Nissan Judo : la tentation du 4×4 sportif et égoïste

Lundi 27 novembre 2017
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En 1987, Nissan frappait fort au Salon de Tokyo, en présentant pas moins de 6 concept-cars rigolos ou plus sérieux. Au menu, la PAO par exemple, premier délire de la désormais fameuse Pike Factory (lire aussi : la Pike Factory), ou bien un drôle de monospace dénommé Jura. Mais c’est surtout le petit 4×4 Judo qui fera son effet lors de cette 27ème édition du Tokyo Motor Show.

La mode n’est pas encore aux SUV en cette fin des années 80, mais les constructeurs pressentent qu’il va se passer quelque chose, et que progressivement, le 4×4 pur et dur alors en vigueur donnera naissance à un nouveau marché, alors connu sous le nom de 4×4 de loisir. Nissan, plutôt en pointe dans l’expérimentation de nouveaux segments, va donc plancher sur un nouveau concept audacieux, mêlant 4×4 et coupé, le Judo.

Vous vous souvenez du Suzuki X90 (lire aussi : Suzuki X90) ? Le Judo présente un concept un peu similaire mais avec 8 ans d’avance. Il s’agit donc d’un véhicule 2 places (et pas une de plus), au look baroudeur certes, mais aussi sportif, aux lignes musculeuses et étonnamment modernes : on présenterait le Judo aujourd’hui, on n’y verrait que du feu. Certes, de nos jours, le travail des feux aurait été plus élaboré et sur ce point, les optiques rondes à l’avant et assez classiques à l’arrière datent véritablement le véhicule. L’intérieur aussi ! Mais pour le reste, le concept est toujours dans le coup.

Pariant sur une utilisation égoïste et sportive du 4×4, le Judo se contente donc de deux places. Visuellement, il peut prendre deux formes distinctes : 3 volumes en position « normale », et 2 volumes lorsque le toit est « retiré » vers l’arrière, offrant alors un T-roof permettant de partir à la plage les cheveux au vent. Un idée rigolote, et plus pratique que de retirer manuellement les panneau de toit d’une targa classique.

A cette époque, si l’on devine qu’un nouveau monde s’ouvre autour du 4×4 ou du « look 4×4 », on n’imagine pas encore vraiment quelle sera la carte gagnante. On explore donc les possibilités, et celle-ci est finalement à l’opposé de ce qui sortira du lot presque 20 ans plus tard. En cette fin des années 80, c’est le monospace qui émerge comme nouvelle proposition familiale, et l’on imagine plus volontiers le 4×4 comme un véhicule plus égoïste, à l’instar du coupé ou du cabriolet. Le Judo est donc une proposition opposée au Jura présenté en même temps que lui.

C’est toute la force de Nissan à cette époque, et encore aujourd’hui : savoir explorer les possibles, proposer des pistes de réflexion, et parfois même, comme avec la Pike Factory, sortir en série les propositions les plus incongrues. Pour le Judo, Nissan fait le pari du loisir pur et dur, du look plus que du pratique : seulement deux petites ouvertures pour un coffre riquiqui, mais une roue de secours bien présente (et participant du design baroudeur du Judo).

L’intérieur se veut, lui, sans chichi : on est pas dans le luxe, mais dans l’épure. Seul l’essentiel subsiste, renforçant encore le côté « loisir » de l’engin. Sans compter son toit rétractable hyper fun changeant totalement le look de la voiture. Bien entendu, l’engin est dotée d’une transmission intégrale (système Nissan ATTESA) et de 4 grosses roues renforçant, si c’était possible, son côté baroudeur.

Côté moteur, Nissan ose le sportif là aussi, avec un 4 cylindres Turbo de 2 litres et 210 chevaux (à l’époque, c’est une puissance très honorable), déjà vu sur les berlines Cedric et Gloria. Le ramage vaut donc le plumage, et on trouve véritablement des watts sous le capot du Judo. Look sportif, moteur sportif, nom sportif, la tendance était donnée.

