Maserati Quattroporte II : la scoumoune française du haut de gamme

Lundi 30 mai 2016
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A l’occasion d’un événement organisé par Pirelli, j’ai pu faire une petite balade en Champagne à bord, notamment, d’une Maserati Ghibli S Q4. Car si certains constructeurs de voiture de sport sont venus assez tard aux berlines 4 portes (Porsche Panamera, Aston Martin Rapide), le constructeur au trident, lui, produit des berlines depuis 1963. Et si la Ghibli III usurpe un peu son nom (les Ghibli I et II étaient des coupés), elle reste dans la tradition de la maison modénaise ! Bref, au volant de mon italienne, je me disais qu’il me serait difficile d’en faire un vrai compte rendu, ne l’ayant conduit qu’une petite heure… Mais en voyant défiler la campagne française, elle me fit penser à une autre Maserati, bien plus rare, avec 4 portes elle aussi, et aux accents particulièrement français justement : la Quattroporte II.

Le prototype AM121 dessiné par Frua restera sans suite !
Le prototype AM121 dessiné par Frua restera sans suite !

A ceux qui trouvaient la DS sous-motorisée, ou qu’il manquait à la SM deux portes supplémentaires (si l’on oublie l’Opéra, lire aussi : Citroën SM Opéra), et qui voulaient si possible rouler dans une voiture haut de gamme française, la Maserati Quattroporte II est (presque) faite pour vous ! J’entends déjà les murmures dans la salle : « quoi, une Maserati, une voiture haut de gamme française ? ». Oui je sais j’exagère un peu, mais pas tant que cela, car cette voiture, cette deuxième génération de berline en provenance de Modène, est bien plus française qu’on ne le croit.

Avec Citroën, la Quattroporte rentre dans la modernité: style signé Gandini, traction avant, suspensions hydrauliques !
Avec Citroën, la Quattroporte rentre dans la modernité: style signé Gandini, traction avant, suspensions hydrauliques !

Quattroporte 02

Pourtant, celle qui devait succéder à la Quattroporte I n’avait rien de français à l’origine. Le projet AM121 est en effet basée sur le châssis de l’Indy, dispose du V8 4.9 de la gamme, et dessinée par Pietro Frua. Cette élégante berline ne passera pourtant pas le stade du prototype, car entre temps, en 1968, la firme française Citroën, désireuse d’obtenir à moindre coût un moteur pour sa future SM (lire aussi : Citroën SM), rachetait à la famille Orsi le fameux constructeur de Modène. Si le but premier était bien de s’offrir une motorisation digne du future coupé aux chevrons, l’idée d’une marque de luxe complétant la gamme Citroën par le haut n’était pas idiot. Personne ne pouvait prévoir la crise pétrolière de 1973 (du moins à l’époque) et les recherches dans les moteurs rotatifs n’avaient pas encore grignoté la trésorerie !

Quattroporte 03

Aussi lorsque Citroën prend le contrôle de Maserati, elle n’oubliera pas de « tenter » de développer ou renouveler la gamme. La période « française » donnera naissance notamment à la Khamsin (lire aussi : Maserati Khamsin) et donc à cette fameuse Quattroporte II. Aux oubliettes le projet 121, place au projet 123, avec un tout nouveau concept importé de France : traction avant, suspension hydraulique, et châssis de SM, rien que cela ! Je vous l’avais dit qu’elle était un peu française.

Quattroporte 07

Avec la crise pétrolière de 1973, le choix d’utiliser le fameux V6 de la SM, conçu par Maserati, s’avérait une bonne idée, car bien moins gourmands que les V8 maison, tandis que les avancées techniques Citroën conférait à cette voiture un confort inégalable. D’une certaine manière, et sur le papier, la Quattroporte II avait tout pour elle. Sauf peut-être le style : dessinée par Gandini pour Bertone, elle se voulait moderne, en rupture avec la Quattroporte I, mais gardait un profil un peu sage, qui d’une certaine manière a plutôt mal vieilli aujourd’hui (quoique mieux que la Quattroporte III qui lui succèdera).

Quattroporte 05

Surtout, Citroën avait sous-estimé l’attachement à la propulsion des clients potentiels. Avec une traction, la puissance à passer sur les roues avant est forcément limitée : avec son V6 3 litres, la Quattroporte II ne pouvait offrir plus que 190 ch, soit déjà 20 de plus que la SM. Pas suffisant cependant : une version 3,2 litres sera proposée dès 1975, avec 200 ch, puis au moins un exemplaire recevra une version poussée à 210 ou 220 ch selon les sources (avec une boîte automatique, la boîte Citroën ayant du mal à passer cette puissance!).

