Mia Electric : le désastre annoncé

Publié le mercredi 30 avril 2014.
Mis à jour le mercredi 20 février 2019.
Retour

La nouvelle est tombée : Mia Electric est en redressement judiciaire, et les offres de reprises sont attendues d’ici au 5 mai prochain. Déjà 4 propositions ont été déposées, mais il est fort probable qu’une partie non négligeable de 200 salariés soit sacrifiée pour le sauvetage de celle qui devait révolutionner la « mobilité électrique ».

Une couleur Orange et un look pas si moche suffiront-ils à sauver Mia ?
Une couleur Orange et un look pas si moche suffiront-ils à sauver Mia ?

Il est sûr qu’on me fera plus rêver avec un V12 qu’avec un moteur électrique, avec une ligne d’enfer plutôt qu’avec une boîte carrée avec 4 roues aux 4 coins. Mais Boîtier Rouge est édité en Poitou-Charente, et malgré mes origines parisiennes, une pointe de chauvinisme picto-charentais se développe en moi. JDM a pu être sauvé in-extremis (lire : JDM), Heuliez est passé par pertes et profits. Restait pour défendre haut et fort les couleurs de l’automobile poitevine la pauvre Mia, dont le seul soutien politique de poids restait Ségolène Royal (est-ce un atout?).

Au Ministère de l'Ecologie désormais, Ségo a moins de temps à consacrer à Mia...
Au Ministère de l’Ecologie désormais, Ségo a moins de temps à consacrer à Mia…

Quand on voit les offres proposées pour la reprise de l’entreprise, on constate (avec regret) le faible intérêt porté à cette marque qui a eu le mérite de tenter. Sans faire injure aux potentiels repreneurs, point de poids lourd à l’horizon. Pour reprendre Mia, on trouve Michel Albrand et sa société Network Strategy Distribution Development. Vous connaissez vous ? On trouve aussi le fournisseur de batterie de la Mia, E4V. La troisième offre vient de 4H Holding, soi-disant détenue par un cheik emirati (ils ont la côte en ce moment), dont on tait le nom (par prudence ? Par pudeur ? Ou par incertitude?). Cette société avait déjà investi dans l’électrique en rachetant la marque Luminéo, qui sera finalement liquidée : de bonne augure. La quatrième offre provient de l’actuelle présidente de Mia, Michèle Boos, avec l’aide d’un mystérieux consortium allemand dénommé « Mia Generation ». Il y en a qui ne doutent de rien.

Seulement 201 exemplaires de la Mia sortiront des chaînes en 2013. C'est peu !
Seulement 201 exemplaires de la Mia sortiront des chaînes en 2013. C’est peu !

Sans être un grand analyste financier, autant dire que l’avenir de Mia n’est pas assuré, même après une reprise par l’un de ces investisseurs. Car il faut bien le dire : qui peut vraiment s’intéresser à Mia Electric, à part les édiles poitevins (qui soit dit en passant ont investi et sont actionnaires du constructeur à hauteur de 12 %) ?

Mia Electric souffre de plusieurs maux : un réseau de distribution embryonnaire, un manque de moyen évident, et, malgré tout le soutien politique de Ségolène Royal, l’absence d’une vitrine telle qu’Autolib pour Bolloré. Il y avait pourtant une place à prendre dans la « Mobilité Electrique Inter-Urbaine et Rurale » (terme que je viens d’inventer, MEIUR ça claque et ça sonne comme « MEILLEUR ») : s’implanter dans les villes moyennes et proposer un service de location de véhicules électriques favorisant la mobilité départemental et inter-urbaine.

La Mia n'est pas si ridicule que sa déco le laisse penser, mais suffit-il d'un bon produit ?
La Mia n’est pas si ridicule que sa déco le laisse penser, mais suffit-il d’un bon produit ?

Bon j’avoue, Mia s’y est intéressé, tout comme le Conseil Régional de Poitou-Charente. On trouve des Mia en libre service à la gare de Saintes (ville de 25 000 habitants). Pourtant, je passe tous les jours à la gare saintaise, et les 3 Mia sont éternellement en charge. Il faut dire que le réseau n’est pas très dense, et surtout peu promu. Je n’ai jamais reçu la moinde information sur leur utilisation depuis deux ans, et les véhicules semblent à jamais immobiles sur leur parking dédié.

Personnellement, je trouve son look plus fun que celui de la Bluecar de Bolloré...
Personnellement, je trouve son look plus fun que celui de la Bluecar de Bolloré…

Que manque-t-il à Mia ? De l’argent, une vision, et surtout une stratégie. 200 personnes pour produire 201 véhicules en 2013, c’est beaucoup. Vouloir défendre à tout prix l’industrie automobile picto-charentaise, c’est bien, mais encore fallait-il avoir un cap. Heuliez a déjà subi les affres de ces pseudos repreneurs qui n’en ont pas les moyens, et les effets d’annonce politique qui ont conduit nos politiques régionaux à se ridiculiser, notamment lors de l’affaire Bernard Krief Consulting (je vous laisse google-iser).

J’attends avec impatience la décision du tribunal de commerce de Poitiers, et les réactions des politiques (tiens tiens, on n’entend plus Ségolène Royal sur cette affaire, sans doute trop occupée au Ministère de l’Ecologie). On parle d’un accord avec Bolloré pour la fourniture de ses propres batteries, mais quid de l’avenir de cette entreprise ?

Articles associés

Soyez le premier à commenter cet article

Aucun commentaire

Laisser un commentaire