Marché iranien : enfer ou Eldorado pour les constructeurs français ?

Jeudi 31 mai 2018
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Donald Trump l’a annoncé avec fracas, il met fin à l’accord nucléaire Iranien. Cet accord, signé en juillet 2015 permettait à l’Iran de sortir de son isolement économique suite à la levée de l’embargo. De notre côté de l’Atlantique, les constructeurs français, de part leur présence historique en Iran, sont les premiers concernés. Retour sur une histoire longue et chaotique.

Les confessions de Linda Jackson

La scène se passe jeudi dernier au Domaine de Saint-Cloud. Citroën y dévoile son nouveau C5 Aircross devant tout ce que la planète compte de journalistes auto. Évidemment, une conférence de presse est prévue, suivie d’une session de questions/réponses en présence de Linda Jackson, PDG de Citroën et Arnaud Belloni Directeur Marketing et Communication de la marque. Les questions de la presse éco ou auto se succèdent, on parle du C5 Aircross, de la Chine, de service client, de parts de marché, de l’usine de Rennes, de tout sauf d’Iran. Bon, si personne ne se lance, je vais la poser la question, parce que c’est pas le tout mais j’ai un article à écrire :

“Quelle est la position de PSA dans le dossier Iranien, sachant que vous venez d’y faire de gros investissements et que demain vous ne pourrez peut-être bientôt plus y faire de commerce ?”.

Il y a quelques jours, Trump a annoncé la rupture de l’accord Iranien sur le nucléaire et en a profité pour rappeler que les entreprises européennes tentées par les échanges avec l’Iran se verraient lourdement sanctionnées. La réponse de la PDG de Citroën se veut rassurante même si pour le moment c’est l’inconnu concernant le dossier Iranien de PSA.

« Notre stratégie n’a pas changé, nous sommes en Iran, mais nous devons évidemment attendre. Ce n’est pas une question PSA, c’est une question de l’Union européenne, comment elle réagit, comme elle peut réagir à ce qui se passe dans le monde.” répond Linda Jackson.

“Vous étiez justement en train de lancer la C3 sur ce marché au moment des annonces américaines, est-ce que cela pourrait être de nature à remettre en cause le lancement de Citroën en Iran ? “

“La décision des USA de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien, n’a rien changé pour le moment. Nos plans n’ont pas changé, mais bien entendu, comme tout le monde nous sommes très prudents et n’avons pas d’autre choix que d’attendre.”

Je demande alors comment s’est passé ce lancement en Iran, quelques années après la tentative avortée d’y vendre des Xantia avec Saipa (lire aussi : Saipa Xantia). J’ai senti dans le regard de Linda Jackson à ce moment là qu’elle venait de se rappeler qui était Boîtier Rouge. A savoir des mecs avec une culture auto souvent proche de la perversion mais capables de ressortir dans une conversation le nom du partenaire iranien de Citroën, avec qui ils ont produit 3 Xantia dix ans plus tôt. Tout cela sous le regard des vieux confrères qui semblent tous se demander si vraiment la Xantia a été vendu là bas un jour et sous l’oeil amusé du patron de la communication qui semble se dire qu’on ne se méfie jamais assez de ces sites internet qui parlent d’auto.

www.saipacorp.com

“Nous avons fait une pré-vente de la C3 sur 2000 modèles. Tout a été vendu en un peu plus d’une heure. Les iraniens aiment l’automobile et ils veulent de la nouveauté. La C3 était visiblement attendue” nous confie Linda Jackson.

Arnaud Belloni complète : “Je précise qu’il s’agissait d’une vraie pré-vente, c’est à dire que le client paie sa voiture pour la réserver. Effectivement tout est parti en 1 heure et 18 minutes pour être précis. Mais on a eu 20 000 demandes de connexion sur la page de réservation. Même en comptant les demandes qui n’auraient pas abouties, je peux vous dire que si on avait eu 15 000 C3 à leur proposer, on les aurait toutes vendues.”