L'intérieur reste quant à lui très... Maserati !
L’intérieur reste quant à lui très… Maserati !

C’est au salon de Paris 1974 qu’est présentée la Maserati Quattroporte II (une voiture française je vous dis!), mais sa carrière semble déjà démarrer sous de mauvais auspices. Le torchon brûle entre Citroën et Maserati, la trésorerie est vide, et la marque française proche de la faillite. Le rachat par Peugeot sonne le glas de l’aventure italienne, Maserati est mise en faillite, puis rachetée par Alejandro de Tomaso qui s’empressera de mettre en chantier le projet AM330 pour remplacer cette berline invendable. Officiellement, la Quattroporte II restera au catalogue jusqu’à son remplacement par la Quattroporte III en 1978. Mais la production restera toujours confidentielle, puisque seuls 13 exemplaires seront construits, dont un prototype.

En mouvement, la Quattroporte II devient plus dynamique à l'oeil !
En mouvement, la Quattroporte II devient plus dynamique à l’oeil !

Cette naissance cahotique au pire moment de l’aventure Citroën/Maserati aura réduit à néant les chances de cette grande berline. Peut-être doit-on y voir la scoumoune française côté haut de gamme exportéeen Italie ? De toute façon l’environnement n’était pas favorable à un tel lancement, et la tourmente de la maison mère empêcha sans doute une diffusion plus large. Reste qu’aujourd’hui, la Quattroporte est une voiture terriblement BR : (très) rare, au dessin atypique, malchanceuse, historique, franco-italienne pour le meilleur et surtout pour le pire, un bel exemple de coopération ratée, et rien que pour cela, j’en veux une !

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34 commentaires

Nabuchodonosor

Le 30/05/2016 à 16:44

C’est la Maseratée !

Paul

Le 30/05/2016 à 16:49

Le jeu de mot est excellent, j’ai ri tout seul… mais je ne suis pas sûr qu’elle soit si ratée que cela… sûrement pas une sportive, mais la SM était un avion de chasse, alors pourquoi pas la Quattroporte II avec les mêmes raffinemets et 20 chevaux (voire plus) de plus 😉

Nabuchodonosor

Le 01/06/2016 à 09:52

Sinon j’avais Sado-Masorati II

wolfgang

Le 30/05/2016 à 18:54

Je ne la connaissais pas celle là.
L’arrière ça va.
Je ne suis pas emballé par le reste de la ligne. Surtout l’avant que je trouve très triste. Et le tableau de bord a vraiment tout d’une « planche » de bord…
A la même époque on avait une XJ ou de la BM/Mercedes bien plus réussies non ?
Ceci dit j’en veux bien une quand même pour débarrasser.

Paul

Le 30/05/2016 à 19:46

le design est un peu raté, mais je pense qu’elle est née surtout dans une très mauvaise période, entre crise pétrolière et quasi faillite de Citroën !

wolfgang

Le 31/05/2016 à 11:35

Un peu t’es gentil…
La crise a bon dos.
ça coute pas forcément plus cher de faire du beau. Une bagnole moche, même si elle est techniquement super, elle se vend pas, ou alors faut qu’elle soit pas chère et économique, ce qui n’était pas le cas non plus…

esteban

Le 30/05/2016 à 19:11

il me semble y voir le même sélecteur de vitesse que la SM ! 🙂

Paul

Le 30/05/2016 à 19:45

Oui oui, la base c’est la SM de toute façon… châssis compris 😉 donc tout y est « pareil »

Jota

Le 30/05/2016 à 20:11

Bien vu et les phares aussi semblent provenir de Sa Majesté.

Alexandre

Le 30/05/2016 à 19:15

Traction avant…
Sur une berline de prestige
sont vraiment fêlée les constructeurs français

Paul

Le 30/05/2016 à 19:45

ce n’était pas si évident que cela à l’époque: la traction c’était l’avenir, la propu un peu rétrograde, et difficile à conduire, mais permettait plus de puissance… aujourd’hui on vend des propu à la pelle car les outils électroniques permettent de palier les manques des conducteurs, c’est pour cela que ca revient en force depuis 20 ans !

