Mitsubishi Debonair A30/A33: haut de gamme « old school »

Publié le samedi 21 janvier 2017.
Mis à jour le vendredi 21 juin 2019.
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A moins d’être un « hyper-spécialiste » des voitures japonaises, on connaît souvent mal les modèles des « débuts », ceux qui ont permis à ces marques de l’Archipel d’apprendre, de grandir, et de se forger une réputation, au Japon ou à l’étranger. Souvent d’ailleurs, nous n’avons connu ces marques « exotiques » à l’époque qu’au travers de véhicules de conquête, souvent des citadines jouant sur leurs qualités : fiabilité, praticité, tarif canon. Pourtant, certaines marques ont commencé très tôt à jouer dans le haut de gamme, souvent pour répondre à une demande intérieure. Des modèles qui donneront naissance à une lignée que nous connaissons aujourd’hui sans en savoir l’origine. C’est le cas de la Mitsubishi Debonair, lancée en 1964, et qui demeurera quasiment inchangée jusqu’en… 1986 !

Mitsubishi, conglomérat « à la japonaise », s’intéressera assez tard à l’automobile grand public. C’est en 1959 qu’est formalisée la Mitsubishi Motors Corporation (MMC), malgré une tentative en 1917 avec 22 exemplaires produits du Model A, vite arrêté faute de marché. C’est avec un petit modèle citadin, la 500 (qui donnera naissance à la lignée des Colt) que Mitsubishi se lance à partir de 1960. Cette année-là, seuls 5203 exemplaires seront assemblés. C’est dire que la marque aux diamants n’est encore qu’un petit poucet. En 1963 est lancée la Colt 1000, plus grande et plus statutaire, qu’on pourrait dire « compacte » aujourd’hui.

Dès 1963 justement, Mitsubishi décide de continuer sa montée en gamme, et fait appel à un designer américain, ancien de chez GM, Hans Bretzner, pour dessiner la Debonair (drôle de nom n’est-ce pas?), grande berline destinée aux cadres de la marques (essentiellement), aux administrations, et pourquoi pas à quelques riches japonais. Présentée en octobre 1963 au Salon de Tokyo, elle se présente comme une grande berline inspirée du style américain de l’époque. Enfin, elle donne l’impression d’une grande berline, mais ses dimensions restent habilement sous la barre de 4,7 m de longueur, lui permettant de rester dans la catégorie des « petites voitures » (au Japon, il existait à l’époque 3 catégories : Kei cars, Petites voitures, et taille normale), moins taxée. Pour les mêmes raisons, la Debonair va recevoir un 6 cylindres de seulement 1991 cm3 développant 105 chevaux. L’idée de Mitsubishi est simple : rester dans une catégorie moins taxée pour favoriser sa diffusion. La Debonair « A30 » est lancée au printemps 1964.

En 1970, la Debonair va évoluer et recevoir une évolution du 6 cylindres, qui passe à 1994 cm3, offrant un surcroît de puissance (130 ch), recevant la dénomination A31. Cette version va vivre sa vie tranquillement jusqu’en 1976, date à laquelle elle deviendra A32 en troquant son 6 cylindres contre un 4 cylindres de 2.6 litres (!!!) et 114 ch. Suite à quelques modifications en 1978 (notamment pour respecter les nouvelles normes anti pollution), elle prendra le nom de code A33. Cette dernière version restera en production jusqu’en 1986 sans aucun changement (si ce n’est quelques détails).

On peut s’étonner d’une telle longévité pour un modèle de ce genre. Mais le marché japonais restant cloisonné et difficile d’accès pour les constructeurs étrangers, la concurrence n’était pas rude sur ce secteur, et presque tous les constructeurs japonais se gardaient de faire trop évoluer ces modèles destinés au marché domestique. De toute façon les volumes n’étaient pas faramineux, et on pouvait faire durer ces modèles pour les amortir le plus possible. Surtout que la clientèle japonaise de ce type de voiture restait terriblement traditionnelle.

