec un 4,9 secondes au 0 à 100 km/h, la Stinger n’est sans doute pas la plus performante, mais là n’est pas la question : le plaisir de conduire est réellement là, les sensations aussi.

Dans les virages, la direction est précise, mais tout à coup les kilos de la belle se font sentir : avec 1909 kg sur la balance, l’embonpoint jusque là camouflé par une ligne svelte se rappelle à votre bon souvenir (pas d’alu ni de carbone pour la carrosserie, que de l’acier, Hyundai étant aussi un métallurgiste d’envergure mondiale). Heureusement, les freins Brembo freinent fort et bien. Quelques tours sur la piste suffisent en tout cas à démontrer les capacités de la Stinger. Ce n’est pas une pistarde pure, mais elle reste capable de vous donner du plaisir à un rythme très soutenu et c’est bien l’essentiel.

De toute façon, le message est clair : la Stinger ne s’attaque pas à des voitures type Audi RS5/RS7 ou BMW M3/M4/M5, mais plutôt à leurs déclinaisons « haut de gamme » puissamment motorisées, dans la zone des 300 à 400 chevaux (ce qui n’est déjà pas mal). Avec 370 chevaux, la GT n’est pas la plus mal placée, et sur la route, elle distille un plaisir de conduire et d’appuyer sur l’accélérateur non négligeable alors que l’aseptisation gagne bien des véhicules. Stable, sécurisante, puissante et agile, la Stinger rend une copie propre à défaut d’être parfaite.

Côté style, on retrouve la tendance « fastback » en vigueur aujourd’hui dans le premium qui permet d’accentuer le dynamisme du véhicule. La Stinger est assez étonnante car si l’ensemble paraît cohérent avec une ligne originale et personnelle, elle semble un patchwork de nombreux modèles lorsqu’on l’observe dans le détail. Il y a un peu de Jaguar XF, de Maserati Ghibli, ou de BMW selon l’angle de vue, des gimmicks dans les détails qui rappellent d’autres modèles sans qu’on arrive vraiment à les identifier mais qui une fois assemblés donnent un tout cohérent et surtout valorisant. Lors de nos nombreux arrêts photo, la Stinger a, à chaque fois, suscité l’admiration ou la curiosité des passants. A son volant, on finit par oublier le logo Kia qui jusqu’à présent faisait un peu roturier et se croire dans une voiture plus noble. C’était le but, il semble atteint : rehausser l’image de la marque Kia avec un véhicule emblématique.

La marque coréenne n’avait pas, jusqu’à présent, de vraie grande berline haut de gamme en Europe. En Corée ou aux Etats-Unis, Kia propose une grande berline sous les noms de K900 ou K9 suivant les pays, mais sans ambitions sportives et dynamiques. Si en France les ventes seront sans doute modestes (surtout dans cette version V6 3.3 Biturbo vendue 59 900 euros sans compter un malus actuel de 10 500 euros qui pourrait bien augmenter dès janvier 2018), la Stinger pourrait bien créer la surprise dans certains pays européens (et pourquoi pas l’Allemagne) mais surtout aux Etats-Unis (sans compter la Corée).

En France, pour tenter de faire malgré tout un peu de volume, une offre plus « traditionnelle » est aussi proposée : un 4 cylindres 2.2 litres Turbo Diesel de 200 chevaux disponible en propulsion ou 4 roues motrices. Sur d’autres marchés, on trouvera aussi un 4 cylindres Turbo essence 2.0 litres de 255 chevaux, en propulsion ou 4×4, modèle non retenu en France. Ailleurs encore, la V6 sera disponible en propulsion simple, un choix là encore non retenu en France, où l’on préfère une offre claire et simplifiée avec trois niveaux de finition (GT Line, GT Line Premium, et GT – réservée à la V6 –).

Avec 200 chevaux, version diesel perd le son du V6, le dynamisme et la sportivité (170 ch de moins, ça compte), mais son poids descend un peu (1778 kg en propulsion, 1849 en 4×4). Certes, il y a du couple, mais les performances baissent sensiblement, avec 230 km/h de vitesse de pointe (contre 270 pour la GT), et un 0 à 100 km/h effectué en 7,6 secondes : une version qui séduira les gros rouleurs ou les entreprises souhaitant conserver un design original tout en restant dans les clou niveau consommation et fiscalité. Tous les modèles disposent de la même boîte automatique à 8 vitesses qui, sans être un foudre de guerre, s’avère globalement réussie, suffisamment en tout cas pour profiter de la puissance du V6.