L’erreur commise en Chine où la marque était une des premières arrivées mais vendait des voitures dépassées semble retenue (lire aussi : Citroën Fukang) et Linda Jackson le confirme :

“Les iraniens ont une vraie culture automobile. Le taux d’équipement est encore très faible, le potentiel est énorme. Mais ils ont les mêmes modèles depuis 20 ans et plus que tout, ils veulent de la nouveauté. Nous sommes fiers de leur offrir le meilleur de Citroën. Avec la C3, les iraniens ont accès à ce que l’on sait faire de mieux, et ce que nous avons de plus moderne. Ils ont le droit au best seller et ils le savent.”

Mais alors, pourquoi est-ce si important pour PSA de continuer à vendre des voitures en Iran, au point de monopoliser la conférence de presse du C5 Aircross avec cette question ?

Une longue histoire

C’est en 1962 qu’est fondée Iran National, nouvelle entreprise bien décidée à développer une industrie automobile dans l’ancienne Perse. Pour la petite histoire, l’Iran était depuis le 19ème siècle un enjeu d’influence pour la Russie et la Grande Bretagne. Un premier traité, en 1907, partageait l’Iran en zones d’influences respectives (au nord pour les Russes, au sud pour le Britanniques), bien que l’Iran restât indépendant. La Grande Bretagne est toujours restée vigilante et influente en Iran (pour des raisons stratégiques, mais aussi pour des raisons bassement terre à terre : le pétrole). Cette influence se ressentira aussi du point de vue économique : c’est donc vers l’Angleterre qu’Iran National va se tourner pour lancer son grand projet automobile. Le partenaire sera donc Hillman, une vénérable marque britannique faisant partie du groupe Rootes depuis 1931.

Pour leur premier modèle, les iraniens jetteront leur dévolu sur la Hunter, qui sortira en 1966 en Angleterre et en 1967 en Iran sous le nom de Paykan, qui deviendra au fil des ans « LE » modèle national iranien (elle sera fabriquée jusqu’en 2005, c’est dire si les iraniens sont conservateurs!). Et Peugeot là-dedans me direz-vous ? Première étape : en 1967, justement, Chrysler rachète le groupe Rootes qui vient accompagner Simca au sein de Chrysler Europe. Mais la vraie révolution vient en 1979 : enfin deux révolutions. La première, politique, voit la révolution islamique prendre le pouvoir et évincer un shah devenu impopulaire. La deuxième voit PSA racheter Chrysler Europe (et donc in fine Hillman-Rootes, lire aussi : le rachat de Chrysler Europe).

Voilà comment Peugeot se retrouve lié à l’Iran alors qu’aucune vraie tradition d’échanges industriels n’existait jusqu’alors. Quelques années plus tard, Peugeot impose la fiable 405, un modèle facile à fabriquer et à entretenir. Elle est encore produite aujourd’hui. (lire aussi : Peugeot 405 RD et Peugeot Pars). Entre la France et l’Iran, on peut parler de véritable histoire d’amour. Citroën est d’ailleurs le premier constructeur à s’intéresser à ce pays riche en pétrole, qui ne demande qu’à se moderniser au début des années 60 (lire aussi : Citroën Jyane). La Jyane sera produite jusqu’au début des années 80.

Du côté de chez Renault, on suit cet exemple en produisant et diffusant son best seller Renault 5, au pays du Shah (lire aussi : Pars Khodro Sepang PK). Au début des années 2010, on produit encore la 405 (notamment en version pick-up, lire aussi : Iran Khodro Arisun), rejointe par la 206 depuis 2001, déclinée en 4 portes en 2006. Chez les chevrons, on implante la Xantia sur ce marché prometteur (lire aussi : Saipa Xantia). Les français sont les rois du marché iranien, tout va bien dans le meilleur des mondes et pourtant cette belle machine va s’enrayer, avec un gros grain de sable nommé GM.

Pas de dollars, pas de Peugeot

Au début 2012, PSA interrompt brutalement ses livraisons. L’usine de Vesoul, d’où partaient chaque jour des caisses de pièces acheminées en avion en Iran, se retrouve au ralenti. Les voitures étaient expédiées en CKD, et assemblées sur place chez le partenaire Iran Khodro. Cette annonce intervient sous la pression directe de son nouveau partenaire, General Motors. Les américains imposent l’arrêt des livraisons à l’iran en préalable à toute alliance capitalistique. PSA va mal, ils n’ont pas vraiment le choix.

