Mercedes Classe S W126 : la machine à cash

Mercredi 2 novembre 2016
Retour

Les années 70 avaient démarré sur les chapeaux de roues, avec de superbes bagnoles gourmandes en carburant. La société de consommation inaugurée dans les années 50, et les années d’abondances que représentaient les « sixties » étaient encore une réalité pour les contemporains, qui s’attachaient plus à la puissance fiscale du véhicule acheté qu’à la consommation… En 1971, l’abandon du système Bretton-Woods (toutes les monnaies se réfèrent au dollars, seule monnaie se référant au cours de l’or) avait eu une conséquence inattendue : faire dégringoler la valeur du dollar, et donc du baril de pétrole. Le tout conjugué à un pic de la production pétrolière aux Etats-Unis. En réaction, le cartel de l’OPEP décide dans un premier temps de relier le baril de pétrole au prix de l’or… Provoquant une forte hausse du prix du baril en dollars. Rajoutez à cela la guerre du Kippour, et l’aide matérielle américaine à Israël provoquant une décision unilatérale de l’OPEP d’augmenter encore le prix du pétrole de 70 %, et vous obtenez une belle petite crise pétrolière qui secouera les économies en général, et l’industrie automobile en particulier.

w126-02

w126-05

Et là vous vous dites : « mais où veut-il en venir ? ». A la Mercedes Classe S W126 pardi. Vous ne voyez pas le rapport ? C’est pourtant en 1973 qu’est lancé le programme W126 censé remplacer à terme la prestigieuse W116 (lire aussi : Mercedes 280 SE W116). Pour Mercedes-Benz, pas question, sous prétexte d’une crise pétrolière, d’abandonner ce créneau si juteux des berlines de prestige. L’allemand a trouvé la martingale pour vendre à la pelle de grosses berlines statutaires et puissantes : ses volumes de ventes font déjà rêver n’importe quel constructeur du monde (473 035 exemplaires de la W116 seront vendus), avec les marges qui vont avec !

w126-30

w126-28

Mais pour ne pas voir la poule aux œufs d’or se tarir, il faut réfléchir à l’avenir. Si la W116, sortie en 1972, se vend relativement bien malgré la hausse du prix du pétrole, il faut à tout prix revoir la copie pour la prochaine mouture de Classe S, avec un objectif : aérodynamisme d’une part, et frugalité des moteurs d’autres part, fussent-ils des V8. Mercedes compte bien continuer à proposer aux grands de ce monde de belles berlines, tout en abaissant la consommation. Comme quoi, on a rien inventé, on en est toujours au même point aujourd’hui. En tout cas, cette volonté de réduction de la consommation va être la ligne directrice des ingénieurs et designers de Stuttgart.

w126-24-500-sel

w126-34

Côté ligne, c’est Bruno Sacco qui s’y colle. Il va s’appuyer sur les qualités de la W116 pour créer une 126 au profil proche, et pourtant si différente. Plus ronde, plus douce, plus profilée, et visuellement plus légère, la W126 est une réussite totale, une réussite que Mercedes n’arrivera plus jamais à réitérer (et surtout pas avec la W140, pachyderme étonnant qui lui succèdera, lire aussi : Mercedes Classe S W140). Faire beau mais sobre est l’oeuvre des génies… aidés en cela par la soufflerie qui permettra à Mercedes de réussir son pari : avec un coefficient de pénétration dans l’air moindre, la W126 est d’ores et déjà beaucoup plus économe. Sans compter les matériaux utilisés, plus légers of course.

w126-14-td

w126-13-td

Sans être aussi frugaux que les moteurs d’aujourd’hui, les 6 cylindres en ligne ou V8 font eux aussi des progrès en terme de consommation, sans pour autant nuire à la puissance chère à la marque à l’étoile. Pour la première série (1979-1985), les moteurs proposent une palette incroyable de cylindrées et de puissance : 280 S (L6 à carbu de 156 ch), 280 SE (L6 injection de 185 ch), 380 SE (V8 de 218 puis 204 ch à partir de 1981), 500 SE (V8 de 5 litres et 240 ch, puis 231 ch à partir de 1981), voilà pour les moteurs essence. Pour le diesel (car Mercedes aime bien le mazout aussi), on trouve un unique 5 cylindres Turbo (300 SD) offrant 125 ch (ouch!).

w126-31

w126-16-td

Présentée en septembre 1979 au Salon de Francfort, la W126 s’avère coller à son époque, puisqu’elle naît quasiment au moment de la seconde crise pétrolière, liée, elle, à la Révolution Iranienne. Les gars de chez Mercos avaient eu le nez creux en planchant sur la baisse de la consommation de leur grosse berline. Sans doute est-ce cette réactivité aux problèmes posés par l’environnement politique qui explique (en partie) le succès de Mercedes en haut de gamme alors qu’en France, on en était toujours à proposer un V6 PRV gourmand en carburant tout en étant peu puissant ! Sans même parler de l’aérodynamisme d’une 604 !

