Lancia Thema 8.32 : la si discrète berline Ferrari

Publié le vendredi 29 janvier 2016.
Mis à jour le mercredi 10 juillet 2019.
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En bonne place dans mon Panthéon automobile personnel, on trouvera assurément la Lancia Thema 8.32 ! Les lecteurs avisés de BR se souviendront que j’en avais déjà parlé (lire aussi : Lancia Thema 8.32), mais il était temps d’en faire un autre article. Trop pressé de parler de la belle italienne, elle eut droit à son article dès le deuxième jour de la courte vie de Boîtier Rouge. La relecture de ce post me laissant un goût d’inachevé, je me sens obligé aujourd’hui d’en réécrire un, pas forcément plus complet, mais au moins plus BR.

Thema 03

Vous finissez par me connaître : j’aime les berlines qui cachent leur jeu. Ce n’est pas pour rien que j’aime ma Saab 9-5, sans indication particulière, mais dont la double sortie d’échappement fait comprendre à l’amateur éclairé que sous le capot se cache une autre mécanique qu’un gros turbo-diesel. De même, ses jantes particulières (qui a elles seules auraient pu justifier mon achat) lui donnent cette pointe de sportivité que sa ligne sage tente de démentir (lire aussi : Saab 9-5 V6 Griffin). Avec la Lancia Thema 8.32, on est dans la même logique. Sous une robe discrète se cache un joyaux mécanique, un V8 de 3 litres d’origine… Ferrari !

Thema 02

Aujourd’hui, bien des 8.32 portent un écusson Ferrari, le plus souvent sur les flancs, de peur sans doute que le quidam la prenne pour une vulgaire Lancia, et c’est à mon avis bien dommage, car tout l’intérêt de cette voiture, c’est la surprise de la voir si véloce, d’entendre le son du V8, et de s’apercevoir au dernier moment qu’on s’est bien fait rouler ! La 8.32, c’est le summum du snobisme. Quel plaisir de se savoir au volant d’une voiture rare, fruit de l’association de deux marques mythiques (Lancia et Ferrari), et dotée d’un moteur d’exception !

Thema 13

C’est en 1985 que prend corps le projet de greffer un V8 Ferrari dans la nouvelle grande berline Lancia. La Thema, présentée en 1984, est en effet le nouveau porte drapeau de la marque italienne dans le haut de gamme. Pétrie de qualités, cette traction (les puristes le regrettent) est le fruit de l’alliance de 4 marques, Fiat, Lancia, Saab et Alfa Romeo (qui se greffera au projet un peu plus tard). Le projet tipo 4 donnera donc naissance à cette Thema, mais aussi à la Fiat Croma (lire aussi : Fiat Croma), à la Saab 9000 que j’affectionne particulièrement (lire aussi : Saab 9000), puis à l’Alfa Romeo 164 (lire aussi : Alfa Romeo 164). Au moment de son lancement, la Thema dispose en haut de gamme du V6 PRV de 2,8 litres et 150 ch, mais il faut croire que chez Lancia, on trouvait ça un peu léger.

Thema 14

Dès 1985 donc, on réfléchit à donner au vaisseau amiral un moteur plus noble et plus puissant. A l’époque, on est encore loin d’une disparition programmée de la marque, comme c’est le cas aujourd’hui. Fiat veut positionner Lancia sur un créneau qu’on appelle pas encore premium tandis qu’Alfa, en passe d’être racheter, se verra attribuer le créneau du sport, ce qui n’ira pas sans heurts et confusion tant Lancia représentait encore à l’époque une certaine idée du sport, notamment avec la Delta (lire aussi : Lancia Delta HF AWD). Fiat ne saura jamais vraiment comment positionner ses deux marques, cafouillant jusqu’à aujourd’hui, où l’avenir de Lancia semble scellé, et celui d’Alfa bien flou malgré le lancement de la Giulia !

Thema 05

Mais revenons dans les années 80 : Fiat n’est pas encore FCA, et se croit encore le sauveur de l’industrie automobile italienne… Après avoir absorbé Lancia, et en attendant de croquer Alfa, la vénérable marque de Turin avait pris une participation de 50 % dans Ferrari en 1969. L’alliance Fiat/Ferrari avait déjà donné naissance à la Fiat Dino, mais depuis 1972, plus aucun modèle « en commun » n’était sorti. La volonté de repositionner Lancia dans une « certaine idée de l’automobile », mêlant puissance et luxe, donnera naissance en 1986 à cette fameuse 8.32 ! 8 pour le nombre de cylindres, 32 pour le nombre de soupapes : pas besoin d’avoir fait beaucoup de marketing pour créer un chiffre magique, qui hante encore les amateurs de ces années-là !

