Lancia Fulvia Coupé 2003 : l’occasion ratée

Jeudi 2 mars 2017
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Contrairement à ce que pensent les dirigeants de Fiat, Lancia n’a jamais été perçue comme une marque de luxe, que ce soit pour le pékin lambda ou pour le lanciste le plus intégriste. Dans le souvenir collectif, Lancia, c’est l’élégance sportive, quand ce n’est pas tout simplement le sport tout court (comme avec la Lancia Delta HF Intégrale, lire aussi : Lancia Delta HF Integrale). Dès lors, le positionnement des deux marque Lancia et Alfa Romeo (luxe pour l’une, sport pour l’autre) relevait du défi. Un défi perdu par le Groupe Fiat puisque la marque Lancia a d’ores et déjà un pieds dans la tombe, et bientôt les deux.

La Thesis devait repositionner la marque Lancia dans le haut de gamme: peine perdue !

La montée en gamme de Lancia, délaissant définitivement le sport pour se la jouer premium, s’avéra plus compliquée que prévu, malgré le lancement osé en 2002 de la Thesis, œuvre baroque et originale mais forcément difficile à imposer, et donc à vendre (lire aussi : Lancia Thesis). L’échec de cette stratégie et le mariage avec Chrysler conduisit alors Fiat à se servir de Lancia comme d’un blason pour les modèles Chrysler en Europe (Voyager, ou Flavia nouvelle formule par exemple), ne gardant plus qu’une petite Ypsilon comme produit original. Une stratégie elle aussi vouée à l’échec.

Pour Lancia, l’inspiration aurait pu venir, non pas des Monte Carlo, Stratos et Delta, mais du sympathique coupé Fulvia des années 60 et 70

Pourtant, en 2003, les observateurs automobiles et les lancistes eurent une lueur d’espoir lorsque fut présenté, au Salon de Francfort, un concept très réaliste d’une vision moderne de la Fulvia Coupé produite entre 1965 et 1976. Et oui, c’était peut-être dans un passé relativement proche qu’il fallait chercher la solution, et Fiat semblait la toucher du doigt. Plutôt que de luxe et de premium, ne fallait-il pas parler tout simplement « d’élégance » ? Laisser à Alfa le « dynamisme » plutôt que le sport, et éviter tant que faire se peut d’avoir des modèles en trop grande concurrence ou pas assez différenciant ?

Avec cette Fulvia Coupé 2003, c’était pourtant l’impression que j’avais. L’Alfa Romeo GTV et son dérivé Spider était en fin de vie (lire aussi : Alfa Romeo GTV 916) et devait laisser place à un coupé plus gros et plus puissant, la Brera. La 156 jouait encore de sa ligne et de ses moteurs de feux pour entretenir l’image sportive du trèfle (lire aussi : Alfa Romeo 156), tandis que la 166 en fin de carrière commençait à faire de la figuration (lire aussi : Alfa Romeo 166). C’était le moment de redistribuer les cartes.

Ainsi, Alfa aurait pu se concentrer sur des véhicules dynamiques à l’esprit sportif (156, Brera), tandis que Lancia aurait joué sa partie sur des véhicules plus compacts et élégants, comme l’Ypsilon, ce coupé Fulvia et un dérivé berline compact sur la même base stylistique en remplacement d’une insipide (et pour tout dire moche) Lybra ? Sans aller chercher à remplacer une Monte Carlo ni une Delta, un créneau était à prendre. Bref…

La Fulvia Coupé était en tout cas une réussite esthétique. On retrouvait tout de suite la ligne de la Fulvia originelle, sans y voir une copie. Bien dans l’air du temps, elle aurait pu quelques années avant la nouvelle 500 jouer le revival bien interprété. Certes, elle n’aurait pas prétendu à des volumes de production faramineux, mais l’image qu’on retire d’un tel coupé redescend toujours sur le reste de la gamme. Elle aura valorisé la Thesis, et sa version berline (si elle avait été développé) aurait eu tout sa légitimité, la Fulvia Berlina ayant été produite entre 1963 et 1972.

La Fulvia Berlina, née en 1963. Une version 4 portes de la Fulvia 2003 aurait pu relancer la marque, qui sait ?

Le coupé de 2003 ne jouait d’ailleurs pas sur le sport, avec un petit 4 cylindres 1.8 litre de 140 ch. Pas de quoi se prendre pour un pilote. Pourtant, avec seulement 990 kg sur la balance (grâce à l’empoi d’aluminium), le rapport poids/puissance prend un tout autre sens. Sa ligne réussie et intemporelle était valorisante pour le conducteur, qu’il soit un homme ou une femme. Une voiture capable de séduire les deux sexes, c’est pourtant plutôt rare ! Traction, ce petit coupé s’offrait en outre une suspension avant de type McPherson avec barre antiroulis, et 4 freins à disques.

