Hobbycar Passport : en route pour le futur

Publié le mardi 4 mars 2014.
Mis à jour le mardi 20 août 2019.
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Hobbycar était un constructeur français atypique qui produisait dans son usine du Loir et Cher une curieux engin, le B612, lancé en 1992. S’il s’agissait officiellement d’une voiture (dôtée de 4 roues, d’un volant et d’un moteur Peugeot, lire aussi: Hobbycar B612), c’était aussi un bateau grâce à ses capacités amphibies. Désireuse d’élargir sa gamme et d’augmenter ses volumes de production, la marque au Petit Prince (présent sur son logo), présentait en 1994 le Passport .

Si aujourd’hui rien ne paraît révolutionnaire, habitués que nous sommes à voir circuler des monospaces compacts, voire très compacts, ce fût à l’époque un choc : la Renault Scénic n’était pas encore sortie, et les monospaces rimaient encore avec Renault Espace, ou Chrysler Voyager, capables d’emmener sept personnes au long cours. D’autres s’étaient essayés au luxe sur le créneau, mais sur avec des ambitions plus grandes, comme le De La Chapelle Parcours.

Le Hobbycar Passport est original à plus d’un titre. D’une part son traitement luxueux (intérieur cuir, téléphone et fax) désigne clairement une cible « business » ce qui tranche avec l’idée « familiale » que l’on se fait à l’époque du monospace. D’autre part, ses caractéristiques techniques la classe d’emblée parmi les sportives, avec son 2 litres turbo d’origine Opel développant 204 ch et permettant d’accrocher les 220 km/h, sa boîte 6 vitesses et surtout sa transmission intégrale (le moteur comme la transmission venaient de l’Opel Calibra 4×4). Enfin, son système original de portes coulissantes sans montant central permettait d’accéder facilement à toutes les places. Son prix : 280 000 F HT à l’époque.

Malheureusement, ce modèle n’entrera jamais en production (malgré des prévisions de 1200 véhicules pour 1996), la société rencontrant des problèmes financiers dus à la fiabilité aléatoire du B612 (et à certains contrats manqués dans les pays du Golfe). La marque disparaîtra en 1996, et le projet Passport avec elle, et c’est bien dommage. Le magazine Youngtimers a pu en faire un essai récemment… Les veinards !

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27 commentaires

Julien

Le 13/01/2016 à 00:22

http://www.lanemotormuseum.org/collection/cars/item/hobbycar-passport

Ils prétendent qu’il y en a eu 43… Mais ça sonne plus comme au moins « 4 » car ils ont le numéro « 4 »

Paul

Le 13/01/2016 à 10:00

Ca me paraît beaucoup 43 ex ! 4 pourquoi pas, j’avais entendu dire que quelques exemplaires à peine avaient été réalisés (pré-série).

Thierry

Le 03/06/2016 à 17:17

Etant un ancien collaborateur de ce constructeur, je peux témoigner qu’il n’y a eu que 2 modèles construits pour le mondial 1994 sur base roulante Opel Calibra 4WD. Ce sont les 2 exemplaires visibles sur les photos en atelier. Une première maquette roulante avait été précédemment construite sur base 405 MI16 4×4.
Et la disparition de la marque n’est absolument pas due à la fiabilité aléatoire du B612A qui était en passe d’être résolue. Le premier dépôt de bilan a été nécessaire en raison de la difficulté de trouver des partenaires financiers à même d’accompagner le développement de la société. La fermeture fût due à la défaillance du repreneur saoudien.

Paul

Le 03/06/2016 à 18:05

Merci pour ces éclaircissements… cela dit, les difficultés financières venaient bien de quelque part ? Marché visé trop restreint pour l’investissement ? Coût de développement trop élevé (il y avait un paquet de cols blancs non ?) ? Sous-capitalisation ? Défiance des actionnaires ??? Défaillance du repreneur ? Cela fait beaucoup 😉

Thierry

Le 03/06/2016 à 19:10

Pour être un peu plus précis, le développement du B612A, modèle amphibie, a effectivement coûté très cher à cause des incompatibilités entre les caractéristiques qui contribuent aux performances routières et celles qui contribuent aux performances nautiques. Comme pour tous les projets de produits nouveaux, les premières années de production permettent surtout de rembourser le coût du développement avant de faire du bénéfice. Cette phase a totalement été financée par le principal actionnaire qui possédait toujours la capacité financière de poursuivre l’activité. Il a simplement jugé inapproprié de poursuivre seul. Devant les refus de partenariat financiers, la seule solution pour les attirer fût le dépôt de bilan. La défaillance du repreneur est liée à des malversations de la maison mère totalement indépendantes de la situation de Hobbycar. Ceci s’est malheureusement produit à un moment où le développement commençait à porter ses fruits.
Enfin, je trouve le terme de col blanc abusif dans ce type d’entreprise dans la mesure où tous les cadres participent aux activités de terrain et que les niveaux de salaire sont très inférieurs à ceux des grandes entreprises.

