Maybach Coupé Xenatec : plus chère sera la chute

Publié le dimanche 26 février 2017.
Mis à jour le jeudi 4 octobre 2018.
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Synonyme de luxe absolu dans l’Allemagne des années trente, Maybach fut retirée des limbes par Mercedes en 1997 (prototype) puis en 2001 (série). Histoire de venir chatouiller les Rolls et autres Bentley, rachetées à la fin des années 90 par BMW et Volkswagen. Les ventes n’étant pas au rendez-vous, une déclinaison coupé fut – indirectement – lancée en 2010. La der des der ?

Le label de très haut de gamme lancé en 2001 par la marque à l’étoile aura abouti à un échec, avec moins de 3000 limousines vendues en dix ans. Le plans marketing initiaux tablaient sur 1500 ventes annuelles, le minimum pour bousculer les nobles anglaises. Las. Nos fières germaines de 5,7 et 6,2 mètres de long, facturées plus d’un demi million d’euros pièce, vont rapidement voir leurs ventes tomber à moins de 200 par an. En 2009, deux hommes d’affaires, dont un a dirigé la marque au début du nouveau millénaire, rachètent au conglomérat Thysskrupp sa carrosserie automobile et la rebaptisent Xenatec. Cette entité spécialisée dans la fabrication de prototypes et de limousines blindées possède un savoir-faire centenaire. Désireuse d’accroître sa notoriété et de faire connaître son savoir-faire, la PME souabe va bientôt frapper à la porte de Daimler-Benz. Elle lui fait miroiter une commande de soixante Maybach 57 S pour les transformer en coupés. L’espoir renait du côté de Stuttgart.

Le concept Maybach présenté en 1997 à Tokyo

Le directeur commercial de Maybach, qui n’avait jamais obtenu le feu vert de son directoire pour lancer un coupé, trouvait là une occasion rêvée de contenter sa clientèle, issue en majorité du golfe persique. Et par là sauver son bonus. Il accorda à Xenatec une généreuse remise, de l’ordre de 40%. Pratique: la PME souabe est sise à Weinsberg, à trente kilomètres au nord de Sindelfingen, l’usine d’où sortent les Maybach et les Classe S. Rappelons que les Maybach dévirent étroitement des deux générations précédentes du vaisseau amiral de Mercedes. Banco ! Au milieu de l’année 2010, Xenatec annonce à la presse qu’une centaine de millions d’euros ont été investis par la société saoudienne Auto Kingdom pour financer le projet.

Travail d’orfèvre

La conception du coupé est confiée à Frederick Burchhardt, déjà auteur du prototype Maybach Excelero commandé en 2005 par le manufacturier Fulda pour tester la résistance de pneumatiques hautes performances. A l’atelier de Weinsberg, ingénieurs, carrossiers et autres électroniciens vont livrer un travail d’une grande maîtrise. Une fois la 57 S – la plus courte des Maybach – décapitée, toute une série de modifications sont apportées de la cave au plafond. Si la longueur est conservée, de même que le capot, le coffre et les ailes avant, tout le reste change ! Le pare-brise et la lunette arrière sont plus inclinés, les montants centraux reculés de vingt centimètres. Plus important, toute la structure de la carrosserie est transformée. Toutes les modifications sont supervisées par le très respecté organisme de contrôle Dekra.

La ligne de toit, tout en arc, est une prouesse technique, faisant sans doute de ce coupé la plus belle des Maybach 2.0. Xenatec crée de toutes nouvelles pièces comme les panneaux latéraux, les portes géantes ou encore les pare-chocs. Tout est quasiment réalisé à la main, les centaines d’heures de main d’œuvre et de matière grise se payant au prix fort: 675 000 € sans les taxes, quand une Bentley Continental ou une Rolls ne dépassent pas 400 000 € TTC ! C’est à ce prix – 807 000 € TTC, hors options – que les futurs coupés – on parle alors d’une centaine prévus sur trois ans – pourront arborer le logo Maybach et se faire entretenir dans les points de service agréés.