Cette décision met au chômage technique une partie du magasin de logistique PSA de Vesoul. On parle de 400 salariés touchés sur les 3000 de l’effectif du site. L’oncle Sam met en avant l’application concrète des sanctions internationales mais cela n’empêche pas Renault de continuer à assembler ses voitures sur place, notamment ses Logan vendues sur place depuis 2007. Preuve, s’il en était que la décision de PSA n’était pas technique mais bien politique. PSA quitte le pays, contraint et doit abandonner la lucrative livraison de pièces au profit de contrefacteurs chinois. En effet, les 405 et 206 continuent de sortir de l’usine de son partenaire avec des pièces chinoises à la qualité désastreuse.

Un  retour cher payé

Il faudra attendre l’été 2016 pour que PSA revienne en Iran, en signant un nouvel accord de coentreprise avec son partenaire Iran Khodro, suite à la levée des sanctions internationales. Il s’agit d’un accord 50/50 assorti d’un investissement de 400 millions d’euros. Peugeot revient avec les 208, 2008 et 301, équipées de moteurs modernes et de tous les équipements dont l’Iranien moyen doit pouvoir bénéficier. A l’image de ce qui a été fait en Chine avec Dongfeng, le partenaire local pourra utiliser les plate forme PSA pour développer ses propres modèles. Pour la première fois la coentreprise prévoit même d’exporter une partie de la production. Les 405 et 206 sont de nouveau fabriquées avec des pièces d’origine PSA.

Ce retour ne s’est pas fait tout seul. Partir après tant d’années de collaboration, de façon si soudaine a laissé des traces. Les iraniens se sont sentis trahis et le PDG d’Iran Khodro, Hashem Yekkeh Zare lance une vaste négociation et obtient 427 millions d’euros de bonus, remise de dettes, et rabais pour dédommagement au départ soudain de PSA. En plus d’un manque à gagner abyssal pendant 5 ans, le retour coûte un demi-milliard d’euros, au bas mot.

Un marché prometteur

En 2017, malgré un contexte international compliqué, le marché iranien se porte bien. Les iraniens ont besoin de voitures, les français leur en fournissent. La firme au lion cartonne de nouveau dans ce pays. Avec 443 000 livraisons sur l’année, on frôle même le record de 2010 de 461 000 voitures vendues. Sur les deux premiers mois de 2018, on atteint les 83 600 ventes, encore en progression. Chez PSA, on compte également sur le lancement de Citroën pour améliorer ce score. L’industrialisation de la C3 a commencé en Avril, avec son partenaire local Saipa, qui fabriquait déjà les Xantia il y a quelques années.

Renault, qui n’a jamais vraiment quitté le pays, immatricule sur les deux premiers mois de cette année quasiment 20 000 véhicules, après 162 000 sur 2017. En Iran, on se fait écho de négociations avancées pour y produire des Duster nouvelle génération. Avec 35 % de parts de marché, les français seraient les  gros perdants d’un éventuel nouveau retrait. D’autant plus que le marché est dynamique, avec un fort potentiel de croissance. Le taux d’équipement est inférieur à 100 voitures pour 1000 habitants, 6 fois moins que dans l’union européenne. En Iran, le consommateur est solvable, il paye cash et adore les voitures modernes et richement équipées. Chez Peugeot on table sur un marché à 1,6 millions en 2018 et 2 millions en 2022. Avec un salaire situé entre 4 et 8 euros de l’heure et une main d’oeuvre très qualifiée et cultivée, l’Iran est une destination recommandable malgré le contexte politique.

Un marché vital pour les français

Bon an mal an, l’Iran constitue pour Peugeot le second débouché en volume après la France. Il y a 4 millions de Peugeot en circulation aujourd’hui en Iran. Ce marché est le 3ème pilier de croissance internationale de PSA, avec l’Europe et la chine. Les 458 000 kits livrés représentaient 21 % des véhicules livrés dans le monde pour le lion avant son départ en 2012. Un chiffre important, au point de se demander si le retrait de ce marché n’a pas failli tuer PSA.

