Pegaso Z102/103: cheval ailé contre cheval cabré !

Publié le jeudi 12 mai 2016.
Mis à jour le mercredi 10 juillet 2019.
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Si l’industrie automobile espagnole se limite à Seat aujourd’hui, elle jouit pourtant d’une histoire intéressante et néanmoins méconnue. Qui se souvient que Hispano-Suiza fut dès l’origine une marque espagnole, que Fasa construisait des Alpine (lire aussi : Les cousines étrangères de la Berlinette), ou que Barreiros, sous l’impulsion de Chrysler, produisit des Dodge, et surtout, que Pegaso, avec ses Z102 et Z103, fit trembler un temps Enzo Ferrari dans les années 50 ?

Le prototype de la Z102 "Berlinetta" !
Le prototype de la Pegaso Z102 « Berlinetta » !

Pegaso, voilà la marque qui nous intéresse aujourd’hui. Oh, je sais, ce doux nom issu de l’antiquité grecque vous fera irrémédiablement penser à des camions, et vous aurez raison, puisque c’est la raison sociale de l’Enesa, la société qui chapeaute la marque. Mais sous l’impulsion d’un étrange personnage, Wilfredo Ricart, la société étatique (dépendant de l’INI, l’Institut National pour l’Industrie) va se lancer dans la fabrication d’un coupé (décliné par la suite en cabriolet) capable de rivaliser avec les meilleures italiennes…

La Z102 carrossée par Enesa/pegaso et présentée en 1951 au Salon de Paris !
La Z102 carrossée par Enesa/pegaso et présentée en 1951 au Salon de Paris !

L’Italie justement, parlons-en. C’est là-bas, avant guerre, que Wilfredo Ricart va se faire un nom. Après quelques tentatives automobiles dans son propre pays, « Don Wilfredo » va s’exiler dans la botte et exhiber ses talents d’ingénieur chez Alfa Romeo. Il s’engagera là-bas dans d’incroyables recherches sur les moteurs d’avions, mais aussi sur les moteurs de course, avec un V16 à 4 soupapes par cylindres (soit 64 en tout) destiné à la compétition. Enzo Ferrari qui voit en Ricart un rival, tentera de l’écarter sans succès. Heureusement pour lui, le V16 de Ricart ne verra jamais le jour, entre la mort d’un des pilotes d’essai, et la Seconde guerre mondiale.

La Z102, carrossée par Touring (la plus répandue)
La Z102, carrossée par Touring (la plus répandue)

Z102 06 Touring

Lorsqu’en 1946 l’INI lance l’Enesa sur les cendres d’Hispano-Suiza à Barcelone, c’est à Ricart qu’on fait appel pour diriger l’affaire, auréolé de sa gloire italienne. Ricart n’oublia pas ses amitiés transalpines, et accueillit à bras ouverts nombre de cadre et ingénieurs d’Alfa fuyant une Italie où il ne faisait pas bon avoir collaborer avec le régime fasciste, et trouvant en Espagne un havre de paix d’une grande tolérance (!).

Touring toujours !
Touring toujours !

Z102 08 Touring

Au pouvoir depuis 1936, le Général Franco dirige d’une main de fer l’Espagne avec de sacrées tendances fascistes (l’Allemagne nazie, avec la Légion Condor, avait grandement aidé à la victoire durant la guerre civile!) mais sa neutralité durant la Seconde guerre mondiale lui permit de rester au pouvoir sans être inquiété par les Alliés, au prix d’une certaine autarcie. La construction d’une industrie nationale est une priorité pour lui, d’où la création de l’Enesa, les poids-lourds étant essentiels au développement du pays. Il n’est cependant pas insensible à l’idée de prestige, et lorsque Wilfredo Ricart soumet l’idée à Franco via la construction d’une automobile de prestige espagnole, le Général valide l’idée.

Touring, tout comme l'espagnol Sera et le français Saoutchik, proposera aussi une version Spider !
Touring, tout comme l’espagnol Sera et le français Saoutchik, proposera aussi une version Spider !

Z102 11 Spider

Franco opte pour la fabrication d’une limousine de luxe puissante, qui servirait aux administrations, à l’accueil des délégations étrangères, et aux ambassades espagnoles partout dans le monde. Mais Ricart, qui garde une certaine rivalité avec Ferrari et voit son rival installer sa nouvelle marque grâce à son prestige et ses victoires sportives, réussit à convaincre le Caudillo de changer son fusil d’épaule. Après quelques sketchs d’une limousine Z101, l’heure est à l’étude du coupé Z102 à partir de 1950 !