Pourtant, en 1986, l’internationalisation des marques japonaises étaient en marche depuis quelques années déjà. Certains constructeurs, comme Honda avec la Legend, décidèrent de diffuser leurs grandes berlines à l’étranger, avec de nouveaux modèles plus modernes. Mitsubishi ne fit pas exception, et travailla à une nouvelle version de la Debonair, plus moderne. Avec cette nouvelle version, « Mitsu » changeait vraiment de style et d’époque, offrant même un kit AMG à son flagship, la V3000 (lire aussi : Mitsubishi Debonair AMG). Il était temps car en 1985, dernière année pleine de la Debonair A33, seuls 205 exemplaires avaient trouvé preneur.

Il semblerait que quelques exemplaires aient été importés au USA, ou en Europe, soit à l’époque soit par des amateurs dans les 20 dernières années. Il faudrait sans doute être un fan absolu de Mitsubishi pour vouloir s’en procurer une, mais après tout, ces Debonair A30, A31, A32 et A33 sont assez amusante par leur design vieillot et leur originalité. Pas de doute, avec une telle berline, vous ne passerez pas inaperçu !

 

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15 commentaires

denis the pest

Le 21/01/2017 à 12:57

Il parait que la Lincoln Continental aurait beaucoup inspiré les lignes de la Debonair?

philippe

Le 21/01/2017 à 13:42

Merci pour cette article sur une auto que je « suivais » sur les AJ « spécial salon » annuels. La Debonair était inspirée par la Lincoln Continental contemporaine.
Elle a duré aussi longtemps que sa concurrente – plus haut de gamme – Toyota Century. Toyota a sorti un Century néo-classique façon Mini ou Fiat 500 mais équipée d’un V12.
Nissan qui peine dans le haut de gamme depuis la disparition de la President va-t-il ressortir une Debonair maintenant qu’il a avalé Mitsubishi ?
A noter la position des rétros d’aile, même si ça se pratiquait en Europe, les Japonais les plaçaient vraiment très en avant !!

Gerald

Le 21/01/2017 à 22:16

On a les mêmes souvenirs le spécial salon de l’époque nous permettait de découvrir des modèles exotiques et qui n’étaient pas commercialisés en Europe. J’étais d’ailleurs fasciné par toutes ces japonaises aux lignes déjà bien démodées dans les années 80, et incrédule de voir les rétroviseurs placés si loin sur le capot de tous les modèles !

Jota

Le 21/01/2017 à 22:55

Ne s’agissait-il pas de la réglementation d’époque? Il me semble que cette caractéristique est restée en vigueur sur les voitures japonaises jusqu’aux 90’s. Si quelqu’un a des infos la dessus!

J2M

Le 22/01/2017 à 10:29

J’ai toujours un faible pour les japonaises ( les voitures ou les motos) car elles sont ou bien superbement dessinées ou bien d’un kitsch échevelé digne d’un manga.
Celle-ci a donc le charme des secondes, et j’ai également le souvenirdu tour du monde de l’insolite de l’AJ.
Les japonais aussi se sont assagis. Dommage…

philippe

Le 22/01/2017 à 19:08

Il reste au moins une Japonaise décalée depuis la disparition de la Nissan President (l’avant dernière était une copie de Jaguar XJ40 et la dernière une espèce de grosse berline fadasse) : http://boitierrouge.com/2014/09/04/toyota-century-lunique-v12-japonais/

Wolfgang

Le 22/01/2017 à 22:56

Heu la XJ40 faut chercher beaucoup. Moi ça me fait plutôt penser à une américaine genre Park Avenue avec un peu moins de chrome. Et la dernière à une classe S au moins par les phares.
L’autre fois j’ai vu une Civic type R avec des échappements monstrueux et une ligne d’enfer, j’ai pas vraiment trouvé ça sage. La nouvelle MX5 n’est pas du genre sage non plus. Elle est encore plus belle que la F Type. Plus petite, plus fine, plus agressive. Vraiment superbe.

