Panhard Dynamic : le luxe révolutionnaire

Publié le mardi 14 janvier 2020.
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On l’oublie souvent tant on se souvient du Panhard plus populaire d’après-guerre, mais la vénérable firme était, entre les deux guerres, un constructeur de luxe. Panhard et Levassor se faisait alors le chantre du moteur sans soupape et du luxe innovant. La Dynamic, lancée en 1936, en est l’exemple le plus frappant, mêlant les dernières évolutions du 6 cylindres sans soupape et une carrosserie monocoque permettant d’abandonner les lourds châssis à échelle : une solution rarement utilisée sur les voitures de luxe. Avec son allure moderne, ses larges surfaces vitrées et ses phares carénés, la Dynamic avait toutes les chances de révolutionner l’automobile de luxe. Malheureusement, la seconde guerre mondiale passa par là.

Née en 1886, Panhard et Levassor est la doyenne des marques françaises, et s’est toujours distinguée par des choix technologiques bien à elle, tel que le moteur sans soupape à partir de 1910. Ce choix permettait d’obtenir un moteur silencieux et coupleux, privilégiant la souplesse à la puissance brute. Inconvénients, ces moteurs consommaient beaucoup d’huile et restaient chers à produire et pointus à régler ou à entretenir. Sur la durée, le moteur sans soupape ne tint pas la distance face aux moteurs multisoupapes, mais à l’époque, c’était un pari intéressant. Pour le choix d’une carrosserie monocoque dans le haut de gamme, c’était en revanche bien vu, anticipant un mouvement qui ne se généralisa dans le monde du luxe qu’avec la Rolls-Royce Silver Shadow en 1955. 

Coque autoporteuse et aérodynamique

En 1925, Panhard avait racheté la carrosserie Delaugère et Clayette à Orléans, alors en difficulté financière. Grâce à ce rachat, la firme de l’avenue d’Ivry s’offrait une carrosserie interne permettant de proposer au client soit une carrosserie “d’usine”, soit une carrosserie spéciale issue d’un autre carrossier (cabriolets, coupés, désirs spécifiques). Grâce à ce savoir-faire, il était possible de réaliser une coque autoporteuse malgré des séries plus petites que celles de Citroën pour ses Traction 7 ou 11.

Lorsque la Dynamic est présentée en 1936, son style tranche avec la Panoramic à laquelle elle succède. Cette dernière est classique et carrée tandis que la Dynamic est ronde et, comme son nom l’indique, très aérodynamique. Dessinée par Louis Bionnier (qui dessinera après-guerre les Dyna Z ou PL17), elle est dans la même lignée que la Chrysler Airflow présentée en 1934. 

Technologie d’avant-garde

Dans un créneau pourtant conservateur, la Dynamic innove sur beaucoup de points : outre sa carrosserie autoporteuse (gage de légèreté et de rigidité), son style très moderne, et son moteur sans soupape, elle offre un freinage hydraulique et une suspension évoluée (barres de torsion, amortisseurs hydrauliques). Tout n’est pas parfait cependant : à ses débuts, on lui reproche sa position de conduite centrale (qui sera pourtant louée bien des années plus tard avec la McLaren F1). Elle récupèrera une conduite à gauche en 1938. 

La Panhard Dynamic dans sa version coupé

Du côté du moteur, il s’agit donc d’un 6 cylindres en ligne dit “sans soupape” à culasse en aluminium. La Dynamic 130 (nom de code X76) cube 2 516 cc et rentre dans la catégorie des 14cv fiscaux (pour 75 chevaux) tandis que la 140 passe à 2 861 cc et 16cv fiscaux (pour 82 chevaux). En 1937, Panhard introduit la 160 dont le moteur passe à 3 834 cc, 22 cv fiscaux et 100 chevaux ! Plusieurs types de carrosseries sont disponibles : coupé, cabriolet, berline ou limousine 6 glaces, avec 3 empattements différents. Une voiture de luxe, donc, qui tombe d’une certaine manière bien mal.

Née au mauvais moment

Lorsqu’elle est lancée en 1936, elle tombe en plein Front Populaire : une période peu propice à l’ostentation pour la haute bourgeoisie française qui préfère se rabattre des voitures plus discrètes que cette Dynamic dont le look baroque ne passe pas inaperçu, tandis que les grèves perturbent le lancement de la production. Pire, la situation internationale allant en se dégradant, l’heure n’est plus à l’insouciance, mais plutôt à l’inquiétude : progressivement, les commandes se tarissent. L’armée française commandera bien un peu moins de 200 exemplaires au début de l’année 1940, destinés à ses officiers généraux, mais la défaite entraînera l’arrêt définitif de la production. À la Libération, le Plan Pons affectera Panhard aux petites populaires et les Dynamic, malgré leurs innovations techniques, ne seront jamais relancées.

Les dernières Panhard Dynamic furent livrées à l’Armée Française

Au total, entre 2 500 et 2 700 exemplaires seront produits entre 1936 et 1940, ce qui fait des Dynamic de vraies raretés, surtout dans leurs versions coupé ou cabriolet. Dernier vestige du prestige de Panhard et Levassor, la Dynamic épate toujours autant la galerie avec son look baroque et détonnant. Une voiture d’avant-guerre moderne, performante et originale pour qui aime se distinguer de la masse.

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1 commentaire

Franck Kegelart

Le 16/01/2020 à 05:32

En fait, comme les travaux de mon excellent ami Bernard Vermeylen l’ont établi, des Dynamic – quelques dizaines je crois – ont été montées en 1946-1948 à partir de stocks de pièces. La dernière Dynamic neuve à été vendue en 1950 !

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