Peugeot 205 GTI : « Mythologie » des années 80 !

Dimanche 28 février 2016
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Tout a été dit ou presque sur la Peugeot 205 GTI. En faire un article s’avère donc périlleux, aussi vais-je tenter d’en parler « autrement ». Les puristes m’en voudront peut-être de ne pas trop rentrer dans la technique (cela dit, cela n’a jamais été mon truc, même s’il faut bien parler de temps en temps de cylindrée, de puissance ou de couple, voire de certaines solutions techniques), mais je leur dirai qu’ils en savent sûrement plus que moi. Roland Barthes, dans « Mythologies » en 1956 mettait en avant jusque sur la couverture la Citroën DS, représentative « mythique » de son époque. S’il avait été encore vivant dans les années 80, sans doute la 205 GTI aurait-elle remplacé la DS !

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A force de lire Boîtier Rouge, chacun aura compris dans quel caca se trouvait Peugeot après avoir eu les yeux plus gros que le ventres dans les années 70 avec le rachat de Citroën en 1975, puis de Chrysler Europe en 1978 (lire aussi : Rachat de Chrysler Europe). Rajoutons à cela une bonne crise pétrolière en 1979, et on se retrouve avec un fleuron de l’automobile française, réputé pour sa gestion de « bon père de famille », dirigé par une famille bourgeoise et protestante jusqu’au bout des ongles et réputée prudente, à deux doigts d’une faillite qui aurait laissé le champs libres aux « cocos de Billancourt » (lire aussi : Ta Beline est politique Camarade !). Heureusement, il y a avait dans les cartons de quoi se relancer, une voiture géniale comme un constructeur n’en a pas souvent : la 205. Les publicitaires ne s’y étaient pas trompés, en l’appelant aussi sec « le sacré numéro ». Numéro béni, à posteriori, numéro de la dernière chance à l’époque.

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Conscients de l’importance du modèle, les « p’tits gars de chez Pigeot » n’avaient pas le choix : avec la 205, c’était la roulette russe, « ça passe ou ça casse ». Il faut croire que c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur, car à tous les niveaux de la gamme 205, les mecs eurent « la vista ». La nouvelle 205 sortira en 1983, mais dès le 1er mars 1984, la 205 GTI (avec son 1,6 litre de 105 ch) est commercialisée. Bon ok, Volkswagen avait déjà bien défriché le marché, et surtout imposé un standard de performance sur le segment de la petite citadine sportive. Peugeot n’eut qu’à suivre le mouvement. Mais alors qu’aujourd’hui tout le monde pense ne pas pouvoir rivaliser avec les allemandes et les standards venus d’outre-Rhin, Peugeot eut l’outrecuidance de penser pouvoir faire aussi bien, si ce n’est mieux, que celle qui dominait le marché depuis belle lurette.

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« De l’audace, toujours de l’audace » disait Danton. Une phrase que nos constructeurs français devraient suivre aujourd’hui, et que Peugeot prit à son compte à l’époque. Coupant dans les budgets, renonçant à certaines ambitions, sciant les branches mortes (la Talbot Tagora en est un exemple flagrant, lire aussi : Talbot Tagora), faisant de la place pour que son bébé prenne son envol (adieu BX 4TC mal fagotée, et possible concurrente de la 205 Turbo 16 en Rallye, lire aussi : Citroën BX 4TC), Peugeot faisait « tapis », et remporta la partie dont la 205 GTI en est l’illustration.

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Confiant en son produit, la marche sochalienne n’hésite pas à mettre en avant sa petite sportive qui va tirer toute la gamme vers le haut, et faire de la 205 un best-seller, une machine à cash, qui permettra à la vieille entreprise doubiste de se refaire et de lancer dans la foulée un deuxième hit, la Peugeot 405. Epoque bénie, où tout souriait enfin, après avoir bien flippé au début des années 80. La 205 GTI est un symbole de ces années-là : chérie des golden boys « à la française », révolutionnaire (et pourtant sans chevron) par son positionnement (une petite voiture pouvait être un « signe extérieur de richesse », bien que Claude Brasseur dans le film éponyme préfère conduire une Jeep Cherokee), et surtout, son efficacité. Une sorte de compromis bien dans son époque, où sous un pouvoir socialiste le capitalisme prend son envol, où l’on montre sa réussite tout en restant chauvin, et où la vitesse et le sport en automobile restaient encore politiquement corrects.