Saoutchik donner une ligne particulière et baroque à la Z102 !
Saoutchik donner une ligne particulière et baroque à la Z102 !

Z102 03 B Saoutchik coupé

L’idée de Ricart est simple : produire le meilleur, de la meilleure qualité possible, à un tarif très élevé, de manière à apprendre le plus possible quitte à ce que ce soit en très petite quantité. Bref asseoir la marque par le prestige d’abord, puis passer à une production plus vaste avec d’autres modèles. Dès 1950, un premier prototype de coupé, dessiné en interne, sort des ateliers, puis la fabrication commence à partir de 1951.

Saoutchik réalisa aussi une version cabriolet !
Saoutchik réalisa aussi une version cabriolet !

Z102 13 Cab Saoutchik

On peut réellement parler d’un véhicule espagnole, puisque quasi l’intégralité des pièces, moteur compris, seront de fabrication locale, mis à part les jantes (Borrani), les freins (Lockheed) ou le système incendie (Bosch). Le moteur, inspiré par Ricart, est un V8 qui sera proposé en plusieurs versions au cours des années : 2.5, 2.8, ou 3.2 litres développant de 160 ch à 200 ch pour les versions civiles, puis jusqu’à 355 pour les versions de compétitions. 5 modèles sont construits et présentés en septembre 1951 au Salon de Paris. N’oublions pas que Ferrari n’avait été créée qu’en 1947, et qu’en 1951, les positions n’étaient pas encore figées. Et la rivalité entre Ricart et Ferrari explique sans doute le choix du nom et du logo de Pegaso : un cheval ailé ne vaut-il pas mieux qu’un cheval cabré ? En tout cas, Pegaso impressionne en cette fin d’année, et l’avenir semble plutôt radieux.

Z102 14 Cab Saoutchik

Sauf que… bien que techniquement au point, et sur le papier ultra-performante (un prototype de Z102 Spyder atteint les 250 km/h, vitesse incroyable à l’époque), la haute qualité rêvée par Ricart n’est pas toujours là, et le look n’est pas encore vraiment au point. Heureusement, d’autres fées vont se pencher sur le berceau du bébé : le carrossier espagnole Sera réalisera des versions cabriolets, le français Saoutchik, lui, réalisera des coupés et cabriolets un brin baroque, tandis que le gros de la production sera carrossée par l’Italien Touring. Vers la fin de la production, une variante Z103 puissamment motorisée, avec des V8 oscillant entre 3.9 et 4.7 litres disposant de plus de 300 ch vut proposée. Mais il était trop tard.

La Z103 fut carrossée par Touring: notez son pare-brise "panoramique" !
La Z103 fut carrossée par Touring: notez son pare-brise « panoramique » !

Malgré la volonté initiale de « payer pour apprendre », les Z102 et Z103 s’avèrent être un gouffre financier, et l’Enesa, malgré sa volonté de prestige soutenue par le gouvernement, n’a pas les moyens de supporter plus longtemps un tel effort qui grève les investissements de la division poids-lourds. La production cesse donc en 1958, après seulement 86 exemplaires (dont 28 cabriolets) vendus. Cependant, en tout, près de 125 châssis et carrosseries avaient été fabriqués… le rebut sera donc soit détruit, soit revendus… Ce qui explique que certaines Pegaso « non-officielles » aient pu rouler, souvent avec des moteurs Alfa Romeo.

Z103 02

En 1990, Enesa sera racheté en par Iveco, et le nom commercial disparaîtra en 1994. Pourtant, en 1991, un groupe d’investisseurs tenta de relancer la marque avec une réplique de Z103 motorisée par un V8 Rover de 3.9 litres, dans une version cabriolet. La fabrication, d’abord confiée à l’Anglais IAD, devait revenir en Espagne une fois la première série vendue. Mais les ventes restèrent bloqués à 11 exemplaires seulement.

Z103 03

Bref, autant dire que vous offrir une Pegaso, fut-elle d’origine ou simple réplique, ne sera pas aisé. Mais après tout, si vous avez les moyens, le temps, et l’envie de faire briller l’industrie automobile espagnole, pourquoi pas ?

