Marcadier Barzoï : une époque formidable (et révolue)

Mardi 29 août 2017
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Marcadier Barzoï… Une petite marque artisanale, un nom à coucher dehors, et pourtant représentative des « grandes heures » de l’histoire automobile française, les années 60, où l’on pouvait, de son atelier de la région lyonnaise, participer à la grande aventure de la voiture de sport française, et du sport automobile tout court. Partir du vélo pour arriver à la construction d’automobiles et de voitures de course, c’était encore possible à l’époque, et c’est l’histoire du tourneur André Marcadier, devenu légende par son sens de la soudure et son envie de partager de bons moments avec « les copains » !

La FM 01, première barquette qui donnera naissance à la Barzoï

André Marcadier, c’est pas le genre à monter des multinationales. Non ce qu’il aime c’est la liberté, se faire plaisir, et inventer, améliorer, se dépasser pour produire tout ce qu’il a envie de produire. Ajusteur-tourneur-fraiseur pendant la guerre, il opte pour la liberté et les grands espaces en parcourant la France entière à vélo juste après la libération. L’homme n’est pas de ceux qui épargnent, restent en place à l’usine ou au bureau, en attendant la retraite bien méritée 40 après. Non lui, il a envie de bouger, de rencontrer des gens, de créer, quel que soit le produit. Des rencontres, il en fera, notamment sa femme Suzanne.

De retour en région lyonnaise, il travaille notamment, et par hasard, à la construction d’une voiture qui ne verra jamais le jour, mais en 1948, rencontrant Jo Imbert, il se lance dans un produit d’avenir en attendant que la France ait les moyens de se motoriser : le vélo. Avec les Cycles Imbert-Marcadier, le voilà lancer dans la « petite » industrie, trouvant grâce à la qualité de ses vélos une petite notoriété. Au début des années 50, c’est la fin des cycles Imbert-Marcadier pour être « maître chez lui », sans devoir rendre des comptes à personne. Là encore, les vélos Marcadier à la qualité reconnue vont faire dans un premier temps un tabac, jusqu’à ce que la demande s’épuise petit à petit devant l’expansion de l’automobile. Il faut alors se diversifier : cadre de motos, mobilier métallique, on fait comme on peut pour maintenir un semblant d’activité. A la fin des années 50, il voit venir en France l’engouement pour le karting, et se met à proposer des châssis pour ce nouveau sport à 4 roues, et en 1961, les châssis Marcardier remportent leur première victoire !

Alors qu’il continue à fabriquer de châssis de kart, le hasard (une discussion entre potes) va l’amener à l’automobile. Avec Marcel Fournier et Patrick Orlando, il va se lancer dans la fabrication d’une première barquette, la FM 01 (FM pour Fournier-Marcadier). Une cinquantaine de kits seront fabriqués entre 1963 et 1966 : oui, pour Marcadier, la voiture de course doit être accessible, simple et légère, et non réservée à une élite fortunée. Et puis fabriquer des kits, c’est moins compliqué que d’assembler entièrement les véhicules à l’atelier. Le « Colin Chapman » français, adepte lui aussi du Light is right, est un pur, un justicier de l’automobile, et il tient à populariser la course, le sport automobile.

En cela, il suis un peu son époque, où chacun peut s’offrir des instants de frisson sur toutes les courses de France, grâce à des Simca 1000 (lire aussi: Simca 1000 Rallye) ou des Renault 8 (notamment Gordini, lire aussi : Renault 8), entre autres. Mais avec ces kits (pré-montés tout de même), on arrivait à un autre type de plaisir sur des bases mécaniques identiques (des moteurs Renault de 960 cm3 à 1600 cm3 suivant les désirs, puisqu’il fallait se débrouiller de son côté pour trouver une mécanique), et pleins de pièces venant des 8, 8G, 10 et 16 en provenance de la régie (pas de problème de pièces donc). Un paquet d’autres éléments viennent de chez Simca ou Peugeot.