A l’intérieur, l’ambiance était parfaite, relativement luxueuse sans copier les anglaises ni les allemandes, avec ce soupçon de nostalgie rappelant les années 60. Vous mettiez à ses côtés un dérivé berline, et vous arriviez (peut-être, c’est facile de le dire a posteriori) à résoudre la quadrature du cercle. Vraiment, en voyant cette Fulvia des années 2000, j’y ai cru. D’autant plus que des rumeurs de mise en production se mirent à courir, jusqu’à ce que Fiat dise non, puis oui, puis non.

On ne verra finalement jamais cette Fulvia sur nos routes. La marque commença une longue descente aux enfers, jusqu’à l’agonie actuelle. Cela n’aurait peut-être pas marché, mais au moins les dirigeants de Fiat auraient pu dire : « on a tout tenté ». Je ne suis pas sûr que la mise en production d’un tel modèle aurait été un si grand coût industriel, mais la réalité est parfois plus complexe. Car à cette époque, le géant de Turin est très mal en point. Après avoir du laisser rentrer le loup dans la bergerie (GM prenant 20 % du capital en mars 2000), Fiat subit un grave crise financière en 2002, l’obligeant à hypothéquer 34 % de Ferrari, puis le patron Giovanni Agnelli. S’ensuit une sévère restructuration limitant les possibilités d’investissements. Lancia, sans doute la marque la plus dure à relancer, sera abandonnée faute de moyen (et de volonté) au profit de Fiat (qui retrouvera le sourire avec la 500 salvatrice en 2007) et dans une moindre mesure d’Alfa Romeo, au moins maintenu sous perfusion jusqu’au lancement récent de la Giulia (lire aussi : Alfa Romeo Giulia) et du Stelvio.

2003 sera la dernière année où l’on verra un concept-car Lancia audacieux et séduisant. Preuve que le sort de la marque s’était sans doute sceller cette année-là. Tant pis pour nous !

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15 commentaires

Rayan

Le 02/03/2017 à 16:57

Joli concept c’est vraiment dommage

Antoine

Le 02/03/2017 à 17:08

On en a rêvé… et puis Fiat en a décidé autrement. La base technique était prôche de la Barchetta, donc de la Punto, … donc très amortie. Le développement n’aurait pas coûté bien cher, la ligne était plutôt réussie et le dosage des styles entre raffinement, sport et luxe était bien dans l’esprit Lancia.
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Pourtant les « vraies » Lancia (avant que Fiat n’impose sa patte et son sens de la rentabilité, la Flavia 2000 est la dernière de cette espèce) étaient des autos d’ingénieurs : le duo Flavia – Fulvia présentait un avant-gardisme certain !
Traction avant, train avant Mc Pherson à unique ressort à lame transversal au-dessus de la boîte, moteur boxer ou V4 à angle fermé et culasse unique, éléments de carrosserie en alliage d’aluminium, 4 freins à disques, etc…
Plus de 50 ans après sa présentation, la Fulvia reste un jalon de l’histoire de l’automobile par son extraordinaire modernité et son palmarès en rallye avec des autos prôches de la grande série. Songez qu’en 1968, le 1300 cm3 de série développait 95 ch DIN, prenait plus de 6000 t/min et que la stabilité de l’auto lancée à 170 km/h n’a rien à envier à celle d’une voiture actuelle.
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La vraie question pour les « lancistes » était donc de savoir si cette héritière aurait pu être digne de son ancêtre. En porter le nom et le (joli) costume retouché est une chose ; mais la beauté est d’abord intérieure et cette évocation n’était sans doute pas une voiture d’ingénieurs…
Je suis finalement partagé sur cet enthousiasmant protoype : elle aurait sans doute plu aux automobilistes de l’an 2000 mais déçu les « lancistes ».
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PS : évidemment je ne suis pas objectif quand on parle de Fulvia…

Patrick

Le 02/03/2017 à 18:18

Quel dommage … une marque très attachante, qui suscite la passion.

