Maserati Khamsin : la malédiction Citroën !

Publié le mardi 7 juillet 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Il y a une Maserati rare et peu connue, même par les spécialistes, qui commence aujourd’hui à revenir en grâce, à la faveur de la flambée spéculative sur les véhicules de collection : il s’agit de la Khamsin. Et oui, encore un vent chaud comme à l’accoutumée chez Maserati avant l’apparition de la Biturbo, celui-ci venant d’Egypte.

Khamsin 01

A la voir, avec son dessin plutôt réussi, et certaines originalités (comme l’arrière « vitré » des versions européennes), on peut se poser la question : pourquoi est-elle si méconnue ? Comme beaucoup de voitures mal-aimées, la Khamsin a subit une cascade de petites causes amenant à une seule conséquence : une faible diffusion.

Sketch Bertone par Gandini de la Khamsin, datant de 1972
Sketch Bertone par Gandini de la Khamsin, datant de 1972

Petit flashback… En 1968, Citroën rachète le constructeur au trident à la famille Orsi. Ce rachat est un peu le fruit du hasard : Pierre Bercot le patron des chevrons, veut lancer la version sportive de la DS, mais considère qu’il n’a pas les moyens de concevoir un V6 « typé » sport. Après avoir consulté Volvo ou BMW, c’est vers Maserati (et son ingénieur Giulio Alfieri) que se tourne Citroën. C’est un vrai bol d’air que ce contrat d’engineering pour Maserati qui perd beaucoup d’argent (malgré le succès de la Ghibli lancée en 1966).

Khamsin 07

La famille Orsi voit d’un si bon œil l’arrivée de Citroën qu’elle propose à son partenaire français de racheter la marque. A l’époque, la marque française est en bonne santé, avec un puissant actionnaire (Michelin), et le rachat de Maserati lui permet de poursuivre le développement de son modèle SM (lire aussi : Citroën SM) tout en faisant l’acquisition d’une marque de prestige. Ironie de l’histoire, Citroën emporte le morceau face à De Tomaso, qui prendra sa revanche 7 ans plus tard !

Khamsin 06

L’ingénieur Alfieri voit d’un bon œil l’arrivée de Citroën, amenant un peu de modernisme (notamment pour ce qui concerne les suspensions, évidemment). L’apport de Citroën se vera sur les Bora et Merak, sportives à moteur central arrière. Mais je m’égare, revenons donc à la Khamsin. Justement, la Khamsin sera la plus « Citroën » des Maserati. Conçue entièrement sous l’ère française, elle sera dotée du fameux système hydraulique : suspension, freinage, mais aussi Diravi (rappelez-vous, la direction revenant toute seule en position « tout droit »).

Khamsin 09

La Khamsin, c’est aussi la volonté de proposer une GT 2+2 capable de rivaliser avec Ferrari notamment. Pour cela, Maserati retournera au moteur à l’avant, un V8 de 4,9 litres et 320 chevaux. Elle est présentée en 1972 sur le stand Bertone au Salon de Turin : le dessin (superbe) est du à Marcello Gandini qui révèle ici son talent. Ce n’est qu’en octobre 1973 qu’elle sera officiellement présentée par Maserati et Citroën.

Khamsin 03

1973 justement, ca ne vous dit rien ? Sale année pour présenter une GT de forte cylindrée (même si à mon sens, ce n’est pas forcément une excuse). Mais en ce début des années 70, la donne a changé pour Citroën. La SM ne rencontre pas le succès escompté, et surtout, la firme de Javel a dépensé beaucoup (trop?) d’argent en recherches vaines sur le moteur rotatif (pas du tout adapté à une situation de crise énergétique). Les caisses sont vides, et Michelin n’est plus disposé à combler les déficits. En 1974, la firme est vendue à Peugeot, qui n’hésite pas à couper les branches mortes : Maserati est mis en faillite en 1975, racheté par une société de l’état italien (le GEPI) qui revendra aussitôt à Alejandro de Tomaso.

Khamsin 05

La période n’est donc vraiment idéale pour la Khamsin. Sa première année de production, 1974, est perturbée par le rachat de Citroën et l’abandon de la filiale. Aux Etats-Unis (marché qui devait être prometteur), elle doit se plier aux nouvelles règles de sécurité, et perd son arrière vitré si original. De Tomaso, le nouveau repreneur, maintient la Khamsin mais comme un cache misère, le temps de mettre au point son grand projet : la Biturbo (lire aussi : Maserati Biturbo). La pauvre Khamsin se vendra péniblement jusqu’en 1982, mais Dieu que les dernières années sont dures : seuls 26 exemplaires se vendront entre 1980 et 1982. Au total, 435 exemplaires seront produits, dont 155 pour le marché américain.

Khamsin 04

Avec le retour en grâce de l’automobile de collection comme objet spéculatif, la Khamsin retrouve des couleurs aujourd’hui, à tel point que la dernière vente d’Artcurial a vu partir un bel exemplaire à plus de 162 000 euros. Avis aux amateurs !

Lire aussi cette mine d’informations: http://www.maseratikhamsinregistry.com/

 

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12 commentaires

Benjamin

Le 07/07/2015 à 13:56

Non non, pas 162.000, 274.000€ !!!
C’est un des clients du boulot qui était le vendeur, spécialiste SM et DS, donc il avait refait tout l’hydraulique.