philippe

Le 22/01/2017 à 23:35

La President H50 G était calquée sur l’XJ40 http://automobilio.info/auto/Nissan-President-HG50.jpg
Effectivement le dernier modèle évoquait une face avant Mercedes mais la silhouette un gros chamallow http://cars-catalog.info/wp-content/uploads/2013-11-29/nissan-president-pgf50-a-prince-from-japan_6.jpg
La dernière MX5 est jolie, bien plus fluette qu’une F-Type. Et son dérivé Fiat est également assez réussi.
Honda donne maintenant dans le style Terminator mais il semble que Toyota lui emboite le pas avec sa Prius tarabiscotée à souhait. Nissan n’est pas en reste avec sa March/Micra 2017 bien agressive.

Jota

Le 23/01/2017 à 20:59

Nissan Cube, Dahiatsu Copen, le FJ Cruiser, les Lexus, les kei’s, plus récemment le Juke ou le Toy CH-R, il y a quand même de beaux specimens encore.

Wolfgang

Le 23/01/2017 à 19:01

J’ai une xj40 et franchement je ne vois pas grande ressemblance. Faudrait voir en vrai …

philippe

Le 23/01/2017 à 22:15

J’en ai vu au Japon et aux USA (sous la marque Infiniti), le profil est largement inspiré, ainsi que les feux rectangulaires (ok il y a eu des 40 à 4 phares ronds) et la calandre.
http://dealeraccelerate-all.s3.amazonaws.com/montu/images/7/5/75/1921_9a51fb086f_low_res.jpg
https://c2.staticflickr.com/4/3692/10498671725_4719b81419_b.jpg

Quentin

Le 23/01/2017 à 20:54

Le bon air, voilà ce qui nous manque ces derniers temps… Même si je doute que Mme Royal serait enthousiasmée par les chiffres d’émissions de cette voiture. Petite remarque, dans les années 60 je connais au moins une voiture considérée alors comme la plus avant-gardiste du monde, tant stylistiquement que techniquement, surtout à côté de ce que les mauvaises langues taxeront de boite à chaussures, qui aurait fait ses choux gras d’un 6 cylindre 2 litres de 100 à 130 ch.

philippe

Le 23/01/2017 à 23:14

Il était prévu un flat-six mais la maison aux chevrons n’avait pas les sous …

Quentin

Le 24/01/2017 à 07:30

N’avait PLUS les sous. Ils avaient de drôles de priorités à cette époque…qui n’ont pas vraiment changées. Au moins, les japonais, quand ils veulent quelque chose, ils définissent des priorités claires et ils mettent les moyens qu’ils ont, pas plus mais pas moins. Cette Debonair faisait rire dans les années 80, mais ne dépareillait pas dans les 60’s (même si les japonais ont eu des problèmes de liaisons au sol jusqu’en 1980 environ). C’est pas mal pour quelqu’un qui ne fabriquait que des Jeeps sous licence 10 ans avant.

philippe

Le 24/01/2017 à 08:15

Comme plus tard les Coréens puis les Chinois les Japonais ont appris en commençant par les fabrications sous licence.
Toyota a beaucoup appris des techniques de fabrication de Renault en rachetant Hino. Aimé Jardon est considéré comme le père du Toyota Production System par les gens de Toyota même s’il n’a fait que semer les graines.
La première Toyota de 1933 était une copie de la Chrysler Airflow.
Nissan ex Datsun s’est développé des années 30 à 50 par la construction d’Austin Seven puis d’autres modèles sous licence.
Honda a démarré beaucoup plus tard sur sa propre techno issue de la moto.
Subaru a copié la Fiat 600 mais en la dotant d’un moteur 2 temps.
Et il faut bien reconnaître qu’en dehors des Honda avancés technologiquement les autres marques avaient un retard technologique important jusqu’au milieu des années 70.
Cette DEBONAIR n’avait aucune avance techno.
Elle était équipée d’un 6 cylindres en ligne comme n’importe quelle Fiat 1800, Triumph 2000, Rover P5 ou Ford Zodiac de l’époque. Les Français avait certes déjà renoncé aux 6 cylindres avant d’y revenir avec le PRV bien plus tard.

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