Opel Tigra Twin Top : chronique d’une mort annoncée d’Heuliez

Publié le mardi 15 août 2017.
Mis à jour le mercredi 19 juin 2019.
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Ce devait être le contrat du siècle pour Heuliez. Pensez-vous, plus de 150 000 exemplaires de la petite Opel Tigra Twin Top devaient-être assemblés en 4 ans, dans les Deux-Sèvres, sur le site de Cerizay. Mais lorsqu’en 2009 Opel stoppe la commercialisation de son petit-coupé cabriolet, seuls 90 874 unités avaient été produites, et Heuliez se retrouvait exsangue, obligé de s’acoquiner à un Baron d’Empire spécialiste de l’entourloupe. Triste histoire.

Tout commence à la fin des années 90. Malgré des années de collaboration avec le groupe PSA pour la fabrication des CX, BX, XM ou Xantia dans leur version break, le changement de gouvernance en 1997 (Jean-Martin Folz remplaçant Jacques Calvet) entraîne la fin des accords de fabrication avec Heuliez : il n’y aura plus aucune voiture du groupe assemblé chez Heuliez.

Heureusement, Heuliez avait opportunément développé un toit en dur escamotable qui allait donner naissance à un best-seller sochalien : la Peugeot 206 CC (lire aussi : Peugeot 206 CC). Mais Peugeot ne confiera pas la production entière de la 206 CC à Heuliez, se contentant de lui faire fabriquer les toits rétractables. Un beau contrat cependant, qui permettait à la société picto-charentaise de présenter une belle expérience dans ce domaine.

Malgré cette activité, il faut tout de même trouver de nouveaux débouchés à l’entreprise, pourvue de chaînes d’assemblage désormais vides. Prenant son bâton de pèlerin, Paul Quéveau, le fils du patron d’Heuliez, Gérard Quéveau, va alors se mettre en quête d’une voiture à produire en petite série pour le compte d’un grand constructeur. C’est au salon de Genève 2001 que les premiers contacts vont être noués entre Opel et le carrossier français. Les allemands songent à produire un successeur à leur première Tigra (lire aussi : Opel Tigra), retirée du service en 2000. Mais au lieu d’un petit coupé, ils songent à un coupé-cabriolet, plus en phase avec les goûts du moment, vu le succès de la 206 CC justement.

C’est la double compétence dans les toits rétractables et dans la fabrication de véhicules de petite série qui va séduire Opel et les convaincre de choisir Heuliez plutôt que Karmann, ATS, Pininfarina ou Bertone. D’ailleurs, le constructeur allemand va mettre à contribution les français dans la conception de cette Tigra Twin Top. Trente mois à peine seront nécessaire pour étudier et développer la future petite Opel !

Développée sur la plate-forme de la Corsa C lancée en 2000, elle en garde un vague air de famille, mais ses lignes sont plus carrées, plus tendues, plus musclées ! La solution retenue est sans doute la clé de son insuccès : la Tigra Twin Top est une stricte deux places quand toutes ses concurrentes proposent 4 places (enfin, 2+2 serait plus juste pour qui a déjà voyagé à l’arrière d’une 206 CC par exemple). Chez Opel comme chez Heuliez, personne n’y voyait un obstacle jusqu’à ce que l’on constate la mévente de cette Twin Top, loin des objectifs initiaux. Heuliez tentera bien de proposer à Opel une version 4 places (projet 4435) mais le sort de la Tigra était déjà scellé.

Lorsque la voiture entrait en production en 2004, l’heure était encore à l’euphorie. Heuliez, poussé par Opel, avait rajeuni son logo qui désormais s’affichait sur les flancs de la Tigra. On prévoyait 200 véhicules par jour, l’embauche de 1000 ouvriers supplémentaires. En 2005, Heuliez produisait 37 690 Opel (après 14 904 ex en 2004), et affichait un chiffre d’affaire de 550 millions d’euros pour 3000 salariés. En apparence, tout allait bien. Et pourtant… Le vent allait tourner.