En effet, le retrait correspond à l’entrée du groupe dans les pires années de son histoire. “Aujourd’hui PSA va bien, mais à l’époque on est passés près du drame.” me confie un proche acteur du dossier. (décidément, on en croise du monde à Saint Cloud).   “Ce qu’il faut comprendre c’est que PSA se contentait d’envoyer des caisses de pièces de Vesoul à Téhéran. Pas besoin d’investir dans une usine, d’embaucher des gens, etc.  Les 400 000 caisses étaient très très rentables. La marge de ces CKD représentait au moins la marge d’un million de voitures vendues en Europe, et je suis certainement en dessous de la vérité. Quand une telle rente cesse du jour au lendemain ça fait des dégâts. L’accord avec GM a bien failli tuer Peugeot et d’ailleurs ils ont mis du temps à s’en remettre.”

Multipliez ce million de voitures “virtuel” par les 5 ans d’absence, ajoutez le demi milliard d’euro pour revenir, puis les 400 millions d’euros d’investissement et vous comprenez pourquoi Carlos Tavares pense surement à l’Iran en s’endormant le soir.

Alors quel avenir pour les français en iran ? Jean-Claude Le Drian, ministre des affaires étrangères a prévu de nouveaux contacts avec les autorités de Teheran dans les prochaines semaines. Difficile de deviner l’avenir de ce sac de noeuds. En attendant, chez PSA et Renault, on va livrer les premières C3, étudier le lancement du Duster, et attendre la suite. Avec en arrière plan, une autre conséquence directe. Premièrement, la perspective d’un retour sur le marché américain qui se complique sérieusement pour PSA. Deuxièmement, Nissan partenaire de Renault, très présent aux USA et qui pourrait souffrir d’éventuelles sanctions.

 

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36 commentaires

L'abbé Taillere

Le 31/05/2018 à 19:02

Comme d hab …. Super article !!! Très pertinent ! BRAVO pour le culot d avoir mis un peu de piment dans cette conférence de presse sans doute bien trop convenue….dans le contexte de la présentation du C5 aircross…très réussi certes….mais n oublions pas de regarder la concurrence…

Un grand merci aussi pour le rappel historique de PSA en Iran

Niko

Le 01/06/2018 à 11:39

Merci de nous lire ! Ça change un peu, c’est de l’histoire et c’est aussi de lactu

fc30

Le 31/05/2018 à 19:13

Excellent article sur un pays qui mérite bien mieux que le régime politique et l’image qu’il a.
Certaines sources indiquent que la Paykan a un moment été équipée de pièces d’origine 504, d’autres que la Peugeot ROA, un dérivé propulsion de la 405, reprend la base de la Paykan… ce sont les deux dernières Peugeot – Talbot !
Effectivement la situation est inquiétante, mais cette fois je suis plus confiant pour Peugeot, qui n’est plus lié à un partenaire américain encombrant (GM) et n’a rien à perdre en restant en Iran. Par contre, pour Renault ça va être plus compliqué, mais celui-ci avait bien réussi à rester après les sanctions de 2012 en y assemblant des Logan et Mégane II 4 portes. Je croise les doigts…

Philippe

Le 31/05/2018 à 23:29

Oui après l’arrêt de Chrysler Europe c’est un moteur de 504 qui anima la Paykan.
Peugeot a tout à perdre puisqu’il a des ambitions américaines de nouveau.
Renault n’en a plus, pourquoi ce serait plus compliqué je ne saisis pas.
Outre ses accords avec IK et PK Renault a acquis une usine locale et a prévu d’investir massivement dans une filiale Renault Iran et non plus une JV.
Pour les 2 groupes à mon sens le plus dur sera de se faire payer les pièces exportées puisque l’Iran ne peut lui-même exporter et se procurer des devises.