 

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18 commentaires

wolfgang

Le 12/05/2016 à 13:16

Très beau tout ça.

J2M

Le 12/05/2016 à 17:01

Bravo, belle performance sur un sujet oublié et pourtant dans bien des mémoires, jusque dans les années quatre-vingt !
Les incursions en Espagne étaient toujours l’occasion de voir des truc originaux et sympa, comme la Dodge V8 (dont un exemplaire particulier fit un grand saut à la sortie de la messe…), les Fiat rebadgées avec deux portes de plus là où on croyait impossible de les caser, ou encore les Renault locales, différentes et pleines de charme.
Sans oublier les Dinky-toys espagnols (Auto Pilen) aux coloris différents et aujourd’hui très recherchés.
Et puis les camions à quatre roues avant directrices, de la marque dont il est question ici, preuve d’une compétence mécanique hors pair.
Dommage, c’était vraiment une voiture superbe, qui aurait pu engendrer une belle lignée. La Z103 de Touring, notamment, a des réminiscences d’Alfa Disco Volante assez intéressantes, avec une vraie personnalité.
VW aurait pu en faire la Seat sportive, comme l’Alpine pour Renault, au prix du rachat du nom, of course !

Charly

Le 12/05/2016 à 20:11

L’Espagne contrairement a l’italie, n’avait pas les moyens techniques (acier, alliage, fonderie, usinage) de produire du haut de gamme. A moins de sous-traiter toute la mécanique ailleurs, je vois pas comment ça aurait pu marcher cette affaire…

Jota

Le 12/05/2016 à 23:57

Ces véhicules m’ont toujours fasciné, notamment parce que la marque est tres peu connue et aussi parce que la plupart des modèles ont une carrosserie unique Parmi les plus étonnants (surtout pour l’époque) la Bisiluro ou la Cupula fabriquée pour le président dominicain de l’époque (un look de show car). Pour les camions on en voyait encore rouler, même par chez nous, à la fin des années 90.

Fabrizio

Le 13/05/2016 à 00:09

Intéressant.
Loin de moi de vouloir faire mon casse-burnes Paul, mais je veux bien corriger ton orthographe et tes fautes de frappe quand j’en ai le temps. Ca serait ma modeste contribution à cet excellent blog…
Maintenant, s’il n’y a que moi que ça dérange, je ferai avec 😉

Paul

Le 13/05/2016 à 00:14

Y’en a-t-il tant dans cet article ? Et les 3/4 du temps il s’agit de coquilles… Ayant travailler longtemps dans la presse, sais-tu combien de personnes travaillent au « Secrétariat de rédaction » ? Pour un journal d’une trentaine de journalistes, ce sont pas moins de 3 personnes qui corrigent… Alors s’il te plaît, conçois que seul, et publiant 1 à 2 articles par jour, je puisse faire des fautes qui, grâce à dieu, ne sont pas des fautes de SMS ou autres… Je fais ce que je peux, avec toute la passion que je peux mettre. Mais promis, dès que j’aurai les moyens de mettre en place une chaîne rédacteur-correcteur-titreur-iconogaphe, je te ferai signe 😉

Fabrizio

Le 13/05/2016 à 00:18

Une petite dizaine.
Mais pas de souci, je comprends…et c’est de bon coeur.

Paul

Le 13/05/2016 à 00:20

une petite dizaine, cela me paraît correct pour 10 000 signes, un SR serait content avec cela 😉

wolfgang

Le 20/05/2016 à 14:01

J’en ai trouvé 6 ou 7 et encore, il y a des fautes de frappe…
Franchement, c’est du gratuit, le style et les infos sont largement au-dessus de ce qu’on trouve dans l’écrasante majorité des articles de la presse auto (qui est hors de prix et avec du personnel derrière), je ne comprends pas comment on peut oser trouver quelque chose à redire…
Et puis si on n’est pas content on peut toujours aller voir ailleurs.
Moi j’espère encore pouvoir lire d’autres articles comme celui-ci, quand bien même il y aurait une faute à chaque mot.
Et puis, pour travailler dans un domaine où on embauche des bac + 5, je peux vous dire que la plupart font énormément de fautes… A tel point que si on arrêtait de donner des diplômes à ceux qui font des fautes, il n’y aurait quasiment plus de dipômés en France.
C’est à l’Education nationale qu’il faut se plaindre pas à ceux qui sont victimes de la nullité de la grande partie du corps enseignant français. Chez nous on en est venu à faire un test d’orthographe à des candidats Bac +5… alors sachons relativiser…