D’une part, les ventes de l’Opel Tigra Twin Top allait s’effondrer dès 2006, retombant à 14 170 exemplaires puis 11 770 en 2007. Cette même année sortait la 207 CC mais, pour sa grande sœur la 307 CC lancée en 2002, Peugeot avait décidé de racheter la licence et de produire directement les mécanismes de toit. Malgré quelques clients de ci de là, Heuliez se retrouvait dépendant d’un seul grand donneur d’ordre : Opel. Et tandis que les ventes plongeait encore en 2008, avec seulement 8840 exemplaires produits, GM, la maison mère d’Opel plongeait dans la tourmente de la crise des subprimes, l’acculant à la faillite. D’abord sommée de faire des économies drastiques, Opel fut même brièvement mise en vente une première fois (la cession auprès de l’équipementier canadien Magna en 2009 fut à deux doigts d’être conclue). Ce n’est qu’en 2017 cependant que GM cédera sa filiale européenne à PSA (lire aussi : PSA rachète Opel).

 

De son côté Heuliez se retrouvait, en 2009, au bord de la faillite, avec zéro client ou presque, un chiffre d’affaire tombé à 60 millions d’euros (10 fois moins qu’en 2005) et des pertes de l’ordre de 30 millions d’euros. Seul espoir : le projet de voiture électrique dénommé Friendly. Un projet sur lequel Louis Petiet et son holding Krief Group comptaient bien faire main basse, promettant 15 millions d’euros d’argent frais, des commandes en veux-tu en voilà, et un avenir radieux. L’argent n’arrivera jamais, bloquant le financement promis par le Fond Stratégique d’investissement et la région Poitou-Charente. Finalement, l’homme devra céder l’affaire au groupe BGI aux reins pas assez solides malgré le rapatriement de l’entreprise de voiturettes JDM à Cerizay (lire aussi : JDM) et la vente de l’activité « voiture électrique » à des investisseurs et la région Poitou-Charente sous le nouveau nom de Mia.

Le concept Heuliez Friendly deviendra en série la Mia, mais ça, c’est une autre histoire

Après la vente des réserves d’Heuliez et d’un sacré paquet de prototypes en 2010 puis 2012, l’entreprise sera finalement liquidée, tout comme Mia ensuite. Malheureusement, à trop dépendre d’un gros client, sans anticipation des nouvelles organisations industrielles des grands constructeurs leur permettant de construire eux-mêmes les petites séries et les véhicules de niche, Heuliez n’avait aucune chance de survie, tout comme Pininfarina ou Bertone en Italie aux mêmes époques. L’Opel Tigra Twin Top restera donc la dernière production d’Heuliez (Mia étant déjà sortie du périmètre du carrossier au moment de sa commercialisation). Elle est donc particulièrement collector, surtout si l’on a ni chien ni enfant !

PS: le Baron Petiet sera régulièrement condamné pour malversations lors des prises de contrôles ou des faillites de ses diverses entreprises, et le groupe Bernard Krief Consulting liquidé en 2012 !

A lire aussi le passionnant récit d’André Leroux sur l’Opel Tigra Twin Top : la Tigra Twin Top par André Leroux

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10 commentaires

Olivier

Le 15/08/2017 à 16:15

Heuliez n’as pas su ou voulu anticiper le rapatriement des productions chez les constructeurs … Dossiers mal ficeles, personne de credible n’as pu reprendre, malgré la volonté de la pesidente du conseil général de l’epoque, une certaine Segolene …

Fraberth

Le 15/08/2017 à 16:16

Je vais faire le méchant : c’est de la malchance ou Heuliez était une « mauvaise » entreprise ? S’ils n’ont pas eu de contrats, ce n’est peut être pas que.une question de hasard
Il fallait développer une image glamour, construire des prototypes de luxe ou prospecter à l’étranger. Ou avoir une usine très compétitive pour devenir une sorte de magna steyr français

Paul

Le 15/08/2017 à 16:21

Je ne pense pas que Heuliez ait été une mauvaise entreprise, mais sûrement mal vendue par un management à la papa, et incapable de réagir à la nouvelle organisation industrielle des constructeurs, contrairement à Steyr-Puch puis Magna Steyr… Cela dit, ce n’est pas le seul « sous-traitant » de ce type a avoir coulé dans ces années là, années ou la crise des subprimes a fait des ravages partout, réduisant à peau de chagrin ce type de contrat. Et puis souvent, quand le CA est haut, on se croit solide, et puis ça s’étiole petit à petit… il est trop tard. Manque de vision stratégique sans doute, car les brevets du toit escamotable c’était quelque chose, mais il fallait trouver une autre idée (en plus de la construction et l’assemblage pour tiers)… La Friendly c’était du vent, et la voilure n’a pas été réduite à temps… Parfois on a tellement peur de la casse sociale qu’on fait pire en ne licenciant pas ou pas assez en temps et en heure… Après, refaire l’histoire après coup, c’est toujours plus facile, je le reconnais !

