McLaren 570GT: l’été Supercar (1ère partie)

Mardi 22 août 2017
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Lorsque McLaren vous prête une voiture pour presque une semaine, vous mesurez le chemin parcouru depuis 2014 où, sans expérience ni contact, vous n’en espériez pas temps. Trois ans plus tard, je finirai presque par trouver cela normal puisque dans la foulée, Niko est parti tester la Ford GT (pour la 2ème partie de l’été Supercar de Boîtier Rouge). Chez les anglais, c’est une 570GT qui m’a été prêtée, version « embourgeoisée » de la 570S. Au menu, un V8 biturbo de 3.8 litres et 570 chevaux (vous avez pigé le nom maintenant).

J’avais déjà eu l’occasion de conduire des voitures de sport de haut niveau, approchant ou dépassant ce niveau de puissance (Jaguar F-Type, AMG GT, Ferrari 488, Porsche 911) mais généralement sur circuit ou très courte durée. Disposer d’une telle voiture pour une semaine relevait d’un rêve d’autant que McLaren m’intrigue depuis belle lurette. Avec 3286 exemplaires (tous modèles confondus) vendus en 2016, tout en étant bénéficiaire, McLaren fait fort, c’est donc que ses voitures ont un certain succès (lire aussi : McLaren cartonne en 2016).

J’avais été décontenancé par la McLaren F1 en 1992 : les performances de cette voiture étaient évidentes, mais il m’a fallu du temps pour l’aimer, l’admirer physiquement, et pour qu’elle finisse par devenir culte à mes yeux (lire aussi : McLaren F1). Le temps que McLaren Automotive fasse une pause avec sa propre marque pour fabriquer les Mercedes SLR sans doute. A la sortie de la MP4/12C (rebaptisée par la suite 12C tout simplement), elle m’est apparue bien fade par rapport à sa grande sœur des années 90.

C’est avec ce sentiment mitigé que je me rends chez Pozzi à Paris pour chercher ma bête. Les photos que j’avais vu d’elle, et même sa vision grandeur nature à Genève ne m’avaient pas plus impressionné que cela : certes belle, manquant de caractère pensais-je, du moins visuellement. J’avais tort. Lorsqu’on me la descend du haut du garage, que les portes en élytre s’ouvrent, moteur tournant, je suis impressionné par une beauté que je ne soupçonnais pas, surtout dans cette teinte particulière tirant tantôt vers le vert, tantôt vers le bleu. C’est beau sans être ostentatoire, ça me plaît.

Avant même d’en prendre le volant, et tandis que l’on m’explique brièvement les différents boutons, modes ou fonctions, je me demande qui peut bien être le client d’une telle voiture. Sans certitude, je me dis que ce devait être quelqu’un de riche, forcément vu le prix de la voiture (à partir de 154 000 £ soit 168 000 euros). Mais à mon avis, le client type doit être quelqu’un qui a déjà testé et possédé Porsche ou Ferrari, et qui s’offre avec une McLaren de l’exclusivité, une relative discrétion, une voiture identifiable par les seuls amateurs ou spécialistes, tout en conservant des performances de très haut niveau.

Suivant les modes de conduite, la désactivation ou non des aides électroniques, et l’utilisation de la boîte en manuel (palettes au volant) ou en automatique, on obtient une voiture qui sait tout faire. Comme les autres me direz-vous ? Oui sans doute, mais avec cette suprême distinction : peu de gens savent ce que c’est, mais tous sont impressionnés. Les regards envieux ou hostiles à l’approche d’une Porsche ou d’une Ferrari se transforment en curiosité : « c’est quoi comme marque ?» revient le plus souvent… « c’est cher ? » suit inévitablement. Quand à l’ouverture des portes, elle impressionne à tout les coups.

Tout le monde (petits et grands) se presse autour de la McLaren. La Porsche 911 a moins de succès, trop banale sans doute !

D’ailleurs, le premier pit-stop pour aller chercher Niko me fait me rendre compte du pouvoir d’attraction de cette voiture : deux filles courent pour venir la photographier, puis quelques passants s’arrêtent : je n’ai pas fait 400m depuis chez Pozzi que je suis déjà une rock-star. Pendant 6 jours, cela va être à chaque fois la même chose : à la station-service, au supermarché, sur la place du village, à la concession Nissan de Bourges qui m’avait demandé de pouvoir la voir, et même chez Alpine-Signatech à qui nous avons rendu une petite visite. Tous regardent, admirent, prennent des photos.

