Opel Ascona Sprint/Calibre/i200 : le sprint final

Vendredi 2 décembre 2016
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Quand on parle Opel, à quelques rares exceptions, l’image qui nous vient à l’esprit est celle d’une voiture ultra conformiste, voire terne. L’Ascona C en est un exemple flagrant, elle a traversé les années 80 incognito et est partie comme elle est venue. Cependant, cette voiture, ce sont mes premiers souvenirs de vacances, un périple de 600km, le bout du monde pour mes yeux d’enfant, jusqu’au fin fond de la Charente, le tout dans une voiture grise à l’intérieur ocre (dieu qu’il était moche cet intérieur). C’est certainement pour cela que je me suis mis en quête d’une Ascona pour me lancer dans l’univers de la voiture à l’ancienne (carburation, aucune assistance, bref de quoi apprendre, à tous les niveaux), un chantier qui dure depuis maintenant huit ans, faute de temps et de disponibilité de pièces.

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Avant de se laisser aller à la pure nostalgie, un peu d’histoire. Lors de son lancement en 1981 l’Ascona offre une gamme simple de berlines à traction avant en 2 (la dernière voiture de grande série avec ce type de carrosserie, ce qui m’a fait craquer pour ce modèle, ma mère, elle, était plus pragmatique, je ne risquais pas d’ouvrir la porte arrière), 4 ou 5 portes, complétée plus tard par un break et un cabriolet (fabriqués à la commande par Hammond et Tiede à partir d’une berline 2 portes) et des motorisations allant de 1,3 à 2 litres au fil des années, bref rien de folichon, surtout succédant à l’Ascona A puis B, propulsions, dont les versions 400 ont écumé les spéciales de rallye ! Ajoutez à cela un désamour grandissant du public pour les berlines de milieu de gamme en faveur de berlines plus compactes et plus économes en carburant, comme la Kaddett qui remplacera l’Ascona B sur les spéciales et la messe est dite Elle passera une carrière quasiment inaperçue, notamment en France. Sa remplaçante, la Vectra, sera d’ailleurs présentée en 1987 soit six ans seulement (à l’époque c’est assez court) après ses débuts.

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Il faut également admettre que son look de parpaing à peine chanfreiné est peu flatteur, ce qui n’a certainement pas favorisé sa survie au fil des années ni l’engouement d’éventuels amateurs. Et même si tous les anciens propriétaires avec qui j’ai pu parler en rassemblement étaient unanimes sur le fait que c’était une bonne voiture, ils concèdent qu’elle n’avait rien qui la démarquait de ses concurrentes. Pourtant, au cours de mes recherches pour rénover la mienne, je suis tombé sur une version qui aurait sa place dans un cabinet de curiosités : l’Ascona Sprint.

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Proposée entre 1987 et 1988, elle est basée sur l’Ascona 2.0 GT, qui offrait déjà une finition particulière, sièges semi-baquet Recaro, becquet mousse (on est dans les années 80, ne l’oublions pas), spoiler avant et phares longue portée (bas de caisse et jupe arrière apparaitront sur les dernières versions, en compagnie d’un bouclier remanié). Mais la Sprint (ou i200 en Suisse car le nom avait déjà été pris pour une autre série, ou Calibre pour les Vauxhall Cavalier, nom de l’Ascona au Royaume-Uni), va beaucoup plus loin, peut-être même trop loin…. En plus de sa suspension abaissée de 25mm, de ses jantes alliages et pot d’échappement spécifiques, elle se voit affublée d’un kit carrosserie Irmscher comprenant un bouclier (une muraille ?) intégrant la calandre, des panneaux additionnels pour les portes, ajustant la ligne pour les bas de caisses, un aileron ainsi qu’un bouclier arrière. Vous reprendrez un peu de béton sur votre parpaing ?

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Pour moi qui ai toujours un côté sentimental envers des voitures mal aimées, cette voiture est le condensé de tout ce que j’apprécie dans l’histoire de l’automobile : une voiture à la carrière trop discrète malgré ses qualités, au design franchement daté, prise d’un coup de folie avant de disparaitre. Et coup de folie, c’est le mot, les volumes de production sont restés confidentiels : 500 Calibre, 879 « i200 » et 1399 Sprint auraient été produites. Si l’on prend en compte la faible survie jusqu’à nos jours de l’Ascona, ces modèles sont quasiment introuvables et ont souvent fait la joie des tuners, notamment en Angleterre, ou la Cavalier a été un succès commercial, mais le parfait exemple de la voiture jetable (sur plus de 800000 Cavalier produites en Angleterre, seules 1289 avaient survécu en 2009, qui a dit que c’était un problème des années 2000 ?), impossible donc de donner un nombre de Sprint encore existantes.

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Quand on dit Youngtimer, on pense toujours aux mythiques Golf, 205, R5 et d’autres encore, mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas eu que les GTi ou les sportives, il y a de petites perles (ou dans ce cas, une grosse brique) qui peuvent attirer votre attention, et vous permettre de rouler décalé, au sein de ceux qui roulent autrement. Et si vous voulez un dernier argument pour aimer cette voiture, James May s’en sert pour un essai comparatif mémorable face à une Sierre XR4i 4×4, à partir de là, il ne peut que s’agir d’une voiture pour homme de goût !