fc30

Le 01/06/2018 à 12:12

Effectivement j’aurais du préciser que pour Renault ce serait plus compliqué en raison de l’alliance avec Nissan, qui dépend fortement du marché américain.
Pour ce qui est de PSA : entre un marché où ils sont déjà bien établis avec peu de concurrence et malgré tout de bonnes marges, et un autre hyper concurrentiel où tout reste à faire, je pense que le choix penchera en faveur de l’Iran.

philippe

Le 01/06/2018 à 12:47

Lorsque la Chine a recommencé à se bigorner avec le Japon Ghosn s’est dépêché de lancer Renault sur le sol chinois. Si jamais Nissan venait à être barré aux US il y lancerait Renault-Samsung qui a bien failli débarquer sous la marque Saturn rachetée par Penske à GM il y a quelques années.

Silver Car Crash

Le 31/05/2018 à 20:14

Haaaa quand en plus Boitier Rouge parle du pays dont je suis revenu le plus enchanté de voyage, ça fait plaisir !
Difficile de ne pas monter dans un Peugeot quand on prend un taxi, mais je suis d’accord que les iraniens sont de vrais passionnés d’automobile comparé à bien d’autres pays d’Asie.
Il y avait un article sur Petrolicious parlant du parcours du combattant des iraniens pour pouvoir rouler dans des vieilles classiques malgré les embargos sur les pièces détachées :
https://petrolicious.com/articles/in-iran-owning-a-classic-car-is-a-real-challenge

Niko

Le 31/05/2018 à 22:10

Ah merci je vais lire ça !

Cabotin

Le 31/05/2018 à 21:04

C’est quand même dingue de se dire qu’on peut encore acheter des 206 ou des 405 neuves là-bas !

Philippe

Le 31/05/2018 à 23:22

Je suis un peu étonné de ce que l’Iran a pu être aussi lucratif pour PSA car pour Renault la limite s’est trouvé tout simplement dans l’impossibilité pour IK et PK de payer les kits faute de devise.
Avec l’embargo l’Iran était assez peu exportateur et ne disposait d’aucun moyen de paiement.
Effectivement Renault a de grandes ambitions en Iran, Carlos Ghosn avait vite démissionné de ses fonctions de PDG de Nissan US pour ne pas froisser les Iraniens, maintenant il n’y a pas de raison particulière que Trump sanctionne particulierement Nissan parce-que son actionnaire principal Renault exporte en Iran. PSA a l’ambition de revenir sur le marché US directement et là ça pourrait s’avérer compliqué.

Picon

Le 01/06/2018 à 11:13

Bonjour à vous,
Tout d’abord petite coquille, il s’agit de Jean-Yves et non Jean-Claude Le Drian, on lui passe le bonjour.
Je ne sais pas vraiment pour PSA, en tout cas Renault est handicapé par l’embargo qui limite ses capacités de production en Iran. Ils sont notamment obligés d’envoyer du matériel de seconde main (robots, machines outils …). Pour exemple l’usine Renault du Mans refourgue tout son matos désuet car il n’y a pas de possibilité de travailler avec les fournisseurs habituels (FANUC ou ABB entre autres).
Un bon exemple de l’ingérence des USA qui peut avoir des conséquences tangibles pour nos industriels.
Bien bel article en tout cas, merci.

philippe

Le 01/06/2018 à 11:24

Idem pour tout ce qui est informatique, le matériel HP et le support assuré par HP, multinationale certes mais d’origine US, et certains composants applicatifs comme Oracle etc …
Cette régence US sur l’économie mondiale – et on le voit à propos de l’acier européen – est tout simplement inadmissible. Tant que les US seront le 3e plus gros client de la France – on exporte des navires de croisière, des Airbus franco-allemands etc … on sera bloqués.

fc30

Le 01/06/2018 à 12:16

Merci pour ces précisions intéressantes, effectivement il y a beaucoup de restrictions sur l’informatique, d’ailleurs un fabricant chinois de smartphones s’est fait sanctionner récemment par les USA pour y avoir exporté en Iran des téléphones ayant des composants américains « sensibles ».
Dans le cas de nos constructeurs, les filiales ou joint-ventures avec des pays « amis » du régime actuel Iranien (Chine, Russie) pourraient aider les choses.
D’ailleurs, je me demande comment ça se passe pour Renault et Lada en Russie avec l’embargo, qui est certes beaucoup moins draconien.