Chaque soir, nous n’en finissons pas de débrieffer avec Niko. Moi ce qui m’impressionne le plus, c’est qu’en 7 ans, la marque s’est reconstruite, sortant produit après produit, jusqu’à proposer aujourd’hui une gamme assez large, de la 540C jusqu’à la 720S, augmentant chaque année sa production, tout en maintenant une relative rentabilité. L’aura de la Formule 1 sans doute. Qu’il est loin le temps ou Bruce McLaren tentait, avec les moyens du bord, de lancer ses première voitures de route (lire aussi : McLaren M6 GT).

Côté conduite, difficile de juger par rapport à mes expériences orientées circuit. Et puis, je ne me considère pas comme un pilote. Mais l’appréhension du départ disparaît assez vite. On prend rapidement ses marques dans une McLaren. Elle n’est clairement pas adaptée à la circulation parisienne, mais c’est facile à conduire et c’est tout ce qu’on lui demande jusqu’à atteindre l’autoroute qui permet (enfin) de jouer un peu de l’accélérateur. Malgré tout, c’est une voiture frustrante, comme ses consoeurs : aucune route n’est adaptée à ses performances, les limitations de vitesse contraignant la bête à des vitesses qui donnent l’impression de ne pas avancer.

Détail amusant (même si quand on est propriétaire d’une telle voiture, c’est le cadet des soucis), plus on roule, moins elle consomme, enfin tant qu’on appuie pas comme un bourrin sur la pédale de droite. Sur l’autoroute, ça ronronne, sauf au péage qui permet enfin une accélération franche et plutôt bluffante de 0 à 130, le temps d’atteindre très rapidement la limite légale. Le 0 à 100 est annoncé à 3,4 secondes. C’est plus que la Tesla Model S P90D que j’avais essayé (lire aussi : Tesla Model S P90D) mais cela ne s’essouffle jamais. Si l’on ose braver les interdits, cela pousse pour un 0 à 160 en 6,6 secondes, et un 0 à 200 en 9,8. Et si on appuie jusqu’au bout, ce que je me suis bien gardé de faire, on peut atteindre les 328 km/h.

Pourtant, je suis content de sortir de l’autoroute : les petites routes berrichonnes, alternant lignes droites et série de virages, sont l’occasion de conduire de façon soutenue tout en n’étant pas trop souvent hors-la-loi. D’ailleurs, la véritable qualité de cette voiture se révèle lorsque les virages se font de plus en plus nombreux. Sur des routes que je connais par cœur, je passe des virages à des vitesses inédites pour moi, tout en ayant l’impression d’être très loin du potentiel réel du châssis en carbone ! Croyez-moi, c’est bien plus amusant que la recherche de la vitesse pure en ligne droite.

Les jours passent et je m’habitue à « ma » McLaren qui devient naturelle pour moi. J’ai enfin son gabarit dans l’oeil, j’ai compris comment monter la voiture même en roulant à l’approche d’un dos d’âne (et ça, c’est bien pratique), j’ai le coup de rein adapté pour entrer et sortir de la voiture, je suis à deux doigts de la garder. D’autant que ce modèle 570GT s’offre, par rapport à la S, un toit panoramique en verre, un petit compartiment bagage supplémentaire derrière les sièges (ce qui n’est pas un luxe), et une sellerie cuir. Pas d’ostentation à l’intérieur, et je dois dire qu’une fois derrière le volant, on s’en fiche totalement.

Malheureusement, il a fallu la rendre, cette McLaren 570GT. Revenir à la Saab et son V6 Turbo est déjà dur, alors reprendre la C5 Hdi 110, je vous laisse imaginer le choc, l’impression d’inertie, de lourdeur, de ne pas avancer. Parti dubitatif, je reviens conquis. J’ai enfin un étalon « longue durée » pour comparer les prochaines montures du même acabit (qui sait?), et j’ai finalement été conquis pas son design. Quand aux performances ! Châssis bluffant, moteur aussi bien civilisé à allure normale que rageur en mettant les gaz, freinage en conséquence, facilité de conduite, tout est là pour vous la faire aimer. Reste le tarif, mais on a rien sans rien !

Photos: McLaren et Paul Clément-Collin

 

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11 commentaires

Choco

Le 22/08/2017 à 13:35

Paul tu as réussi à me rendre jaloux et ce n’est pas quelque chose d’évident crois moi ! 🙂
J’ai déjà exprimé ici ce que je ressens vis à vis de McLaren : une terrible attirance teintée de mélancolie. Des voitures quasi parfaites techniquement mais un manque de coup de foudre. Et c’est probablement voulu, à l’image du patron, un peu austère. Mais quelle réussite technique. Et les ventes suivent. J’ai beaucoup d’inquiétude pour un constructeur comme Porsche qui ne fait que descendre en gamme pour monter les volumes de productions. On reste à des niveaux de performances et de prestations bien plus élevés que la grande majorité de la production automobile mais aujourd’hui on voit des Porsche partout : des SUV principalement, des Diesel souvent. Et que va t-il rester de l’image de Porsche dans quelques années ?
Et c’est là dessus que McLaren surfe : avoir une Porsche est devenu commun, une italienne est trop ostentatoire et souvent une misère à l’usage. Mais une McLaren aujourd’hui c’est la même chose qu’un Porsche il y a 30 ou 40 ans. Exclusif, relativement discret et diablement performant.
Vivement la suite de cet essai !