En 1967, cédant à la pression de ses clients, André Marcadier, (qui deviendra seul maître à bord après le retour à une vie « civile » plus sage de Marcel Fournier en 1970), va proposer à sa clientèle une version dérivée de sa barquette FM, affublé d’un drôle de nom : Barzoï. Avec la même volonté de produire un véhicule « pas cher » (7000 francs en 1969), Marcadier offre un coupé à la ligne fluide, aux portes papillon, et extrêmement léger (on ne se refait pas) avec environ 540 kg. Entre 67 et 69, une trentaine de kits seront vendus, avant que Marcadier ne s’attaque à une nouvelle version. En gros, la phase 2 est une légère évolution de la phase 1, conservant les mêmes éléments, et le moteur en position centrale arrière. Il se distingue tout de même par des persiennes sur la vitre arrière. 70 kits seront livrés entre 1970 et 1972.

Une Barquette Marcadier des années 70

En 1972, le Barzoï passe à la phase 3, avec une carrosserie dotée de plus grosses ailes et des suspensions avant et arrière triangulées (jusqu’alors, seule la suspension arrière triangulée était proposée, et encore, en option!). Le prix du kit (qui jusqu’alors était resté aux alentours de 7500 francs) passe directement à 14 000 francs. Seuls 20 kits seront livrés jusqu’en 1974. Dans le même temps, Marcadier présentait en 1972 le Barzoï K avec moteur en porte à faux. Plus simple, il était aussi plus accessible et restait aux environs des 7000 francs initiaux. Vous vous en doutez, il s’en vendra bien plus que le Barzoï phase 3, avec 100 kits livrés aux clients jusqu’en 1976.

La Marcadier Savane, sur base Renault 6 mais au look de Renault 5

Enfin, pour faire bouillir la marmite, Marcadier continuait à construire des barquettes, et même des Formule Renault en ce début des années 70. Il proposa aussi un kit sur base Renault 4 (Bamby) ou Renault 6 (Savane) au look de Renault 5 décapotable à une vingtaine d’exemplaires. En 1977, il stoppe la production de la Barzoï pour proposer la Barzoï 2 au look bien plus seventies, et pour tout dire assez étonnant (voire dérangeant), un nouveau coupé qui n’aura pas les succès du Barzoï originel (une cinquantaine d’exemplaires seulement). Marcadier continuera ensuite son activité dans la production de répliques en kits de Lotus Seven ou Ford GT40 (entre autres): moins rigolo avouons-le.

Une Formule Renault Marcadier produite dans les années 70

Avec environ 220 kits Barzoï, on pourrait croire qu’il y a donc eu 220 coupés produits. Hélas, il n’est pas rare que les kits achetés n’aient pas été entièrement montés (par manque de temps, de patience, ou d’envie), ce qui fait qu’il n’y a pas forcément autant de voitures que de kits ! En outre, la qualité de fabrication a pu varier d’un exemplaire à l’autre, l’acheteur n’étant pas toujours un roi de la mécanique. Mais ceux qui ont pu conduire des exemplaires bien montés on pu apprécier la vivacité et la légèreté de ces coupés artisanaux (c’est le moins qu’on puisse dire), derniers représentants d’une époque aujourd’hui révolue !

A lire absolument : le passionnant site du Club des Automobiles Marcadier (http://www.marcadier.club/)

 

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15 commentaires

M22V8

Le 29/08/2017 à 18:12

Je lis vos articles depuis un petit mot et ils sont tous intéressants, continuez ainsi. Ensuite, j’adore le coupé Barzoi, j’ai pu en apercevoir un au grand prix de Pau, j’adore.
C’était une belle époque où il y avait plusieurs artisans/marques qui proposaient pas mal de modèles.

Docteur Oliv

Le 29/08/2017 à 18:46

Barzoï…un nom à coucher dehors ??
1 tous les chiens ne peuvent pas s’appeller Némo
2 tous les chiens ne peuvent pas être des Griffons/Labrador
Après cette moquerie, je rappelle que à cette époque une R16 Normale (pas TS) coûtait 10 000 FRF
En tous cas de bien belles photos
PS : J’ai commencé la rédaction d’un article sur la 604 suite à ta publication d’hier

Lionel

Le 29/08/2017 à 21:01

Jusqu’à preuve du contraire, ce coupé Barzoï serait le coupé le plus bas jamais commercialisé avec une hauteur totale de 98 cm. Même la Countach et la GT40 sont dépassées… enfin non, justement! Quoi qu’il en soit pour en avoir déjà vu un de près, c’est impressionnant, surtout quand on voit le conducteur et le passager se laisser tomber dedans comme on le fait dans une monoplace.