Thema 01

Bon n’exagérons rien, le V8 issu de la 308 est dégonflé afin de laisser à Ferrari le top du top. Il n’offre que 215 chevaux, au lieu des 240 initiaux. Peu importe, cette cavalerie dans une berline (surtout une traction) n’était pas anodine à l’époque. Et si aucune mention à Ferrari n’est faite sur la carrosserie, le moteur, lui, en porte bien le sigle ! Certains regrettent autant de discrétion, moi je fais partie de ceux qui considèrent que cela lui donne toute sa saveur. De toute façon, il y a suffisamment de détail pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une banale Thema : son aileron mobile à l’arrière, son intérieur luxueux, tendu de cuir, d’alcantara, et parsemé de ronce de noyer ; en option, le toit ouvrant, ou bien le raccordement radio-téléphone !

Le cuir n'était pas obligatoire sur la Lancia Thema 8.32, l'Alcantara y avait aussi sa place !
Le cuir n’était pas obligatoire sur la Lancia Thema 8.32, l’Alcantara y avait aussi sa place !

Lancia prévoyait de façon optimiste 2000 exemplaires par an. La première série (produite de 1986 à 1988) ne trouvera que 2370 clients, tandis que la deuxième (1989-1992) se limitera à 1601 exemplaires. Semi-échec, ou semi-succès, selon que l’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. D’autant que la deuxième série a perdu des chevaux au passage, n’en offrant plus que 205 une fois catalysée. Pourtant, malgré la rareté du modèle, on en trouve encore pas mal à vendre aujourd’hui, à des tarifs relativement abordables pour une « Ferrari » (les guillemets s’imposent pour ne pas tomber sous le feu nourri des puristes). Le problème n’étant pas tant d’en trouver une, que d’en trouver une en bon état et bien entretenue. Longtemps abordable en occasion, elle méritait cependant un entretien digne du cheval cabré logé en son sein, et ça, c’était pas donné. Il faut donc acheter cette bestiole en connaissance de cause, et c’est ce qui m’avait fait renoncer et choisir la 9-5 (de puissance quasi équivalente, malgré deux cylindres de moins).

La vraie 8.32 SW d'Agnelli !
La vraie 8.32 SW d’Agnelli !

Pour ceux qui considéreraient qu’avec presque 4000 exemplaires produits, la 8.32 reste trop courante, il existe un graal qui vous permettrait de vous sentir véritablement privilégié : une 8.32 Station Wagon ! Ne rêvez pas trop, elle ne coure pas les rues. Un seul exemplaire officiellement aura été construit dans cette configuration, pour un client célèbre et tout puissant : Gianni Agnelli ! Le puissant patron de Fiat n’a jamais hésité à se faire livrer des voitures inédites pour satisfaire ses besoins (lire aussi : Fiat 130 Maremma), et bien entendu, il fallait qu’il dispose d’une version spécifique. Un break à V8 Ferrari ne pouvait que lui revenir (ou alors au frère du Sultan de Brunei, qui, étrangement, n’en fera jamais la commande). Il existe une deuxième 8.32 SW, mais il s’agit d’une réplique, reconstruite sur la base de deux Thema, une 8.32 et une SW classique.

La fausse 8.32 SW !
La fausse 8.32 SW !

Bref, vous l’aurez compris, je suis assez fan de cette voiture, pour plein de raison. Sa rareté, son moteur, ses défauts aussi (une traction, avec un tel moteur, dommage), sa discrétion (en état d’origine sans fanion Ferrari pendouillant au rétro ni autocollant justifiant son choix). Surtout que Ferrari reste aujourd’hui fermement opposé à toute idée de berline portant son sigle, contrairement à Porsche (Panamera) ou Aston Martin (Rapide). Les seules alternatives ? S’offrir la Ferrari Pinin, qui n’est cependant qu’un concept rendu roulant (lire aussi : Ferrari Pinin) ou tomber sur une Ferrari 456 Venice à la vente (lire aussi : Ferrari 456 GT Venice). Autant dire qu’une Thema 8.32 sera le choix le plus facile, pour un budget restant raisonnable (enfin, tout est relatif!).

