Lotus Mark VI : aux origines de la Seven

Mardi 9 octobre 2018
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Colin Chapman devint constructeur automobile par défaut car en réalité, c’était la compétition automobile qui l’intéressait le plus. Cependant, il comprit assez vite l’intérêt de produire et vendre des voitures : cela permettait de financer les activités sportives et d’accroître sa notoriété tout en offrant à sa clientèle des voitures de course homologuées sur route (on pouvait ainsi se rendre sur les lieux de la compétition au volant de sa propre voiture). Si la Lotus Seven a marqué les esprits, la production « en série » débuta quelques années plus tôt avec la Lotus Mk VI, sorte de brouillon de la 7 qui connut son petit succès entre 1952 et 1956.

La Lotus Mk I, dérivée d’une Austin Seven, est la première Lotus fabriquée en 1948 (ici avec Hazel Chapman au volant)

On l’a oublié aujourd’hui, mais lorsque Colin Chapman construisit sa première voiture, la Lotus Mk I, en 1948, il n’avait que 20 ans, et seulement 24 lors de la création de Lotus Engineering en 1952 pour fabriquer la première voiture destinée à une clientèle privée, la Lotus Mk VI. En 4 ans, Colin était passé du statut de passionné bricoleur à celui de constructeur automobile. Sans même son diplôme d’ingénieur en poche (il l’obtiendra un an plus tard), il quittait l’université pour un bref passage dans la Royal Air Force, puis entrait comme ingénieur à la British Aluminium Company.

Avec la Lotus Mk II (en haut, avec Colin Chapman au volant) et la Mk III (en bas), les principes du Light is right commencent à s’affiner

A ses heures perdues, poussé par sa petite amie (qui deviendra sa femme) Hazel, Colin fabriquait donc ses voitures pour son usage personnel et la compétition. Son premier modèle, la Mk I, dérivait étroitement de l’Austin Seven (un signe ?), et lui permit de gagner quelques compétitions locales, les gains des courses servant à fabriquer la seconde voiture, la Mk II en 1949. Avec la Mk II, on aperçoit déjà les prémices du style Lotus, particulièrement des Mk VI et Seven. Son expérience de la RAF, de l’aluminium, et de la compétion lui forgeait une conviction : « light is right » ! Pour concevoir une voiture de sport compétitive et pas chère, il fallait se focaliser non sur un gros moteur gourmand en capitaux, mais sur la légèreté, la suspension et la tenue de route de la voiture !

Avec la Mk VI, lancée en 1953, les bases de la Seven sont jetées !

Au fil des ans, Colin Chapman allait travailler ce principe en accordant beaucoup de temps à la conception du châssis ! La Lotus Mk III approfondissait encore un peu plus ce principe en 1951, tandis que la Mk IV préfigurait la Mk VI (étonnamment, il n’y eut jamais de Mk V) en 1952. Devant la réussite des petits bolides de Chapman, de nombreux concurrents réclamèrent une Lotus. Poussé encore une fois par la fidèle Hazel, Colin fondait donc sa compagnie en 1952 et développa la Mk VI pour la proposer à la vente.

Lotus Engineering s’installa donc au nord de Londres : Colin restait dans un endroit connu puisque les ateliers occupaient de vieilles granges situées derrière les voies ferrées, non loin du Railway Hotel tenu par son père. La Mk VI s’inspirait de la récente Mk IV, mais poussait encore plus loin les idées de Chapman en matière de châssis : il s’agissait d’un treillis de tubes métalliques particulièrement rigide mais surtout particulièrement léger, avec un poids de seulement 25 kg ! En fait de constructeur automobile, Lotus était plutôt un fabricant de kit car fournissant au client l’ensemble des éléments, le châssis bien sûr, la carrosserie (évidemment en aluminium fabriquée chez William & Prichard), les différents éléments mécaniques (suspensions, freins), et un ensemble boîte moteur, généralement le 4 cylindres en ligne E93A de chez Ford (1172 cc que l’on retrouvait à l’époque sur les Ford Prefect et Ford Anglia) associé à une boîte 3 vitesses elle aussi d’origine Ford. L’achat en kit permettait à l’acheteur d’échapper à toutes taxes.

Ici, un rare modèle (6 exemplaire) équipé du moteur de course Coventry Climax

A cette époque glorieuse des débuts, Colin Chapman était particulièrement à l’écoute de ses clients, qu’il connaissait parfois bien pour les avoir rencontrer sur bien des compétitions. Aussi, il répondait volontiers à leurs desiderata, ce qui explique que de nombreuses Mk VI soient uniques. Les moteurs variaient en fonction du client, provenant de chez Ford donc, mais aussi MG voire pour 6 exemplaires de chez Coventry Climax. Les boîtes de vitesses différaient en conséquence (boîte MG pour les modèles équipés du moteur MG). Mais l’essentiel des ventes se fit en configuration standard moteur 1172 cc et boîte Ford.

Au total, environ 110 exemplaires furent construits entre 1953 et 1956, offrant suffisamment de revenus pour financer le développement de la Lotus Eleven (qui réussira à finir les 24 heures du Mans à la 7ème place en 1956) et de la Lotus Elite. Mais poussé par ses clients initiaux, satisfaits de leurs Mk VI, Colin Chapman finit par se résoudre à poursuivre dans cette voie en lui donnant une descendance, encore plus aboutie, la Seven lancée en 1957 en même temps que l’Elite : la légende était née, et Lotus devenait enfin un producteur reconnu de voiture en même temps qu’une écurie de course.

Avec la Mk VI, la mythique Seven n’est plus très loin

La Seven connaîtra la gloire plus que la Mk VI dont elle dérivait étroitement, ce fut bien la Mk VI qui inaugura cette ligne si particulière, ce châssis simple et léger, cette carrosserie aluminium, et le concept « Light is Right ». Avec ses 432 kg, et malgré son petit moteur, elle offrait des performances inégalées et les sensations d’une voiture de course que la Seven ne fit qu’améliorer. Mais la faible production en a fait aujourd’hui une voiture rare, et par ricochet, relativement chère !

Sur le sujet lire aussi : la Lotus Mk VI sur News d’Anciennes

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3 commentaires

seb

Le 09/10/2018 à 14:03

Impressionnant la photo de la MK III, on se demande comment ça peut tenir la route avec des roues dans tous les sens comme ça. ^^

Germain

Le 09/10/2018 à 16:25

On dirait l’histoire de tous les petits artisans britanniques, une Austin seven d’avant guerre bricolée dans un cabanon de jardin pour le trial, des concurrents et amis qui veulent la même, de la vente en kit pour éviter les taxes, de la fibre de verre parce que c’est léger et facile à faire en petite série. Je suis pas née dans le bon pays ni à la bonne époque.

JFM

Le 10/10/2018 à 12:34

Un carrossage positif comme ça, je croyais que c’était réservé aux utilitaires!

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