L’ascension et la chute de Sanxing Motors

Publié le mardi 12 juillet 2016.
Mis à jour le jeudi 11 juillet 2019.
Retour

Une organisation légère comme celle de Boîtier Rouge ne permet pas d’avoir des « correspondants » à l’étranger. Mais elle dispose d’un atout non négligeable : des lecteurs, souvent grands voyageurs, et tout aussi pointus qu’un rédacteur attitré. Voilà comment on se retrouve avec une belle histoire d’usine et des photos exclusives, grâce à Damien, fidèle de la première heure et habitué à crapahuter en Chine.

20160401_095855

20160401_095844

Les photos étonnantes qu’il nous envoie aujourd’hui résument parfaitement l’ascension puis la chute d’une valeur sûre de l’automobile chinoise des années 90, à une époque où tout semblait possible : Sanxing Motors. Aujourd’hui les constructeurs chinois pullulent mais au début des 90’s, le marché automobile n’est qu’un futur eldorado pour constructeurs étrangers (lire aussi : Guangzhou Peugeot) ou pour les nouveaux entrepreneurs chinois profitant de la libéralisation du marché.

20160401_100206

20160401_100020

Contrairement à ce que pourraient laisser croire les images, Sanxing Motors et son logo (un S dans un triangle sur fond rouge) furent célèbres dans toutes la Chine, prémices d’une industrie automobile aujourd’hui hyper-développée. Son histoire commence en 1988, par la construction de machines agricoles et d’utilitaires légers « du cru ». Mais en 1990, la société veut se développer sur le créneau des véhicules particuliers, et profiter d’une possible explosion du marché automobile chinois, encore embryonnaire !

20160401_095939

20160401_101941

Sanxing Motors est situé dans la province du Guandgong, au Sud Est de la Chine. Les autorités (communistes évidemment) ont de grandes ambitions eux aussi, et espèrent le développement de l’industrie automobile dans leur région. Ils encouragent évidemment Sanxing dans son développement, et seront peu regardant pour estampiller « made in China » : il suffisait parfois d’importer une voiture directement de l’étranger, pour ne monter que les rétroviseurs, les pneus, et la batterie pour en faire une voiture purement chinoise : de nombreux « importateurs » se retrouvèrent ainsi « constructeurs » par la grâce d’une administration peu regardante.

20160331_102904

20160331_102915

Chez Sanxing, on a cependant plus d’ambition. L’usine est une vraie usine, et les partenaires sont de stature international. Le premier d’entre eux sera Mitsubishi, qui fournira des Minibus en CKD (le L300 notamment), mais aussi des Space Wagon. Bientôt Nissan soutiendra aussi Sanxing Motors en lui fournissant des minibus ou bus en CKD. Mais le vrai coup de maître de la jeune entreprise sera de convaincre en 1993 les américains de chez Chrysler, pour produire le Voyager en Chine. Si Chrysler y voit un intérêt économique (vendre des pièces de modèles largement amortis), il est hors de question que cela soit sous sa marque. Sanxing va baptiser ses monospaces américains du nom de G-Star, sans pentastar ni référence au constructeur américain !

20160401_101037

20160401_100931

Mieux, Sanxing va réussir à attirer dans ses filets le groupe Daimler-Benz, en construisant quelques utilitaires à l’étoile, et surtout le légendaire Unimog 406. Le milieu des années 90 est l’apogée de la Sanxing Motors Corporation. Ses usines emploient jusqu’à 8000 employés.

20160401_101322

20160401_100702

Pourtant, dix ans après sa création, la société va subitement décrocher comme on dit dans l’aviation, subissant plusieurs événements qui conduiront au crash. Tout d’abord, le gouvernement central devient plus tatillon sur les assemblages factices : si Sanxing dispose bien de chaînes de fabrication, contrairement à d’autres, elle se retrouve tout de même dans le collimateur, d’autant plus qu’elle doit affronter des attaques pour « contrebande » mais aussi corruption de fonctionnaires, dans ce qu’on appelera en Chine le scandale de 98 ! En outre, Sanxing subit une crise financière sans précédent et brutale, conduisant à l’arrêt pur et simple de la société en 1999 ! Du jour au lendemain, la société est déclarée en faillite, les usines s’arrêtent, et tout restera en l’état.