Paul

Le 20/05/2016 à 14:09

Ah Wolfgang tu me fais plaisir en disant cela… A chaque fois que je me relis, je suis horrifié, comme tout lecteur lambda, de voir mes fautes !!! Mais, faisant cela en marge d’autres activités (et heureusement) et tentant de le faire pas trop mal (recherce, icono, rédaction), je m’aperçois de l’importance d’un secrétariat de rédaction comme j’en ai connu lorsque je travaillais en presse… D’ailleurs mes articles parus en presse (Rétro Passion Auto, ou Top Gear Magazine) n’ont pas de fautes, étrange ??? ahahaha…. Plus sérieusement, il y a deux écoles: celle qui consiste à publier un article de temps en temps en se prenant pour un journaliste, sans faute, et parfaitement chiant, ou celle (la mienne) jouant sur l’instant, et l’interactivité avec les lecteurs, avec toutes les insuffisances: fautes de syntaxe, fautes d’ortho, coquilles, etc… Je serai une équipe de 20 personnes, je serai très en colère… Etant seul, il me faut plus de temps pour voir les fautes… pour ceux que cela intéresse, écrire 10 000 signes x 1, 2 ou 3 par jour multiplie le risque de fautes… Mais qui s’expose se doit d’admettre: oui il y a des fautes, cela dit, lisant récemment Mdiapart, Le Monde ou autre, c’est récurrent aussi là bas malgré des SR de qualité et en nombre…. A croire que l’ortho est devenu l’apanage des réacs sur le web ahahah… Bon j’arrête de faire mon malin, mais avec 1500 articles entre 3 et 15 000 signes, le ppotentiel faute est énorme non ??? 😉

Fabrizio Dell'Anese

Le 20/05/2016 à 17:19

Dois-je prendre le « réac » pour moi ? Merci.
Si tu t’es senti agressé, désolé, ce n’était pas le but.
Comme j’apprécie tes articles je t’ai proposé de les « corriger » sans rien demander en retour. J’ai compris que ce n’est pas ta priorité et que tu n’en as pas le temps. Ok. Mais se faire traiter de réac en retour c’est assez décevant…

Paul

Le 20/05/2016 à 17:32

Oula je ne pensais pas à toi, qui le disait avec bonhommie et gentillesse… je pensais plutôt à d’autres 😉

Fabrizio Dell'Anese

Le 20/05/2016 à 18:26

Pour tout dire je corrige déjà les écrits de mon épouse qui a des fonctions qui ne tolèrent pas les fautes d’orthographes, et le domaine de l’enseignement c’est nettement moins marrant pour moi que l’automobile. 😀 Je n’ai pas beaucoup de « talents » mais je les partage volontiers.
D’autre part Wolfie je ne répond plus aux agressions du style « si t’es pas content tu peux aller voir ailleurs ». Je me suis suffisamment pris le chou par le passé avec des trolls sur la toile puis je me suis rendu compte que le peu de temps qu’on a à vivre n’en vaut pas la peine…
Au plaisir de te relire Paul. Même avec des fôtes d’aurtograf.

Paul

Le 20/05/2016 à 22:44

y’a pas de mal… ici tout le monde peut tout dire, y compris moi 😉

Greg

Le 13/05/2016 à 13:03

Allez Paul, c’est pour quand la Fiat 8V? 🙂

meunier

Le 17/05/2016 à 19:50

la rétrospective pegaso a rétromobile l’an dernier fut éclipsée par la collection baillon . dommage car le plateau était magnifique et nous ne serons pas près d’en revoir autant de réunies ici .

denis the pest

Le 29/12/2016 à 15:33

Tout le monde fait des fautes d’orthographe alors on s’en fout, l’essentiel est le plaisir que l’on a à te lire!

Paul

Le 29/12/2016 à 15:42

ahaha merci 😉 c’est un peu ce que je me dis… Certes, il y en a toujours qui passent malgré les relectures, mais ça reste tout de même raisonnable par rapport à ce qu’on peut lire ailleurs (oui oui !) Merci pour ce soutien Denis

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