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Aujourd’hui en trouver une tient assez de la gageure, car l’Ascona était on ne peut plus sensible à la corrosion, et les panneaux plastiques de l’Ascona Sprint n’arrangeaient rien. Mais elle reste néanmoins un plaisir (coupable, Votre Honneur) abordable, car loin des projecteurs. En revanche il faut se lever tôt pour espérer en voir une en vente ! Aujourd’hui il ne resterait qu’une quarantaine d’entre elles en Angleterre, où la Cavalier est un « must » des années 80, alors ailleurs…

Texte: Pierre Sumy

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17 commentaires

philippe

Le 02/12/2016 à 20:50

Avec l’Ascona Opel nous a resservi le même plat pendant des générations jusqu’à l’indigestion.
Une spécialité Allemande Audi 80/A4, Golf, BMW Serie 7, on ne les distingue pas d’une génération à l’autre…
Pourquoi Open a-t-il subitement dérogé ?

Eddy123

Le 02/12/2016 à 22:41

Très intéressante cette auto…
Cette caisse et plate-forme on était utiliser partout dans le monde…
Comme la fameuse Cadillac Cimarron…

De plus je suis surpris d’apprendre que le cabriolet Ascona était fabriqué par un carrossier. .. Sachant qu’au USA avaient aussi leurs version cabriolet. ..

Pierre

Le 02/12/2016 à 23:34

Les cousins américains sont arrivés après l’arrêt de la production européenne et ont en effet été produits en interne, mais les chiffres visés étaient bien supérieurs. D’autre part, il me semble (je peux me tromper, mais a cette heure ne m’en veuillez pas) qu’Opel n’a pas internalisé la production de ses cabrios avant la Cascada (Hammond & Tiede pour l’Ascona, Bertone pour les Kadett/Astra E à G et Magna-Steyr pour l’Astra TwinTop)

Paul

Le 02/12/2016 à 23:37

Je valide: Opel n’a jamais produit directement ses cabrios avant la Cascada !

Paul

Le 02/12/2016 à 23:38

Petite précision: pour la TwinTop (version Corsa) c’était… Heuliez 😉

Pierre

Le 02/12/2016 à 23:55

Oui j’ai zappé la Tigra dans ma liste, désolé chef

John

Le 04/12/2016 à 08:44

Le système de toit de l’astra Twintop a été conçue par Car Top Systems (CTS), en revanche la fabrication et l’assemblage du modèle était bien réalisé dans une usine Opel (L’usine d’Anvers en Belgique pour être précis).

J’en profite pour remercier Paul pour ce super blog (que j’ai récemment découvert mais sur lequel je passe des heures !)

Jota

Le 02/12/2016 à 22:51

Ah ben tiens je l’ai d’ailleurs decouverte lors de ce fameux comparatif entre voitures de VRP des années 80/90 dont les sigles apposés sur la malle faisaient toute la différence (avec les changements de pantalons!).
PS: j’attends les articles sur le conservatoire Citroën qui nous étaient promis ! 🙂

Pierre

Le 02/12/2016 à 23:20

Pour le consevatoire, il faut voir avec Niko et Paul, je n’étais pas encore embarqué dans l’aventure à l’époque 😉

Paul

Le 02/12/2016 à 23:24

Question d’organisation… mais cela va venir… don’t worry (be happy) 😉

Jota

Le 03/12/2016 à 17:54

J’en trépigne, j’en trépigne, autant que mon fils qui attend le père noël!

Gaëtan

Le 03/12/2016 à 02:25

L’Ascona est également ma madeleine de Proust.
Pour ma part c’est un été entre Nantes, le Cap-Ferret (avant que cela ne devienne si chic) et Noirmoutier comme passager d’une superbe version CD bicolore bronze et or avec un motif dégradé en ligne. Complètement années 80 !

180 sur la file de gauche dans ce qui m’apparaissait comme le grand luxe. Tout est plus beau quand on est enfant.
J’en rêve encore.

Gil

Le 03/12/2016 à 11:06

J’ai toujours apprécié l’Ascona…un membre de ma famille en a eu une 5 portes, blanche, intérieur « full bordeaux » et boite automatique…pour l’anecdote, elle n’a pas été vendue au Portugal sous le nom d’Ascona, mais sous le nom de « 1604 »… »Ascona » se rapprochant trop d’un juron particulièrement vulgaire là-bas…

Eddy123

Le 03/12/2016 à 18:51

J’aime bien les Cavaliers… Chevrolet Cavalier.. Je trouve que l’avant est plus harmonieux que l’ascona.

Il y a quelques années, j’étais le lice pour l’achat d’une rarissime Cimarron. .. C’est elle qui m’a poussé à me documenter sur ses autos…

gds1

Le 03/12/2016 à 21:21

Je la trouve plutot sympa cette voiture, bon cette version tunning laisse un peu reveur…

Yanick

Le 09/12/2016 à 15:10

Magnifique voiture.

Guyot

Le 06/03/2017 à 21:28

Mon père a toujours son Ascona 1.6 sprint de 1989, un peu vieilli et rouillé , mais je la garde au chaud pour la rénové dans plusieurs années.

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