Newport Pagnell : le coeur historique d’Aston Martin

Mercredi 6 juin 2018
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Voilà déjà 15 ans que le quartier général d’Aston Martin s’installait à Gaydon, et plus de 10 ans que la dernière Vanquish sortait des ateliers de Newport Pagnell. Aujourd’hui, une partie des locaux « historiques » ont été vendus, tandis que l’autre partie est désormais occupée par Aston Martin Works (qui s’occupe notamment de l’entretien et de la restauration des anciens modèles de la marque) ainsi qu’une concession. Pourtant, depuis décembre 2017, une petite production a été à nouveau lancée dans la petite ville du Buckinghamshire, avec 25 exemplaires prévus d’une DB4 GT mêlant l’ancien et le nouveau. C’est l’occasion pour Boîtier Rouge de raconter l’histoire des ateliers de Newport Pagnell.

Les ateliers Salmons Carriage vers 1906

Newport Pagnell n’était pas le lieu de naissance d’Aston Martin, dont les premiers ateliers, alors que l’entreprise s’appelait encore Bamford & Martin, étaient situés à Kensington, luxueux quartier de l’ouest londonien. En 1926, après une nouvelle faillite et le départ de Lionel Martin, la société prit enfin le nom d’Aston Martin (un nom qui était utilisé depuis 1913 après la victoire de Martin à la célèbre course de côte d’Aston Hill), et déménageait à Feltham, de l’autre côté de la Tamise, dans une partie des usines d’aviation de Whitehead Aircraft Limited. Feltham sera le cœur d’Aston Martin jusqu’en 1958.

En 1910, sur le côté nord de Tickford Street, fut érigé un nouveau bâtiment sur 3 niveaux

Et Newport Pagnell dans cette histoire me direz-vous ? Aston Martin ne s’y installa définitivement qu’à la fin des années 50, mais l’usine « historique » ne datait pas d’hier. En 1830, Joseph Salmons fondait dans cette petite ville son entreprise de fabrication de calèches. A l’initiative d’un client fortuné, Salmons produisit sa première automobile sur un châssis Daimler. La production en petite série d’automobiles commença sérieusement en 1900, et rapidement, Salmons devint un spécialiste de la réalisation sur mesure de carrosserie sur la base de châssis fabriqués par les constructeurs. L’activité de fabrication de calèche devint annexe, et fut délocalisée ailleurs dans la ville, tandis que les locaux d’origine situés Tickford Street, devinrent rapidement trop petits.

En 1912 fut construit « l’Olympia Building » (en haut) surnommé ainsi à cause de sa ressemblance avec l’Olympia de Londres (en bas)

En 1910, un nouveau bâtiment fut construit, sur le côté Nord de Tickford Street, s’élevant sur deux étages, tandis qu’on transférait la scierie et le stockage du bois de l’autre côté de la rue, côté sud. Pour faire face à l’augmentation de l’activité, on décida de construire un nouveau bâtiment, côté sud justement, permettant l’exposition de la production de Salmons. Pour cela, on s’inspira des hangars d’aviation qui commençaient à apparaître, et le bâtiment fut rapidement surnommé « Olympia Building » à cause de sa vague ressemblance avec l’Olympia Exhibition Building de Londres.

A partir de 1955, l’Aston Martin DB2/4 fut fabriquée à Newport Pagnell, puis toutes les Aston à partir de 1958

Dès cette époque, l’essentiel des bâtiments « historiques » étaient déjà bâtis, même si en 1933 on dut reconstruire une bonne partie des ateliers du côté nord à la suite d’un incendie. En 1943, la famille Salmons décidait de vendre l’entreprise à un homme d’affaire, Ian Boswell, qui décidait aussitôt de la rebaptiser du nom de la rue, Tickford Limited. Du côté d’Aston Martin, la marque changeait encore de main elle aussi, revendue en 1947 au fabricant de tracteur (tiens tiens, cela ne vous rappelle rien, lire aussi : Lamborghini Trattori) David Brown, suite à une petite annonce dans le Times. En 1948, il rachetait aussi la marque Lagonda, mais surtout les droits sur le fameux 6 cylindres 2.6 litres dessiné par Walter Owen Bentley.

La DB2/4 Saloon fabriquée chez Tickford dès 1955 à Newport Pagnell

Dès 1949, Tickford commençait à travailler sur des châssis Lagonda, attirant l’attention de David Brown sur la petite entreprise de Newport Pagnell. Après quelques années de collaboration, l’entrepreneur anglais rachetait Tickford en décembre 1954, ajoutant une 3ème marque à l’ensemble automobile qu’il était en train de construire. Dès 1955, Tickford ne travaillait plus que pour Aston Martin, produisant les DB2/4 tandis que le reste de la production demeurait à Feltham. En 1958, David Brown décidait de réunir l’ensemble de ses activités à Newport Pagnell sur le site de Tickford, et la première vraie production Aston sur le site fut la DB4 !

Faisant du bourg son quartier général, David Brown investissait deux maisons sur Tickford Street, appelée Sunnyside (normal, elles étaient orientées au Sud, juste à côté des ateliers Salmons et en face de l’Olympia building) pour en faire le siège de l’administration du groupe. Dès lors, l’histoire d’Aston Martin allait pouvoir s’écrire dans le Buckinghamshire !