philippe

Le 01/06/2018 à 12:43

Il n’y a absolument aucun problème avec Lada filiale à plus de 70% de Renault.
Les sanctions visent surtout les banques russes, les ventes d’arme et le secteur énergétique ou la vente de technologie sensible.
Et à l’inverse Poutine a mis un embargo sur l’importation de produits agricoles européens.

Niko

Le 01/06/2018 à 14:41

Ça a eu quelques conséquences surtout pour l’approvisionnement en pièces. C’est pour ça que par exemple ils ont remis un moteur Lada développé en interne à la place du bloc Renault dans le X Ray

philippe

Le 01/06/2018 à 18:04

Non Niko, les moteurs Lada à la place des moteurs Alliance c’est une question de coût et non d’embargo.
Bo Andersson n’a pas su localiser correctement la production des pièces de ce moteur dont Lada a la licence – il n’a d’ailleurs su rien localiser correctement pour les XRAY/Vesta.
La chute de 40% du cours du rouble a quasiment doublé le cours des importations, le cout du moteur même assemblé sur place était supérieur à la marge obtenue sur le véhicule.
Cela-dit une version de la Vesta équipée de ce moteur va finir par sortir, la localisation ayant enfin progressé sous le règne de Nicolas Maure. Et à partir de 2019 de toute façon Poutine doit mettre des taxes dissuasives sur les pièces détachées importées afin que les constructeurs implantés (Lada mais aussi les étrangers) localisent. Ce devait être 2017 mais les fournisseurs locaux fournissent une qualité tellement désastreuse qu’il a donné 2 ans de plus. Rdv en 2019 …

Niko

Le 01/06/2018 à 11:41

Merci pour la coquille ! On a beau se relire… Quand une connerie doit passer, elle passe 🙂

Carolucem

Le 01/06/2018 à 12:48

Bon article, merci !

Greg

Le 01/06/2018 à 13:54

Info reprise maintes et maintes fois ces derniers jours: malgré les menace de mesures coercitives de la part des USA, Citroën a bel et bien lancé la C3 en Iran.
L’histoire récente de ce pays nous apprend que ce que les Iraniens détestent par dessus tout, ce sont les ingérences de l’étranger.
Le dernier Shah d’Iran a complaisamment joué le rôle de marionnette de l’Oncle Sam, ce qui a fini par lui coûter son trône quand il a essayé de s’affranchir de l’encombrante tutelle de son « partenaire »!
J’imagine que les Iraniens sont ravis de recevoir ce soutien implicite de la France.
Que risque PSA?
Se faire envoyer bouler sur la ristourne demandée à GM sur le rachat d’Opel?
Les Américains étaient-ils au moins disposés à verser une compensation pour cette tromperie (j’ai pas dit trUmperie…)
https://www.usinenouvelle.com/article/face-aux-pietres-performances-d-opel-concernant-le-co2-psa-demanderait-un-remboursement-a-general-motors.N620633

luso

Le 01/06/2018 à 14:39

Ce n’est effectivement pas une trUmperie bien au contraire. Trump avait annoncé dans son programme son intention de revenir sur l’accord.
Bien stupides sont ceux qui ont bu les paroles des journalistes français annonçant avec certitude l’election de sa concurrente. Pour avoir traversé les Etats Unis a cette époque les panneaux Trump florissaient devant les maisons.
Bien stupides sont ceux qui croient également qu’un président se doit de ne pas tenir parole et de tromper ses électeurs.
Mais bon en Europe les présidents qui tiennent parole, ce n’est pas dans nos traditions.
PSA a joué on va bien voir la suite

molodoï

Le 01/06/2018 à 16:07

Hillary Clinton fa gagné en nombre de voix mais pas en nombre de grands électeurs, relançant le débat sur une réforme du système électoral américain.

https://www.sudouest.fr/2016/11/12/la-defaite-de-clinton-relance-le-debat-sur-le-systeme-electoral-americain-2566557-5394.php

En clair : c’est elle qui a eu le plus de voix. Donc les journalistes qui disaient qu’elle gagnerait ne mentaient pas, n’inventaient pas.

