Mécachrome : fleuron berrichon de la Formule 1 !

Vendredi 22 avril 2016
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Lorsque l’on me demande où se situe géographiquement Boîtier Rouge, j’observe toujours avec amusement la tête de mes interlocuteurs, lorsque je réponds : « dans le Berry ». La région Centre en général, et le Berry en particulier, n’est pas réputée pour être une région automobile, du moins dans l’imaginaire collectif. Car en vérité, cette région est encore aujourd’hui active dans ce secteur. C’est ce à quoi je pensais en visitant le Musée Matra de Romorantin : si ce fleuron de l’industrie automobile, promoteur/concepteur de l’Espace (lire aussi: Renault Espace Biturbo), de l’Avantime (lire aussi : Renault Avantime), mais aussi du Rancho (lire aussi : Matra Rancho) ou de la Murena (lire aussi : Matra Murena), entre autres, a aujourd’hui disparu, il reste encore respectivement à 27 km au Sud et 24 km au nord de Boîtier Rouge deux pépites de l’automobile, Alpine-Signatech à Bourges (lire aussi : Alpine-Signatech), et Mécachrome à Aubigny sur Nère.

Mécachrome 02 Logo

Mécachrome 03 Aubigny
Avant de m’attaquer à Signatech, voici donc la petite histoire de Mécachrome, société longtemps restée dans l’ombre malgré un passage en marque propre en Formule 1 pour la saison 1998. L’aventure de l’entreprise commence en région parisienne, à Colombes, et non dans le Berry. Eugène Casella, émigré italien soudeur de son état va révéler des talents de chef d’entreprise qui vont le conduire petit à petit à petit à créer une multinationale de la sous-traitance aéronautique et industrielle. L’explosion du marché de l’aéronautique dans les années 50 et 60 y sera pour beaucoup, mais sa politique de discrétion, de savoir-faire et de prudence aussi. En 1962, le site de Colombes est devenu trop petit, et c’est à Aubigny sur Nère, petite ville du nord du Cher (mais presque solognote), cité des Stuarts aux accents écossais, que Mécachrome va s’installer.

Mécachrome 04 Aubigny
Pour la petite ville berrichonne, l’arrivée de Mécachrome et de Casella va s’avérer une aubaine. A tel point que la rue qui abrite l’usine s’appelle tout bonnement rue Eugène Casella. Les deux activités de sous-traitance, automobile et aéronautique, vont alors s’exercer dans l’usine d’Aubigny, avant que Mécachrome ne se développe et créé d’autres usines (Amboise, Vibraye, Sablé sur Sarthe). Aujourd’hui, l’activité de sous-traitance automobile notamment pour la conception des culasses des moteurs Porsche, son client historique (mais aussi pour PSA, BMW, Daimler-Benz et Renault), s’effectue à Sablé sur Sarthe, mais il reste heureusement une activité automobile historique à Aubigny : la conception et la fabrication des moteurs de F1 ou de GP2, ce qui, avouez-le, n’est pas rien !

La Williams-Mécachrome de la saison 98-99
La Williams-Mécachrome de la saison 98-99

L’aventure dans le sport automobile commence en 1977 avec l’arrivée de Renault en Formule 1. Si les moteurs étaient étudiés à Viry-Chatillon, c’est Mécachrome qui va se charger de la fabrication des moteurs de l’écurie française, puis, à partir de 1983, des moteurs destinés aux clients (Tyrrell, Lotus, ou Ligier, puis Benetton et Williams au début des années 90). L’expérience de l’aéronautique et de la mécanique de précision font de Mécachrome un sous-traitant précieux pour Renault. Lorsqu’en 1997 Renault décide de se retirer de la Formule 1, c’est à l’entreprise berrichonne que l’on pense pour faire perdurer le V10 français (un moteur qu’on aura pu voir aussi dans l’Espace F1 V10 construite pas très loin, à Romorantin).

Voilà pourquoi lors de la saison 98, tous les moteurs V10 Renault de l’écurie Williams sont désormais badgés Mecachrome GC37-01, tandis que le même moteur s’appelera Playlife GC37-01 sous le capot de la Benetton… Le Berry se retrouve au cœur du grand cirque de la F1, alors que Mécachrome était toujours resté dans l’ombre. Il faut croire que la lumière n’était pas faite pour l’entreprise, et Gérard Casella (le fils d’Eugène qui tient désormais la barre), préfère laisser le flamboyant Flavio Briatore commercialiser ses moteurs sont la marque Supertec, tout en continuant d’en effectuer l’assemblage !

