Mercedes SL et SLC (R107 et C107) : l’amour sans risque

Publié le mercredi 7 novembre 2018.
Mis à jour le mercredi 12 juin 2019.
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Après 48 912 exemplaires produits de sa SL W113 Pagode, Mercedes se devait de remettre en jeu une nouvelle SL, notamment pour la clientèle américaine, sans se douter que les R107 (cabriolet) et C107 (coupé) allaient exploser les compteurs, et durer jusqu’à la fin des années 80 (pour le R107 du moins). Avec près de 20 ans de carrière, la SL « nouvelle mouture » allait marquer de son empreinte deux décennies, devenant le symbole de la réussite, du show-biz et des années frics. Une fois mise en retraite commerciale, la SL passa rapidement aux yeux des amateurs dans le domaine de la collection, évitant de rester trop longtemps dans la zone trouble de l’occasion. Avec ses multiples moteurs, sa large diffusion et sa qualité « à l’allemande », elle demeure un must-have abordable (enfin, tout est relatif) et surtout tellement attachant.

Pour qui est né dans les années 70, c’est comme si la R107 avait toujours existé, dans les rues comme à la télévision ou au cinéma, et ce malgré son statut de voiture de luxe. Il faut d’ailleurs bien garder à l’esprit qu’il ne s’agit absolument pas d’une voiture de sport. La précédente SL (la W113) s’était vendue à près de 40 % aux USA et il était clair, dans les esprits des concepteurs des R/C107, que son héritière serait conçue en priorité pour le marché américain. Ainsi, au lancement en 1971, pas d’autre option qu’un V8 de 4.5 litres de « seulement » 195 chevaux (pour les USA) ou 3.5 et 200 ch (pour le reste du monde) : priorité au son des 8 cylindres, au couple, et au cruising à l’américaine. De toute façon, son poids et son châssis vous rappelleront vite ses limites en conduites sportives. Il faut vraiment envisager le R107 (tout comme le C107) comme un outil de plaisir simple : décapoté, pépère en virage, et pourquoi pas véloce en ligne droite. De toute façon, la SL était à l’époque un signe extérieur de réussite plus qu’un objet de pilotage.

Pour réaliser leur nouveau couple roadster/coupé, les designers allemands (Joseph Gallitzendörfer et Freidrich Geiger) allaient la jouer fine : les W107 restaient dans la lignées des W113 sur le principe mais s’en détachaient suffisamment pour paraître en rupture. Osant abandonner le toit Pagode si caractéristique (et dû au designer français Paul Bracq), la R107 initiait le nouveau design Mercedes qui deviendra un classique et qu’on verra un an plus tard sur la nouvelle Classe S W116. Adieu les phares avant verticaux de sa devancière (ou de la berline W114 dont elle dérive techniquement), place aux phares horizontaux (à l’avant comme à l’arrière). Les feux arrières inaugurait ce qui deviendra une signature : un dessin « rayé » anti-salissures ! Entre l’aînée et la cadette, on changeait de monde, la première restant très sixties (non sans rappeler les regrettées Facelia) quand la seconde semblait encore dans le coup en 1989 à son remplacement, preuve de la modernité de sa ligne.

Parfois, en matière de design, il suffit de rester simple pour faire mouche. Dans le cas de la R107, et vue de profil, elle semble symétrique (bien que l’arrière soit plus court que l’avant), surtout décapotée. Long capot plat, finesse de ligne, c’est simple mais cela fonctionne encore aujourd’hui. Mais c’est bien connu : être sobre est l’exercice le plus difficile qui soit pour un designer. Malheureusement, la réglementation américaine imposait des pare-chocs plus imposant, dénaturant un peu le dessin pourtant si léger de la W107. Dans les années 80, les modèles US réussiront à réduire ce handicap visuel sans totalement l’effacer, mais pour certains, ces versions dotées de doubles phares avant (là encore, la législation US l’imposait) possèdent un charme quasi exotique !