C'est sympa d'être Pape, on roule en belles bagnoles... Cette W136 change de la Panda espagnole (j'en reparlerai)
C’est sympa d’être Pape, on roule en belles bagnoles… Cette W136 change de la Panda espagnole (j’en reparlerai)

w126-40-papamobile

Bref, les bases étaient jetées pour dominer sans partage (ou presque, seul BMW résistait avec sa Série 7, tandis que Jaguar perdait de sa superbe malgré une XJ6 puis une XJ40 de bon aloi). A tel point qu’en 1985, Mercedes décide de remettre une pièce dans le flipper en lançant une deuxième série de W126, dont les changements esthétiques seront mineurs, pas les changements moteurs ! Avec cette phase 2, tout change : une entrée de gamme 260 S (L6 de 166 ch) fait son apparition ; la 280 cède sa place à la 300 (L6 de 188 ch), la 380 cède la sienne à la 420 (V8 de 218 ch puis 231 une année plus tard) ; la 500 s’offre désormais en deux niveaux de puissance (V8 de 223 et 245 ch) pour finir une année plus tard par devenir unique (265 ch) ; enfin la 560 propose l’extase, avec un V8 porté à 272 ch puis 299 ch ! Ouf, vous pouvez souffler !

La 560 n'apparaît qu'avec la phase 2
La 560 n’apparaît qu’avec la phase 2

w126-08-560-sel

A la vue de cette gamme de moteur, vous imaginez un luxe tapageur dans ces berlines teutonnes : que nenni. Une version limousine 560 en version limousine (SEL au châssis rallongé), vous pouviez très bien n’avoir que des sièges en tissus, un peu de bois au tableau de bord, et puis c’est tout. Magie du marketing du « désir » à l’allemande : tout est en option, et il faut cracher au bassinet en sus du prix de base pour s’offrir le grand luxe. Peu importe, notamment en Allemagne, où il vaut mieux avoir un V8 que du cuir ! Et puis, c’est une bonne façon de faire rentrer du cash hein !

w126-02-420-sel

w126-17-350-sdl

Si je résume, ce modèle, étudié dès 1973, présenté en 1979, et produit jusqu’en 1991, sera une vache à lait pour Mercedes. Sa longévité, sa production (818 063 berlines W126 et Limousines V126, je reparlerai plus tard des Coupés dits C126) permettant l’amortissement des investissements, ses avancées technologiques (première voiture équipée d’airbags notamment) lui garantissant un coup d’avance sur bien des concurrent, tout est là pour faire de la W126 une machine à cash pour Mercedes (ce qui explique sa durée de vie).

A défaut d'être pape (beaucoup de prétendants, un seul élu), on peut toujours être flic ... en Allemagne
A défaut d’être pape (beaucoup de prétendants, un seul élu), on peut toujours être flic … en Allemagne

Surtout, avec autant de modèles produits et encore en circulation (grâce à une excellente qualité de fabrication), la W126 est aujourd’hui la garantie d’accéder au grand luxe, à la puissance, aux multicylindres (enfin, plus de 4 quoi), à la classe d’un dessin intemporel, pour pas grand chose rapporté aux prestations. Et puis il y en a pour tous les goûts, du diesel anémique au V8 plein de coffre, et pour toutes les bourses… La W126 ? Le « must have » aujourd’hui, plus moderne que la W116, plus fine que la W140, toujours dans le coup. Que demander de plus ? Et pourtant je vous l’assure, Mercedes n’est pas ma tasse de thé !

Galerie d'image

Voir toute la galerie

Contenu alimenté par

Vous possédez une

auto de collection

Racontez votre histoire et soyez publié dans Classic & Sports Car

Découvrez le meilleur moyen de bien vendre votre Auto

Vendre

Vous recherchez une

auto de collection

Faites appel à nous pour trouver la meilleure auto

Articles associés

21 commentaires

J2M

Le 02/11/2016 à 18:26

Très belle voiture, intemporelle. Un point rare : le velours « Pullman » est tellement beau et résistant, qu’il donne une plus-value sensible sur le cuir, pourtant de premier ordre lui aussi.

Nabuchodonosor

Le 02/11/2016 à 18:48

J’ai eu, la joie l’honneur et l’avantage, de rouler à bord de ce vaisseau de la route en version 560 SEL tendu de cuir noir, je confirme tout le bien que l’on puisse en penser, et reste nostalgique de sa ligne à la fois massive et douce (le coupé SEC est à ce titre un sommet) qui me fit craquer, et sur laquelle le temps semble n’avoir aucune emprise…
Mais ça c’était avant…
🙂

Eddy123

Le 02/11/2016 à 19:45

J’ai eu une 280 se de 1980.. puissance un peut juste et l’econometre qui s’affolait des que j’enfoncais l’accélérateur..
Couleur champagne… toit ouvrant électrique et une très bonne boîte automatique..
Et un curieux sentiment de sécurité .
Par contre les sieges… pas terrible.

Eddy123

Le 02/11/2016 à 19:47

1984…. pas 80..