Accessoires siglés

Si les modifications de carrosserie sont légion, l’habitacle évolue moins. La planche de bord reste inchangée, au contraire des sièges avant qui deviennent des baquets avec ceinture de sécurité intégrées. Les deux sièges individuels arrière, électriques, ventilés et massants procurent un confort absolu. Rarement un coupé n’aura été aussi spacieux. Maybach oblige, les trois compteurs permettant aux hôtes arrière de surveiller allure, heure et température extérieure trônent fidèlement au milieu du pavillon. Enfin, toutes les personnalisations sont possibles, du minibar avec coupes à Sekt (le mousseux d’Outre-Rhin) aux écrans TV dans les sièges, en passant par la sono haut de gamme livrée avec deux casques siglés Maybach – comme les deux téléphones ! – et la sellerie qui peut, comme la peinture, être bicolore.

A l’automne 2010, le premier coupé « Cruiserio » – un patronyme qui ne sera jamais apposé sur la malle arrière ni même imprimé dans la brochure Xenatec – est terminé. Sa présentation officielle aura lieu au showroom Maybach de l’usine de Sindelfingen, en présence des dirigeants de Maybach donc, de Xenatec et du fameux investisseur arabe. Pas peu fier, son patron, un certain Waleed Abdullah Al-Hokair déclare « Ce coupé a été conçu pas les ingénieurs les plus expérimentés au monde. Le résultat surpasse tout ce qui a été vu dans le passé. Le Cruiserio se place tout au sommet du segment du luxe et est certainement une des meilleures voitures jamais conçues ». On a fait plus modeste ! Il annonce par ailleurs que soixante voitures ont déjà été commandées, augurant d’un batch supplémentaire d’une cinquantaine dans les prochains mois. Au contraire du rayon de braquage, l’histoire va tourner court…

La presse apprécie l’exercice

Les premières présentations à la presse sont enthousiastes. En décembre 2010, une poignée de journalistes sont conviés à essayer le coupé dans un parking à étages privatisé, à l’aéroport de Stuttgart. Georg Kacher, qui l’essaye pour AutoBild et Car Magazine, trouve l’auto impressionnante, autrement plus sexy que la pataude Maybach 57 signée par le designer français Olivier Boulay. Seuls les feux de jours à LED au bas du pare-choc lui semblent mal intégrés, de même que le factice diffuseur, à peine digne d’un vulgaire SUV. On ne lui donnera pas tort. S’il ne pourra vérifier la v-max, promise pour 275 km/h, il égalera, sur le toit du parking, les cinq secondes annoncées pour passer de 0 à 100 km/h ! Non sans laisser quelques donuts sur le goudron ! Il est vrai qu’avec son V12 biturbo de six litres fabriqué chez AMG – frère jumeau du bloc des Classe S et coupés 65 AMG -, la bête de 2,7 tonnes n’est pas démunie. 612 chevaux piaffent sous le pied droit et il y a 1 000 Nm (!) de couple à se mettre sous la dent. La force par la joie en somme…

Après une timide apparition au Salon de Genève, le prochain rendez-vous est donné en avril 2011 au très sélect salon Top Marques, à Monaco. La presse française y est alors conviée, pour une boucle d’ « essai » entre port et centre-ville. Il ne faut pas casser le jouet des cheikhs ! A la conduite, même urbaine, les journalistes noteront les sympathique notes émanant de l’échappement, moins discret que sur la limousine. Dans le même esprit, la suspension est légèrement raffermie. Voilà bien la seule Maybach destinée à être conduite plutôt que d’y être chauffé…

Moins chanceuse que Xena*

Loin de la centaine de coupés escomptés, une dizaine seront au total fabriqués. Les investisseurs arabes feront finalement – et curieusement – faux bond. Il y aura aussi des problèmes avec les fournisseurs, sans parler la gestion hasardeuse de Xenatec et du train de vie de ses dirigeants. Le carrossier ne s’en relèvera pas. Dans ses articles, Georg Kacher s’avouait dubitatif quand à l’atteinte des objectifs commerciaux de ce coupé Maybach quasi officiel. L’histoire lui donnera raison. Huit coupés trouveront preneur en Arabie Saoudite, en Russie et en Suisse. Trois, parait-il, auront encore été terminés avant que Xenatec ne mette la clé sous la porte, aucun repreneur sérieux ne s’étant présenté. L’un d’entre eux se retrouva à la vente en Russie en 2015, proposé un million de dollars, le prix du neuf à l’époque…Un placement sans risque ?

