Lamborghini Islero : éclipsée par l’Espada

Mercredi 25 janvier 2017
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Même chez un constructeur mythique comme Lamborghini, il arrive qu’un modèle soit totalement éclipsé au point de ne laisser aucune trace y compris dans la mémoire d’un passionné comme moi. C’est pourtant le cas de l’Islero, GT météorique au catalogue pendant tout juste deux ans, entre mars 1968 et avril 1970. Comment un tel modèle avait-il pu passer entre les mailles de mon filet ? Voilà la question qui m’intéressait en réunissant un peu de d’information sur cette rare et étrange Lamborghini.

Avant même de trop me documenter sur cette voiture, je voyais pourtant se dessiner les conditions de l’échec, et les raisons de sa discrétion : comment exister, coincée entre la fabuleuse Miura (lancée en 1966) et l’extravagante Espada (elle aussi présentée en mars 1968, comme l’Islero) ? J’avoue que la décision de lancer deux modèles presque concurrents (même moteur V12, 2+2 pour l’Islero, 4 vraies places pour l’Espada) est assez étonnante. Surtout que l’Islero, avec son design sobre, classique, dans la lignée des 350 et 400 GT, semblait n’en être qu’une évolution, tandis que l’Espada respirait la modernité, cassait les codes, et pour tout dire, attirait tous les regards.

Bref, dès le départ, les dés étaient pipés. Pourtant, à bien y regarder, le dessin de l’Islero est très réussi, équilibré, et pouvait être une alternative à l’exubérante Espada pour un client désireux d’un peu plus de discrétion. Avec la faillite de Touring en 1967, partenaire de Lamborghini, ce modèle censé succéder à la 400 GT 2+2, fut confié, tant pour son dessin que sa fabrication, au carrossier Marrazi, plus connu pour être un sous-traitant qu’un designer. Sans doute la présence de nombreux anciens de chez Touring dans les rangs de Marrazi avait-elle rassuré Ferrucio Lamborghini ? Peut-être que cette première commande « stylistique » d’un constructeur prestigieux rendit-elle Marrazi trop timoré ? Une chose est sûre, elle semblait fade à côté de sa sœur « bertonienne », ce qui, a posteriori, est un peu injuste.

Dotée du V12 de la Miura de 3.9 litres et 320 chevaux, l’Islero (du nom du taureau qui tua le fameux Manolete chanté plus tard par Vanessa Paradis – quelle culture –) n’avait pas à rougir de ses performances, malgré un poids relativement élevé (1500 kg dus essentiellement à sa carrosserie en acier, mais c’était toujours 130 de moins que l’Espada). Ce qui pêchait, c’était surtout une qualité de fabrication indigne de ses prétentions. De quoi faire fuir le client intransigeant.

Dès 1969, Lamborghini va réagir et présenter une nouvelle copie, l’Islero S, à l’habitacle entièrement revu, et au V12 désormais poussé à 350 ch ! Trop tard semble-t-il, pour sauver la mise. Après 125 modèles de l’Islero, seulement 100 exemplaires de la S sortiront des ateliers de Marrazi jusqu’au début de l’année 70, avant que Lamborghini, exsangue financièrement, n’arrête les frais. Au total donc, seulement 225 unités auront été produite.

Etrangement, en regardant les chiffres, l’Espada ne faisait pas beaucoup mieux, avec 184 exemplaires de la Série 1 produits entre mars 1968 et novembre 1969. Il faut croire que Ferrucio croyait plus à son succès potentiel, à raison, puisque la Série 2 se vendra à 575 exemplaires jusqu’en 1972, et la Série 3 à 456 exemplaires jusqu’en 1978. Je crois surtout qu’à ce moment là, les finances au plus mal ne permettaient plus de miser sur deux chevaux en même temps. Il fallut faire un choix, et ce fut l’originale Espada qui l’emporta sur la discrète Islero, l’épée donnant le coup de grâce au taureau !

