Kodiak F1: l’arlésienne allemande !

Samedi 16 avril 2016
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Au début des années 80, la société allemande spécialisée dans les mécanismes et les capotes pour cabriolet Speed & Sports dirigée par Mladen Mitrovic, d’origine serbe, décide de se diversifier en produisant une Supercar reprenant le concept des portes papillon aperçu sur la Mercedes C111 et proposant des performances hors normes pour l’époque. Allez savoir pourquoi un fabricant de capotes (en toile, hein, pas anglaise!) s’est tout à coup pris pour un constructeur automobile. Sans doute pour satisfaire les rêves de gosse du patron qui s’y voyait déjà. Cela dit, Mitrovic réussit en 1983 à présenter au salon de Francfort sa réalisation, plutôt convaincante : la Kodiak F1 (du nom d’un ours brun d’Alaska).

Kodiak 08

Avec l’aide de l’université de Munich, et des premiers logiciels de CAO, Mitrovic va réaliser en un temps record une voiture très moderne pour son époque, gardant la particularité de ces portes papillons à laquelle il croit tant ! La Kodiak F1 reposait sur un châssis tubulaire faisait largement usage de matériaux composites (Kevlar, fibre de carbone, et époxy) garantissant à la fois rigidité et légèreté (juste une tonne).

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Côté moteur, Mitrovic est allé chercher un moteur américain, un V8 5.7 litres issu de la Chevrolet Corvette développant 320 ch (ce qui nous donne un rapport poids/puissance relativement avantageux). Pour le reste, freins Brembo, boîte ZF 5 vitesses, pneus Pirelli ou amortisseurs Koni complètent la panoplie d’une Supercar qui s’annonce plutôt performante. A l’intérieur, le pilote et son éventuel passager ne sont pas oublié, avec un habitacle recouvert de cuir, un autoradio, et un tableau de bord très carré !

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Cela peut paraître idiot, mais cette Kodiak F1 fit sensation au salon de Francfort : ses caractéristiques techniques, certes, mais aussi sa ligne incroyable de modernité pour cette année 1983. L’avant est encore plus agressif qu’une Ferrrari, avec ses phares rétractables très à la mode en ce temps-là, les portes papillons en jettent un max (c’est le futur, rappelez vous la DeLorean DMC12, lire aussi : DeLorean DMC12), et l’arrière exprimant la puissance de son V8 installé en position centrale (avec ses feux de Porsche 944, lire aussi : Porsche 944).

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Malgré ses qualités, la Kodiak F1 allait subir ce que bon nombre d’autres tentatives de ce genre auront subi elles aussi : la stagnation. Mitrovic se mit en effet en tête de remplacer le V8 d’origine américaine par un moteur allemand, pour jouer sur la fibre patriotique sans doute. Son choix se porte sur un V8 Mercedes de 380 chevaux. Il semblerait (sans certitude) qu’un deuxième prototype fut alors réalisé. Mais le temps passait, tandis le prix potentiel grimpait de 48 000 $ à 117 000 $, l’amenant à lutter contre des monstres sortis entre temps : la Porsche 959 (1985) ou la Ferrari F40 (1987). Dans le même temps, la crise pointait son nez et le marché se rétrécissait.

A court d’argent, Mitrovic doit finalement baisser les bras en 1989, alors que la ligne (datant tout de même de 1983) n’avait pas vieilli, et après 1 ou 2 prototypes et des espoirs perdus ! Il s’en retourne donc à ses capotes en toiles et accessoires pour cabriolet. La société Speed & Sports existe d’ailleurs toujours. Le prototype doté du V8 de Corvette, quant à lui, refit surface en 2009, présenté à la vente pour 50 000 $. Il y a donc une chance de le voir réapparaître un de ces jours soit sur ebay, soit lors d’une vente aux enchères : il n’est donc pas interdit de rêver rouler en Kodiak F1 !

En savoir plus : http://www.banovsky.com/archive/kodiak-f1

La société Speed & Sports : http://www.speed-sport-cabrio.de/

 

1 commentaire

Greg

Le 18/04/2016 à 11:29

J’avais découvert cette auto dans Auto Chromes: ce magazine avait la fâcheuse habitude de rééditer tout ou partie des anciens articles de son prédécesseur, Calandres.
Donc, je ne saurais dire si l’article publié en 1987 était un original ou une réédition de 1983.
Mais il y était bien question d’un moteur V8 Mercedes.
Ado fortement impressionnable par tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une super-car, la Kodiak m’avait pourtant laissé de marbre!
En la revoyant aujourd’hui, je la considère finalement comme une mauvaise réplique, car elle en cumule tous les attributs:
-carrosserie singeant maladroitement les traits d’une auto vue, revue et re-revue depuis les lustres: l’une ou l’autre des Mercedes C111
-présentation voyante au possible: ah, l’alliance du rouge pompier et du cuir blanc…
-accastillage de bric et de broc: les feux, les instruments, les aérateurs, les commandes de ventilation…
-mécanique fruste: en 1983 le V8 de la Corvette ne développe que 200 chevaux (et certainement pas 320 comme clamé par Mitrovic) .
La photo du compartiment moteur montre un V8 Corvette « TPI » poussé à 240 chevaux, on est encore loin du compte!
-et… et… et… les pneus arrière les plus larges possible, les sempiternels Pirelli en 345/45×15 créés pour la Countach 400S, d’abord des P7 puis les P Zéro comme sur les photos (ceux de la de la Countach 25e Anniversaire).
Pas étonnant que les acheteurs ne se soient guère bousculés.
Tant qu’à jeter son fric par les fenêtres… une Isdera Imperator était autrement plus aboutie, et la Vector de Jerry Wiegert était à la fois plus spectaculaire et plus moderne avec sa coque en sandwich alu/nid d’abeille.
Enfin, l’année d’après, Pininfarina sonnait brusquement l’heure du réveil avec la Testarossa:
les années 70, Mercedes C111 ou Bertone Carabo, c’est le passé, c’est fini!

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