Dès le lancement, la W107 est prévue en deux versions : la R107 désigne le roadster, appelé SL (disponible avec un hard top) tandis que la C107 désigne le coupé, appelé SLC. Comme il fallait s’y attendre, le roadster plus polyvalent se vendra bien mieux que le coupé qui tirera sa révérence en 1981, après 62 888 exemplaires tout de même, à comparer aux 237 287 SL avec 8 années de production en plus.

Côté moteurs, l’offre des SL et SLC était pléthorique. Au V8 du départ (350 SL) s’ajouteront ensuite un 4.2 litres sur la 450 SL en 1973 (225 ch mais 195 seulement pour les USA) puis un 6 cylindres en ligne d’entrée de gamme en 1974 sur la 280 SL (2.8 litres et 185 chevaux). Sur ces 3 moteurs, les puissances évolueront au fur et à mesure des millésimes. En 1980, de nouveaux moteurs apparaissaient : V8 3.8 218 ch ou 157 ch pour les USA (380 SL qui remplace la 350 CL), et 5 litres et 225 chevaux (500 SL).

En 1986, une nouvelle vague de nouveaux moteurs vient redynamiser une R107 vieillissante : la 300 SL remplace la 280 SL (L6 3 litres de 180 ch), la 420 SL remplace la 380 SL (V8 4.2 204 ch), la 500 SL passe à 245 chevaux, tandis que les USA, le Canada, l’Australie et le Japon s’offre une version spécifique, la 560 SL avec un gros V8 de 5.5 litres ne développant pourtant que 227 chevaux. Etrangement, cette version 560 moins puissante que la 500 SL se vendra plutôt bien, avec 49 347 exemplaires en 4 ans seulement, maintenant les ventes globales à des niveaux respectables avant que la SL R129 ne prenne le relais en 1989 !

Plus généralement, les R/C107 connurent le succès autant par la qualité de l’offre, parfaitement adaptée au marché principal américain que par l’image qu’ils renvoyaient. Jonathan et Jennifer Hart, Alex Foley (Eddie Murphy dans le Flic de Beverly Hills), Bobby Ewing, autant de personnages de fictions se pavanant en R107, signe d’une certaine richesse et d’un positionnement social particulier ! Même Sylvia Kristel (bien connue des amateurs d’Emmanuelle) en fit la promotion, tout comme Bruce Lee : riches américains, stars du show bizz, bourgeoises en vison Avenue Foch, la R107 allait à tous ceux dont le portefeuille était bien garni.

Sylvia Kristel fait la promotion de la SL R107 en 1973

Idéale pour les nostalgiques, les amateurs de gros V8, de qualité allemande et de luxe discret, la R107 commence à coûter relativement cher (environ 45 000 euros pour une 450 SL) : peut-être faudra-t-il se rabattre sur une version C107 cotant généralement moitié moins ! Quoi qu’il en soit, l’offre n’est pas rare, et tout dépendra de l’état de la voiture : mais le plaisir de se replonger dans le glamour des années 70 et 80 est à ce prix !

Crédit photographique : Daimler AG, DR

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES MERCEDES 500 SL R107

Motorisation

Moteur V8 16 soupapes
Cylindrée 4973 cc
Alimentation Injection électronique
Puissance 245 ch à 4650 trs/min
Couple 40 Mkg à 3750 trs/min

Transmission

Roues motrices arrière
Boîte de vitesses BVA à 5 rapports

Dimensions

Longueur 4580 mm
Largeur 1791 mm
Hauteur 1298 mm
Poids à vide 1520 kg

Performances

Vitesse maxi 230 km/h
Production 11 812 ex (500 SL uniquement, de 1980 à 1985)

Tarif

Cote moyenne 2018 48 000 euros

 

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18 commentaires

Pallud Francois

Le 07/11/2018 à 17:57

Article très intéressant (comme toujours devrais je rajouter) j’ai toujours autant de plaisir a vous lire et je trouve votre titre bien trouvé, l’amour sans risque est le titre parfait car ayant eu une 280 SLC par le passé et maintenant une 380 SL je peux témoigner que cette voiture n’est absolument pas démodée surtout par son agrément de conduite qui est toujours exceptionnel ,meme avec les critères d’aujourd’hui .J’ai eu de nombreuses anciennes de toutes marques (j’en suis a ma 26eme) les anglaises ont plus de charme,les italiennes aussi ,mais si je suis arrivé aux Mercedes c’est par le biais des rallyes anciens ou après une journée et nuit entière sur les routes du monte carlo ou du jog ,un bon chauffage ,un bon éclairage ,et surtout de la fiabilité font que les mercedes ne sont pas les plus fun ,les plus belles (comparées a une healey 3000 par exemple) mais bien l’amour sans risque 🙂 et à la fin on se dit OK c’est pas la plus belle ,mais la plus fiable et ça c’est quand meme un des critères qui font le succès d’un model comme la SL