20160331_094717

20160401_102137

Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. Les milliers de salariés sur le carreaux iront retrouver du travail ailleurs, dans une Chine en pleine croissance, laissant presque 20 ans plus tard un lieu resté tel quel : les chaînes sont simplement arrêtées, et si la végétation ou la rouille ont pris le dessus, on pourrait croire que tout s’est arrêté hier : un chef d’oeuvre « Urbex » comme on en voit peu. La gloire de l’industrie automobile chinoise des années 90 s’est arrêtée nette, préparant le terrain à une nouvelle génération de constructeurs dans les années 2000.

20160401_102209

Sanxing a sans doute eu le tort de croître trop vite, d’être trop confiante, de ne pas être dans les petits papiers du gouvernement chinois, sans avoir vu venir la chasse à la corruption, et surtout d’avoir mené une politique financière dispendieuse en surfant sur la croissance, sans consolider les acquis comme d’autres constructeurs « historiques ».

Merci à Damien « navigator84 » pour ses superbes photos exclusives, et l’idée du sujet (c) tous droits réservés !

Merci aussi à Erik Ivan Ingen Schenau pour ses précieuses informations http://www.chinesecars.net/

 

Articles associés

9 commentaires

rubinho

Le 12/07/2016 à 15:25

Jolies photos ; l’ambiance fait presque post-bombardement, avec des lignes d’assemblage pleines… et la vie s’arrete d’un coup
On est plus habitué (meme si le terme n’est pas approprié) à voir des usines abandonnées suite à des restructurations ou des faillites longues où l’outil industriel a été en partie vendu, où les cadences se sont réduites…
Là on rêverait presque d’appuyer sur le bouton ON pour relancer la chaine de L300.

Paul

Le 12/07/2016 à 15:30

oui c’est cela qui m’a amusé avec cette série de photos (et encore je n’en ai mis que le huitième): l’usine semble s’être arrêtée telle quel ! Et comme tu dis, il suffirait du bouton ON, pour relancer la peinture sur les coques déjà rouillée pourtant 😉

wolfgang

Le 12/07/2016 à 18:25

J’ai vu un tag en chinois, ça a de la gueule !!!!

C’est quand même étonnant que l’unimog soit resté là et pas le toit !

Jota

Le 12/07/2016 à 21:22

C’est immortel un Unimog ! Ahah. En tout cas il ferait une belle base de restauration. Toujours aussi glauque ces images d’usine désaffectées. Je me rappelle d’images prises sur l’île Seguin avant sa destruction c’était pas mieux. On s’attend toujours à trouver un prototype mystérieux laissé sous une bâche (c’était le cas chez Rover à Longbridge).

wolfgang

Le 13/07/2016 à 09:44

Moi je trouve ça beau. Un peu comme les cimetières de voitures.

Ceci dit c’est mieux en photo que sur le terrain.

Un jour dans le cadre de mon métier j’ai du visiter une ancienne usine dévastée, dépouillée et totalement taguée, franchement quand on est seul là dedans au milieu des débris divers, plus ou moins dans le noir, on est pas trop rassuré… on s’attend à trouver un cadavre ou à se faire attaquer …
En plus c’était à Montigny les Metz, de sinistre réputation…

Jota

Le 13/07/2016 à 20:46

Exactement, j’ai déjà vécu l’expérience plus jeune sans doute à la recherche d’adrénaline à ce moment la. Le cinéma sait d’ailleurs très bien en jouer!

Nabuchodonosor

Le 13/07/2016 à 22:56

A y regarder de plus près, ce n’est pas du chinois…
🙂

Nabuchodonosor

Le 13/07/2016 à 15:56

Très très belle histoire d’un parfait inconnu chez nous et qui le serait resté sans ce magnifique reportage Merci BR et merci Damien donc.
Il confirme que tout peut aller très vite dans l’empire du milieu, dans la croissance effrénée comme dans la déconfiture subite et que cela valait déjà dans les années nonante, une époque où les médias nous parlaient de la Chine comme d’un pays du tiers monde au potentiel de croissance si palpable que quelques industriels de l’hexagone s’y intéressaient déjà, enfin pour ce que je m’en souviens.
Révolutionnaire !

bolino

Le 14/11/2017 à 12:36

Merci pour ce sujet amusant et les jolies photos.

Laisser un commentaire