Mazda 323/Familia AWD GT-R : bombe nippone

Publié le mercredi 23 octobre 2019.
Retour

Dans les années 80 puis 90, les japonais étaient passés maîtres dans l’art de transformer des voitures insipides, banales et parfois même moches en des objets de désir et de sportivité affirmée. Les exemples sont légions mais la plus emblématique d’entre elles fut sans doute la Subaru Impreza dont les versions sportives font encore rêver certains d’entre nous. Du côté de chez Mazda, on faisait le grand écart entre la désirable MX-5 lancée en 1989 et la placide berline 323 (Familia au Japon) sortie la même année. Heureusement, à Hiroshima, les envies de sport se firent rapidement sentir : ainsi naquit la détonnante 323 GT-R.

La Mazda Familia GT-X de 185 chevaux qui donnera naissance à la première version compétition.

Chez Mazda, la Familia est la berline moyenne de coeur de gamme depuis 1963. Ce n’est qu’à partir de 1977 que la Familia prend le “nom” de 323 à l’exportation. Lorsqu’en 1989 sort la 323 “BG” (code de génération), on en est déjà à la 6ème génération. Cultivant sa différence, Mazda propose alors 3 carrosseries totalement distinctes les unes des autres : une 3 portes compacte, carrée et relativement banale ; une 4 portes relativement proche mais ne partageant quasiment pas de pièces de carrosserie avec sa soeur ; enfin, une 5 portes beaucoup plus originale, au capot moteur plongeant et aux phares escamotables. 

La Mazda 323 AWD Rally Car dérivée de la GT-X

Créée pour le sport

En Europe, au début des années 80, le pilote allemand Achim Wambold avait créé le Mazda Rally Team Europe pour faire courir des Mazda (323 BF, RX7) en Rallye. Sans lien direct avec Mazda au départ, l’équipe basée à Bruxelles finit par attirer l’attention du constructeur qui voit l’intérêt d’une exposition médiatique malgré une forte implication en endurance (Mazda finira par gagner les 24 heures du Mans avec la 787B). Wambold milite auprès de la firme japonaise pour la sortie d’un modèle sportif à 4 roues motrices dont une version rallye pourrait en être dérivée. 

Le Concept Familia Sport, première ébauche de ce que sera la 323 GT-R

 

L’idée proposée par Wambold est simple : faire d’une pierre deux coups en offrant à son team une base suffisante pour s’engager en compétition, mais aussi prouver les qualités de Mazda auprès du public en proposant une voiture performante, à 4 roues motrices, mais accessible à une clientèle jeune et sportive : une sorte de Lancia Delta HF enfin accessible. Cela tombe bien car Mazda a présenté en 1989 sa nouvelle 323/Familia : une petite berline dont la version 3 portes se prête particulièrement bien à un dérivé sportif malgré son style passe-partout.

La 323 GT-R dans sa version définitive

4 roues motrices et un Turbo

Mazda a prévu le coup depuis les préconisations de Wambold en 1988 : la nouvelle 323 propose des versions 4 roues motrices à partir d’août 1989, dont une très sérieuse GT-X dotée d’un 4 cylindres 1,8 litre turbo développant 163 chevaux (à l’export) ou 185 chevaux (au Japon). C’est sur cette base que sera développée la 323 4WD Rally Car qu’exploitera le Mazda Rally Team en Rallye. Pourtant l’évolution des réglementations sportives obligera Mazda à ne pas se limiter à cette GT-X. Mazda Motorsport Engineering qui vient de gagner Le Mans va tenter d’encanailler la 323.

En haut une 323 GT-R (export) et en bas une Familia GT-R (Japon)

La nouvelle 323/Familia GT-R sera d’un tout autre calibre : taillée pour le sport, elle récupère un moteur encore amélioré (le BPD, 16 soupapes turbo, dérivé du BPT de la GT-X) porté à 210 chevaux (185 pour l’export). Sa transmission intégrale permanente utilise deux visco-coupleurs avec 57 % du couple transmis aux roues arrière, pour le fun. Les suspensions sont affermies par rapport à la GT-X et les barres anti-roulis renforcées. Avec 1 210 kg sur la balance, la GT-R n’est pas si légère, mais se révèle très performante. Extérieurement, elle récupère de larges et imposants pare-chocs à l’avant et à l’arrière pour respecter les contraintes de taille du règlement. A l’avant, d’imposants antibrouillards et des sorties d’air sur le capot complètent la panoplie sportive. Au Japon, une version allégée de 30 kg dénommée GTAe sera même produite à 300 exemplaires. Pour la GT-R, la série sera limitée à 2 200 exemplaires, dont 200 pour la France (portant le total à 2 500 unités comme la législation sportive l’imposait). A l’intérieur, c’est spartiate mais rien ne manque : la conduite avant tout.

Une Familia GTAe limitée à 300 exemplaires

Le sport accessible

Avec un prix d’attaque de 140 000 francs à sa sortie en 1992 (100 000 francs de moins qu’une Lancia Delta HF), la GT-R est particulièrement abordable et touche sa cible : une clientèle jeune dénuée de préjugés, passionnée, désireuse de s’offrir des sensations dans une voiture moderne et visuellement agressive. Pari réussi. D’autant qu’en 1993, la Mazda 323 GT-R remporte le championnat mondial en Groupe N. Dommage qu’en France, le bouillant moteur de 210 chevaux passe à 185, la faute au catalyseur. Cela dit, c’est largement suffisant pour s’amuser.

Aujourd’hui, la Mazda 323 GT-R est devenue une icône “jap” pour toute une génération élevée aux mangas, comme les Nissan Skyline GT-R, les Subaru Impreza STi, les Toyota Celica ou les Honda Integra Type R. Mais la 323 a pour elle, en plus, la rareté des séries limitées. Voiture de connaisseur, voire de spécialiste, elle n’impressionne, au premier abord, que par ses pare-chocs imposants. Pourtant, il s’agit d’une vraie voiture de rallye dont le terrain de prédilection restera toujours les lacets plutôt que les lignes droites. Revers de la médaille : rare à l’époque, elle l’est encore plus aujourd’hui.

Articles associés

1 commentaire

Lenoir

Le 27/10/2019 à 12:56

Mon fantasme d’adolescent de l’époque… Quand tout le monde se focalisait sur la delta, je préférais l’originale 323!

Laisser un commentaire