Maserati Quattroporte III : pour en finir avec Citroën

Publié le samedi 30 septembre 2017.
Mis à jour le mercredi 17 octobre 2018.
Retour

Il y a des voitures comme ça, dont on arrive jamais vraiment à déterminer si on les aime ou pas, si on les trouve belles ou pas, si on en a envie ou pas. La Maserati Quattroporte III en fait partie. Sa longévité dans la gamme Maserati l’a aussi rendue un peu ringarde par rapport à la production contemporaine : en 1990, sa dernière année de commercialisation, elle paraissait vraiment son âge. Avec le temps, et la mode des voitures des années 70 et 80, sa ligne revient à la mode, malgré un côté cachalot échoué sur la route. L’oeil se réhabitue, à force de voir de drôles de trucs rouler. Le paquebot so 70’s déjà un peu démodé au début des années 80 prend alors tout son charme, et me voilà presque désireux d’en avoir une dans mon garage.

Cette grande berline (irai-je jusqu’à dire limousine?) porte en elle les traces de l’histoire : elle était pour Alejandro de Tomaso, nouveau propriétaire de la firme Maserati, un moyen de clôturer l’aventure Citroën qui s’était fourvoyée avec une Quattroporte II traction, V6 et suspensions hydrauliques (sur la base d’un châssis de SM, lire aussi : Quattroporte II) dont seuls 12 exemplaires et 1 prototype seront réellement fabriqués. En gros, la Quattroporte III, c’est un peu le chien qui pisse sur le mur pour marquer son territoire : pour marquer sa différence, retour direct à la propulsion (avec un châssis issu de la Kyalami, elle-même dérivée de la De Tomaso Longchamps, lire aussi : Maserati Kyalami), et gros V8 sous le capot.

Avec cette nouvelle Quattroporte, De Tomaso veut frapper un grand coup, et tirer rapidement un trait sur le passé : dès novembre 1976, des exemplaires de pré-série sont présentés à la presse, avant d’exposer la bête quelques jours plus tard au Salon de Turin. Il faut marquer les esprits, tandis que la Kyalami éclipse la Khamsin elle aussi très Citroën (lire aussi : Khamsin). Malgré cette démonstration de puissance (un peu factice il faut bien l’avouer), la Quattroporte III ne sortira pas tout de suite.

Il faudra attendre 1979 pour voir la nouvelle grande berline Maserati enfin en vente ! 3 années de développement, mais surtout par manque de capitaux. Malgré son style signé Giugiaro (qui avait impressionné De Tomaso avec ses concepts Médici I et II de 74 et 76), elle semble déjà hors du temps. Contrairement à une Jaguar XJ intemporelle (lire aussi : Jaguar XJ), la 4porte (tel est son badge arrière jusqu’en 1981) paraît trop ancrée dans son époque, les années 70 et 80. En cela, elle ressemble un peu à la Talbot Tagora (lire aussi : Talbot Tagora).

L’AM330 (tel est son nom de code) récupère sous le capot le fameux V8 4.9 largement éprouvé, avec 280 chevaux à la clé, mais aussi une version plu sage de 4.1 litres et 255 chevaux. Ce moteur dont on retrouve les origines à la fin des années 50 est bien connu des Maseratistes et d’une certaine manière, rassure. De quoi aller tâter les 220 km/h avec le 4.1, voire plus de 230 avec le 4.9 ! A cette époque, et vu le poids de la voiture (1780 kg), ce n’était pas rien, la Quattroporte se classant parmi les berlines les plus rapides de ces années-là. Côté boîte, on retrouve une BVM 5 vitesses d’origine ZF ou d’une BVA 3 vitesses (Borg Warner puis Chrysler).

On l’a vu, le style est particulier, très carré, annonçant d’une certaine manière les « petites » Biturbo qui deviendront le cœur de la gamme Maserati à partir de 1981 (lire aussi : Maserati Biturbo Berline). Sans être laide, la Quattroporte semble souffrir visuellement d’un déséquilibre difficile à définir. La faute parfois aux photos qui peinent à retranscrire la réalité du dessin de Giugiaro. Les Biturbo, coupés ou berlines sembleront plus tard bien plus équilibrées. Après, on aime ou pas, et aujourd’hui, les Quattroporte ont retrouvé une certaine estime, à l’heure où le vintage revient à la mode.

La Royale disposait d’un V8 poussé à 300 chevaux et d’un intérieur encore plus luxueux

A l’intérieur, c’est grand luxe à l’italienne : boiseries et cuirs, fauteuils de salon, sans tomber trop dans le kitsch ; une voiture invitant au voyage, séduisant les grands et gros de ce monde (Pavarotti en était friand). En 1986, Maserati propose même une version dite Royale, encore plus luxueuse (4 sièges électriques, mini-bar, tablettes dans les contre-portes) et dotée d’un 4.9 porté à 300 chevaux ! A l’origine série limitée à 120 exemplaires, la Royale n’atteindra jamais ce chiffre, le compteur bloqué à 53 unités.

Luciano Pavarotti au volant de sa Quattroporte III

La Quattroporte sera fabriquée jusqu’en 1990, à 2155 exemplaires. Cela peut paraître faible, mais hors Biturbo, cette grande berline était un best-seller pour la marque, loin devant la Ghibli I ou l’Indy. Pour une marque semi-artisanale comme Maserati, on peut parler de succès. La voiture eut son petit succès en Italie mais aussi aux Etats-Unis (un marché d’emblée visé par Alejandro de Tomaso).

