Lorh FL500 Fardier : de la Minima aux Forces Aéroportées

Publié le samedi 15 avril 2017.
Mis à jour le dimanche 7 octobre 2018.
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Ce matin, je regardais ma petite (enfin plutôt longue liste) d’articles à faire paraître. Mais mû sans doute par une envie de nouveauté, je me suis cependant laissé aller à découvrir, à lire, et à envisager un article qui n’était pas du tout prévu. Je suis comme ça, une info ou une image qui par hasard passe devant mes yeux, et je m’y intéresse même si l’urgence est parfois ailleurs.

Au hasard d’une recherche sur l’usine Citroën de Forest, en Belgique, je me rends compte qu’y étaient fabriqués des moteurs de Méhari (lire aussi : Citroën Méhari) destinés à équiper les fameux Lohr FL500 Fardier qui, eux,  équipèrent nos forces parachutistes à partir de 1976 : un petit 4×4 aérotransportable avec une capacité d’emport de 500 kg. Ni une ni deux, je me rappelle en avoir vu lors de mon passage sous les drapeaux. Il n’en fallait pas plus pour que je m’y intéresse.

La Minima 2, issue du projet de Bouffort et Viard et modifiée et dessinée par Odinet, qui servira de base de travail au Fardier

Mes recherches me mettent tout de suite en lien avec un nom, Michel Odinet, censé être à l’orgine du projet, chez Lohr Industries, une boîte spécialisée entre autres dans les véhicules de transport militaires, et les remorques de transport automobile (oui tous ces camions sur la route ont une remorque Lohr, leader mondial aujourd’hui). Pourtant, je me souviens de mon passage à Rétromobile devant une rétrospective de Victor Bouffort, où le Fardier était présenté comme son œuvre. Une recherche avec Buffort comme mot clé me ressort tous les communiqués de presse (ou articles les recopiant) présentant ledit ingénieur comme le père du Fadier, certes, mais aussi de la Minima.

N’étant pas spécialiste, je me retrouve un peu désorienté : mais qui donc est le père du Fadier, et par ricochet, de la Minima : Odinet ou Bouffort ? Ou Viard même puisqu’un troisième larron entre dans la danse. En fait les choses sont un peu plus compliquées que les articles parus en février lors de Rétromobile. Petit retour en arrière !

En fait, l’ingénieur Victor Bouffort, et son ami Henri Viard, vont étudier un projet de voiture de ville, la Minima, un véhicule à 3 roues et deux places, avec un ingénieux système de location et de libre-service, une sorte d’Autolib avant l’heure, au début des années 60. Ce projet, présenté à la préfecture de Paris en 1963 pour obtenir l’autorisation d’installer des places de parkings un peu partout dans Paris tuera d’une certaine manière le projet. Un projet qui ne tombera pourtant pas dans l’oubli puisque Michel Odinet, photographe de son état, designer à ses heures perdues, et pilote automobile par passion, va reprendre le projet à son compte.

Sur la base du premier projet de Bouffort et Viard, il va dessiner une nouvelle carrosserie, à 4 roues cette fois, à la fin des années 60. Il va alors rentrer en contact avec Robert Lohr, qui a créé son entreprise en 1963 et s’est spécialisé dans la remorque. Le projet Minima 2 enthousiasme le patron alsacien qui y voit un vrai potentiel de diversification. Après avoir tenté de se fournir en moteur chez DAF en Hollande, c’est finalement avec Citroën que les deux hommes vont faire affaire. Le projet Minima 2 est moins ambitieux que celui de Bouffort et Viard : il s’agit plus d’un ancêtre de la Smart que d’une organisation à la Autolib’.

Citroën va alors jouer le jeu en ce début des années 70, en acceptant de fournir les moteurs (issus de la 2CV). La Minima doit dans un premier temps être fabriquée par Lohr en Alsace, puis ensuite par Citroën en fonction de la demande. La marque aux chevrons s’engageant aussi à promouvoir la Minima dans son réseau. En 1973, la petite Minima va faire sensation au Salon de Paris. Elle sera présentée aussi au 56ème étage de la toute nouvelle Tour Montparnasse et obtiendra plus de 1000 articles de presse. L’enthousiasme est à son comble. Sauf que la crise pétrolière s’invite à la fête. Vous me direz qu’une petite voiture économique n’aurai pas du être touchée par cette crise : certes, sauf que Citroën le sera de son côté, embourbé dans des investissements hasardeux (la Comotor et les moteurs « Wankel », lire aussi : GS Birotor, mais aussi la SM et Maserati, lire aussi : Citroën SM). Michelin ferme les vannes, s’en va chercher un partenaire, voire un nouveau partenaire, et le projet Minima passe à la trappe.

