Lamborghini Trattori : l’autre maison frappée du taureau

Mercredi 28 février 2018
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Rétromobile 2018, Porte de Versailles : je déambule entre les voitures promises à la vente par Artcurial. J’ai repéré une Monica 560 (lire aussi : Monica 560) diablement Boîtier Rouge mais, fort heureusement, je n’en ai pas les moyens. Alors je rêve à côté de chaque voiture, jusqu’à ce qu’un autre engin me fasse de l’oeil : un Lamborghini DL20 Lamborghinetta de 1959.

Un Carioca à moteur Morris, aux origines de Lamborghini

Je tombe littéralement en arrêt devant la machine, belle et rouge. Immédiatement me remontent mes premiers souvenirs en Lamborghini, sur des machines un peu plus moderne, mais encore loin des monstres d’aujourd’hui : car croyez-le ou non, c’est bien accroché à un cerceau de Lamborghini que je fit mes premiers tours de roue, à l’âge de 7 ans sans doute, dans la vallée de la Clarée, près de Briançon. L’enclavement alpin et la proximité de l’Italie faisait préférer à l’agriculteur qui nous initiait les machines italiennes à toutes autres. Alors pourquoi se priver d’un taureau sur le capeau, à l’époque où la voiture ultime du moment se nommait Countach (lire aussi: Lamborghini Countach).

Un DL25C « Chenillard » produit entre 1954 et 1956

Alors que la nostalgie me prend face à ce DL20 Lamborghinetta (qui sera vendu 29 800 euros hors frais), c’est aussi une solution professionnel qui me vient à l’esprit : contacté par Tradus.com pour mettre en avant sa plate-forme internationale d’achat/vente de matériel agricole, industriel ou utilitaire d’occasion, je me demandais bien quel axe j’allais pouvoir prendre pour en présenter l’activité tout en préservant l’intérêt pour le lecteur. Je tenais là mon idée : c’était l’occasion de vous raconter l’histoire de Lamborghini Trattori.

Les ateliers de Lamborghini Trattori en 1956

Comme vous le savez, l’activité première de Ferruccio Lamborghini n’était pas de construire les voitures de sport dont nous rêvons tous, mais bel et bien des machines agricoles. Fils d’une famille d’agriculteurs aisés d’Emilie-Romagne, Ferruccio était passionné de mécanique et fin connaisseur du monde agricole. Comme beaucoup d’autres à la même époque, il va s’installer en bénéficiant de l’énorme déstockage de matériels militaires après la Seconde Guerre Mondiale. Le business est simple : racheter à bas prix des camions militaires, désosser et récupérer moteurs et transmissions pour en équiper son petit tracteur Carioca. Il ne sera pas le seul à penser à utiliser les surplus militaires pour des utilisations agricoles : en France, Bernard Cournil eut la même idée, mais pas le même destin (lire aussi : Tracteur Cournil).

Un Lambo’ DL25 produit en1952 et 1957

En cet après-guerre, l’idée de se consacrer au matériel agricole était excellente : l’Italie, ravagée par la guerre, est en pleine reconstruction, et sa priorité va au re-développement de l’agriculture et à sa mécanisation. Mieux, en 1952, la loi Fanfani vient conforter Ferruccio dans ses choix, puisque l’Etat encourageait alors l’achat de tracteurs grâce à des prêts faciles d’accès et à des taux avantageux. Ce sera alors le début de la réussite pour Lamborghini Trattori, la petite entreprise de Ferruccio. Le succès aidant, ses Carioca vont d’abord perdre leurs moteurs « militaires » pour des Morris, dotés de vaporisateurs brevetés « maison ».

Un Lamborghini 2R DT de 1962

Dès 1951, Lamborghini sort ses tracteurs de la série DL (15, 20, 25 et 30), dont ce fameux DL20 à la vente chez Artcurial. En 1956, la production est devenue si importante qu’une nouvelle usine est construite. C’est à cette période que Ferruccio, amateurs de belles mécaniques, commencera à s’offrir des Ferrari, symboles de sa réussite sociale et financière. Car entre temps, Lamborghini – à qui décidément tout réussit – a fondé une autre entreprise de brûleurs à mazout, Lamborghini Bruciatori, qui lui assure de confortables revenus en sus de ceux provenant des tracteurs.

