Lancia Trevi : entre classicisme et futurisme

Mardi 4 décembre 2018
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La Lancia Trevi fait partie de ces voitures sous-estimées à cause d’un physique disgracieux et d’un tableau de bord surréaliste. Dérivée de la Beta à la réputation dramatique (à cause de sa fâcheuse tendance à rouiller sur place), elle revenait à l’extérieur au classicisme des 3 volumes tout en osant un paradoxal tableau de bord psychédélique rapidement comparé à un gruyère par des journalistes sarcastiques. Avec le temps, c’est justement ce mélange des genres qui séduit aujourd’hui, surtout dans sa performante version Volumex.

L’histoire de la Trevi commence finalement avec celle de la Beta en novembre 1972. A cette époque, Lancia fit le choix, pour remplacer la Fulvia, d’une carrosserie osée mais assez en vogue à l’époque : une deux volumes. Cette nouvelle berline, qui marquait le renouveau de la firme après son rachat par Fiat en 1969, fut saluée lorsqu’elle vint en concession début 1973, d’autant qu’elle se voyait accompagnée d’une gamme complète : coupé, Spyder, break de chasse appelé Beta HPE et même une petite sportive à moteur centrale, la Beta Montecarlo.

Avec ses moteurs Lampredi si plaisants, son équipement haut de gamme et son confort, la Beta avait tout pour être un succès, d’autant qu’elle répondait à la demande du d’une carrosserie 2 volumes. Malheureusement, la berline eut rapidement une très mauvaise réputation car les premiers modèles (jusqu’en 1975) étaient très sensibles à la rouille galopante à cause d’un acier de mauvaise qualité et de problèmes d’étanchéité. Cette réputation, un peu exagérée quand on sait combien toutes les voitures de cette époque souffraient de cette maladie, fit beaucoup de mal à Lancia. En 1979, la marque lançait une version restylée, guérie de sa maladie de jeunesse, et dotée d’un surprenant mobilier intérieur signé par le styliste Mario Bellini (concepteur en 1972 de l’étrange Kar-a-sutra). Mais rapidement, l’état-major de la marque italienne se rendra compte que la mode des lignes deux volumes était passée sur les berlines de ce segment. La clientèle désirait exprimer un certain standing que la ligne trois volumes transcrivait mieux à leurs yeux.

Lancia allait donc demander à Pininfarina de travailler sur le sujet pour transformer du mieux possible la Beta en une Trevi, un nom dérivé de l’italien Tre Volumi et qui n’a donc rien à voir avec la ville de Trévise comme on l’entend parfois. Présentée en 1980, la Beta Trevi allait cohabiter jusqu’en 1981 avec sa sœur trois volumes avant de totalement la remplacer. D’ailleurs, en 1983 et l’apparition de la 2ème série, la Trevi perdait définitivement son appellation Beta pour prendre son indépendance.

A ses débuts, la Beta Trevi était proposée avec deux motorisations : le Lampredi 1.6 litres de 100 ch, et le 2 litres de 115 chevaux, tous les deux à carburateur Weber. La 2000ie quant à elle passait à 122 chevaux grâce à l’injection électronique, comme son nom l’indique. En 1983, Lancia offrait une version plus sportive de la Trevi dotée d’un compresseur Volumex portant la puissance à 135 chevaux et gagnant les deux lettres VX sur la calandre « type Delta ».

Bizarrement, celle qui devait revenir à plus de classicisme grâce à sa ligne plus sage se retrouvait avec un tableau de bord totalement baroque, surnommé le gruyère pour ses 29 trous cachant tous une commande, un compteur ou une indication. Difficile d’imaginer comment un tel mobilier a pu être validé, surtout quand on cherche à gagner les cœurs d’une clientèle bourgeoise. Certes, le moteur Volumex était plaisant, mais suffisait-il à faire oublier l’horreur devant ses yeux ? Quand à la ligne extérieure, elle faisait ce qu’elle pouvait pour cacher ses origines trois volumes. Difficile pour Pininfarina de faire des miracles : quel que soit l’angle, le coffre paraît trop court.

La Trevi n’eut pas une très longue carrière puisque dès 1984 elle quittait les concessions, remplacée par une toute nouvelle voiture conçue en partenariat avec Fiat et Saab, la Thema qui reçut par la suite un prestigieux moteur Ferrari dans sa version 8.32. En cinq années de commercialisation, elle se vendra à 40 628 exemplaires, dont seulement 3 844 versions Volumex.

Aujourd’hui, une Trevi se négocie à des tarifs très bas (entre 2 000 et 2 500 euros selon LVA), à condition d’en trouver un exemplaire survivant en bon état. Ses défauts de l’époque sont devenus des éléments de séduction : la ligne un peu déséquilibré sent bon le tout début des années 80, rappelant les berlines soviétiques contemporaines et la nostalgie qui va avec. Bien équipée, plaisante à conduire, confortable, on finit même par apprécier l’étrange nid à poussière (comme certains journalistes ont surnommé la planche de bord) et son volant si particulier.

