Lee Iacocca : un patron pas comme les autres

Mercredi 3 juillet 2019
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Pour beaucoup, le nom de Lee Iacocca ne parle pas vraiment… Qui est ce gus dont la presse annonce le décès ? La plupart n’en sait fichtre rien. Pour l’amateur averti en revanche, c’est une autre limonade. Depuis le temps que j’écris sur les voitures, j’ai l’impression d’avoir toujours connu Lee… L’histoire automobile est remplie de son nom à chaque page, toujours dans les bons coups, au point de racheter une pépite à Renault en profitant de la courte vue des dirigeants de l’époque. Retour sur un homme hors du commun, passionné de bagnole, ingénieur devenu marketeur puis patron, comme il n’en existe plus aujourd’hui.

Le fils d’immigrés italiens de Pennsylvanie s’imaginait-il un tel destin, petit, dans sa chambre ? Sûrement, comme d’autres y pensaient en se rasant tous les matins. Toujours est-il que Lee (de son vrai nom Lido) ne se voit pas fabriquer et vendre des hot-dogs comme son père. Fruit de la méritocratie américaine, voilà notre jeune ami ingénieur diplômé et prêt à découvrir la vie en 1946 au sein de la FoMoCo, le mastodonte à l’ovale bleu de Dearborn. Le voilà donc salarié de Ford, près de Détroit, et après quelques temps comme ingénieur, le jeune homme (il n’a que 22 ans) manifeste rapidement le désir d’intégrer le service Ventes et marketing. Dès lors, on n’entendra plus parler de Iacocca comme ingénieur, mais sa formation lui permettra d’être au plus près des contraintes industrielles.

Sans lui, point de Mustang

Pour ce qui est du commerce et de la com’, Lee excelle… En 1956, il lance la fameuse campagne “56 for 56”… Avec 20% d’acompte et 56 dollars de mensualité, l’américain moyen pouvait s’offrir une Ford année modèle 56. Un carton qui le fait immédiatement repérer par les pontes de Dearborn. Bien leur en a pris puisque l’ami Iacocca aura une intuition en 1964 : les sportscars bon marché allaient envahir les routes à la faveur des 30 glorieuses. Séduire les jeunes avec une voiture en donnant beaucoup pour pas grand chose, valorisante, relativement puissante et à la ligne évocatrice : la Mustang. Merci Lee.

Un peu plus tard, Iacocca sera au coeur de la lutte entre Ferrari et Ford au Mans, du rachat de Vignale ou Ghia en 1967, puis de De Tomaso en 1969. Mais dans les années 70, le torchon va finir par brûler entre Ford et Iacocca (devenu président), au point de passer avec armes et bagages chez le concurrent Chrysler en 1978 après son éviction un peu brutale par Henry Ford Junior (malgré 2 milliards de dollars de bénéfice cette année là), sans doute effrayé par l’aura de son collaborateur.

De Ford à Chrysler

Cela tombe bien puisque Chrysler, en grande difficulté, a besoin d’un homme à poigne, visionnaire et charismatique. Lee Iacocca est de ce genre-là, et il prend la direction du concurrent direct de son ancienne compagnie. En cette année 1979, les affaires sont rudes pour Chrysler et la tâche compliquée. Il commence d’abord par se débarrasser des poids morts, notamment de la filiale européenne regroupant Rootes en Angleterre, Barreiros en Espagne et Simca en France. Le pigeon s’appelle PSA, entré en négociation avec Chrysler depuis 1976 après avoir refusé l’opportunité AMC (pour le plus grand malheur de Renault qui s’y collera) et qui rachète Chrylser Europe courant 1979.

Allégé, renfloué grâce à un prêt de l’état fédéral (1,5 milliard de dollars tout de même), Chrysler, sous la houlette de Lee Iacocca va retrouver de sa superbe, notamment avec une idée géniale, le Chrysler/Dodge Voyager et/ou Caravan, à la mode au début des années 80. Mais le roi de l’entourloupe ne compte pas s’arrêter là, et sa cible est déjà dans le viseur : AMC/Jeep. L’homme est malin, connaît les difficultés de Renault à rentabiliser son acquisition américaine malgré le lancement des Alliance et Encore. Dans les cartons, l’Espace et l’Alpine V6 GT/Turbo piaffent d’impatience, tandis que Jeep renaît grâce à François Castaing, à la Wrangler (YJ) et la Cherokee (XJ). Iacocca a bien compris quelle affaire il pouvait réaliser au nez et à la barbe des français (encore une fois) alors que Renault, depuis la mort de Georges Besse, assassiné par Action Directe, peine à trouver son second souffle. Raymond Lévy, nouveau PDG de la régie, cherche à se débarrasser de sa filiale américaine sans s’apercevoir qu’il avait de l’or dans les mains.

Le coup de poker : Iacocca rachète AMC / Jeep

Iacocca, en embuscade, attend le bon moment pour rafler la mise en mars 1987, s’offrant AMC/Jeep pour une bouchée de pain (1,5 milliard de francs de l’époque). Dans l’escarcelle, une pépite fera la fortune de Chrysler : Jeep et son fameux directeur technique, Castaing, à qui l’on devra par la suite la Viper RT/10 (avec Bob Lutz), mais aussi le Grand Cherokee (ZJ). Ce dernier sort en 1992 en grande pompe à Détroit, l’année de la retraite de Lee Iacocca. On aurait pu le croire rangé des voitures mais en 1995, Lee Iacocca tente une OPA sur Chrysler avec l’appui du milliardaire Kirk Kerkorian. L’homme, qui jusqu’alors avait toujours tout réussi, se plante en beauté, mais négocie habilement. A défaut de racheter Chrysler, un accord financier sera trouvé, l’obligeant à se taire sur la marque au Pentastar pendant 10 ans.

Lee iacocca disparaît aujourd’hui, à l’âge de 94 ans, après une vie bien remplie. Figure de l’automobile, il fut un patron passionné par son produit, un peu aventurier, un peu roublard, plein de bagout, de vista, de charme et toujours prêt à prendre des risques pour cette industrie qu’il aimait tant. Ciao l’artiste.

Lee Iacocca présentant la Dodge Viper : 

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