Nissan, malgré sa capacité à tenter les choses en série à cette époque là (rappelez-vous de l’épisode Autech Stelvio, lire aussi : Autech Stelvio) ne donnera pourtant pas suite au Judo. On pourrait le regretter a posteriori, tant le concept était a priori séduisant. Sauf qu’entre temps, d’autres constructeurs ont exploré cette piste, notamment Suzuki, avec un succès plus que mitigé, le X90 faisant par exemple un flop. Nissan avait donc vu juste. Reste le souvenir d’un bel engin, moderne et encore dans le coup.

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6 commentaires

GeoffGarit

Le 27/11/2017 à 14:12

Ces gros phares rond donnent un petit air de Juke je trouve

Grégory Lopez

Le 28/11/2017 à 09:17

« ….210 chevaux (à l’époque, c’est une puissance très honorable)…. »

Car il est bien entendu que de nos jours si t’as pas 450 ch dans ta twingo tu as raté ta vie?

Et même s’il est vrai que le moindre SUV de luxe se doit de faire ses 400ch (il faut bien déplacer les tonnes de plastique), 210 ch restent « honorables » aujourd’hui pour le commun des mortels. Enfin pour ma part avec 110 ch j’arrive encore largement à rouler sur la route.

Paul, vous vous embourgeoisez à force d’essayer des belles autos!

Paul

Le 28/11/2017 à 09:43

Ahaha, non rassurez-vous, je ne m’embourgeoise pas. Au contraire, j’essaie de faire comprendre à la « jeune » génération que cette course à la puissance (avoir plus de 1000 chevaux sur sa Bugatti, on est d’accord que c’est un problème de quéquette non ?) est ridicule… A l’époque de mon adolescence (j’avais 15 ans en 1990), 200 chevaux ce n’était pas anodin du tout: combien de bagnoles dépassaient cette puissance ? Aujourd’hui, même les diesels dépassent cette puissance, et si la majorité des gens ne conduiront jamais plus de 150 ch, bah, dans leur imaginaire, 200 ch c’est peu. Alors rassurez-vous, je roule avec 110 ch la plupart du temps, et 200 ch de temps en temps (la Saab), et oui, ça envoie bien 😉

Grégory Lopez

Le 29/11/2017 à 08:15

Je taquinais un peu, mais cela permet d’aborder le sujet. Je me demande l’intérêt des SUV de 400 ch (Volvo V60), fussent-ils hybrides. Enfin nous on rêvait (nous avons le même âge Paul) devant une Testarossa de 390 ch, c’était une sorte de graal inégalable, et que peu de gens pouvaient maîtriser. Aujourd’hui une TT fait autant. Est-ce que tout le monde roule sur circuit aujourd’hui? Est-ce que l’électronique permet à tout un chacun de les exploiter sans finir dans le premier platane? Est-ce que ces chiffres font toujours rêver? N’est ce pas que du marketing?
Pour ma part j’ai également un peu plus de 200 ch dans ma XJ-S et bien qu’elle soit très lourde et pas réellement sportive, cela est largement suffisant pour perdre son permis en quelques minutes. Et toujours largement assez pour suivre (et dépasser) le trafic qui a au contraire tendance à ralentir d’année en année.
Désolé pour le hors sujet…

François-Xavier

Le 28/11/2017 à 09:19

J’ai toujours pensé que le Suzuki X90 devait davantage sa faible diffusion à son esthétique discutable qu’à l’absence de potentiel de son concept – il s’agit, bien sûr, d’un avis parfaitement subjectif.
On peut toutefois penser qu’avec deux places d’appoint, à la manière d’une 206 CC, et ce look ravageur, le Judo aurait connu un autre destin.
Encore un bel article, quoi qu’il en soit, et une belle trouvaille …

F-X

pipo

Le 03/12/2017 à 17:15

J’adore cette Nissan Judo !
Juste un p’tit truc, je pense qu’en version pickup, plutôt que les 2 petits coffres, cela aurait été mieux en permettant l’accès même le hard top reculé.
Vraiment dommage qu’elle n’ai pas été commercialisée, elle aurait pu être la remplaçante de ma NIVA 😉

Merci pour cette article +1

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