Une Quattroporte III destinée au marché américain

Rouler en Quattroporte III aujourd’hui, c’est d’une certaine manière marquer sa différence : ça parle au connaisseur, interpelle le pékin, impressionne quoi qu’il arrive. Le V8 fait toujours son petit effet, et la cote reste raisonnable (attention aux coûts d’entretien, cela reste une Maserati des années 80, même si le moteur était éprouvé). Elle trouvera une descendante 4 ans après l’arrêt de sa fabrication, avec la superbe Quattroporte IV, qui pourrait être un choix encore plus intéressant, surtout dans sa période revisitée par Ferrari (lire aussi : Quattroporte IV).

Articles associés

20 commentaires

franciscain

Le 30/09/2017 à 18:06

Dommage Paul, j’avais plein de docs d’epoque pour enrichir le sujet. Tu es fâché ?? Silence eloquent depuis 6 mois en tous cas, edifiant…

Paul

Le 30/09/2017 à 18:09

Pas fâché du tout, totalement débordé… je te rassure… Je t’appelle sûrement demain soir si tu es dispo (actuellement, je passe deux jours chez moi par semaine, maxi) 😉

franciscain

Le 01/10/2017 à 08:10

En fait, un collègue acheteur compulsif m’a prêté tout le dossier de presse d’époque avec photos n&b prises chez Bertone. Appelle moi quand tu veux

John

Le 30/09/2017 à 18:47

Cette voiture m’a marqué, car elle est apparue dans le film La Mouche de Cronenberg

Shirtyfolk

Le 30/09/2017 à 21:56

On peut ne pas aimer, mais il faut, me semble t’il, lui reconnaître une vraie majesté.
Je me souviens d’un film particulièrement mélancolique et dont j’ai oublié le nom, dans lequel Marcello Mastroiani jouant le rôle d’un riche homme d’affaire cherchant à disparaître de la société, errait au volant de cette grande auto dans le nord de l’Italie. La classe.

Quentin R.

Le 01/10/2017 à 04:25

D’après mes recherches, ce film serait « La double vie de Mathias Pascal » film de 1985.
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Double_Vie_de_Mathias_Pascal
.
Pour des images de la Quattroporte du film: http://www.imcdb.org/vehicle_364330-Maserati-Quattroporte-AM330-1980.html

Shirtyfolk

Le 01/10/2017 à 12:39

Merci Quentin pour les liens.

Petite anecdote: sur une des photos la voiture est remorquée suivie de Marcello à pied; elle était mal garée et non en panne…

Cordialement

Francois

Le 01/10/2017 à 00:06

Merci pour cet article.
Les photos ne rendent pas justice, pour l’avoir vu à côté de plusieurs biturbos , je préfère cette grande berline, d’apparence basse et majestueuse.
Une voiture méconnue, mais doté d’un intérieur magnifique et d’un des plus beaux moteur de l’histoire.
Mais je suis biaisé…

Dubby Tatiff

Le 01/10/2017 à 11:20

Elle a quelques faux airs de voiture américaine sous certains angles.

Francois

Le 01/10/2017 à 12:28

Par contre je relis, ou avez vous trouver les 2550 exemplaires?
2155 est en général le chiffre retenu même si il faut toujours être prudent avec les chiffres de production.

Paul

Le 01/10/2017 à 12:32

Ah ah ah il ne s’agit même pas d’une erreur, mais d’un ripage de clavier… On tape trop vite et hop 😛

24heures

Le 01/10/2017 à 13:49

J’aime beaucoup cette caisse! Je n’avais pas pensé à l’analogie avec la Tagora mais c’est vrai, on peut y voir aussi des faux airs de Lancia Gamma coupé… Difficile en effet de dire d’où vient cette impression de déséquilibre esthétique, je pense que c’est du à la fois à un porte à faux AR trop massif, une ceinture de caisse trop haute et des voies un poil trop étroites (comme la Tagora d’ailleurs…)

24heures

Le 01/10/2017 à 13:54

Ah, et j’oubliais : le fenestron de vitre AV était définitivement has been dans les années 80…

Francois

Le 01/10/2017 à 14:19

Il faut la voir en vrai, vraiment.
Les voies sont justement plus larges qu’ailleurs ce qui combiné à l’effet pyramidal des vitres et du toit donne un rendu assez bas. Elle fait aussi basse qu’une jag XJ mais plus large par exemple.
https://lh3.googleusercontent.com/dprNuuj4JxERtiEgNXi8j2jEHBcidmgGuhu4Llhm0Z6oAWvvuAwU1a37UzlDKVyoyuwyq-iaPsNs72DAC-4O_MBzcLNseyqSyA=w800
Il y a beaucoup de détails stylistiques qui donnent une allure bien plus élancées que les photos ne rendent pas. Les pasages de roues, les gouttières etc etc

Germain

Le 01/10/2017 à 14:00

J’aime bien mais elle n’est pas très sportive, ma préféré de la lignée c’est la quattroporte V

franciscain

Le 01/10/2017 à 16:55

Elle fait aussi plusieurs apparitions dans Le Parrain III en Si ile, majestueuse dans cette lumière…

Olivier84

Le 02/10/2017 à 11:57

Belle auto. Elle a également fait une apparition dans Rocky 3 et l’oeil du tigre.

lelillois

Le 02/10/2017 à 18:47

Lignes taillées à « la serpe », intérieur « clinquant » , moteur « hors-normes » , j’adore !!! autre chose qu’une BMW 745i de l’époque .

gtman

Le 03/10/2017 à 12:04

Parmi les propriétaires célèbres : Frédéric Dard.
La sienne était grise avec boite automatique.

Wolfgang

Le 11/10/2017 à 00:05

Il y a des airs de Tagora, comme dans les Biturbo d’ailleurs.

Mais la Tagora était plus réussie et plus moderne que ce truc baroque au look décadent.
C’est presque aussi moche qu’une vieille Audi ou qu’une VW Santana.

Laisser un commentaire