Maserati Quattroporte GTS GranLusso : les watts et la ouate

Publié le mercredi 7 mars 2018.
Mis à jour le mardi 11 décembre 2018.
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La Quattroporte est une institution dans la gamme Maserati. A chaque époque sa 4 portes, et même si aujourd’hui la gamme s’est considérablement élargie, avec une Ghibli plus petite (j’y reviendrai) et un gros Levante (j’y reviendrai aussi), pouvoir conduire le vaisseau amiral de la marque au trident donne l’impression d’être d’une part un privilégié, et d’autre part de faire partie de l’histoire. Aussi, c’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis rendu en Italie essayer une légende dans sa version la plus récente, mais aussi la plus puissante, la Quattroporte GTS GranLusso.

L’idée de la firme italienne, en nous emmenant à Courmayeur, était plutôt de nous faire découvrir la gamme Q4 dans un environnement neigeux et glissant, mais j’avais repéré au milieu des Quattroporte S Q4 ou Diesel Q4 une GTS en propulsion qui semblait un peu perdue. Alors, dès qu’il m’a été possible de la chiper pour lui décrasser les poumons du V8, j’ai sauté sur l’occasion. Non que les autres ne m’intéressaient pas (enfin, la diesel honnêtement hein !) mais la S par exemple se limite à un V6. Certes la puissance culmine désormais à 430 chevaux au lieu de 410 auparavant, mais voyez-vous, pour moi, une Quattroporte se doit de disposer d’un V8. C’est la règle.

Bien sûr, vous me répondrez que la 4ème génération était déjà disponible en V6 (lire aussi : Quattroporte IV), mais il s’agissait selon moi d’une anomalie : cette Quattroporte IV clôturait l’ère Biturbo où le V6 avait régné en maître pendant toute une décennie, il en restait donc des séquelles heureusement compensées par l’excellent V8 issu de la Shamal (lire aussi : Shamal) et qu’on retrouvera aussi sur l’excellente et désirable 3200 GT (lire aussi : 3200 GT). Ne parlons même pas de l’anecdotique Quattroporte II au V6 de Citroën SM (lire aussi : Quattroporte II).

Mais je m’égare, revenons à nos moutons, ou plutôt nos chevaux ! Une Quattroporte, disait-je, se doit d’être en V8, et puis c’est tout. C’est la tradition. Et puis ce moteur n’équipant pas la roturière Ghibli essayée le même jour, c’était une façon de toucher du doigt ce qui fait le délice de l’automobile : 8 cylindres, et deux turbos, pour 530 pur-sangs sur une propulsion, le tout en terrain délicat de montagne, et enrobé du parfum de l’exclusivité.

C’est donc avec religiosité que je me suis approché de cette Quattroporte GTS. La voir garée à côté de sa petite sœur Ghibli permet de se rendre compte d’un seul coup que, malgré la ressemblance, la taille n’est pas vraiment la même. Je monte dans la voiture qui sent quand même bougrement le cossu, et je me dis que tout est normal : je vais juste faire un tour dans la montagne en Quattroporte VI GTS GranLusso. J’admire l’intérieur, ça fait maritime, ça donne l’impression de piloter un Riva, et je me dis que la série GranLusso lui va sans doute mieux que la GranSport : il s’agit d’une voiture de capitaine d’industrie tout de même, pas d’une vulgaire sportive.

Cuirs clairs, boiseries à gogo, la montre au trident pour le petit côté kitsch qui va bien. Tout cela ne sent pas la rigueur teutonne certes, mais les progrès en la matière sont flagrants depuis les années 80, et puis peu importe en fait, l’important, c’est de rouler en Maserati, pas de singer une allemande. Une vraie Maserati se doit d’avoir des défauts, sans cela, l’aimerait-on autant ?

