Maserati Ghibli II Primatist : une GT d’inspiration nautique

Publié le jeudi 9 janvier 2020.
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La Maserati Ghibli II est assez méconnue hors des amateurs forcenés du Trident. Pourtant, cette voiture a assuré une bonne part de la production avec la Quattroporte IV dans les années 90, avant que le renouveau vienne enfin avec la 3200 GT. Dernier avatar de la longue lignée des Biturbos, la Ghibli II usurpe un peu son nom tant sa ligne carrée diffère philosophiquement de sa glorieuse aînée, la Ghibli I. Discrète donc, la Ghibli II n’a pour autant pas été un échec total, avec 2 371 exemplaires vendus entre 1992 et 1998, dont une poignée de modèles un peu spéciaux appelés Ghibli Primatist dont voici la petite histoire. 

La Ghibli II est née en 1992, avec la ferme intention d’être une rivale digne de ce nom de la BMW M3 E36, le charme italien en plus : une alternative latine à la rigueur et à l’efficacité allemande. Certes, avec un réseau riquiqui, la concurrence de la Ghibli II taquinerait juste un peu la bavaroise, mais l’idée n’était pas mauvaise, d’autant que le design signé Marcello Gandini et inspiré de ses précédentes réalisations pour la marque, la Shamal et la Racing, remettait totalement dans le coup le dessin de la Biturbo datant du début des années 80. Deux moteurs sont proposés : un V6 (AM496) 2 litres double turbos développant la bagatelle de 306 chevaux, accouplé à une boîte Getrag 6 vitesses, ou un V6 (AM574) 2.8 litres là encore doté de deux turbos pour 284 chevaux seulement, mais un couple supérieur (mais une boîte 5 vitesses seulement). L’AM496 était à l’origine dédié au marché italien pénalisant fiscalement les moteurs de plus de 2 litres, mais il fut exporté un peu partout malgré tout.

Les débuts de la Ghibli

Les ventes décollent lentement avec 553 exemplaires pour la première série dite MY92 produite entre 1992 et 1993. En 1994, la Ghibli évolue donc et prend l’appellation MY94 : au menu, une mise au goût du jour issue de la moderne Quattroporte IV, gagnant au passage un ABS bienvenu. En effet, la Ghibli II n’est pas une voiture facile à conduire. Ici, point d’électronique pour corriger les erreurs qui peuvent être nombreuses tant la voiture est joueuse : l’antithèse de la rigoureuse M3 en quelques sortes ! Ces quelques améliorations permettent à la voiture de trouver 701 clients cette année-là. Pour l’année 95, nouvelle évolution avec celle qu’on appelle désormais Ghibli GT : quelques évolutions mineures, mais qui bonifient encore un peu plus la petite italienne, notamment l’Airbag. 962 exemplaires trouveront preneur entre 1995 et 1998, malgré l’ancienneté du modèle. Voilà pour les grandes lignes des Ghibli II “de grande série” (c’est un bien grand mot) car en périphérie de ces productions, on trouve aussi des versions spéciales.

Une série commémoratrice très spéciale

On trouve d’abord les Ghibli Cup et Open Cup, versions sportives dont le 2 litres est poussé à 330 chevaux (97 exemplaires au total), mais aussi notre fameuse Primatist. Cette Ghibli II exclusivement peinte en bleu Ultramarine (proche du Lapis-Lazuli), dérivée d’une GT, est présentée en 1996. On pourrait croire qu’il s’agit d’un moyen de soutenir les ventes d’un modèle en fin de carrière, mais il n’en est rien. Il s’agit avant tout de célébrer le record de vitesse obtenu par un bateau de vitesse fabriqué par le chantier naval Primatist. Ce dernier atteint la vitesse de 216,7 km/h sur le lac de Lugano grâce à son moteur Maserati, un 2 litres dérivé de celui de la Cup, mais poussé à 370 chevaux, soit 30 de plus qu’à l’origine. 

Maserati se saisit donc de ce petit coup de pub pour créer la Ghibli Primatist avec l’objectif d’en écouler 60 exemplaires. Malheureusement, cette dernière ne reçoit pas le moteur de la Cup, mais se contente de celui de la GT, l’AM496 et de ses 306 chevaux (un unique exemplaire doté d’un 2.8 litres et d’une BVA existe aussi en Allemagne). À l’extérieur, on l’a vu, elle reçoit donc une peinture spécifique ainsi qu’un petit logo Primatist juste avant le passage de roue arrière. C’est surtout à l’intérieur que la Primatist détonne, avec son intérieur bi-ton bleu clair/bleu foncé en cuir que certains trouvent à l’époque, comme aujourd’hui, horrible. 

Collector kitsch

Originale, la Primatist ne séduit pas les masses pour autant : seuls 35 exemplaires seront écoulés, loin des objectifs initiaux. Paradoxalement, c’est aujourd’hui l’une des plus recherchées par les amateurs du genre, sans doute justement à cause de son intérieur kitsch et exclusif en même temps, sans compter sa rareté. Ce qui semblait sans doute déplacé lorsqu’on dépensait près de 400 000 francs pour une voiture de luxe et de prestige devient un argument implacable aujourd’hui. Après tout, la série des Biturbos a toujours été baroque, c’en est même devenu une marque de fabrique.

Aujourd’hui, les Ghibli II reviennent un peu en grâce, et restent encore accessibles (toute proportion gardée). Relativement courantes, elles sont faciles à trouver sauf dans cette rare version dont seulement 11 exemplaires sont recensés par le site de référence Maserati Alfieri ! Autant dire qu’il faut vraiment aimer son étrange mobilier intérieur pour vouloir chasser cette licorne. Mais après tout, tous les goûts sont dans la nature !

Photos : DR et Better Part LTD

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1 commentaire

Huber

Le 10/01/2020 à 09:27

Je la trouve très séduisante et ses lignes synonymes de caractères et de beauté sauvage sont plutôt harmonieuse

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