Le coupé Maybach n’était pas une mauvaise voiture. Mais pourquoi si chère ? Les riches clients du Golfe persique, de Russie ou d’Asie préférèrent les plus abordables coupés british, de pedigree plus sûr. Daimler arrêtera les frais dès 2011. Maybach réapparaitra trois ans plus tard sous la forme d’un plus rationnel label haut de gamme placé au dessus de Mercedes-Benz en termes de prestige.

* « Xena, la princesse guerrière » est une série télé américaine diffusée dans la seconde moitié des années 90.

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11 commentaires

Guillaume D.

Le 26/02/2017 à 19:19

Si le profil est dynamisé et plutôt agréable, la face avant reste très pataude…
C’est toujours surprenant ces histoires d’artisan qui annoncent des prévisions de vente complètement farfelues et qui mettent la clé sous la porte. Tesla est certainement l’exception qui confirme la règle!

Bruno

Le 27/02/2017 à 00:08

Une petite anecdote à propos de Xenatec… Je me suis rendu dans leurs bureaux quelques mois après la présentation du coupé au salon de Genève espérant obtenir un catalogue pour ma collection. Pendant plus de 30 ans de collection, je n’ai jamais vu de brochures aussi bien gardées! Pour me remettre la documentation, mon interlocutrice a ouvert un tiroir pour y prendre une clé, permettant d’ouvrir un second tiroir où se trouvait une seconde clé qui autorisait l’ouverture d’une armoire renfermant enfin la doc convoitée !!!
Par ailleurs, j’avais bien sûr demandé s’il m’était possible de voir un coupé, ce qui m’avait été refusé pour des raisons de confidentialité…

Docky.

Le 27/02/2017 à 09:31

Derivent étroitement plutôt que devirent étroitement. Petite dislexie.

Wolfgang

Le 27/02/2017 à 13:53

Si j’étais blindé de fric, j’achèterais pas ça.
Tout simplement parce que c’est pas beau.
On dirait une baleine sur roues.
La carrosserie est loupée.
Alors qu’une Rolls c’est beau. Chez Rolls ils ont su se moderniser en gardant la tradition.

Charly

Le 27/02/2017 à 19:12

Exact ! Et puis quand la Princesse de demande comment t’es venu, « En Rolls, tres chère… » tu scores tout de suite.
Alors que si tu réponds, « Avec Mébac » ça craint !
🙂

Wolfgang

Le 28/02/2017 à 18:45

Ouais.
On ferait mieux de faire renaître Hispano.
Ce n’est pas tombé dans l’oubli et c’était une vraie concurrence à Rolls.

Olivier S

Le 01/03/2017 à 10:42

Hispano-Suiza?
.
Bonne idée, mais c’est un nom brûlé, a cause d’un scandale de corruption, financement illégal de parti politique conservateur et immense fraude autour d’une livraison de tank HS30 complètement défectueux en RFA. Ça a même entraîné plusieurs morts (deux politiciens CDU et un marchand d’armes tués dans des circonstances très bizarres…).
.
https://en.wikipedia.org/wiki/Sch%C3%BCtzenpanzer_Lang_HS.30
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https://de.wikipedia.org/wiki/HS-30-Skandal
.
Attends – peut-être as-tu raison, ce nom convient exactement à la clientèle de cible de ce type de voiture, les trafiquants d’armes, fraudeurs de finances mafieux, dictateurs de fortune et politiciens corrompus, pas toujours a bon goût! 🙂

Wolfgang

Le 01/03/2017 à 18:18

Jamais entendu parler de tout ça.

Jota

Le 03/03/2017 à 13:19

Il y avait déjà eu une tentative me semble t-il https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Hispano-Suiza_HS21_GTS
Sans être formel il me semble que le nom appartient au groupe Safran, ex-Messier-Bugatti mais il y avait déjà à l’époque plusieurs filiales. Pour avoir vu plusieurs Maybach limousine elle est quand même très impressionnante et respire vraiment le luxe.

Germain

Le 03/03/2017 à 05:38

Sinon Paul, tu nous fait un article plus général sur les Maybach 57 et 62 quand tu veux, je suis fan, ce modèle c’est juste la caisse de mes rêves.

Pierre-Emmanuel Goffinet

Le 17/09/2018 à 01:39

Précision, elle ne fut pas présente au salon de Genève, mais à l’hotel « La Réserve », non loin du salon, entre le 2 et le 6 mars 2011. 😉

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