Michel

Le 02/03/2017 à 18:41

Ce qui a précipité la chute de LANCIA, c’est la THESIS et le « rebadging » des CHRYSLER, qui n’avaient pas un once de latinité et sensualité dans le design
La dernière DELTA, avec son gros cul a raté sa cible(la clientèle feminine)
Avec Sergio aux manettes, LANCIA ça va etre une marque morte apres l’arret de de l’UPSILON comme TALBOT ou SIMCA chez PSA

Gerald

Le 02/03/2017 à 21:31

Je pense pas que la Thesis soit le début de la fin, c’est surtout le remplacement loupé de la Delta, qui n’a pas eu les mêmes égards que son aïeule, qui a sabordé la marque.
Et aussi cette politique completement absurde du groupe de ranger les marques dans des cases, pour tous les quadras dans notre jeunesse Lancia c’était la marque sportive, on revait devant la stratos, la 032, les intégrales…quel gâchis…
Une belle marque qui n’a même pas pu fêter son centenaire avec la commercialisation d’un modèle iconique, il était pourtant là…splendide cette Fulvia !

Malo

Le 02/03/2017 à 20:03

C’est pas des phares d’Opel ?

Lelillois

Le 03/03/2017 à 15:25

Effectivement, en regardant de prés … Signum peut être ?

Malo

Le 03/03/2017 à 16:09

En plus ça se tient avec GM au capital…

Nous75

Le 02/03/2017 à 21:14

A mon humble avis la Thesis/300 aurait put marché.

Mais pas avec une gamme aussi réduite de carrosserie (pas de break)
et pas une gamme aussi réduite de moteurs (pas de 4 cylindres comme mécanique d’attaque et pas de mécanique porte étendard comme pour la première thema alors qu’elle etait pourtant dispo aux USA)

Il y avait pourtant une très bon coup à jouer avec cette excellente grande
berline.

En gros les mêmes causes que pour la plus belle encore C6 Citroen ont conduit aux mêmes effets.

Pour en revenir à cette Fulvia, c’est vraiment une occasion manquée.
On se rend compte à quel point elle aurait put être pour Lancia ce que la 500 est pour Fiat, une planche de salut sur laquelle on peut capitaliser par la suite.

On imagine sans peine qu’elle superbe version break 3 portes HPE aurait put être extrapolée de cette voiture, tout comme un cabrio.
Ou même juste une version « targa » avec un toit vitré qui coulisserait vers l’arrière entre deux arches fixes à la manière de certaines 911.

Tout cela n’aurait je pense pas couter trop cher en développement, d’autant plus qu’a l’époque de nombreux bureau de style Italiens existaient encore pour produire ce genre de véhicule dérivé en petites serie…

Il y a aussi un autre soucis evident, l’incapacité du reseau Fiat/Lancia/Alfa à ecouler des voitures un poil luxueuse ou « premium » comme on dit aujourd’hui.

Il est d’ailleurs tres revelateur que le reseau Chrysler limité parvenait à ecouler bien plus de grosses voiture que le bien plus tentaculaire reseau Fiat depuis.
Si la chutte des ventes du groupe dans le « premium » depuis la disparition du reseau Chardonnet ne sufisait pas … là quasi disparition des ventes de Chrysler « premium » en Europe par le reseau Fiat devrait suffir à convaincre.

Là aussi c’est une occasion manquée, car la presence du reseau Chrysler Europe aurait put etre le bon moment pour Fiat pour developer un reseau separé pour ecouler des voitures bien plus seduisantes.

Poum

Le 02/03/2017 à 21:22

Peut-etre que l’ypsilon sert juste à maintenir la marque en stand by en attendant une relance dès qu’alfa aura trouvé son rythme.

Gerald

Le 02/03/2017 à 21:37

C’est fini, la marque est morte, l’Epsylon c’est le chant du cygne, on écoule les stocks et après c’est plié.
Dommage, vraiment dommage…

Jota

Le 02/03/2017 à 22:36

J’ai adoré le concept. Lancia aurait pu devenir la vraie marque de luxe du groupe mais y avait il une vrai volonté à cela? La Delta était trop grosse et sans version sportive comme son aieule. Je fais partie de ceux qui ont dénigré la gamme Chryslancia, car c’était une manière très maladroite de maintenir en vie la marque en attendant mieux. Ce qui est bizarre c’est que Marchionne aurait pu à l’époque tout stopper, c’est pour cela que j’ai encore envie d’y croire, car Lancia aurait sa place chez les «premiums».

Choco

Le 03/03/2017 à 11:52

Que de regrets avec ce concept Lancia ! Il ne devait pas y avoir grand chose à modifier pour lancer une production.
Je ne sais pas quel sera l’avenir des marques du groupe Fiat mais tout cela ressemble quand même à un immense gâchis. Quand on sait qu’aujourd’hui Jeep et Ferrari sont les marques qui font gagner de l’argent au groupe … Fiat est entré dans une monoculture avec la 500

Franck

Le 15/10/2018 à 20:36

Oui bon c’est joli. Mais un peu raz la couenne de ces resucées. Lancia est mort, R.I.P., on passe à autre chose.

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