L’Islero disparut rapidement des mémoires, et les années 70 virent Lamborghini descendre en gamme avec les Urraco, puis Silhouette à moteur V8 (des 2+2 comme l’Islero), ou perdurer dans l’outrance avec la fabuleuse Countach à moteur V12 (stricte deux place à moteur « Longitudinal Posteriore »). Pour une génération de gamin, une Lambo, ce sera la Miura, pour l’autre la Countach : entre ces deux monstres, pas de place pour l’Islero.

N’allez pourtant pas croire qu’on peut aujourd’hui s’offrir une Islero pour une poignée de cacahuètes. Sa rareté, son logo et son V12 en faisaient une pièce recherchée depuis longtemps, mais avec l’explosion du marché de la collection, les prix s’envolent encore et encore, ce qui fait qu’il vous faudra un solide portefeuille pour vous offrir cette mal-aimée.

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6 commentaires

maxime

Le 26/01/2017 à 00:16

Article d’actualité, vu le décès récent du designer ou plutôt de l’artiste qui mit au monde la Miuira, même si gamin ma voiture idéale était la 456 Gt de Ferrari, plus tard quand je vis la Miura j’en revenait pas d’une telle beauté, je trouve les Lamborghini du passé d’une élégance certaine, moins aujourd’hui. Bravo pour ces articles toujours décalé mais instructif

Antoine

Le 26/01/2017 à 09:37

Je ne suis pas complètement d’accord sur l’histoire. L’Espada étant un modèle plutôt osé et c’est une 4 places de grande dimension, Lamborghini n’a pas souhaité se détourner de sa clientèle existante et proposa l’Islero qui est majoritairement une version restylée de la 400GT 2+2 conservant sa plate-forme. Il faut admettre que le résultat n’est pas extraordinaire et que ce modèle ne pouvait plus cacher son âge à la fin des années 60. En terme de fabrication non plus l’affaire était discutable puisqu’elle ne partagait pas son chassis avec celui de l’Espada.
Pour autant Lamborghini souhaitait conserver une 2+2 plus courte et sportive. Afin de pouvoir répondre aux normes américaines et vendre une 2+2 outre-Atlantique, Lamborghini développa la Jarama qui succède à l’Islero dès 1970 et qui repose sur une plate-forme d’Espada raccourcie.
C’est d’ailleurs, pour moi, une des plus belles GT 2+2 des années 70…

Paul

Le 26/01/2017 à 16:18

J’avoue avoir un peu zapé la Jarama, honte à moi… j’y reviendrai prochainement 😉

Antoine

Le 27/01/2017 à 09:01

Beaucoup d’autres l’ont zappée cette Jarama 😉 L’époque ne se prêtait plus à ces monstres sacrés et elle a longtemps été vouée aux flammes de l’enfer comme sa concurrente au trident, la géniale Khamsin.
Pour la petite histoire, je crois qu’une des grosses différences entre l’islero et la Jarama tient au fait que la seconde possédait une direction assistée qui doit considérablement simplifier la conduite de ces camions de course. (idem pour l’Espada qui n’en fut pas toujours équipée… ça devait être sympa les créneaux)

Quentin

Le 26/01/2017 à 20:33

Voilà pourquoi je viens si souvent sur ce site : on aime les voitures, on lit des bouquins depuis sa tendre enfance, on finit par avoir pas mal de documentation chez soi, puis on trouve un blog sympa s’intéressant à l’envers du décors, les vrais ratés, les mochetés, les versions spécifiques dont ne survivent qu’une poignée d’exemplaires à Zanzibar. Et un jour, on tombe sur une bombe : LamboRghini (fais gaffe, ça risque de finir par se savoir…) a sorti une voiture inédite, pas une série limitée, pas une version spécifique à la Suisse, non une voiture importante pour eux qui devait être la remplaçante de leur premier succès. Et là on tombe des nues. Merci pour tout ce qui resterait ignoré si Boitier Rouge n’avait jamais existé.

Francois

Le 27/01/2017 à 19:52

Merci pour cet article, j’adore la pureté de sa ligne aiguisée, sa finesse, le tableau de bord impeccable de la première série, quelle magnifique GT classique! Si mon coeur bat pour Maserati en général, cette Lambo figure dans le panthéon des grandes GT classique.

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