Et alors, où est le rapport avec la Lohr Fardier me direz-vous. Michel Odinet se retrouve ruiné par l’aventure Minima et la réalisation d’un certain nombre de prototypes (une dizaine sans doute, dont un conservé par la famille Bouffort et présenté à Rétromobile). Robert Lohr, conscient du potentiel et de l’enthousiasme d’Odinet, va alors l’embaucher et lui confier un nouveau projet : répondre à l’appel d’offre de l’Armée de Terre pour un petit véhicule destiné aux forces aéroterrestre. Le cahier des charges est clair, pouvoir emporter 500 kg de charge, doté de capacités tout terrain, suffisamment petit et léger pour être parachuté, voire transporté par hélicoptère grâce à un filin.

Le Fardier (à droite) aux côtés du VLA, son successeur malheureux

Odinet, motivé par ce nouveau challenge, va partir de la base Minima. Au lieu du moteur de 2CV, c’est celui de la Méhari (un 602 cm3 de 29 ch DIN) qui servira. De nombreuses pièces Citroën seront aussi utilisées, provenant de la GS ou de l’Ami8 ! Au final, c’est bien le Fardier (un vieux nom rappelant les premiers projets de Cugnot pour l’Armée justement) qui remportera l’appel d’offre. Mis à part son glougloutement bruyant caractéristique, la FL500 Fardier réjouira des générations de parachutistes français, notamment grâce à ses capacités de franchissement. De la Minima des villes était né un baroudeur des champs, presque ancêtre des Quad d’aujourd’hui.

Le Lohr VLA, successeur du Fardier, qui ne trouvera jamais son marché

Entre 1976 et 1978, entre 228 (chiffre le plus bas trouvé) et 500 exemplaires seront produits pour l’Armée Française mais aussi pour l’export (Espagne, Tunisie et Argentine). Une version civile fut même envisagée un temps, puis abandonnée. Aujourd’hui, quelques amateurs éclairés ont pu récupéré après vente des Domaines des Fardier, sans pour autant pouvoir tester ses capacités aéroportées (largage via un C160 Transall, transport par filin via un Puma ou Super-Puma). La Soframe, filiale « militaire » de Lohr (cf lien en bas d’article) tentera bien de lui trouver un successeur avec la VLA adapté au largage via NH90, il ne trouvera jamais son public.

Vu le peu d’exemplaires produits, il sera difficile d’en trouver un : ils s’arrachent aujourd’hui à des prix élevés, mais on en trouve, issus des ventes aux Domaines. Une Minima en revanche sera une gageure à trouver. Mais il est amusant de voir l’histoire de ces deux véhicules atypiques liée par les hommes et par les entreprises.

En savoir plus:

Soframe: FL500 Fardier

Un excellent article sur l’excellent Citroënet : Lohr Fardier

Un autre d’époque sur la Minima : Les projets de la Minima

Images: Soframe /  Lorh Industrie, DR

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3 commentaires

Quentin R.

Le 15/04/2017 à 16:46

En tant que citroëniste/deuchiste, je rêve de possédé cet engin!!!
Par contre, je ne connaissais pas le VLA…
Et pour la p’tite histoire, la première photo paru dans le journal Le Monde fut celle de la Minima.

J’avais lu également quelque part qu’un véhicule dérivé du fardier aurait dû être commercialiser par un certain Delorean… Si quel’qu’un en sait plus…

troussellier

Le 14/03/2018 à 17:19

Bonjour Quentin , pour info nous avons à la vente un FL500 au niveau de notre société .

Mr Troussellier Ste KMH International

https://www.europe-camions.com/autres-utilitaires-lohr/fl-500/4×4-gard/ts-vi2216385/occasion.html

Romain401

Le 23/05/2018 à 09:25

Article très intéressant. Un exemplaire était exposé lors du rassemblement du 50e anniversaire de la Méhari organisé en mai 2018 à Amboise par le Méhari Club de France. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai découvert l’existence de cet engin.

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