Sebastien

Le 21/06/2016 à 10:11

Ce modèle m’intrigue depuis que je suis ado (ancien addict à l’autojournal Salon annuel, période grande vacances 🙂 ).
On trouve très peu d’info sur ce véhicule, les photos les plus détaillées ont été publiées par le Lane auto Museum.
J’avais pu lire que le designer du Passport était Gérard Godfroy.
Quelqu’un sait où sont passées la maquette roulante et le deuxième exemplaire salon ?

Thierry

Le 21/06/2016 à 22:52

C’est normal, le véhicule n’a été présenté au public qu’au mondial 1994 et le premier dépôt de bilan a eu lieu en décembre 1994. Comme par ailleurs, la marque Hobbycar était très soucieuse de la maitrise de sa communication, il est logique de ne trouver que peu de photos aujourd’hui.
Gérard Godfroy était le designer de tous les projets Hobbycar, compagnon de route de Claude Poiraud de longue date.
Difficile de savoir où sont passés les maquettes et protos car, après la liquidation, l’ensemble du matériel a fait l’objet de ventes aux enchères. Peut-être que Serge Desmarais a réussi à en « sauver » quelques-uns mais je n’ai pas gardé de contact.

Julien

Le 29/10/2016 à 15:57

je me permet, un Passport est toujours en « vie », vue de mes yeux vue au Circuit Val de Loire à Thenay…

Sebastien

Le 30/10/2016 à 21:31

Quelques photos ? C’est le modèle gris ?

Thierry

Le 30/10/2016 à 23:03

De mémoire, le modèle gris a été terminé en urgence avant le mondial 1994. Il n’était pas vraiment roulant. A moins qu’il ait été reconditionné depuis pour le rendre utilisable.
Après le mondial, le seul qui roulait était le bleu marine visible sur les photos officielles. C’est celui que j’ai utilisé pour les essais de préparation des homologations.

Julien

Le 31/10/2016 à 11:25

le bleu marine, visible ici.
https://www.facebook.com/rencontresautomobiles123/photos/pcb.389775534691242/1796821310598551/?type=3&theater

en espérant que le lien marche, pour ceux qui veulent des infos, demander a Patrick des circuits val de Loire, il a un page facebook…

Sebastien

Le 31/10/2016 à 10:00

Peut-être qu’il s’agit du 1er proto sur une base 405 ?

Concernant la conception du véhicule, comment gère t-on un tel projet avec une petite équipe R&D ? Beaucoup d’éléments sont-ils repris de véhicules en production (tableau de bord, sièges, …) ? Les éléments de carrosserie étaient-ils fabriqués en interne ?
Merci pour toutes ces infos qui abreuvent ma curiosité !

Thierry

Le 31/10/2016 à 12:16

Oui effectivement. D’après l’épaisseur des joints qui séparent la partie ouvrante de la partie fixe sur les vitres des portes, il s’agit du premier proto sur plateforme 405 Mi16 4×4. D’ailleurs, contrairement à ce que j’ai dit dans mon message précédent, c’est celui-ci qui a servi aux photos officielles.
Mais c’est bien le bleu marine du salon sur base Opel qui m’a servi pour préparer les essais d’homologation.
Pour répondre à la deuxième question, le meilleur moyen de limiter les coûts de développement pour un véhicule de petite série est de reprendre un maximum de composants de grande série. Dans le cas du Passport, le kit acheté à Opel comprenait toute la base roulante, ce qui a dispensé de travailler sur les composants majeurs comme le GMP et les trains.
En revanche, pour des questions de choix de style, tout était spécifique au niveau habillage intérieur et carrosserie. Seuls les petits composants comme les aérateurs, les poignées, les boutons, les afficheurs, etc, faisaient partie de la collection acheté à Opel. D’où un gros travail d’intégration de la part de Gérard Godfroy.
Les sièges dérivaient de modèles de grande série. En version 4 places, les sièges AR étaient identiques aux AV et provenaient des sièges AV de Safrane. En version 5 places, nous avions développé notre propre structure de siège AR avec ceinture embarquée, ce qui était rare à l’époque et a nécessité des homologations spécifiques.
Le développement du poste de conduite (planche de bord, console, position spécifique du levier de vitesse…) a entraîné la nécessité de tout homologuer en chocs intérieurs. A l’époque, j’avais estimé le coût de tous les essais d’homologation (performances, freinage, pollution, chocs, etc) à l’équivalent de 100000 € sans compter le coût de construction des prototypes nécessaires. Quelques essais avaient été faits avant la liquidation puisque le crash avait été réussi ainsi que les tenues des ancrages de sièges et de ceintures.
Au niveau fabrication, tous les éléments spécifiques étaient sous-traités, y compris la modification du châssis mais l’assemblage et la finition étaient faits à Thenay.