GILLES

Le 07/11/2018 à 19:53

caractéristiques techniques de la lotus elan !! petite erreur de frappe en haut du tableau !

Eddy123

Le 07/11/2018 à 20:54

Je n’ai jamais apprécié le physique de cette auto (Je la préfère tout de même mieux en version US).

J’ai eu une w114 en version US avec les parchoc similaire. .
Derrière le chrome et les butée caoutchouc, il y a littéralement un U en acier sur vérin . .. 🙂

Comme d’hab, très bon article. ..;)

Philippe

Le 07/11/2018 à 21:36

Le toit pagode du dessin de Paul Bracq n’est pas totalement disparu avec les 2 joncs longitudinaux de part et d’autre du hard-top de la R107.
Même si la C107 n’a pas le charme guindé de sa devancière W111 (encore merci Mr Bracq) c’est une très belle voiture à prix encore abordable.

Whealer

Le 07/11/2018 à 22:08

Ce qui était sympa sur la version coupé, c’était l’absence de montants centraux. Pas beaucoup de versions sortant de l’ordinaire, mis à part la version course Mampe de 1978. Cependant, le carrossier Crayford étudia une version shooting brake assez malheureuse…
http://club.caradisiac.com/whealer/benzimmer-118658/photo/mercedes-450slc-crayford-4876780.html

Philippe

Le 07/11/2018 à 22:46

Le pillarless n’était pas une exclusivité C107, les coupés/cabrio W111 l’étaient déjà, comme les coupés Rekord/Commodore et Taunus de la fin des sixties, nombre de coupés US comme le Rambler Marlin, et au milieu des seventies le mythique coupé Jaguar XJC.

Eddy123

Le 08/11/2018 à 06:07

Beaucoup de berline US ont aussi existé sans montant ni encadrement de vitres… cela leurs allé superbement… une autre époque. ..

philippe

Le 08/11/2018 à 09:16

Je ne vois pas de berline US sans pied-milieu.
Sans encadrements oui bien-sûr comme une DS ou comme pas mal de Japonaises lorsqu’elles imitaient les Américaines.

feup

Le 08/11/2018 à 11:16

Philippe

Le 07/11/2018 à 22:52

Je m’étonne que l’on n’évoque pas la monstrueuse SLC 5.0 AMG (pas trop puissante seulement 375cv)

Pete

Le 08/11/2018 à 09:50

Merveilleux article comme toujours.

Attention vous avez laissé « Lotus Elan » dans le tableau des caractéristiques techniques.

Sam

Le 08/11/2018 à 12:49

Bel article! Moi personnellement je pense toujours aux nombreux épisodes de Collombo ou les suspects roulaient souvent en mercedes sl…

Choco

Le 08/11/2018 à 13:15

Symbole de la réussite à la TV US dans les 80 : toute mon enfance. C’est peut être pour ça que j’aime cette SL. Pas forcément la plus jolie mais probablement l’une des plus désirable.

Seb

Le 08/11/2018 à 16:13

Il me semble aussi que c’était aussi la voiture de Devon Miles, « patron » de Michael Knights dans K2000 😉

Max

Le 10/11/2018 à 09:19

Je dois dire que j’adore la photo de la SLC devant le siège de Nice-Matin… Pas étonnant que les « 107 » soient encore si nombreuses sur la Côte d’Azur !

Fred

Le 13/11/2018 à 11:50

Dis donc Paul, t’aurais pas kiffer à donf le flic de Bervery hills ?
Par contre Dallas et les justiciers milliardaires ça n’a pas l’air d’être ton truc …
🙂

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