Pour Peugeot, mieux vaut investir en Iran ou en Chine qu’aux US, ce pays qui revient sur sa parole donnée.

Médan

Le 03/06/2018 à 06:53

Excellent article sur l’Iran, son marché auto effectivement très dynamique et stratégique pour la France et nos constructeurs nationaux.
Tout est parfaitement décrit dans votre papier très exhaustif.
Sujet que je connais plutôt bien pour avoir voyagé de nombreuses fois dans ce beau et intéressant pays pour travailler avec Iran Khodro le constructeur national des produits base PSA, Peykan (ex Illman), …
Notez également le véhicule Samand (new Peykan) développé par Iran Khodro.

Sur la situation géo politique, ce n’est pas la première fois que nos amis Anglo Saxons rendent les choses bien complexes dans cette zone du globe.
Créant des situations de crises pour ne pas dire d’état de guerre et de révolution permanente dans ce pays depuis au moins pas loin de 100 ans maintenant.
Mais ce n’est sans compter sur l’intelligence et la capacité millénaire de la Perse et des Persans pour résoudre ce genre de tracas.

Dans tous les cas tout ceci et bien dommageable et loin d’être neutre pour notre propre économie et notre industrie déjà bien affaiblie.

Philippe

Le 04/06/2018 à 21:20

Je ne sais pas trop comment la SAMAND serait une « new Peykan » c’est un véhicule sur plateforme 405 éuipée de moteur TU ou XU PSA. Une sorte de 405 restylée.
A noter que pendant la période « GM » où PSA a dû se retirer d’Iran, Samand, 405 et 406 ont continué d’être produites avec pièces localisées et autres contrefaites made in China et le tout libre de toute redevance !

NIKO

Le 04/06/2018 à 22:01

Oui c’est écrit dans l’article

MacGivre

Le 04/06/2018 à 19:02

« J’ai senti dans le regard de Linda Jackson à ce moment là qu’elle venait de se rappeler qui était Boîtier Rouge. A savoir des mecs avec une culture auto souvent proche de la perversion mais capables de ressortir dans une conversation le nom du partenaire iranien de Citroën, avec qui ils ont produit 3 Xantia dix ans plus tôt. »… et qui à plus de connaissance sur l’histoire de la marque qu’elle même. :p
En tout cas, c’est mon avis, vous devez en savoir plus sur l’histoire des marques que ceux qui les dirigent actuellement.

Niko

Le 05/06/2018 à 01:23

Pas forcément puisque apparemment ils nous lisent 🙂
Plus sérieusement je pense qu’on arrive pas à ce poste par hasard. Et Carlos Tavares par exemple est un vrai passionné de voitures et à sûrement une culture impressionnante. C’est sûrement pas le cas de tous qui sont souvent des financiers purs et durs.

Benjamin DEFONTAINE

Le 05/06/2018 à 21:57

je partage cet avis, et de loin !!! Dans un secteur comme l’automobile, être passionné et connaisseur apporte un plus non négligeable !! le grand pdg de Mercedes benz est d’ailleurs souvent présent lors des gp…alors que carlos de chez renault, bcp moins !
le president de toyota prend aussi, comme carlos de psa, le volant !

Philippe

Le 05/06/2018 à 22:10

Carlos Tavares est pilote et passionné de sport-automobile ce qui n’est pas tout à fait la même chose que d’avoir la culture automobile.
L’abominable Piëch – retraité – est un vrai passionné, sport, culture, technique et industrie.
Ghosn est un industriel doublé d’un financier.