Paul

Le 07/07/2015 à 13:56

Pire encore alors 😉

Mazzone

Le 15/09/2015 à 18:42

Je viens d’acheter une khamsin de 1978 j’aimerais refaire l’ydrolique pourriez vous m’indiquer l’adresse de votre amis merci voici mon mail mazzonemichel@hotmail.fr tel 0607931550

Francois Tasiaux

Le 07/07/2015 à 14:03

Très belle (en ne ressemblant pourtant à aucune des nombeuses autres GT de l’époque) mais délaissée pour les raisons évoquées dans l’article, très bien écrit.
La Khamsin de la Vente Artcurial à Paris le 22 juin s’est disputée en salle et aux téléphones jusque 230.000 € (274.000 ttc) reflétant son état et son historique (1ère main, 64.000km)
C’est un des amateurs de la marque qui l’a obtenue… pas un spéculateur pour autant.

J2M

Le 07/07/2015 à 16:59

Oups, de l’hydraulique Citroën sur le freinage et la DA, mais pas sur la suspension. Pour cette dernière, des triangles et des ressorts hélicoïdaux sur les 4 roues. Ca change déjà des précédentes Maserati…
Par contre, la presque contemporaine Quattroporte de septembre 74 est bien montée en suspension hydraulique (phares directionnels compris).

Paul

Le 07/07/2015 à 17:29

Exact mes mots ont dépassé ma pensée… je ferai un edit ce soir avec toutes ces précisions 😉

mOX

Le 07/07/2015 à 23:03

Dieu que cette auto, que je ne connaissais pas, est belle. La plupart des modèles de l’époque ont toujours un petit je ne sais quoi de disgracieux (ce qui fait aussi leur charme). Ici point de cela, le dessin est tout simplement parfait ! …mais pourquoi donc les américains s’en prennent-ils toujours aux derrières des Maserati ? Quelle belle idée cette arrière vitré !

Merci pour cet énième bel article !

MD

J2M

Le 08/07/2015 à 09:28

Dire que… Si Peugeot n’avait pas jeté le bébé avec l’eau du bain en 74, Maserati serait peut-être la marque de prestige du groupe…
Je suis toujours assez dubitatif sur le prétexte des « sommes englouties » dans la recherche ou le développement, par exemple du rotatif (assez abouti en 79), de la SM et de ses dérivés (4 portes) ou d’un simple 4 cylindres en ligne moderne (ce que Citroên n’aura jamais fait !), pour casser une dynamique.
Pendant ce temps, il y a eu le rachat calamiteux de la filiale française de Chrysler, l’impayable V6 PRV et le maintien de la 2CV avec une technologie digne du concours Lépine, jusqu’en 1986.
Pendant ce temps de crise identique pour tous, , les japonais, les anglais, les allemands et même les italiens…
Et m… !

mOX

Le 08/07/2015 à 23:12

Je ne suis pas tout à fait certain que les italiens et surtout les anglais s’en soient vraiment mieux sortis. J’exclus les japonais qui n’ont d’ailleurs pas encore tout à fait le vent en poupe en 74. Si le savoir-faire automobile de la perfide Albion est toujours incontestable aujourd’hui, il est définitivement passé ou chez des artisans (ce qui est formidable) ou chez des firmes étrangères (en l’occurrence japonaises) ou chez des industriels étrangers. La disparition de L’emblématique Rover illustre bien selon moi ce point de vue. L’Italie a quant à elle vu disparaître quantités de marques prestigieuses depuis. Sans la formidable petite 500 il n’y aurait peut-être même plus de groupe FIAT. Encore vif dans les 80’s, le groupe n’était déjà plus que l’ombre de lui-même à la fin des 90’s (quid de Lancia et Alfa qui repart timidement). Alors l’industrie automobile française au milieu de tout ça ? Globalement j’ai plutôt le sentiment d’une amélioration significative et constante des modèles qu’elle propose sur la période. Bien sur, elle est loin d’atteindre le niveau de l’ex groupe VAG. Parce que c’est quand même bien lui le grand vainqueur dans l’histoire. Un constructeur généraliste qui en 30 ans s’est hissé sur les premières places des podiums (j’écarte BMW et Mercedes qui ont toujours eu des gènes « premium » comme on dit aujourd’hui). Aussi, cette montée en gamme au travers le rachat de marques n’est-elle pas un anachronisme en 74 ? Je n’ai pas d’éléments de réponse mais je m’interroge.

Quentin

Le 10/01/2017 à 18:29

Outre l’échec du développement du rotatif, Citroën a aussi payé le fait de n’avoir pas su construire une voiture moyenne avant la GS, alors qu’il aurait suffit de donner deux cylindres de plus à Panhard, ni de petite voiture plus moderne que l’Ami au début des années 70. Surtout, les méthodes de vente et d’après vente, considérant que les qualités techniques présumées permettaient de faire vendre des voitures sans s’encombrer de trop de marketing ni d’un SAV susceptible de régler les petits ennuis de jeunesse. 15 ans après la DS, c’était bis repetita avec la SM, sauf qu’en plus les clients, davantage tentés par les productions étrangères, ne s’étaient pas rués sur leur carnet de chèque.
Le rachat de Maserati était en soi une bonne idée, car on ne peut pas faire du haut de gamme et la 2CV dans le même showroom. La SM offrait à Citroën un porte-drapeau, et Maserati d’excellentes opportunités pour produire les mécaniques en masse et rapporter des liquidités à l’exportation. Mais on sait se qui s’est passé…
J’ai eu l’occasion de côtoyer une Khamsin il y a de cela quelques années, il faut admettre que c’est une réussite esthétique, très basse (j’étais pourtant pas grand), et que le son du moteur pourrait faire renier sa foi à n’importe quel écologiste endurci et insensible.

Julien

Le 20/07/2015 à 17:02

Elle est magnifique !

Mike

Le 11/01/2018 à 17:12

Cette voiture ressemble à la Lamborghini Urraco et à la De Tomaso Pantera… Et elle est superbe !

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