Julien 1A

Le 31/10/2016 à 14:32

Donc je resume:

– un bleu est a Nashville au Lane Museum (#4) (Base Calibra d’apres le site) – Photo sur le site du Lane Museum: http://www.lanemotormuseum.org/collection/cars/item/hobbycar-passport

– un bleu est avec un autocollant du Val de Loire (Base 405 Mi16 4×4 d’apres Thierry) – Photo sur la page facebook du Circuit du Val de Loire. Effectivement les sieges et le systeme de fermeture ne sont pas les meme

– Le gris aurait ete vu au val de Loire… mais pas de photo…

Merci Thierry, tres interessant toutes ces informations. Mais quel etait le but d’hobbycar avec ce passport, car un telle vehicule se prete mal a la petite production. Esperaient-ils revendre le concept a Opel?

Thierry

Le 31/10/2016 à 15:14

Il est certain qu’aujourd’hui, un tel véhicule ne présenterait pas d’intérêt chez un petit constructeur tant l’offre de monospaces compacts est grande chez les généralistes. Mais au début des années 90, le Scenic n’était pas encore sorti donc le Passport était inaugurait une nouvelle gamme de véhicules. Les dirigeants de Hobbycar, avaient quelques ambitions en haut de gamme et Claude Poiraud, alors directeur industriel, tirait les leçons des difficultés rencontrées dans le segment des voitures de sport avec la Venturi. Il imaginait donc un nouveau type de véhicule, grande routière spacieuse sans être une limousine. Avec le recul, je crois qu’aucun d’entre-nous n’imaginait l’ampleur de la tâche pour rendre ce concept commercialisable, surtout en y greffant des innovations comme le type d’articulation des portes et l’absence de pied milieu.
Cela dit, à partir du moment où des composants de grande série sont utilisés, je ne vois pas ce qui aurait fait que ce véhicule se prête mal à la grande série. Et il n’était en aucun cas question de revendre le concept à Opel.

Julien 1A

Le 31/10/2016 à 15:38

Ca n’est pas tres clair pour moi: Hobbycar etait principalement un constructeur qui construisait « a la main », ce que je peux comprendre pour le vehicule amphibie. Maintenant pour le passport, la production envisagee etait la grande serie ou une production elle aussi « a la main » d’une petite serie?

Cela me rappelle un peu le Roadster De la chapelle, tres desirable, mais a la fois trop proche esthetiquement de la grande serie, et avec un cout de frabrication et de vente de la petite serie.

Je me rappelle que j’etais adolescent quand le passport est sorti, et bien que ce soit un vehicule familliale, je trouvais son design tres desirable et j’etais emerveille combien une si petite entreprise etait arrive a developper un vehicule esthetiquement si abouti et innovateur.

Thierry

Le 31/10/2016 à 19:30

A l’époque du développement du Passport, Hobbycar était un petit constructeur et il aurait fallu de nombreuses années avant que ses capacités de production soient celles d’un constructeur de grande série.
Le simple fait que les principaux composants soient issus d’un autre modèle de grande série indique que les ambitions restaient limitées.
Selon moi, l’esthétique du véhicule n’est pas un indicateur de son positionnement en tant que petit constructeur ou constructeur de grande série. Dans le cas du Passport, bien que le style soit effectivement attractif, ce qui faisait la différence par rapport à la grande série et permettait de justifier la différence de prix, c’était quelques innovations et le niveau de performances qui était très inhabituel pour un monospace à l’époque.
Enfin, au moment ou l’entreprise a fermé, le développement du véhicule était très loin d’être terminé. Mais pour ce qui concerne l’esthétique, le mérite en revient à Gérard Godfroy dont une des qualités était d’arriver à un bel équilibre des lignes dès les premières esquisses.

Julien 1A

Le 31/10/2016 à 15:08

undergravity

Le 07/06/2017 à 10:01

Nommer « Hobby » une société qui fabrique des voitures, c’est déjà mal parti lol
Pour des miniatures, c’est OK mais pas pour commercialiser des brouettes,
même de luxe…
Il n’avaient pas de spécialistes de la communication dans les années 90 ?

