La Triumph TR6 de Bernard : la tigresse d’un jeune lieutenant

Vendredi 15 mars 2019
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Bien souvent, la première voiture de sport mêle deux ambitions : se faire plaisir et séduire. L’histoire d’amour de Bernard et de sa première TR6 achetée avec ses premières soldes de jeune lieutenant est bien la preuve que l’automobile, la jeunesse, l’insouciance et l’amour sont liés :

“Si on vous demande de décrire une tigresse, les qualificatifs suivants vont immédiatement venir à votre esprit « splendide, rugissante, souple, puissante, féroce, bondissante, rebelle » : la TR6 c’est exactement ça et je vais vous expliquer pourquoi :

Jeune officier, sortant d’école, disposant enfin d’une solde, dépensier sans mesure et obsédé de conquêtes féminines, je me suis rapidement mis en chasse, il y a 40 ans, pour dénicher une voiture de sport, si possible anglaise afin d’assouvir mon côté quelque peu snobinard et répondant à  mon ego surdimensionné, et ce, sans parler du reste : je traquai alors, à tête perdue, la perle rare dans les buissons d’annonces des journaux spécialisés, et puis soudain je l’ai vue : c’est alors le souffle court que je téléphonai au vendeur ; à l’instar d’un garde-chasse, inquiet du calibre de votre arme et de vos qualités de tireur, il me  demanda mon âge et le nombre de kilomètres déjà parcourus, question sans doute de jauger mes qualités et mon expérience de conducteur.

Il me donna enfin rendez-vous et m’exhiba sans attendre le gibier tant convoité : je me souviens de ma fébrilité infantile et impudique face à cette proie de rêve, qui lui fit me dire « calmos jeune-homme c’est pas une Simca 1000 que vous allez voir mais une TR6 !!! » : mais enfin, comment rester placide devant une telle beauté !!! A sa vue, mes yeux firent feu et mon instinct de chasseur me convainquit qu’elle était mienne sans même l’avoir encore essayée ni discuté son prix : la messe était dite, j’allais repartir avec cet exceptionnel trophée.

Sa carrosserie très saine, propre et lustrée était bleu foncé : courte de l’arrière comme une jeune pucelle, elle exhibait à l’inverse un capot avant démesurément long et élégamment arrondi qui lui donnait l’allure d’un avion de chasse d’autrefois : tout cela n’avait de cesse de plaire au passionné d’aventure et d’aéronautique que j’étais. Cette impression fut confortée lorsque je m’assis parfaitement bien calé dans l’habitacle réduit et découvris face à moi un tableau de bord en bois précieux aux multiples cadrans ; et puis enfin, quelle exaltation en entendant rugir le 6 cylindres en ligne et en humant avec délice les effluves mélangées d’essence et d’huile chaude. Je fus littéralement envoûté par cette impression soudaine d’être le pilote que j’avais toujours rêvé de devenir.

Après avoir décapoté la bête, nous partîmes enfin sur des routes de campagne et dès lors, complètement euphorique, je ne me lassais plus d’écouter le ronronnement du félin amplifié par son écho dans les ruelles des villages traversés : je poussai même le vice à abuser de l’overdrive pour le seul plaisir de le faire mugir sous mes doigts experts et aussi d’effaroucher avec arrogance et espièglerie les manants ; je roulais à faible allure, et pourtant sa tenue de route me semblait hasardeuse et sa direction indocile : bref, c’est exactement comme si la farouche coquine voulait se soustraire à mon contrôle profitant de la moindre aspérité de route pour me secouer comme un prunier. C’est le genre de véhicule qui ne pardonne aucun moment d’inattention, bref pas une voiture de mauviette, c’est moi qui vous le dit !!! Je conservai cette belle machine environ quatre ans sans jamais avoir eu de grave problème mécanique. Je me souviens surtout que sa ligne élégante et distinguée ne laissait jamais quiconque indifférent.

Et puis le lieutenant est passé capitaine, devint plus sage et vendit sa tigresse pour acheter un cabriolet DS que d’aucun appelait « La licorne du capitaine », mais ça c’est une autre histoire….

Désormais retiré dans ma Bourgogne chérie, je médite, je chasse et je pêche et parfois, la tentation d’acquérir une nouvelle TR6 me saisit dans une nostalgie de sensations fortes : quel plaisir ce serait de parcourir au volant de ce ravissant fauve exhalant sa douce et pénétrante odeur de carburant, ma province où l’on est sensible aux signes et à toutes les apparences que la raison ne comprend pas. Je ne doute pas que cramponné à son volant capricieux, je ressentirai à nouveau l’ensorcellement de ses rugissements incomparables”.

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1 commentaire

serge grudzinski

Le 15/03/2019 à 18:39

Bel article plein de poésie espiègle qui fait bien vivre une passion de jeunesse et les sensations particulières de la TR6.

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