Julien

Le 22/08/2017 à 13:48

Angleterre, pays merveilleux où l’on peu se payer la plaque qu’on veut, pourvu qu’elle soit à vendre et qu’on en ai mes moyens… GT 52 MCL, la classe 🙂

Ca me rappelle la remorque du camion de Mugen Honda qui etait immatriculé M11GEN

Choco

Le 22/08/2017 à 14:59

Gamin j’étais fan absolu d’une Aston orange immatriculée BS1 … Et ce n’était qu’une fiction !

Gérald

Le 22/08/2017 à 15:10

Paul,
Je ne sais pas si Mc Laren prête aussi facilement une caisse pour une semaine, mais je pense que sincèrement la bête est à l’image du blog ; décalé et de qualité !
Bravo à tous pour BR, clin d’oeil à Niko que j’adore lire et encore bravo pour avoir bossé tout l’été ! Bon j’arrête le cirage de pompe : oh ! elle est où la version papier ?!?!?

Paul

Le 22/08/2017 à 15:12

Merci Gérald… pour plein de raisons, la version papier est très en retard: vies personnelles, disponibilité de l’imprimeur (ce qui vu notre retard est devenu secondaire), maintien en activité du site (articles quotidiens), activités rémunératrices qui le font vivre (articles sponsorisés, travaux pour des tiers)… Tout cela fait qu’on a mal jugé le temps nécessaire à faire une belle revue… Bref, ce qui est sûr c’est que oui, McLaren ne prête pas des voitures à tout le monde, ce qui prouve que Boîtier Rouge commence à avoir sa petite réputation dans le monde de l’automobile: ouf 😉

Gérald

Le 22/08/2017 à 16:02

C’était une petite banderille de circonstance 😉 prenez le temps qu’il faut, on sera encore plus heureux de la recevoir quand on aura oublié de l’avoir commandé… 🙂 🙂

Nabuchodonosor

Le 22/08/2017 à 18:51

De prime abord cette 570GT distille en effet un charme non ostentatoire et pour le moins discret. Mais elle semble bien cacher son jeu et réserver la plus grande part du plaisir pour qui fait l’effort de monter, pardon de descendre dans le cockpit, et tout particulièrement à celui qui daigne, que dis-je, qui a la baraka de pouvoir se jeter à son volant…
N’ayant pour ma part obtenu ni les faveurs de Woking ni celles de mon banquier auquel je reste très attaché et que je salue ici, le faux cuisme ne tuant pas plus que le ridicule que je sache, je rabat ma joie et me contente de léchouiller les articles de presse à l’endroit à l’envers et dans tous les sens à ce qui se rapporte de près ou de loin à MCL. Au fil des pages, Il s’avère que tous les essayeurs sans exceptions encensent le plaisir de rouler et l’efficience dont semble avoir été pourvus ces petits bolides… Tout comme un pertinent petit observateur plus haut, je crois que MCL sera le Porsche de demain; Pas d’esbroufe, rien que le nécessaire, le superflu étant banni du cahier des charges.
C’est une recette du plaisir qui me plait bien !
🙂

Nabuchodonosor

Le 22/08/2017 à 18:53

PS : Bravo pour l’article, qu’il faut bien pondre après un rude retour sur terre…
🙂

Nabuchodonosor

Le 22/08/2017 à 19:31

PPS : J’aime bcp le titre : McLaren 570GT: l’été Supercar (1ère partie)
… Et première arrivée !
CQFD.
🙂

Emmanuel

Le 23/08/2017 à 21:32

Il m’a fallu du temps aussi pour apprécier le design des récentes McLaren(la MP4-12C manquait singulièrement de caractère à l’avant malgré un profil très pur) mais le dessin s’est affirmé au fil des modèles suivants sans devenir ostentatoire et je les trouve très désirables.

A en lire les essais, elle m’avoque une sorte de super-Lotus: une voiture extrèmement communicative, rigoureuse, amusante mais à un niveau de performances supérieures
Certainement la supercar que je m’offrirais si j’en avais les moyens…

Barberousse

Le 23/08/2017 à 22:28

Pour info, le système d’infotainment est français! C’est du Parrot. J’y travaillais et j’ai eu la chance de montrer dedans.

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