 

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24 commentaires

pagprod

Le 29/01/2016 à 14:40

Merci pour cet intéressant article, Paul ^^

Cette Lancia a une saveur particulière, pour moi c’est la plus incroyable des berlines routières traction avant vendues…

Un moteur Ferrari dégonflé certes, mais quel panache et quelle réussite d’avoir su loger un tel orchestre sous une si élégante carrosserie !

Rappelons que la Thema avait également évoluée en version Limousine, qui ne manque pas d’élégance non plus.

A très vite pour un prochain article !

rubinho

Le 29/01/2016 à 16:31

Souvenir d’enfant : on s’était fait doubler (à l’époque, on avait une 505 SRD donc pas bien difficile) par une 8.32 sur l’autoroute… On l’avait retrouvé qqs kilomètres plus loin sur la BAE ; moteur fumant et train avant éventré (surement un impact contre un animal ou un truc du genre ….)

Jean

Le 29/01/2016 à 19:39

Un régal que cette berline! J’aurais néanmoins une question; comment est implanté le V8? En position transversale façon Cadillac Séville?

Olivier

Le 29/01/2016 à 20:13

Oui Jean c’est un moteur transversal.

Jean

Le 29/01/2016 à 22:37

Ok merci! Donc, une configuration technique plutôt originale (V8 transversal et traction avant) en Europe, mais courante aux US.

Wolfgang

Le 29/01/2016 à 23:34

Si elle s’est mal vendue, il y a une raison : ligne sans attrait particulier, traction et intérieur pas très beau. ça fait beaucoup. Et puis mettre un moteur d’une autre marque, ça n’a jamais été très valorisant pour une auto, même si c’est un moteur Ferrari (qui plus est dégonflé).
Une Jaguar de la même époque est bien plus homogène et plus valorisante pour l’ego…
Et puis si on voulait impérativement une berline italienne, Maserati avait ce qu’il faut en propulsion et avec un intérieur esthétiquement bien plus réussi.
A mon avis elle a cumulé beaucoup trop d’erreur cette auto, à commencer par un mauvais positionnement sur le marché.

alandu78

Le 22/07/2018 à 22:52

J’ai eu des Jag et une 8.32 ! L’ego n’etait pas le motif de l’achat . Ayant eté tres satisfait par une mondial 3.2 QV je voulais retrouver ce panache avec une vraie 4/5places….
à souligner la finition de la Lancia en version 8-32 (meme le tableau de bord etait l’oeuvre d’un vrai sellier) etait tres loin au dessus de la mondial contemporaine

Lorenzo

Le 30/01/2016 à 07:07

Mon Kiné en avait une (ca remonte)
Invendable et échec à l’époque (vignette)
Intérieur magnifique
Mais motricité précaire
Sonorité envoûtante
De bons souvenirs selon lui mais ça ne valait pas une Alfa 75 (qu’il a eu aussi)

J2M

Le 30/01/2016 à 11:36

C’est justement le mariage improbable de ces beau moteur et de cette belle caisse (et en termes de marketing seulement) qui fait le charme très particulier de cette curiosité automobile.
Elle occupe dans mon âme de citroëniste, étrangement et en compnsation, une place à côté de l’inachevée 22cv. Une autre merveille surréaliste qui, elle, n’aura pas passé le portail de l’usine.

pagprod

Le 30/01/2016 à 12:07

Tout à fait d’accord avec toi J2M, le parallèle avec la 22cv Citroën est bien trouvé. La différence est que cette Lancia fut commercialisée et, à l’instar des animaux préhistoriques, (toutes marques confondues) les ultimes modèles d’une gamme furent souvent les plus monstrueux, ce qui n’a que précipité un peu plus leur perte…

Alors vive l’archéologie automobile 🙂

SRDT

Le 30/01/2016 à 20:15

Le v8 est un 3.0 et pas un 3.2, il est en fait assez différent des versions Ferrari avec en particulier un vilebrequin en croix et certainement beaucoup d’efforts pour donner du couple et remuer efficacement les 1400kg de l’engin malgré la boite longue qui accroche 242 à fond de 5.

Paul

Le 30/01/2016 à 20:20

Exact, coquille pourtant évidente… mais à force d’écrire 8.32, on finit par voir des 3 et des 2 partout ahahah… Je corrige 😉

Whealer

Le 30/01/2016 à 22:07

Toujours bien aimé cette voiture. Le top aurait été de retrouver ce moteur dans une version coupé (Boneschi Gazella par exemple).