Nabuchodonosor

Le 02/11/2016 à 19:58

Bon il faut le reconnaître, sur petites routes de montagne et si on astiquait un peu, les suspates faisaient ce qu’elles pouvaient, c’est-à-dire pas grand chose, et le paquebot se comportait comme balloté par la houle, limite en tirant un dernier bord façon Francesco Schettino !
🙂

Brice78

Le 02/11/2016 à 20:46

La phase2 est absolument un chef d’oeuvre! Quelle réussite.

Salva

Le 02/11/2016 à 21:31

Et il y avait aussi les variantes AMG !

Jota

Le 02/11/2016 à 21:36

Un des 1ers véhicules à posséder l’ABS à l’époque. On en voit pas beaucoup au final, beaucoup on du finir à l’est ou dans certaines parties de l’Afrique.
Une valeur sûre même si pour moi la w116 6.9 reste la quintessence dans le genre limousine à l’étoile période classique.

Greg

Le 02/11/2016 à 23:16

Pour moi une image -cinématographique- résume la W126: Léon, le célèbre « nettoyeur » du film Nikita, s’échappe d’une ambassade en perforant le mur d’enceinte au volant d’une 560 noire!
Cette simple scène dit tout de la Classe S!
J’ai conduit très très brièvement une 280 SE, une fois: même pas 100 mètres.
Mais j’ai aimé!
J’ai des Etoiles plein la tête! 😉

Jota

Le 03/11/2016 à 09:45

Du même réalisateur il y a la scène d’ouverture de Subway où une 500SEL donne des coups de boutoir a la 205 GTI!

Grégory Lopez

Le 03/11/2016 à 11:41

Dans Nikita Léon s’appelait Victor si je me souviens bien.

Greg

Le 03/11/2016 à 18:23

Ah oui très juste!!!

wolfgang

Le 03/11/2016 à 12:45

A l’époque elle faisait vraiment classe et très moderne surtout par son aérodynamisme.
ça tranchait vraiment avec les mercos plus vieilles.
La W124 a repris la recette ensuite. Elle tranchait aussi pas mal, mais avec un style moins doux.
C’était encore la grande époque des Mercedes increvables…
Le point faible c’était la rouille. Question carrosserie c’était pas la qualité Volvo …

Eddy123

Le 03/11/2016 à 19:15

exact…. elle rouille très très bien.. et ça se vois pas.
ma w114 rouillait aux mêmes endroit…

wolfgang

Le 04/11/2016 à 11:56

La W124 rouille bien aussi. L’autre fois j’ai ouvert le cache en plastique pour mettre le cric, et là, j’ai trouvé de la rouille bien comme il faut qui n’a rien à envier aux pires années de Simca… A la même époque Peugeot faisait des 405 qui ne pourrissent absolument pas et Volvo déjà longtemps avant des caisses qui ne pourrissaient pas…
Et quand je regarde les annonces, en allemagne par exemple, je vois énormément de pb de rouille même sur des Mercedes des années 2000. La classe E rouille beaucoup et certaines C aussi…
Franchement au prix où c’est vendu, c’est se moquer du monde. On ne voit pas ça sur les bagnoles des mêmes années chez BM ou même chez VW…
En revanche question mécanique, c’est franchement bien fichu. Enfin sur la W124, le reste je connais peu. ça respire la qualité et on voit que c’est bien étudié.

Quentin

Le 03/11/2016 à 20:15

En fait, avec 300 000 F pour une 260 de 1989, 10% de marge nette, 800 000 ex (plus que de R25) et 4.28 F de 1989 pour 1 € d’aujourd’hui, cette voiture a rapporté au moins 5 milliards d’euros a Mercedes ! Sans compter les gains inchiffrables en image de marque. En revanche, ni son poids (comparable à celui de la série 7 malgré 100 kg de mieux que la w116) ni son Cx de 0.36 (le même qu’une Citroën CX 5 ans plus âgée) ne m’impressionnent. Une Audi 100 de 1983 affichait 0.30, et la Renault 25descendait à 0.28, en ne s’encombrant pas d’une calandre d’avant-guerre qui perdure de nos jours. La force de cette Merco se situe plus probablement dans ses propulseurs, chasse-gardée des allemandes à l’époque comme aujourd’hui.

Emmanuel

Le 04/11/2016 à 12:38

La W126 reste une belle réussite esthétique. Beaucoup plus fine et élégante que la génération suivante qui ressemblait à un Panzer démilitarisé.

Wolfgang

Le 05/11/2016 à 23:02

Elle ressemblait surtout à une W124 simplement en plus gros, ce qui était très décevant.
Ce n’était pas très original et ça manquait de grâce.
Mais je m’y suis fait au fil du temps. Et puis elle est entrée dans la légende avec Diana…

Emmanuel

Le 07/11/2016 à 15:27

Elle est entrée dans un pilier surtout…

Le Sdece

Le 08/11/2016 à 17:07

N’est-ce pas une W140 qui finit sa course contre une pile dans le tunnel de l’Alma ?

LeLillois

Le 12/11/2016 à 13:12

Si Si …

Laisser un commentaire