Vient le moment de mettre le contact, et de lancer le V8. Et là, déception ! Les 8 cylindres chantent bel et bien, il suffit d’ouvrir la porte pour cela, mais à l’intérieur, tout est feutré : on n’entend le moteur comme s’il était loin, la marque n’ayant pas cédé aux sirènes du son « fake » dans les haut-parleurs. En fait, la Quattroporte affirme sa vocation : bien que n’ayant pas 6 glaces, c’est une limousine, et malgré la signature prestigieuse de son moteur (Ferrari), il s’agit de pouvoir lire la Stampa à l’arrière sans être trop dérangé.

Cette relative discrétion des vocalises (à l’intérieur) est un peu frustrante, avouons-le, alors que la Ghibli S et son V6 de 100 chevaux de moins m’avait enchanté de son bruit rauque dans les petites routes de montagne. Mais il faut bien affirmer sa philosophie, et la Quattroporte sixième du nom semble être revenue aux fondamentaux de la 3ème du nom (lire aussi : Quattroporte III) malgré des performances autrement plus sidérantes (et une fiabilité sans commune mesure).

Pourtant, alors que les kilomètres défilent, un nouveau sentiment se dégage : malgré sa taille (5,26 mètres de long tout de même), sa puissance et son statut de simple propulsion, elle est d’une prise en main déconcertante de facilité. On l’a tout de suite dans l’oeil (presque plus qu’une Ghibli pourtant plus petite de quasiment 30 cm), elle tient la route et les virages (toutes proportions gardées, la bestiole pèse aussi 1900 kg, et on les sent parfois, mais elle est assez surprenante d’agilité). Diable, on dira ce qu’on voudra, 8 cylindres, c’est pas pareil que 4, et à chaque fois c’est pareil : on se dit qu’on aimerait bien les avoir tous les huit dans son garage !

Reste le style extérieur dont on avait pas encore parlé. Lancée en 2013 et légèrement restylée en 2016, la Quattroporte est belle, n’en doutons pas une seconde, mais elle a perdu la singularité de sa devancière, la Quattroporte V, et sa sportivité affichée ou ressentie (lire aussi : Quattroporte V). Car si la voiture danse avec plaisir, pousse fort, c’est comme avec les températures : le ressenti brouille les impressions, maquille la réalité. Malgré des performances époustouflantes, cette Quattroporte GTS m’a semblé moins sportive que la Ghibli S Q4, dont l’essai arrive bientôt. Mais rappelez-vous qu’à l’époque de la 5ème génération, cette petite sœur n’existait pas. Désormais, il faut bien délimiter les frontières, et d’une certaine manière aseptiser la grande (destinée à un marché moins désireux de sportivité pure) pour rendre désirable la petite qui s’adresse à une clientèle plus jeune.

Une chose est en tout cas certaine : la Quatroporte est à mes yeux bien plus désirable qu’une allemande sans doute parfaite, mais manquant de folie, ou d’âme, ce petit quelque chose qu’on rencontre plus fréquemment avec une italienne, voire une anglaise. Et puis ce trident impressionne ceux que l’on croise, même des italiens sans doute plus habitués à Maserati que le reste de l’Europe. Cette impression d’exclusivité, l’histoire de la marque, ce moteur venu tout droit de Maranello, tout concourt à la rendre plus désirable qu’une étoile, une hélice ou 4 anneaux. Petit clin d’oeil, elle est fabriquée à Grugliasco dans l’ancienne usine de Bertone !

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11 commentaires

Bern

Le 07/03/2018 à 19:14

C’est sur les photos de profil qu’elle parait disproportionnée par rapport à la Ghibli.

Franck

Le 07/03/2018 à 19:55

Article sympa. Dommage qu’il ne soit pas étayé par tes propres photographies.
Cela donnerait un vrai crédit à cet essai.
Je comprend que tu puises dans l’immensité d’internet pour tes articles sur des autos introuvables, mais quand on te prête une auto, on apprécierait de ne pas y trouver des photos généralistes.

24heures

Le 07/03/2018 à 20:17

J’adore les berlines basses, comme je l’ai dit sur un autre article j’ai adoré la Quattroporte de 2003, mais celle-là ne me provoque pas grand-chose.
On dirait une Alfa avec un restyling face AV. Ghibli, Levante, Quattroporte, le style Maserati ne me parle plus trop.

