Lagonda Rapide : DB4 des familles ?

Publié le mercredi 11 septembre 2019.
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En 1947, l’industriel anglais David Brown rachète deux marques automobiles en difficulté, Aston Martin d’un côté et Lagonda de l’autre, toutes deux en perte de vitesse. Pourtant, chacun a des arguments : une image de marque intéressante pour la première et un tout nouveau moteur conçu par Walter Owen Bentley de l’autre. Alors qu’Aston Martin va se relancer avec la DB2 puis la fameuse DB4, la petite firme Lagonda est laissée de côté jusqu’à stopper toute production en 1958. Pourtant, David Brown entend bien lui redonner du lustre en présentant fin 1961 une toute nouvelle berline appelée Lagonda Rapide.

David Brown a toujours été un amateur des berlines et même s’il a fallu, un temps, laisser de côté Lagonda pour favoriser le renouveau d’Aston Martin, il n’est pas question pour lui d’abandonner ni la marque, ni le marché des grandes berlines de luxe à l’anglaise. Pour Brown, il est tout à fait possible d’aller marquer à la culotte Bentley ou Rolls-Royce. C’est avec cette idée en tête qu’il va lancer le développement de la Rapide sur la base de la DB4, mais avec quelques raffinements, évidemment. 

Le retour de Lagonda

Pour la Rapide (qui récupère un nom Lagonda d’avant-guerre, clin d’oeil au passé glorieux), il s’agit en effet de profiter de l’excellence de la DB4 tout en proposant des améliorations. Il ne s’agit en aucun cas d’une DB4 à quatre portes mais bien d’un nouveau modèle plus sophistiqué. Il s’agit tout de même d’aller taquiner Rolls sur son terrain, sans pour autant usurper la réputation à nouveau grandissante d’Aston Martin. 

Le châssis de la DB4 va donc être rallongé pour accueillir désormais 4 portes et 4 personnes. Le design sera confié à Touring qui signera un dessin très différent de l’Aston Martin, à l’exception des feux arrières et qui apportera avec lui la fameuse technologie Superleggera permettant d’abaisser le poids de la voiture. Afin d’offrir un surcroît de confort, la Rapide va recevoir un essieu arrière type de Dion ainsi que des suspensions avant comme arrière indépendantes (et des freins à disques aux 4 roues). 

Le 6 en ligne de la DB5

Côté moteur, la Rapide va inaugurer une évolution du 6 cylindres en ligne de Tadek Marek qui n’apparaîtra que plus tard sur la DB5 : porté à 4 litres, celui-ci développe 236 chevaux, une puissance particulièrement respectable en ce début des années 60, surtout sur une berline. Il faut cependant bien toute cette cavalerie, car malgré la structure Superleggera, la voiture dépasse tout de même les 1 700 kg. 

Présentée fin 1961, la Rapide fait sensation pour sa ligne, son luxe et sa fiche technique. Mais une telle débauche a un coût, prohibitif pour beaucoup. Avec un tarif catalogue dépassant les 5 000 livres sterling, la nouvelle Lagonda se paie très cher. Si la production commence dès le début de l’année 1962, c’est au compte-goutte et David Brown, malgré sa passion pour les berlines, devra se rendre à l’évidence : la Rapide est un gouffre.

Une voiture réussie mais chère

D’autant que dans les cartons d’Aston Martin se trouve le projet DB5, évolution Grand Tourisme de la DB4 qui profite elle aussi d’un espace arrière suffisant pour accueillir deux adultes (sur courte distance cependant). Plus sportive, plus élancée, plus belle et surtout moins chère, elle rend caduque l’offre de Lagonda. La dernière Rapide sortira des ateliers de Newport Pagnell où Aston Martin Lagonda s’était installée à la fin de l’année 1963, sur un constat d’échec : seuls 55 exemplaires auront été produits sur deux années. 

Dès lors, David Brown ne s’obstinera plus, si ce n’est personnellement pour s’offrir une version 4 portes de la DBS. Un exemplaire unique qui donnera des idées aux nouveaux propriétaires après 1972 : lancer une Lagonda Série 1 dérivée de l’Aston Martin V8 qui sera un échec encore plus patent (7 exemplaires). Il faudra attendre la Lagonda (vendue sous le logo Aston Martin) pour atteindre enfin des chiffres de production dignes des ambitions.

Quand une voiture est rare à son époque, elle l’est encore plus de 50 ans après. Si vous rêvez absolument d’une Lagonda Rapide, il faudra disposer d’un compte en banque conséquent. Ça c’est pour le verre à moitié vide, car en le voyant à moitié plein, on peut aussi considérer qu’une telle voiture vaut aujourd’hui deux fois moins qu’une DB4 Saloon et presque trois fois moins qu’une DB5. A vous de voir !

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