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Peugeot fera évoluer sa petite bombinette, le 1,6 litre passant à 115 ch… tandis qu’un kit PTS permettait d’obtenir 125 ch (lire aussi : Peugeot 205 GTI Kit PTS). Pendant ce temps-là, avec Jean Todt à la baguette, Peugeot-Talbot Sport s’impose avec maestria en Groupe B, puis Rallye-Raid, installant un peu plus la marque, son modèle phare, et sa GTI de série ! La preuve que, lorsqu’on a une stratégie, et que l’on s’y tient, tout sourit ! En 1986, la 205 GTI prend encore du coffre, avec une version 1,9 litre et 130 chevaux. En France, la GTI met au rencard sa concurrente au losange, la Renault Super 5 GT Turbo (lire aussi : Renault Supercinq GT Turbo), tout comme la Golf GTI. En Europe, elle fait mieux que se défendre, talonnant la Golf, la dépassant même notamment en Angleterre (qui sortira dans les années 90, entre autres, une version spécifique et désirable, la 1FM, lire aussi : 205 GTI 1FM).

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Le passage au pot catalytique en 1993 entraînera l’abandon de la GTI 1,6 litre, tandis que la 1,9 litre verra sa puissance passer à 122 ch. Mais peu importe, la belle est en fin de carrière, tandis que Peugeot a déjà lancé une 106 vitaminée (la XSI, lire aussi : Peugeot 106 XSI) et prépare la 306 S16 ! D’ailleurs, les GTI ne sont plus au catalogue en 1994 ! Au total, plus de 330 000 exemplaires de ce petit modèle sportif et « couillu » (à l’époque il fallait oser ce pari jamais vraiment tenté par Peugeot, mêlant modèle de série performant, abordable et plaisant, avec une politique sportive audacieuse et adapée). Sans compter la sellerie rouge vif sur certain modèle, so eighties !!! Le problème avec la GTI aujourd’hui, c’est qu’elle aura tellement marqué son époque qu’elle en est devenue l’icône, du moins en France. Résultat, la moindre voiture en bon état finit par s’afficher à des tarifs indécents pour une voiture datant, pour la plus récente, de près de 22 ans (32 ans pour la plus vieille).

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Aujourd’hui, la spéculation a gagné les couches automobiles les plus basses, et chacun croit avoir un trésor dans son garage. La mode des youngtimers a fait le reste, contribuant à une hausse des prix bien éloignée de la philosophie de la voiture à l’origine : mettre le sport à la portée de tous, dans un emballage valorisant. Certes, la 205 GTI s’adressait déjà à une clientèle aisée, et pour les plus désargentés à l’époque, il fallait se rabattre sur la Rallye (lire aussi: Peugeot 205 Rallye) ! Mais aujourd’hui, les deux modèles sont chers, voire inaccessibles ! Je ne vous parle même pas de la 205 Turbo 16 série 200, dont les prix atteignent des sommets (lire aussi : Peugeot 205 Turbo 16 Série 200). Si pourtant vous avez envie de casser votre tirelire pour vous offrir un bout de nostalgie, n’hésitez pas, et sautez le pas ! Plaisir assuré.

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Sur le sujet, lire aussi : Peugeot 205 GTI Griffe et surtout, pour les amateurs de disctinction, Peugeot 205 i16v Gutmann. Les amateurs de tuning (même si c’est plutôt bien fait) se plairont à lire aussi ces deux articles : Peugeot 205 Dimma et La Peugeot 205 Dimma de Vincent !.