Romain

Le 07/03/2018 à 23:12

Autant la précédente génération apparue alors que j’étais en stage chez pininfarina France a dû me demander un peu de travail d’appréciation je déteste cette génération. A l’époque les designers me parlaient du charme de la bête par rapport à la Merco S-class. Obsédé par les détails, la Quatroporte gagnait en charme avec son restylage et ses nouveaux rétroviseurs. Ce qu’elle n’avait pas en qualité elle l’avait en charme. Cette génération a une fausse élégance, selble s’effondrer devant. Lorsqu’elle est apparue je me suis dit Oh une Infinity G35 (ou 37?). Je ne l’ai évidemment pas conduite, mais si en rentrant dans la dernière Class S je me suis dit « bon ok, c’est m’as tu vu, mais ça a de la gueule et c’est bien fait » ça brille un peu trop pour moi, mais bon… En revanche en rentrant dans cette Quatroporte déception. Rien ne fait haut de gamme, le levier de vitesse est d’un dessin banal et insipide. Les assemblages et matériaux vont d’excellents à minables. Bref cette voiture, comme toute la gamme Maseratti insultent la marque. Comme la Giulietta avant pour Alfa Romeo. Vous savez avant qu’FCA se réveille vaguement. Bref le moteur est beau, bien que bridé histoire de pas vexer le cheval cabré et Roméo… Bref. La vieille GranTourismo est belle au moins… (mais un lourd dinosaure).

Germain

Le 08/03/2018 à 02:18

J’en ai marre de lire et d’entendre tout le temps que les allemandes n’ont pas d’âmes, qu’elles sont froides, impersonnelles, surtout quand on voit le reste de la production actuelle, les japonaises prémium et les Jaguar qui ont perdu leur personnalité. Essaie une classe S au moins une fois dans ta vie Paul.

Sam

Le 08/03/2018 à 12:01

Comme dirait Clarkson: «vous aimeriez vous avoir un ami toujours super bien habillé, à la pointe de la technologie dans tous les domaines, qui ne boit pas, ne fume pas, qui ne se trompe jamais et qui aime sa belle mère? Si cette personne était une voiture ça serait une Audi».
Il explique ça en essayant l’alfa Giulia quadrifolioliolio, en détaillant la découpe des portes avant pas pratique pour sa grosse caracasse. Hilarant. Et assez réaliste sur la froideur et la rigueur allemande un peu barbante…

J2M

Le 08/03/2018 à 09:47

Les allemandes et les japonaises, à deux comme à quatre roues ont une âme… et douvent un coeur musclé et des hanches appétissantes.
Et pour cette Maserati, elle descend d’une lignée illustre et elle est tout simplement splendide.
Je reste émerveillé par la capacité de l’industrie auto/moto italienne à se maintenir aisément au même niveau que les précités. Quand on sait ce que cela suppose en termes de puissance industrielle et financière, ça force le respect.
Petit couplet sur les françaises dans ces deux domaines. On sait faire. Et du beau. Mais c’est toujours la dimension financière qui remet l’équation à zéro.

J2M

Le 08/03/2018 à 09:48

Souvent, pas douvent. Fichus smartphones… coréens.

Ruddy

Le 08/03/2018 à 10:19

Bel article !

Qu’en est-il de la qualité de fabrication et la qualité perçue ?

La précédente avait apparemment beaucoup de progrès à faire dans ce domaine (Écarts des panneaux de carrosserie, réutilisation de boutons Dodge dans l’habitacle,… )

Je suis moins sensible à son design, je la trouve trop proche d’une infiniti Q50.

Mike

Le 08/03/2018 à 12:14

Belle auto, mais la précédente Quattroporte est plus jolie, il me semble.

Wolfgang

Le 09/03/2018 à 23:29

Ligne très décevante surtout l’avant.
Et bruit naze probablement causé par les turbos qui étouffent le son…
L’ancienne me fait beaucoup plus envie

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