« L’écume des jours » : les drôles de voitures du film de Michel Gondry

Publié le lundi 26 juin 2017.
Mis à jour le vendredi 21 juin 2019.
Retour

Le monde de l’internet en général et de Facebook en particulier est un monde irréel, où chacun semble vivre une vie à part, dans sa bulle, tout en étant présent socialement. Lorsqu’on y parle d’automobile, c’est sans écouter les autres, sans lire les articles, avec pour seul but de commenter, sans vraiment savoir pourquoi, sans même avoir pris la peine de décrypter les commentaires précédents, ni même les suivants d’ailleurs, et encore moins l’accroche du « post ». On arrive à des situations ubuesques où tout le monde doute de tout, voyant du photoshop là où il n’y en a pas… Ou bien, à l’inverse, un monde où tout le monde croit dur comme fer une « fake news » sans prendre la peine de vérifier. A l’heure de l’information en continu sur tous les écrans, jamais l’internaute moyen n’aura été aussi loin de la vérité.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une non-information : un film sorti en 2013, ce n’est pas ce que j’appelle de l’actualité. « L’Ecume des jours », avec Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh ou bien Omar Sy, est l’adaptation moderne du roman éponyme de ce cher Boris Vian, grand écrivain, amateur de jazz mais aussi d’automobiles, lui qui roulait en « daily » avec une Brasier Torpedo (lire aussi : La Brasier Torpédo de Boris Vian).

Ce roman, écrit en très peu de temps en 1946, est devenu l’un des chefs d’oeuvre de Vian, bien qu’il ne connût qu’un succès posthume dans les années 60. Dans « l’écume des jours », on découvre un monde poétique et impitoyable en même temps, fonctionnant à l’envers (un ouvrier gagne plus qu’un ingénieur), avec des lois plus ou moins absurdes. L’adaptation de Michel Gondry tente d’en respecter l’esprit à défaut de la lettre, et rencontrera un succès mitigé (un peu plus de 800 000 spectateurs) malgré un budgt de 19 millions d’euros.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous parle de tout cela ? J’y arrive. Plus de 4 ans après la sortie du film circulent encore sur facebook des voitures réalisées pour l’occasion. Si dans le roman, la voiture n’a pas une place aussi importante, dans le film, c’est l’occasion d’imager le drôle de monde dans lequel se déroule ce conte. Et pour montrer l’absurdité, quoi de mieux que des voitures « inversées ». Grâce à d’habiles travaux (bien que la qualité visuelle des voitures ne soit pas toujours au rendez-vous selon les modèles), les véhicules se retrouvent avec des arrières pour avant, changeant ainsi leur ligne et leur fonction.

La Peugeot 306 devient monospace, récupérant deux hayons, tout comme la 205 (avec un avant « hayon » de 204 break), la 404 et la Renault 21. La 104 récupère un arrière de 404 pour avant, lui donnant un air d’américaine à hayon du plus bel effet. D’autres encore sont « tunées », avec ailerons et phares supplémentaires, gardant pour caractéristique principale un arrière à l’avant.

Objets de cinéma, ces voitures interloquent encore les internautes : ne sachant apparemment plus chercher sur Google, ils s’interrogent, se demandent s’il s’agit de l’oeuvre d’un tuner fou, ou bien tout bêtement d’un photoshop. Malgré la réponse donnée par d’autres internautes cultivés, certains s’enferment dans leurs croyances ! Non ces véhicules ne sont pas modifiés par Photoshop, et oui, il s’agit de vrais véhicules, roulant, pour les besoins du film.

Mieux, lorsque Colin (Romain Duris) se marie à Chloé (Audrey Tautou), il claque une grande partie de son pognon, lui qui pouvait vivre raisonnablement sans travaller, pour s’acheter une Limovian (dois-je vraiment vous expliquer ce nom?). Et cette Limovian a une histoire particulièrement savoureuse.