Greg

Le 05/06/2018 à 10:27

Bon et bien c’est presque fait: PSA prépare « la suspension des activités de ses joint-ventures afin de se conformer à la loi américaine d’ici le 6 août 2018 ».
En parallèle, PSA tente une opération de la dernière chance: négocier une dérogation avec les USA…
Le président Macron a fait part de son point de vue au président Trump lors d’une conversation téléphonique: révocation unilatérale de l’accord sur le nucléaire iranien bla bla, mesures protectionnistes illégales bla bla, mesures de rétorsion justes et proportionnées tout ça…
Un conseiller de la Maison Blanche rapporte que ça ne s’est pas très bien passé…
Le président Trump n’aime pas, mais alors pas du tout, être contrarié!
Le prochain sommet du G7 s’annonce… rock n’ roll!
Donc après Total qui renonce à « un grand projet gazier engagé depuis juillet 2017 », Peugeot se retrouve le bac dans l’eau avec 50% d’Iran Khodro (et un plan d’investissements de 400 m€ sur 5 ans) ainsi que Citroën avec ses parts de Saipa et un plan d’investissements de 300 m€.
Au fait, la lancement de la C3 a suscité, je crois, déjà près de 2000 commandes fermes.
.
La France fait encore partie des soutiens affichés à la candidature du Maroc pour le Mondial 2026 (c’est du football).
Oui mais…
L’autre prétendant à l’organisation de la Coupe du Monde de foot, ce sont… les Etats Unis d’Amérique!
Le président Macron aura intérêt à bien regarder derrière lui au G7!!!

Niko Laperruque

Le 05/06/2018 à 10:34

Oui j’en parle dans l’article de la C3. 2000 ventes en 1h18 🙂

philippe

Le 05/06/2018 à 11:11

Bizarre cette frayeur de PSA vis à vis des US.
Ils n’y ont aucune ambition, ne font pas de commerce en dollar (cf la BNP !) avec l’Iran.
Evidemment il n’est pas simple de récupérer des royalties et de se faire payer des pièces par un pays qui n’a pas de devises.
Trump ne sera plus là dans 3 ans.

Greg

Le 05/06/2018 à 11:30

Contre toute attente, Trump a été élu une 1ère fois et le sentiment généralement partagé aux USA est qu’il pourrait bien être réélu pour un second mandat…
Que risque PSA?
Je cite les propos Pierre Gataz, président du Medef, rapportés par Le Point:
« C’est une très mauvaise nouvelle pour PSA.
Mais ils n’ont pas le choix, car vous avez face à cette décision américaine des sanctions.
Si vous n’appliquez pas ce que demandent les Américains, vous pouvez être sanctionné lourdement, par des pénalités ou des interdictions de vendre sur le marché américain ou en dollars ».
Bref, PSA est absent du marché américain mais on ne sait jamais…
Logique Shadock?

philippe

Le 05/06/2018 à 11:46

Même en 2012 Renault ne s’est pas retiré d’Iran.
Même dans les années les plus difficiles quelques dizaines de milliers de Logan ont été montées sous le nom de Tondar 90.
Et pourtant Nissan filiale à 44,7% de Renault vend à plein aux US alors qu’on m’explique…

Eddy123

Le 06/06/2018 à 19:10

Bon
C’est tombé, Peugeot doit débarrasser le planché. … franchement c’est incroyable que l’on puisse être autant à à
La botte des USA.. .

Max

Le 07/06/2018 à 17:33

De Gaulle doit se retourner dans sa tombe…

Greg

Le 08/06/2018 à 13:07

Les USA sont bel et bien un empire, et leurs lois sont extra-territoriales.
Sujet largement commenté depuis 2016-2017, au hasard…
Elles s’appliquent bien au dela des frontières « géographiques » de la nation: sur tout leur empire…
Les Echos, janvier 2017:
« Qu’elle puisse être suspectée d’être illégale ou injuste, l’extraterritorialité des lois américaines s’applique sans qu’il soit opportun de chercher à la contester.
.
La richesse des incriminations (les autorités américaines sont souvent désignées par leurs acronymes : FCPA, BCA, IEEPA, RICO…) et autres lois prononçant des embargos n’a d’égale que la conception américaine de leur « politique juridique extérieure », dont le rayonnement ne risque pas de faiblir avec le Président Trump. »

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