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13 commentaires

Guepe

Le 28/02/2016 à 17:33

Ben voilà ! une icone.. les prix s’envolent !
C’est bien dommage pour l’amateur de voitures qui souhaite rouler autrement sans se ruiner. A croire que dans notre pays ou la voiture est devenue politiquement incorrecte (en tout cas si elle est un tant soit peu sportive) la nostalgie oblige à se tourner vers les Yougtimers pour se faire plaisir …

Benjamin

Le 28/02/2016 à 22:34

Superbe article et bien dans le ton BR. 🙂
Juste une petite précision, la BX 4tc est sortie après la 205 t16. Elle fut écartée, surtout pour son manque de mise au point.
Une petite dernière pour la route, la BX fut également une bouée de sauvetage pour Citroën en 82. 🙂

Paul

Le 28/02/2016 à 22:37

c’est vrai pour la 4TC, mais c’est bien parce que rien ne justifiait plus son engagement, devant le succès de la 205 T16, que personne ne voulut plus tenter de sauver les meubles… Pour la BX tout court c’est tout à fait exact, elle fut elle aussi la planche de salut d’un Citroën au sein d’un groupe qui sombrait… Sans la BX, qui sait si Citroën n’aurait pas connu le même sort que Talbot 😉

Benjamin

Le 29/02/2016 à 18:27

Le même sort que Talbot, non je ne pense pas.
Certes les gammes basses se vendait mal (gamme bicylindre surannée et revenant chère, les Visa et LNA étaient un demi succès).
Mais la gamme G se vendait correctement (grâce au hayon surtout et des mécaniques enfin « sobres »), tout comme la CX (qui vient enfin de remplacer les sempiternels moteurs de DS par des FM tous neufs, en gamme basse).

Je pense que l’arrivée des années 80, fut le « coup de pied au cul » salvateur de PSA. Certes les 2 marques étaient à sec et tentait de faire durer des modèles vieillissants.
Mais elles n’avaient pas l’impact négatif, qu’avait Talbot dû aux grèves répétitives.Mais comme tu le dit (dans l’article du rachat de Chrysler Europe) , PSA n’avait peut être pas les moyens (ni l’envie) de maintenir 3 marques à flot, 2 suffisaient largement. 🙂

Greg

Le 29/02/2016 à 09:41

Ne tournons pas autour du pot: la Golf demeure encore et toujours la référence européenne sur le créneau des compactes.
Peugeot a assimilé cette donnée depuis longtemps, et quand ils imitent la Golf, le succès est au rendez-vous…
Ainsi la 205 GTI: Peugeot ne cherche pas à réinventer l’eau tiède ou le fil à couper le beurre.
Une caisse compacte et légère, agrémentée d’une présentation pimpante, posée sur des trains roulants aux petits oignons, et animée par une mécanique rageuse et… solide!
La 205 GTI se permet même de garder des freins arrière à tambours comme « vous savez qui » ET ajoute de très belles jantes alu en 14″ alors que la Golf (I) GTI a fait la fortune des accessoiristes, avec ses jantes en tôle de 13″…
La 205 GTI est aussi favorisée par… le calendrier!
A sa sortie, VW renouvelle la Golf, « on a tout changé sauf le nom » disait la pub.
Les clients déçus de l’embourgeoisement de la Golf II se naturellement tournés vers la 205 qui perpétuait l’esprit de la GTI originelle!

Greg

Le 29/02/2016 à 10:00

Aparté sur la 205 T16 et la BX 4TC:
pour la Peugeot, le département sportif dont Jean Todt venait de prendre les rennes a étudié ce qui marchait chez la concurrence et a élaboré une synthèse parfaite.
Structure sur mesure, centrage des masses, suralimentation et transmission intégrale.
Après un baptème du feu au trophée Jean François PIOT, la 1ère sortie dans le grand bain du Mondial a lieu au Tour de Corse 1984 et Ari Vatanen ne tarde pas à signer le 1er scratch de la nouvelle référence.
Pendant ce temps là chez Citroën, les « experts » du marketing ont imposé de rester au plus près de la berline de série; c’était aussi la voie choisie par Audi dès 1981 et 3 ans plus tard, il était de plus en plus criant que c’était une erreur.
Résultat: en 1985 Citroën sort la voiture de rallye la plus encombrante du plateau et Audi dévoile une Quattro Sport raccourcie de 30cm dans l’espoir de lui redonner un peu de maniabilité…
Autre boulet accroché aux pieds de Guy Verrier qui dirige le département sportif de Citroën: les comptables lui imposent de développer la voiture de rallye sur fonds propres, c’est à dire que le budget course repose uniquement sur la vente des 200 voitures de production!
Même Peugeot a eu un mal de chien à écouler les 205 « Série 200 » malgré les succès à répétition de la T16 en rallye!
Peugeot n’a pas eu besoin de s’impliquer dans la triste fin de la BX 4TC.
Sur la scène de crime, on peut lire ce message tracé en lettres de LHM: « Citroën m’a tuer »