A l’intérieur, c’est plutôt bien ficelé, sans faute de goût, et bien assemblé. Malgré la présence de plastiques parfois un peu cheap, les matériaux sont globalement agréables au toucher, l’ergonomie est bonne, et tout tombe sous le sens. C’est d’inspiration germanique, et finalement, c’est ce que l’on fait de mieux aujourd’hui. Autant l’extérieur joue la carte de l’originalité, autant l’intérieur cherche à choquer le moins possible.

Après avoir sillonné Majorque à son bord, chatouillé les hautes vitesses, freiné fort, tourné vite et parfois sauté quelques bosses, que reste-t-il de cet essai ? A ceux qui se posaient la question, c’est une voiture très Boîtier Rouge : d’une part parce que sa diffusion sera certainement confidentielle, mais surtout parce qu’elle représente une proposition originale et décalée sur le marché qui pourrait séduire les amateurs de distinction automobile : ces gens qui justement pouvaient acheter une Saab il y a quelques années. Amusante à conduire et performante dans sa version GT, elle est largement suffisante pour un tarif raisonnable malgré son malus, d’autant plus que sa ligne originale lui permet de sortir du lot. Surtout, elle semble représenter une première marche historique vers le nouveau Kia, à l’image de ce qu’a pu être la V8 pour Audi à la fin des années 80 (lire aussi : Audi V8).

Certains diront qu’une telle voiture risque de perdre beaucoup de valeur à la revente en comparaison des allemandes : c’est vrai, même si c’est compensé par la fameuse garantie 7 ans ou 150 000 km offerte par Kia. Mais n’oubliez pas qu’une voiture c’est aussi un choix et que défendre ses convictions se paie aussi. Décider de rouler « différent » a un prix mais c’est celui qu’il faut payer pour avoir le plaisir de voir des modèles hors-normes, exotiques, différents et qui vont à l’encontre de la tendance générale à l’audisation de la société. A vous de voir !

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16 commentaires

molodoï

Le 06/10/2017 à 08:57

De qui sont les photographies ? Les crédits n’apparaissent jamais nulle part.

Paul

Le 06/10/2017 à 08:59

De moi tout bêtement

molodoï

Le 06/10/2017 à 20:06

Ah oui, vu en photo numéro 5 ! : )

Pour les extérieures, car pour les deux d’intérieures, le matériel semble autre.

Finalement, même un téléphone portable moyenne gamme, les photos sont réussies, avec de bonnes couleurs !

24heures

Le 06/10/2017 à 09:57

Très belle auto qui fait du bien dans le paysage actuel de plus en plus SUVisé…

Rubinho

Le 06/10/2017 à 10:07

Surement une bonne auto, mais mon impression est comme pour la Megane actuelle : c’est un mix d’un peu tout et au final, je trouve le résultat pas forcement à la hauteur de ce qui est annoncé sur le papier.
Et pour moi l’originalité vient plus du logo sur ce segment de gamme (je parle pour l’Europe uniquement, car on ne peut pas dire que les Opirus, Magentis… aient laissé de grands souvenirs) ; le concept fastback est actuellement repris par tous les constructeurs et moultes nouvelles propositions du même type existent ou vont etre présentées dans le premium ou chez les généralistes… La stinger sera donc une proposition parmi tant d’autre .
Par contre, je salue la volonté de cette marque de se donner les moyens : un generaliste qui lance un vhl en Europe avec un V6 370ch qui va être invendable (taxes, image, trop de chevaux c’est pêché…) c’est remarquable par les temps qui courent et finalement, c’est peut être ca qui fait qu’elle est BR (et sa future confidentalité 😉 )

Choco

Le 06/10/2017 à 11:29

Le malus tuera probablement la diffusion de cette voiture chez nous.
J’aime beaucoup le style qui fait (un peu !) disparaître son embonpoint considérable.
Tu as pu l’emmener sur les petites routes de montagne à Majorque ?

troisetdeuxquatre

Le 06/10/2017 à 12:56

Ce que je vois d’un très bon œil, c’est que dans 7-8 ans, on va pouvoir rouler en Kia GT pour un prix très raisonnable, et que les « clochards de luxe » dont je fais partie vont se faire méga plaisir !!!!!

Alain

Le 06/10/2017 à 14:10

Véhicule image uniquement, car difficile de la vendre en France.
La motorisation semble alléchante… en propulsion en plus.
La majorité des ventes se fera avec le diesel, vu que la règlementation le favorise, malgré le discours de l’état…
Par contre le prix est élitiste et je ne suis pas certain que la clientèle pouvant s’offrir cette voiture, achète une Kia…

Concernant la voiture, je trouve personnellement son style trop « lourd », elle me fait penser à un mauvais tuning. Surtout la face avant percé de toutes parts, tout comme le capot. Question de goûts, je n’aime pas du tout.
Quel contraste cet intérieur qui fait presque « cocon » et qui semble très bien construit.