En 1973, Ferruccio revend ses tracteurs à SAME pour se consacrer aux automobiles

En 1962, Lamborghini proposait son premier tracteur à transmission intégrale, le 2R DT, idéal pour les champs et les terrains difficiles. Fier de sa réussite, Ferruccio devenait susceptible et, maltraité par Enzo Ferrari le considérant comme un vulgaire client n’ayant pas voix au chapitre (et pour tout dire, Enzo méprisait Ferruccio, vulgaire constructeur de tracteurs à ses yeux), décidait de lancer sa propre marque : Lamborghini Automobili SpA en 1963. Même patronyme, même logo, celui du taureau, symbole de la force et de la puissance, mais entreprise différente pour des objectifs différents.

Dans les années 80, les tracteurs Lamborghini se modernisent, et jouent de plus en plus sur leur look

Mais laissons l’histoire des automobiles de côté, pour continuer sur nos tracteurs. Les années 60 sont euphoriques pour la division agricole : devenu le 3ème constructeur d’Italie derrière Fiat et Ferguson. Outre les 4 roues motrices, les Lamborghini offrent à partir de 1966 des boîtes de vitesses synchronisés, et, en 1968 (sans doute porté par l’image et la réussite de la division automobile) des modèles de forte puissance (R480). Dès lors, il est possible que certains acheteurs préfèrent un Lamborghini autant pour ses innovations techniques et sa puissance que pour son image de marque.

Pourtant, dans les années 70, les choses vont changer. Ferruccio se passionne de plus en plus pour ses chères voitures (à tous les sens du terme cher), tandis que les tracteurs (dont la production a pourtant dépassé les 5000 par an) semblent l’ennuyer. Il va donc revendre Lamborghini Trattori à son concurrent italien SAME, qui en rachetant l’activité récupère aussi les droits d’utilisation de la marque dans le domaine agricole.

Au sein du nouveau groupe (devenu SLH en 1979 avec le rachat de l’allemand Hürlimann, puis SDF en 1995 après le rachat de Deutz-Fahr), Lamborghini occupe donc le créneau de la forte puissance, de l’innovation et du design : moteurs modulaires refroidis par eau, injection, transmissions automatiques « power shift »… Pourtant dans les années 90, Lamborghini va investir un nouveau créneau, celui des petits tracteurs pour les espaces vert avec la gamme Runner. Aujourd’hui, les tracteurs Lamborghini se distinguent par un design soigné et agressif. Par le jeu de l’organisation industrielle de SDF, les tracteurs de forte puissance siglés du taureau sont fabriqués en Allemagne.

Revenons à Tradus : le site est en quelque sorte un Bon Coin dédié aux professionnels, mais pas seulement, puisque l’on trouve aussi de vieux tracteurs dignes d’une collection. J’ai bien entendu fait une recherche axée sur les tracteurs Lamborghini, et une sacrée sélection s’est alors offerte à moi. Si vous êtes amateurs, comme moi, de toutes les choses mécaniques, vous pourriez bien y passer des heures comme sur un site d’annonces automobiles : camions, camionnettes, tracteurs, engins de chantiers, pièces détachées, autant de sujets passionnants et de pépites à dénicher (notamment dans les utilitaires et les camions).

 

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4 commentaires

Iflur

Le 28/02/2018 à 19:42

Hürlimann Tractors était à l’origine une société Suisse, pas allemande.

Pierragri

Le 28/02/2018 à 21:11

Correction, Ferguson est un constructeur Britannique !
Depuis la fin des annees 50 la marque est devenue Massey-Ferguson et ses principaux site de productions européens sont Coventry (UK) et Beauvais (FR)
A cette époque la marque ce lie avec l’Italien Landini qui sort difficilement des années 50 avec une gamme de tracteur à moteurs monocylindre boule chaude
La deuxième constructeur italien des années 60 serait plutôt Same avec gamme fournie et moderne allant de 20 à 80ch en 2 et 4roues motrices.

Michel

Le 01/03/2018 à 15:24

Petite coquille « taureau sur le capeau » c’est mieux avec un capot
pour info, PORSCHE a fait aussi des tracteuts

zeboss

Le 01/03/2018 à 23:35

et tracteurs qui font teut teut ?
😉

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