Liens de l’article :

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES LANCIA TREVI VX (1982-1984)

Motorisation

Moteur 4 cylindres en ligne, 8 soupapes
Cylindrée 1 995 cc
Alimentation Compresseur Volumex, carburateur double corps Weber
Puissance 135 ch à 5 500 trs/min
Couple 21 Mkg à 3 000 trs/min

Transmission

Roues motrices Avant
Boîte de vitesses BVM 5 rapports

Dimensions

Longueur 4 355 mm
Largeur 1 706 mm
Hauteur 1 400 mm
Poids à vide 1 195 kg

Performances

Vitesse maxi 190 km/h
Production totale 3 844 exemplaires (82-84)

Tarif

Cote moyenne 2018 (LVA) 2 500 euros

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11 commentaires

Jean-Michel

Le 04/12/2018 à 11:21

À moins d’une erreur de ma part, la Beta berline n’a jamais eu de hayon…

Jean-Michel

Le 04/12/2018 à 11:23

À moins d’une erreur de ma part, la Beta berline n’a jamais eu de hayoy…

Paul

Le 04/12/2018 à 11:35

C’est exact, et corrigé 😉

Arthur

Le 04/12/2018 à 11:24

De trois quarts arrière, l’air de famille avec la Mercedes W123 est troublant :p

Sinon, auto sympa, j’aime bien ce style typique de la fin des années 1970, début ’80, et très bon article (comme systématiquement)!

Guillaume

Le 04/12/2018 à 11:36

Des petits airs de 604 et de Mercedes!

Jota

Le 04/12/2018 à 21:39

Quand j’étais gosse je croyais que c’était une 305…

Olivier S

Le 04/12/2018 à 14:24

Ca me rappelle la Lancia Trevi du père d’une copine, dans le Vaucluse en été 85. Elle était récente, a peine 20000 bornes.
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Le son fabuleux du moteur avec ses double carbus, le luxe absolue en Alcantara bleu, vitres teintées en vert, et le style luxe hyper-Italien a l’intérieur – ca m’a marqué. Surtout par rapport a nôtre VW Passat D Diesel 3-portes familial complètement dépouillé de base, millésime ’79 – une bagnole qui faisait honte, a cela presque’au même prix réel en concession qu’une Lancia! Ca explique en parti mon aversion contre toute voiture « VAG » même presque 40 ans après…
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Je connaissais déjà la Beta Berline 2000 S1 (voiture de famille d’un copain), mais le style de la Trevi avait été nettement modernisé par rapport a l’ancienne Berlina. C’est exactement ce style de designer italien un peu Kitsch, et le mélange des style 70’s et 80’s qui fait le charme fou de la Trevi (bon, pour moi – ca déplaît a la majorité des gens…) !
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Même avec sa boite a vitesses en provenance de chez Citroen, et ses moteurs dérivés du bloc standard Fiat (donc bien plus nerveux que tout ce qu’on produisait en France a l’époque!), la ligne Beta a plein de caractère luxe sportif Italien, que Lancia n’a jamais pu reproduire plus tard…
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€2500.- me semble un peu radin, a ce prix il n’y a que des épaves. Si j’en trouve une bonne a ce prix, je l’achète de suite, même en version base 1600cc – un bon moteur, rien a voir avec les 1.6l poussifs de la concurrence française ou allemande (hors BMW M10).
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Le problème est d’en trouver une, et surtout un exemplaire en bon état d’origine. Ce sera plutôt des sortis de grange en Italie ou en Suisse…

Oldschool45

Le 04/12/2018 à 17:58

La 2eme Lancia de mon père après une Delta, j’ai de très bons souvenirs de cette voiture lors des descentes au mois d’août entre Dreux et Cabestany sur l’autroute à 2h du matin avec toute la petite famille et les valoches à 180 compteur ( à l’époque où les radars étaient bien plus rare!), avec son tableau de bord digne de la Guerre des Etoiles et son record de vitesse…entre deux pompes à essence
C’est d’ailleurs ce dernier grief qui a poussé mon père à la changer pour une Prisma…Diesel !

Choco

Le 05/12/2018 à 10:42

Totalement dingue cette planche de bord. Tellement graphique !

Ascari

Le 24/01/2019 à 22:30

La beta berline à son lancement en 1972 est une auto très réussie et moderne alors qu’au terme de la reprise de Lancia par Fiat il n’y avait plus aucun projet dans les cartons. Si l’auto a été mal reçue c’est surtout par les lancistes historiques. Mais Fiat a laissé beaucoup de latitude à l’équipe de Sergio Camufo en charge du projet. Le modèle se vend bien et n’a pas mauvaise réputation. Les problèmes de corrosion sur les séries 1 sont discrètement réglés par le sav. C’est en Angleterre qu’un scoop est réalisé par la presse photographiant un parc de reprises bien attaquées. Le scandale bien monté en épingle est très mal géré par la marque et cause sont retrait du pays.

Ascari

Le 24/01/2019 à 22:43

Si la Trevi rappelle la production automobile soviétique je propose d’envoyer immédiatement l’auteur en camp de travail.

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