the french autodrome

Le 29/02/2016 à 14:09

Très bon article et excellent résumé de la situation. En tant que passionné et ancien proprio du modèle, cet article n’est pas fâcheux du tout.
En effet, les prix sont devenus délirant. La voiture est géniale à conduire. Dotée d’un dessin réussi… Bref, une auto désirable.
Mais pas sans défaut. Train arrière souvent H.S, intérieur un peu fragile, souvent très kilométrées…certains risquent de payer au prix fort des « merguez ». Tant pis pour eux….

phili37

Le 29/02/2016 à 16:15

Petite annecdote, mais pas des moindres, à 3 mois de la présentation de la voiture, les stylistes durent plancher (sans jeux de mots) sur la fameuse « planche à laver  » greffée sur le haillon arrière. Les dirigeants étant traumatisés par le syndrome de la poire, fatal à la R14. Seule la Rallye et les dernières séries s’en sont passées.

Benjamin

Le 29/02/2016 à 18:04

Une autre anecdote concernant le design, 2 équipes furent mise en concurrence; le style interne de Peugeot (avec G.Weltzer aux commandes) et Pininfarina.
Lors de la confrontation des 2 protos, la version Peugeot fut sélectionnée. Beau joueur, l’équipe Pininfarina, conseilla à Weltzer de remplacer la calandre constituée d’un unique hauban par 3 lames horizontales.

Olivier Guin

Le 01/06/2016 à 18:00

D’après Welter himself, c’est Robert Peugeot qui lui demanda de mettre une 3 barrettes…

wolfgang

Le 29/02/2016 à 19:03

La 205 pour moi, c’est l’enfance, la 900 Ninja, la GSXR, Goldman et Ballavoine à la radio, Coluche sur Europe 1, Ary Vatanen, une époque où on pouvait encore se faire plaisir au volant, bref la bagnole la plus emblématique de cette époque avec la sculpturale Testarossa et la bestiale 930 Turbo.

Sportive, belle (bien plus belle qu’une Golf trop carrée et austère), élégante (bien plus qu’une R5), le mélange parfait.
Jamais Peugeot n’a encore réussi à surpasser cela.

the french autodrome

Le 29/08/2016 à 22:06

Votre article est plutôt complaisant. J’ai cru que vous alliez parler de sa finition et construction pas aussi durables que celles d’une Golf GTi ou Honda Civic 1.6-16 de la même époque.
Tissus de sièges fragiles sur certains millésimes. Train arrière qui fatique. Caisse qui parfois se craquèle au dessus des vitres arrières ou à la jonction des ailes arrières avec les longerons pour les exemplaires fortement sollicités.
Pour avoir fait 130 000 km cumulés sur deux modèles, avec passion, il faut reconnaitre que c’est une super machine mais avec aussi des défauts.
Les prix sont en effets bien plus haut qu’il y a 15-20 ans où trouvait de belles 1.9 130 pour 3500 euros. Mais à ce prix c’était cadeau. Tellement cadeau qu’elles ont été bidouillées, massacrées, consommées comme des rasoirs bics…
A présent elles sont peut être surestimées. Mais c’est ce qui fait qu’elles valent économiquement la peine d’être restaurable. Ce qui motivera certains à faire revivre des exemplaires fatigués. Et si on compare les prix encore plus élevés des machines plus puissantes de l’époque, elle fait encore figure des sportives à prix d’appel. Par contre ceux dont la passion/soif de spéculation font oublier la raison s’en mordront peut être les doigts de payer une merguez à prix d’or.

Paul

Le 29/08/2016 à 22:33

Complaisant ? Mon idée n’est pas de détruire ou d’encenser une bagnole, mais d’en raconter l’histoire tout en mettant le ton, et éventuellement ma passion… 😉 chacun son style

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