SRDT

Le 30/05/2016 à 22:09

Manques des conducteurs et aussi des constructeurs, avant pour tenir la route et passer la puissance au sol il fallait être à la hauteur niveau technique.

Paul

Le 30/05/2016 à 22:12

Ford, que j’aime bien en ce moment (ahahah) arrivait à passer 325 ch avec la dernière génération de Focus RS… Mais finit pas passer à l’intégrale avec ses 350 ch pour la générations 2016 !

wolfgang

Le 31/05/2016 à 19:34

Moi j’aime bien quand ça patine.
On n’est pas sur la route pour faire des chronos, c’est mort ce temps là avec big brother qui a pris le pouvoir.
Alors autant se faire plaisir en roulant moins vite. ça patine, ça avance pas, c’est rigolo et ça donne l’impression d’avoir un tigre sous le capot. C’est cette impression là qui compte en fait.
Il y a qques années j’avais loué une Kia Picanto essence. c’était ça : petites roues qui gueulaient à chaque feu rouge, moteur qui demandait qu’à monter en tours, boite géniale, je me suis amusé comme un fou en plafonnant à 140. J’ai même été triste en la rendant !

Paul

Le 31/05/2016 à 19:41

tu n’as pas tout à fait tort effectivement… d’ailleurs, j’ai toujours plus d’affection pour les voitures qui ont des défauts, celles qui sont parfaites son chiantes… Aux essais Pirelli, on m’a demandé quelle voiture j’avais préféré: pour moi, c’était la F-Type R plutôt que la Ferrari 488, l’AMG GT ou les Porsche 911: pas la plus efficace mais la plus marrante à conduire 😉

Nabuchodonosor

Le 30/05/2016 à 23:34

Novateur ce décor de montant de custode, ça sert à quoi ? A faire grimper la glycine ?

Paul

Le 30/05/2016 à 23:46

y’a de ça sans doute…. l’esprit fleuri post-68 😉

Jota

Le 31/05/2016 à 00:32

Toujours cru qu’il s’agissait de sorte de persiennes occultantes en fait non

Nabuchodonosor

Le 31/05/2016 à 08:09

The flower power.

Eddy123

Le 31/05/2016 à 06:55

Elle a les phares de sa sœur Française… sont ils directionnels??

J2M

Le 31/05/2016 à 08:46

Une grosse Béhème Série 5, c’est comme cela que je la perçus en la découvrant dans le spécial salon de 74 de l’AJ.
Paul Bracq avait dû rigoler doucement de l’hommage assez maladroit qui lui était fait.
La planche de bord, que je découvre aujourd’hui partage avec celle de la R30 sortie six mois plus tard le rare privilège de correspondre exactement à ce qu’elle est : une planche.
Bon, là au moins, c’est du bois…

Nabuchodonosor

Le 31/05/2016 à 09:39

Le proto AM121 est lui sublissime, je me souviens qu’à l’époque, enfin dans la décennie qui s’ouvrait, la tendance était, contrairement à celle d’aujourd’hui, à l’augmentation des surfaces vitrées aux formes complexes si possible, le vitrage plan en verre trempé avait fait long feu…

Utopiaboy

Le 31/05/2016 à 13:34

Je ne connaissais pas ce modèle ! Clairement le profil et les optiques arrière semblent directement inspirées de la BMW série 5 E12 !

Patrick

Le 30/09/2017 à 22:16

Me suis dit la même chose, ouf me sens moins idiot 😉

Fred

Le 31/05/2016 à 13:39

‘tain t’aurais pu le dire que tu venais chez nous, on t’aurait payé une coupe !

Paul

Le 31/05/2016 à 14:21

Ah bah oui c’est raté !!! J’ai quitté la Vendée 😉

serge blandin

Le 31/05/2016 à 15:28

je suis sidéré par le manque d’inspiration flagrant sur cette « pauvre » berline de la part du maître Gandini , et je ne peux m’empêcher de remettre opportunément sur le feu l’éternel débat de savoir quelle part exacte celui-ci avait pris dans le design de la sublimissime Miura , par rapport à ce qu’avait conçu Giugiaro à la base …. quand on voit « ça  » , la question mérite d’être à nouveau posée !! ( oui , d’accord , il a commis la Countach ensuite , ok , mais aussi la …BX , il devait avoir ses périodes , ce garçon ! )