Fraberth

Le 15/08/2017 à 16:31

Je suis tout à fait d’accord, enfin si j’étais dans une entreprise: le grand constructeur avec qui je travaille depuis des années me retire de plus en plus de contrats (déjà là je me pose des questions, je regarde ce que font les autres etc). Ensuite, je trouve un grand compte (beau coup pour heuliez) mais je n’oublie pas l’ancien qui est partie, donc j’en cherche un autre au cas où.
Le problème de cette mauvaise gestion c’est qu’on perd des emplois bêtement et qu’en plus ça pompe de l’argent public un jour ou l’autre. Dans le même genre j’ai travaillé chez Brandt Motors, peut être une idée d’article pour vous 😉

Paul

Le 15/08/2017 à 17:04

Je vais m’y pencher 😉

zeboss

Le 15/08/2017 à 19:11

Heuliez comme beaucoup d’entreprises « familiales », – PSA ndlr, mais aussi Bertone, Pininfarina- était souvent gérées à la pépère quelque part, avec un côté passionnel, faire un 47 Macaréna c’est sympa mais quel potentiel de réussite chez PSA ? Steyr ou magna – Steyr ne développe pas de protos tous les 6 mois sans suite possible, mais ont fabriqué pèle mêle : Mercedes G, rcz, mini, et n’ont pas disparu à l’arrêt d’un de ces modèles, Industriel dans la tête et dans le porte monnaie, ça sauve des entreprises… Pourquoi un RCZ faisait t’il l’AR entre l’est de l’Autriche (1200 kms et loin d’être un pays industriellement low cost)) et la France alors qu’il aurait pu être assemblé à cerizay (500 kms) ?

Erik

Le 15/08/2017 à 22:03

La rcz a été chiffrée mais en urgence suite à des pressions politiques … la direction des achats de PSA à l’époque n’aimait pas du tout Heuliez ..
Pour cette voiture il y avait toute l’étude à réaliser, et si je ne me trompe pas les Autrichiens ont des capacités en recherche et développement !

Denis pechon

Le 17/08/2017 à 22:12

Voilpourquoi heu liez à disparu, capacité de production mais pas de développement constructeur…
nous dirons une maladie des sous traitants franco français. ..

Mirage

Le 15/08/2017 à 22:15

Je suis dans le landerneau régional d’Heuliez donc je peux causer…
1) Ségolène n’était pas pdt du conseil général mais du conseil régional, qui est en effet la vraie strate d’action économique dans les collectivités locales.
2) à ma grande surprise à l’époque Heuliez fleuron présumé du nord Deux-Sèvres n’était pas forcément appréciée localement car aimantant les aides et fonctionnant déjà depuis un moment par effet de chantage au licenciement, qui aurait motivé déjà auparavant la production chez eux des 106, AX et Saxo électriques, mais aussi d’autres contrats de sphère publique pour des ambulances, etc… Disons qu’heuliez était clivante car elle faisait vivre bien des foyers en même temps.
3) d’autres entreprises censées avoir les reins solides, telles la Camif aussi en Deux-Sèvres ou la Redoute dans le Nord se sont retrouvées laminées suite à changement de modèle économique indépendant de leur volonté et pas facile à anticiper.
4) il est vrai que des MagnaSteyr ou des Valmet survivent bien lors de ces tournants, il y a surement des différences de gouvernance et un positionnement autre malgré une activité similaire qui doivent expliquer de telles différences d’issue…

fc30

Le 15/08/2017 à 22:41

En 2013, un pote de stage avait acheté d’occasion une Opel Tigra pour frimer un peu, j’ai eu l’occasion d’y faire quelques tours en tant que passager. Gros problème : quelques minutes après m’être assis, je sentis mes vêtements se mouiller, le système de toit rétractable était fuyard ! Pour le reste, la planche de bord (reprise de la Corsa ?) ne cassait pas des briques et n’était pas spécialement bien finie, et l’absence des deux places arrières symboliques était troublante (même si elles n’auraient servi à rien, à part poser une veste ou des sacs).
Au bout de quelques mois, lassé, le pote l’a remplacée par une Astra 1.8 140 Ch. de la même époque, elle aussi d’occasion, qui m’a donnée bien meilleure impression.

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