C’est ici que s’écrivit l’histoire la plus connue d’Aston Martin, avec les DB4, DB5 (dont son fameux dérivé Shooting Brake) ou DB6, ou bien les fameuses V8. C’est ici encore que fut conçue la rare Lagonda 1ère série et son étonnante héritière « série 2 » au look si particulier. Entre temps, David Brown avait revendu l’ensemble en 1972, laissant Aston-Martin Lagonda voguer au gré des investisseurs. Dans les années 80, Victor Gauntlet relança la production tombée bien bas grâce à sa collaboration avec Zagato (lire aussi : Aston Martin V8 Zagato), et lança le projet de la Virage, un modèle qui ne sortira qu’après le rachat par Ford en 1987. C’est aussi là que nombre de commandes spéciales furent réalisées pour les riches de ce monde (lire aussi : Virage Shooting Brake et Lagonda Saloon et Les Vacances).

Sunnyside, deux maisons regroupées en une seule, devint le siège d’Aston Martin à Newport Pagnell, tandis que côté Sud se développait la concession, à côté de l’Olympia

De son côté, Tickford tentait de survivre avec plusieurs réalisations amusantes comme la Tickford Capri ou la Frazer-Tickford Metro , ainsi qu’une version limousine de la Lagonda. Elle participa aussi à la mise au point des versions civiles de la Ford RS200. En 1990, Ford décida de se séparer de sa filiale, la revendant à des investisseurs privés. Tickford déménageait non loin, à Milton Keynes, tout en gardant des liens privilégié avec son ephémère ex-maison mère : elle fabriquera pour son compte dans les années 90 la Ford Puma Racing ST160 et contribuera aux débuts des années 2000 au développement de la Ford Focus RS Mk1.

L’Olympia Building aujourd’hui

Avec l’arrivée de Ford en 1987, les ambitions changeaient du tout au tout. Bien décidée à le pas laisser Aston Martin vivoter dans un artisanat lui conférant un certain anonymat, la firme à l’ovale décida de lancer un modèle plus accessible aux côtés de la Virage et de ses dérivés (Volante, Shooting Brake, Saloon, les Vacances ou Vantage) réservés à une clientèle rare et extrêmement fortunée. La DB7, lancée en 1993, devait pouvoir atteindre un rythme de production beaucoup plus important. Les locaux de Newport Pagnell n’y suffiraient pas, et le choix se porta sur le site de Bloxham qui produisit auparavant les Jaguar XJ220 (lire aussi : Aston Martin DB7). Pour la première fois depuis 1958, des Aston-Martin seraient construites ailleurs que dans le Buckinghamshire.

Le côté Nord de Tickford Street a été vendu, Aston Martin ne gardant que le South Side

D’une certaine manière, l’utilisation du site de Bloxham dans l’Oxfordshire signait déjà la fin d’une époque : les ambitions de Ford condamnait à moyen terme le site de Newport Pagnell. Il fut décidé qu’une nouvelle usine serait construite, à Gaydon, accueillant la majeure partie de la production de la marque. Elle sera inaugurée en 2003, tandis qu’à Newport Pagnell n’était plus construite que la Vanquish, remplaçante des Virage et V8 Coupé. Une production qui stoppera en mars 2007, date à laquelle siège comme production furent rassemblés définitivement à Gaydon.

L’intérieur de l’Olympia Building aujourd’hui

Une grande partie des terrains, sur le côté nord de Tickford Street, fut cédée à des investisseurs privés et à la ville de Newport Pagnell (en fait, les premiers ateliers Salmons et le siège de Sunnyside). Aston Martin conserva en revanche le côté Sud de la rue et les bâtiments comprenant le fameux Olympia Building. D’un côté fut rebâtie une concession ultra-moderne avec le concours de l’agence IC Architects, tandis que l’Olympia fut rénové pour accueillir la nouvelle entité Aston Martin Works, dédiée à la restauration et la préservation du patrimoine de la marque. Jusqu’à ce qu’en décembre 2017 fut annoncé la reprise de la fabrication en petite série de la DB4 GT Continuation .

La nouvelle concession aujourd’hui, côté Sud

Ainsi, malgré son déménagement pour un site plus moderne, Aston Martin a-t-elle su conserver une partie de son patrimoine et de son histoire sur le site de Newport Pagnell. Et si vous désirez vous offrir une petite visite, Aston Martin Art of living vous propose des séjours tournant autour de l’histoire et des lieux de la marque, pour amateurs éclairés (lire aussi : Aston Martin Art of living).

Images : Aston Martin Works, DR, IC Architects

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2 commentaires

Gillam Charles m

Le 20/06/2018 à 11:13

Très bel article…qui montre la fin d’une époque lorsqu’une manufacture d’automobiles d’exception est rachetée par un constructeur généraliste… et mène inexorablement à sa disparition

Rosa

Le 27/04/2019 à 15:58

Bonjour excellent historique avec des précisions rares , appuyé par des photos chronologiques ‘in situ’. The Power behind Aston Martin ! Titré, écrit par Geoff Courtney avec photos de Roger Stowers permet de poursuivre la connaissance jusqu’en 1978 d’AML. Roger Stowers fût le photographe et historien officiel de l ‘usine de Newport Pagnell. Il guidait aussi les visiteurs, et en Français !

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