Germain

Le 30/08/2017 à 05:50

J’avais eu vent de l’existence de ce constructeur et de ce modèle, il y a longtemps, perso elle me fait penser à une melkus rs1000.

Germain

Le 30/08/2017 à 05:52

Sinon dans le genre y avait les Jidé je crois

Choco

Le 30/08/2017 à 11:18

Plus que la voiture, c’est l’époque et l’insouciance disparue qui me choque.
A quel moment sommes-nous devenus si sérieux, si sages et si chiants. J’envie cette époque où tu pouvais devenir constructeur automobile avec quelques connaissances techniques et de la volonté.

Salva

Le 30/08/2017 à 22:41

Pour avoir un commencement de réponse, il faut vous tourner vers Bruxelles.

Sam

Le 30/08/2017 à 23:17

On a désormais mpm motors, peut être un espoir avec cette nouvelle marque dans le paysage automobile

Docteur Oliv

Le 31/08/2017 à 09:19

C’est pour cela que j’avais écrit que tous les chiens ne s’appellent pas Némo !!!

Docteur Oliv

Le 31/08/2017 à 09:23

@choco et @salva
Ce n’est pas l’Europe mais globalement nos Sociétés qui avaient un besoin de Sécurité irrépressible. si vous retrouvez les docs des années 70 avec des BRV qui étaient de vrais tanks vous aurez une idée de ce à quoi nous avons échappé !
La réglementation a explosé dans les Années 80, j’y étais !!

Salva

Le 30/08/2017 à 22:49

Curieux de savoir ce qu’elle aurait donnée au Tour De Corse. Belle époque avec Alpine, Matra, CG, JD Sinon, la Stratos a balayé et la Barzoi, et la Jide.

Wolfgang

Le 30/08/2017 à 23:08

Barzoï n’est pas un drôle de nom. Et ça ne doit rien au hasard.
C’est un lévrier.
Et un lévrier ça court vite. Jusqu’à 70 pour certains… Il existe même des courses de lévriers.
Le nom est parfait pour une bagnole de course.

Sylvain

Le 30/08/2017 à 23:57

J’adore ce genre de voiture (Barzoï, Jidé, Matra Jet, Scora….). On en voit encore courrir en course de côte (de moins en moins malheureusement) et faire la « pige » à des voitures bien plus modernes…

eugene44

Le 25/11/2017 à 13:53

J’ai actuellement un Barzoi k équipé d’un Renault Gordini 1100 qui dort dans mon garage. J’ai acheté le kit en décembre 1972 à Marcel Marcadier, il l’a adapté à ma taille (1, 92m) à l’époque en creusant le baquet du conducteur. Je l’ai monté en y consacrant tous mes week-end pendant 6 mois. Marcel Marcadier m’a aidé à le faire immatriculé et j’ai pu donc l’utiliser sur route pendant plus de 20 ans. J’ai fait 140000km avec avant de le remisé dans mon garage…
Je pense qu’il est temps de réveiller la bête et de le faire sortir de ce long sommeil. J’ai un peu de mécanique et de carrosserie à faire avant de la ressortir et peut-être la céder à un autre passionné, car la roue tourne et je n’ai plus la souplesse de mes 20 ans pour m’installer dans le baquet et je pense que c’est le moment de passer la main.

Matthieu

Le 14/03/2018 à 14:49

Je tombe sur cet article par hasard, ça me permet d’en apprendre sur cette voiture! Je ne savais pas qu’elle était vendue en kit, je comprends mieux cette sensation d’ajustement à la truelle que j’ai eu en la voyant… J’apprends aussi que Marcadier était Lyonnais, habitant dans la région ça explique probablement pourquoi j’en ai déjà vu au moins deux.

En tout cas à regarder de près on sent bien le côté très artisanal et on se demande comment il est possible de rentrer un humain à l’intérieur de cet habitacle extrêmement réduit, mais on a sacrément envie de faire un tour 🙂

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