J2M

Le 31/05/2016 à 17:22

Personnellement j’adorais, à l’époque, les enjoliveurs repris à la moribonde DS 23 Pallas.
Quarante-deux ans après, tout ça fleure bon l’artisanat de luxe.
Curieusement, la SM, qui était encore au catalogue et surtout la Monica (pour le coup très artisanale) étaient bien plus convaincantes, ne serait-ce que du point de vue du style.

poum

Le 01/06/2016 à 21:39

Hé bien je la trouve plutôt réussie cette ligne!
Manifestement, Gandini a du composer avec un certain nombre de contraintes technique (cette curieuse custode sert peut-être à alléger le pavillon sans avoir recours à du vitrage)
Comparée aux paquebots de 5m de l’époque, elle offre un style en finesse et en retenue; la face avant ainsi que la découpe des ouvrants annoncent déjà les années 80.
Le proto AM121 n’est qu’un énième avatar entre le style italien et la ligne coca cola: ok c’est viril, ça fait balèze, mais elle apparait finalement (presque) aussi vulgaire qu’un cayenne.
Contrairement à la Quattroporte II, ce proto ne propose objectivement rien de constructif au débat automobile.
Je formulerai la même critique concernant la monica: un mix disparate de tout ce qui plait pour un résultat franchement incohérent. au delà de l’idée cocardière d’un hdg à la française, je n’ai jamais compris l’enthousiasme pour cette voiture.

Quand à bmw, l’E12 est trop récente pour avoir été copiée, l’E3 est franchement datée et l’E23 (qui ressemble d’ailleurs à une grosse limande ventrue) n’est pas encore sortie. d’ailleurs, à part peut-être une vague expression de la face avant, il n’y a pas grand chose de bm là dedans.
Au final, à part le traitement des feux arrières, je trouve cette maserati très inspirée, originale, intéressante et avant-gardiste.

Jota

Le 01/06/2016 à 22:23

On a peut être tout simplement ordonné à Gandini de s’orienter vers un design consensuel aisément compréhensible sur ce segment, même à cette époque. Il ne faut oublier que tout véhicule est soumis à un cahier des charges et à des études marketing, même à ce moment là et qui, certes, n’empêchent pas de faire des erreurs, comme dans le cas de cette Quattroporte.
La vraie oeuvre de Gandini qui s’en rapproche le plus est celle ci (qui a lancé les base de l’E12 d’ailleurs).
http://crazywheels.spb.ru/ul_files/20140427_163837_0_462938001398613117_0.jpg
2200ti Garmisch

Patrick

Le 30/09/2017 à 22:15

La connaissais pas ! Gandini qui se loupe sur un design c’est rare.

La version Frua est plus dans l’esprit Maserati je pense, la version finale fait un peu BMW E12 aplatie.

Peut-être ils auraient du la refourguer à Alfa, c’est assez le style (Alfa nord!) 🙂 – heureusement Alfa et Citroën n’ont jamais découchés ensemble (?).

Gaëtan

Le 18/02/2018 à 00:37

Je viens de voir aujourd’hui « en vrai » cette voiture au salon Historic Auto à Nantes.

Et cela m’a conforté dans mon idée. Pour juger du design d’une voiture, il faut l’approcher, ne pas se contenter de quelques photos.

Et je peux vous assurer qu’elle dégage réellement quelque chose. On peut apprécier ou non la ligne générale mais la voir immense, tapie sur ses quatre roues (merci Citroën ?) lui donne une personnalité unique.
Rien à voir avec les BMW de l’époque qu’évoquent certains. On est plus proche d’une Fiat 130 Opera, des dérivés Lancia Gamma et finalement des immenses berlines américaines mais avec cette finesse racée propre aux productions des carrossiers transalpins.

C’est incontestablement plus une oeuvre de designer que d’ingénieur. Ce qui explique qu’aujourd’hui encore elle soit si clivante.

Regis

Le 01/03/2018 à 21:39

C’est pas la plus belle ni la mieux proportionnée, mais il faut la prendre comme une étude de design. Il y a des pièces impressionnantes comme les capots et le coffre qui retombent sur les ailes ou l’entourage chromé de calandre qui est monobloc. Il y en avait une au salon historico auto de Nantes. Qu’elle rencontre.

Paul

Le 01/03/2018 à 21:42

Personnellement, stylistiquement, je la préfère à la III 😉

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