Williams-Mecachrome 01

En 1999, l’écurie BAR rejoint la bande des utilisateurs de Supertech/Mécachrome, tandis qu’en 2000, Benetton est rachetée par Renault. Cette année là, seules Benetton et Arrows utilisent le moteur redevenu Renault mais toujours construits chez Mécachrome. L’entreprise retrouve l’ombre qui lui réussit si bien tout en restant impliquée dans la conception et la fabrication des moteurs F1 de Renault. En 2004, Mécachrome va se lancer en GP2 en rachetant le spécialiste moteur suisse Heini Mader Racing. A partir de 2005, tous les châssis Dallara de GP2 seront équipés par un moteur conçu par Mécachrome, et finançé par Renault : un V8 dérivé du V10 de F1, de 4 litres et 612 chevaux.

Les moteurs V8 de GP2 sont fabriqués à Aubigny (photo: Autonewsinfo.com)
Les moteurs V8 de GP2 sont fabriqués à Aubigny (photo: Autonewsinfo.com)

En 2008, l’entreprise frôlera la faillite : surendettement, création d’une filiale coûteuse au Canada, crise financière feront craindre la disparition de ce fleuron de l’industrie française, endetté de 200 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 295 millions en 2008 (et 1,3 million de pertes) ! Mais le Fond Stratégique d’investissement (FSI), le bras armé économique de l’Etat, apportera 15 millions d’euros, tout comme Ace Investissement et le Fond des Travailleurs du Québec (FTQ). Avec 45 millions de fonds propres, et la garantie de l’Etat via le FSI, Mécachrome va obtenir un nouveau prêt. Le redressement sera spectaculaire, le chiffre d’affaire passant de 192 millions d’euros en 2009 à 230 millions en 2011, et 315 millions en 2014 (pour 2300 salariés, dont 567 à Aubigny sur Nère).

Toutes les GP2 sont écquipés de moteurs V8 Renault-Mécachrome (ici un modèle 2011)
Toutes les GP2 sont écquipés de moteurs V8 Renault-Mécachrome (ici un modèle 2011)

Désormais, vous connaîtrez cette entreprise discrète qui a pourtant accompagner les grandes heures du Sport automobile français depuis 40 ans. Etrange destin pour cette voisine de Matra (50 kilomètres séparent Aubigny de Romorantin) : quand l’une était lâchée par Renault et son principal actionnaire Lagardère, l’autre devait la survie de sa branche compétition automobile à son principal client, Renault. Mais Mécachrome avait un avantage : l’industrie aéronautique lui assurait une diversification et un savoir-faire qui rendait l’affaire bien plus juteuse que Matra Automobiles !

En savoir plus sur Mécachrome : Visite chez Mécachrome

 

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11 commentaires

Benjamin

Le 22/04/2016 à 16:48

Il faut savoir que Mader a aussi fait de la préparation de moteur Mecachrome et Renault, du SAV quand les moteurs n’étaient plus en course… il n’a pas touché qu’à BMW et Cosworth.
Et pour l’anecdote il est engagé au Tour Auto.

Paul

Le 22/04/2016 à 17:56

Merci pour ces précisions Ben !

pipom16

Le 22/04/2016 à 17:52

et moi qui croyait que Boîtier Rouge se trouver en bord de mer du coté de la Charente Maritime … mais où ai-je lu ça ? car pour le coup ça fait un sacré décalage (lol).

Paul

Le 22/04/2016 à 17:56

C’était le cas… mais ça ne l’est plus 😉

meunier

Le 22/04/2016 à 20:24

je crois que mécachrome a aussi fait des v6 PRV pour l’aviation .

Mnbee

Le 22/04/2016 à 22:53

Un GRAND MERCI de parler (promouvoir) de notre superbe région Paul…

Moi je viens de Chateauroux mais je vis sur la métropole lilloise actuellement.

Et je suis dans l’automobile bien sûr !

Amicalement

Mnbee from LFLX

Alain

Le 23/04/2016 à 12:28

J’ai fait mon armée (classes) à Chateauroux et incorporation à Bourges en… 1991!
Belle région.

Marc Limacher

Le 23/04/2016 à 16:04

Petite précision sur le moteur GP2 V8. Il n’est pas dérivé du V10, mais simplement du moteur Mader V8 4L, financé à la fin des années 90 par…BMW.
C’était un moteur d’endurance à l’origine pour le marché US et Mader visait aussi l’IndyCar à l’époque (en vain).

Paul

Le 23/04/2016 à 16:35

Merci pour la précision, tu as raison grrr… (le pire: je l’avais inscrit sur mes notes, et cela n’est pas ressorti dans le texte final, je vais m’auto-flageller ahahah) 😉

Sull

Le 29/04/2016 à 09:03

Ah, ça me rassure car l’article (qui n’a pas été rectifié) parle d’un V8 de 4L quand les V10 n’en faisaient que 3, de mémoire…

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