Lorsque Michel Gondry expliqua à Romain Duris la place de l’automobile dans le film, et notamment de la Limovian, ce dernier pensa tout de suite à son frère François. A cette époque, il travaillait chez Peugeot en tant que Design Strategy Manager (il est aujourd’hui Directeur du design chez Huawei). Un coup de fil entre frères et déjà, la Limovian prenait corps dans la tête de François. Entre temps, la production du film avait contacté le département placement de produits de Peugeot : tandis que François réfléchissait, la demande de la prod’ arrivait sur son bureau. La Limovian serait donc une Peugeot. Enfin, pas tout à fait.

Dès janvier 2012, les équipes de production, alliées au desing Peugeot vont plancher sur les voitures… avec des Photoshops justement (voir la vidéo en fin d’article). Sur cette base, les carrossiers vont tenter de « modifier » les voitures dans l’esprit de L’écume des jours. Pour la limovian, c’est François Duris qui va s’y coller. Contrairement à la 607 Paladine, qui dérivait bien d’une 607 au châssis rallongé (lire aussi : Peugeot 607 Paladine), la Limovian sera quant à elle réalisée sur la base d’une Cadillac Limousine, à laquelle sera greffé des éléments typiquement Peugeot issus pour la plupart d’une 404. Sa particularité : sa transparence !

Pour ceux qui douteraient encore de la réalité de ces voitures, l’Aventure Peugeot propose à Sochaux à partir du 1er juillet une exposition sur le thème du cinéma : le Taxi de Samy Naceri, les Peugeot du film Michel Vaillant, entre autres, et, bien entendu, la Limovian. Un deuxième véhicule issu du film l’Ecume des jours (sur les 4 exemplaires propriétés de Peugeot) sera aussi exposé. Selon mes informations, il pourrait s’agir de la 104 jaune avec l’arrière de 404.

Pour en savoir plus sur « l’Aventure Peugeot fait son cinéma »

Voici le making of de la Limovian:

L’interview de François Duris:

Photos: GQ Magazine, Peugeot, L’Aventure Peugeot, IMCDB.org

Articles associés

6 commentaires

rubinho

Le 26/06/2017 à 16:25

Sympa cet article, j’étais dans les bureaux de Grande Armée le jour du tournage ; on se demandait bien ce qu’il se passait…. avant de savoir 🙂

Paul

Le 26/06/2017 à 16:35

marrant ça… Oui le show room avait été transformé en « vitrine de grand magasin » avec la Limovian à vendre, achetée par Colin (Romain Duris)

rubinho

Le 26/06/2017 à 16:39

C’etait peut être que des repetitions d’ailleurs, mais c’etait quand même totalement suréaliste entre le nuage-cygne volant contre les vitres, ces drôles d’autos bizarrement maquillées… Comme je faisais la navette à l’époque entre 2 sites, je n’etais pas au courant de l’affaire ; je me demandais bien ce qu’ils avaient fumé au Style 🙂

Sylvain

Le 27/06/2017 à 01:02

Merci pour cet article que j’apprécie comme tant d’autres. Je voulais juste ajouter un mot concernant le film et le placement de produits Peugeot. Je trouve que ce placement de produits nuit beaucoup à la qualité du film puisque l’univers onirique de Boris Vian se trouve tout à coup désenchanté par la présence trop évidente de la marque Peugeot à l’écran qui nous ramène brusquement à la réalité d’un monde imprégné par le marketing. Quel dommage… Reste que les voitures sont plutôt amusantes en elles-mêmes, c’est déjà ça !

Nono 57

Le 08/09/2017 à 16:38

Interessant article, merci 🙂

Dans un « style » semblable, qui se souvient de la R21 phase 1 hallucinante du film « Levy contre Goliath » ? Qui avait genre 10 portières, un empattement de 5 metres, le poste de conduite surélevé dans une autre demie R21 greffée sur la première…

J’ai eu écho qu’elle existait encore, dans les reserves histo Renault a Flins. J’espère que c’est pas au sous-sol, sinon, z’ont pas du rigoler pour al faire rentrer celle la…

doak

Le 26/03/2018 à 21:23

Je confirme que la deuxième voiture présente au Musée de l’Aventure Peugeot est bien la 104 jaune avec l’arrière de 404, à l’avant (photos dispos si besoin). Merci pour l’article !

Laisser un commentaire