Kia est une marque à découvrir. Ma femme a toujours sa Cee’d de 2007 (100M kms et que dalle en problèmes pour le moment), j’ai eu une Cee’d SW CRDi BVA.
Entre ces 2 versions la ligne a évoluée vers plus de sexappeal. L’intérieur est bien fini, et le contenu technologique est très important, même si je trouve qu’il n’est pas complètement aboutis. Il faudrait juste que pour le coeur de gamme, la motorisation soit un peu plus… moderne.

lelillois

Le 06/10/2017 à 14:44

Pendant ce temps là, absolument rien chez les constructeurs Français.

SRDT

Le 06/10/2017 à 17:22

C’est juste un véhicule d’image pour la France mais ça n’est pas le cas partout, un peut comme Renault qui vend le Koleos chez nous avant tout pour étoffer la gamme.
Pour PSA c’est plus compliqué, une C6 II made in China même très bien finie ça aurait du mal à passer.

24heures

Le 06/10/2017 à 23:29

Déjà qu’elle se vend mal en Chine…

Engrenure

Le 08/10/2017 à 01:08

Elle est pataude cette voiture. Un ventre qui traîne par terre, une ligne de caisse qui remonte sottement, une vitre arrière étriquée, un gros cul de termite femelle: elle les fait bien ses deux tonnes.

Greg

Le 09/10/2017 à 22:00

Aurais-je le portefeuille suffisamment garni, faudrait me pousser très très fort pour que j’aille chez Opel me procurer une Insigna OPC, que je ne trouve pas déplaisante…
Alors une Kia, qui va se ramasser une décote aussi monstrueuse que son malus!
Non, définitivement, si j’étais dans « la bonne  » catégorie socio-professionnelle j’irais chez Jaguar pour une XF.
Les Américains sont moins snobs que nous, ils pensent d’abord « value for money ».
Nous autres Européens ne sommes pas prêts pour la proposition de Kia: encore trop obnibulés par les prestigieux blasons de nos vieilles gloires.
Mais je me soigne: sincèrement, je placerais ni Audi ni BMW ni Mercedes en tête de ma shopping list 😉
Bravo à Kia d’avoir osé.
PS: le découpe suprérieure du pare-brise, c’est un emprunt à la Peugeot 208 😉

Paul

Le 09/10/2017 à 22:07

Kia France en est bien conscient, et penche pour de « petites ventes » en France malgré la garantie 7 ans qui « diminue » un peu l’effet décote sur la valeur résiduelle… comme toi, je ne sais pas si je prendrai une Stinger aujourd’hui, même avec le portefeuille… mais dans dix ans, après 1 2 puis 3 générations de Stinger, en sera-t-il de même ? Il faut bien commencer un jour… 😉

Wolfgang

Le 10/10/2017 à 23:51

Stinger c’est pas très original comme nom.
Et puis par rapport à la 750 Kawa directement dérivée de l’endurance, ça fait pale figure.

Ceci dit Kia est une marque intéressante. Et elle a pas l’air mal cette caisse. C’est une marque qui procure souvent un très bon plaisir de conduire avec des bagnoles très vivantes.

Marc Debatty

Le 10/11/2018 à 17:05

Depuis avril, j’ai la chance d’être propriétaire d’une Kia Stinger. Et quitte à être taxé au barème (belge) maximal, c’est la version 3.3 V6 que j’ai choisie.
Ce qui m’a attiré sur cette voiture: son look et son V6. C’est une de rares familiales sur le marché qui soit disponible avec autre chose qu’un 4 cylindres et dont le prix ne dépasse pas les 55.000€ avec options et remise. Après avoir pu essayer (entre autres) les BMW série 4 GranCoupé, Alfa Romeo Giulia, Jaguar XE, Mazda 6, Mercedes Classe C et évidemment Kia Stinger, j’ai trouvé que les voitures « les plus à conduire » étaient l’italienne (en particulier), la coréenne et l’anglaise.
Au départ, comme beaucoup, je pensais que cette auto était une concurrente des Audi A5 Sportback, BMW série 4 GranCoupé ou Volkswagen Arteon. Niveau marketing, c’est tout à fait ça. Mais après 6 mois et 10.000 km à son volant, elle me fait plutôt penser à ce qu’était une Safrane biturbo: une grande berline de constructeur généraliste souhaitant faire étalage de son savoir-faire. Même si elle est ultra-equipée, il n’y a pas de luxe dans cette voiture. Dans son réseau non plus, d’ailleurs. C’est une bonne et grande voiture. Seule l’offre mécanique est comparable au premium.
Quant à la revente, j’ai la garantie contractuelle d’une reprise à 20.000€ dans 5 ans et 100.000km. Mais au vu de l’agrément de conduite et de la réputation de fiabilité, je pense la garder plus longtemps que ça.

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