Thierry

Le 07/06/2017 à 12:23

La société et la marque Hobbycar ont été créées à l’origine pour fabriquer et commercialiser des véhicules amphibies à vocation loisir.
J’y ai travaillé 3 ans et le nom ne m’a jamais choqué. Mais je ne suis pas un spécialiste de communication, seulement un modeste ingénieur.
Le monospace « Passport » ne faisait pas partie de la stratégie initiale qui était essentiellement orientée amphibies.
Avec le recul, je ne crois pas que le nom « Hobbycar » fût un frein au développement de la marque.
Les raisons ont déjà été expliquées : Le temps de maturation d’une telle entreprise avant d’être en mesure de gagner de l’argent est particulièrement long. La durée de développement d’un véhicule complet est de l’ordre de 3 ans chez un grand constructeur lorsqu’il emploie à plus de 80% des solutions éprouvées. Dans le cas de Hobbycar, le B612 A employait de nombreuses solutions nouvelles qu’il a fallu fiabiliser avec nos modestes moyens. C’est évidemment du délai supplémentaire.
Et le principal investisseur de l’aventure a fini par juger ce temps un peu trop long. A ce moment, les potentiels partenaires ne se sont pas bousculés au portillon.

Paul

Le 07/06/2017 à 12:28

Je te rejoins totalement sur ces points Thierry… Il ne me semble pas que le nom Hobbycar (Hobby pour loisir, et pas Hobbit hein, et car pour voiture…). A l’époque le nom ne m’avait pas choqué du tout… Au contraire j’étais archi-fan, surtout du Passport, qui effectivements sortait du cadre du « loisir »

Sébastien

Le 07/06/2017 à 13:53

Je trouve le projet passionnant… !

Par curiosité Thierry, comment se déroulait la conception d’un tel véhicule chez Hobbycar ? Vous aviez des logiciels de CAO au bureau d’étude ?

Quels étaient les éléments à fiabiliser sur le dernier proto ?

Que sont devenus François Wardavoir et Serge Desmarais après l’aventure Hobbycar ?

Ce qui est frappant avec Gérard Godfroy, c’est que le design du passport est je trouve toujours d’actualité.

Paul

Le 07/06/2017 à 13:56

tu remarqueras que tous les dessins de Godfroy sont encore d’actualité (y compris… la 205 sur laquelle il a beaucoup travaillé, parfois plus que Welter lui-même): touts les Venturi sont dans le vent (même si la 300 Atlantique est bien entendu la plus moderne).

Thierry

Le 07/06/2017 à 14:30

Le bureau d’étude Hobbycar travaillait à peu de chose près avec le même type de moyens qu’un grand constructeur.
La CAO de l’époque n’en était pas encore au 3D. On travaillait avec Autocad pour la conception de tous les éléments spécifiques. Certaines pièces étaient dessinées après avoir réalisé un proto à la main. On utilisait pour cela une tablette graphique.
Pour l’intégration des composants du commerce ou provenant d’un grand constructeur, nous n’avions pas les moyens de scanner comme on le ferait aujourd’hui en rétroconception. On reproduisait la pièce approximativement en prenant simplement avec précision les cotes d’interfaces (trous de fixation par exemple).
Pour un autre projet, j’ai utilisé la machine à mesurer tridimensionnelle pour palper tous les points de fixation et les éléments d’encombrement d’un moteur afin de l’intégrer dans la CAO du véhicule.
Lorsque le Passport s’est arrêté, il restait encore vraiment beaucoup de choses à faire. En particulier en carrosserie où il y avait énormément de petites pièces spécifiques qui n’étaient pas encore définies. Elles existaient juste à l’état de proto fait à la main. En terme de fiabilité par exemple, aucune endurance n’avait été faite sur le système d’ouverture des portes qui était spécifique au Passport.
Aujourd’hui, je ne sais pas ce que devient Serge Desmarais. En revanche, François est décédé il y a plusieurs années.

Sebastien

Le 11/12/2018 à 13:09

A priori un passport bleu roule toujours, la photo a été prise le 30 juin 2018 !

https://www.flickr.com/photos/79753533@N02/41327258150/in/photolist-fmJu5M-25XX12C

Julien

Le 11/12/2018 à 18:39

oui oui, photo prise au Circuit Val de Loire à Thenay, Patrick à son volant

Thierry

Le 11/12/2018 à 21:41

Il me semble que c’est un des 2 exemplaires que nous avons présenté au mondial 94.
C’est sans doute le seul en état de rouler mais comme il n’a jamais été homologué, il ne peut pas aller sur la route.

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