Jota

Le 31/01/2016 à 21:56

Sympa la Gazella je ne connaissais pas, pourtant j’aime bien Boneschi notamment les travaux sur Osca.

alandu78

Le 22/07/2018 à 22:55

Ah non…. ça serait une concurrence suicidaire ! Un coupé à moteur Ferrari non siglé Ferrari ?????????????

Greg

Le 01/02/2016 à 11:18

A la sortie de la Thema 8.32, en 1986, Ferrari a déjà remplacé depuis 1 an la 308 QV par la 328.
Bien que Modène dispose déjà à l’époque d’un outil de production surdimensionné et extrêmement flexible avec des machines outils dernier cri, qui sortent indifféremment V8, V12 à 120° (412i) ou V12 à 180° (Testarossa), le V8 3 litres QV choisi pour la Thema appartient déjà au passé.
En outre, comme le souligne SRDT, les motoristes choisissent un vilebrequin calé à 90° qui permet d’éliminer les vibrations propres à un V8 calé à 180°.
Pour ces raisons, c’est Ducati qui assemblera les moteurs, à Borgo Panigale et non à Modène…

Question maintenance, je me suis renseigné sur le sujet car la Thema 8.32 m’intéressait vivement, avant que je ne choisisse finalement un salon anglais revisité par TWR…
Il fallait s’y attendre: le remplacement régulier des courroies exige sur la Thema Série 1, une dépose du groupe moteur-boite exactement comme pour les Ferrari V8.
En revanche sur la série 2, Lancia a prévu diverses ouvertures dans le passage de roue, qui permettent de passer les outils et de remplacer courroies et galets, moteur en place.
A retenir, au cas où…

French Frog

Le 24/08/2016 à 09:51

Il suffit d’essayer une 2.0 Turbo 16V de 185 ch et la messe est dite

Jerome

Le 24/08/2016 à 10:25

formidable auto aux sensations brutales !

Jerome

Le 24/08/2016 à 10:24

Formidables souvenirs de cette auto, et d’un accessoire qui a marqué l’enfant que j’étais à l’époque : l’aileron escamotable piloté depuis un comodo.
Ne pas oublier dans la lignée des Thema, la moins prestigieuse mais très efficace et pourvoyeuse de sensations, 16V Turbo.

Troisetdeuxquatre

Le 10/08/2019 à 23:19

Oh que oui, la Turbo 16v, en terme de sensations, c’est le sourire assuré jusqu’aux deux oreilles !
Je retourne faire un tour puisque c’est !

pascucci

Le 08/03/2017 à 23:04

magnifique voiture,je rève de posséder un modéle 8-32 elle m’as toujours fait réver il y a de ses voitures,qui nous font vivre merçi d’etre encore VIVANTES.

alandu78

Le 22/07/2018 à 23:00

Achetez en une vite avant que les prix ne flambent. J ai eu ce modele. Extremement fiable (si l’entretient est fait)…et je le repete pas de ces petits ennuis de finition dont ma  » vraie » Ferrari etait coutûmiere

Arnault

Le 26/09/2017 à 21:45

A la fin des années 90, j’en ai croisée une accidentée et non sauvable (sortie de route et tonneaux) dans le parc du garage du coin plus habitué a recevoir des visa, des golfs GTI pliées en sortie de boite.

De mémoire en plaques Suisse, elle restait belle : La finition etait etonnante, inexplicable… mélange de luxe, de matériaux de qualité … et de grand n’importe quoi. La peinture etait aussi surprenante : sans commune mesure avec une autre auto. Qualité au dessus.

mais matin, l’ouverture du capot etait claire : c’était un engin qui semblait difficile sinon impossible d’entretien vu de l’exterieur, pas sur le plan technique, mais sur le simple plan accès.

Il me semble, sous reserve de mémoire, que les couvre culasse n’etaient pas directement « Ferrari » mais « by Ferrari » ou un truc dans le genre. Je peux me tromper, c’est loin, mais quasi certain.

alandu78

Le 22/07/2018 à 16:07

Une que j’ai possédé suite à une Mondial 3.2.. bien entretenue elle etait tres fiable ! Elle m’a couté bien moins chère que l’atroce ford Probe 24v que j’ai eu la stupidité d’avoir par la suite.

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