Peugeot 504 4×4 Dangel : tout terrain à la française

Mardi 31 janvier 2017
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Nous sommes en 1982, j’ai presque 7 ans et je me passionne déjà pour la chose automobile et le Dakar en particulier. Si la course est déjà devenue mythique, elle n’a pas encore pris des dimensions industrielles avec l’arrivée de Peugeot un peu plus tard. Pour moi, c’est donc l’occasion de découvrir bon nombre de voitures inconnues (à mes yeux d’enfant). Cette course permettait un aperçu sur une production automobile marginale : les 4×4 se faisaient encore rares sur nos routes, et relevaient souvent d’une utilisation très professionnelle. Aussi, mater le Dakar pour un gosse féru de caisse permettait d’améliorer ma culture. En cette année 82, on trouvait au départ des Cournil (lire aussi : Tracteur Cournil) et leurs descendants UMM (lire aussi : UMM Alter), des Fiat Campagnola, des Mercedes Classe G ou des Volkswagen Iltis (lire aussi : Volkswagen Iltis), et même une drôle de 4L découvrable appelée JP4 (lire aussi : Car Système JP4).

L’une des 504 4×4 Dangel au départ du Paris-Dakar 1982

En ces années-là, on achetait encore les voitures par tradition familiale, et mon père était très « Peugeot », je l’étais donc aussi (lire aussi : « Ta berline est politique, camarade »), et si je m’intéressais de près à la formidable Renault 20 des frères Marreau, qui allait gagner l’épreuve (lire aussi : la Renault 20 4×4 des frères Marreau), je ne manquais pas de repérer d’étranges Peugeot hautes sur pattes au physique pourtant familier : des 504 4×4 Dangel. Pour la première fois, ces 504 rehaussées et dotées d’une transmission intégral inventée par Henry Dangel participaient au Dakar : au total 12 exemplaires de cette curieuse bête s’alignaient au départ, sur 236 participants. Je repérais aussi un 13ème modèle, hors course, puisqu’il s’agissait de la voiture de presse d’Europe 1 couvrant l’évènement.

Ce pick up n°228 sera le seul à atteindre Dakar

Immédiatement, je me mis à aimer ces voitures si familières et si différentes, respirant la puissance avec leur taille haute, et leur air agressif, leurs gros pneus et leur look baroudeur. L’armée et la Gendarmerie furent des bons clients, et l’on pouvait croiser (surtout outre mer) des képis bleus en Break 4×4 Dangel… plus rarement des commandos de l’air en pick up camouflés. Les pompiers, ou EDF, s’équipèrent eux aussi de ces 4×4 rustiques et français, ainsi que bon nombre de particuliers. Au total, 3168 pick ups et 1142 breaks furent fabriqués entre Juillet 1981 et novembre 1985, avant d’être remplacés par la 505 Break 4×4 Dangel plus moderne (mais sans version pick up, lire aussi : Peugeot 505 4×4 Dangel).

La voiture de presse d’Europe 1 était aussi une 504 Dangel

Malgré un territoire variée, rural et montagnard, la France n’aura jamais été un pays de 4×4, laissant les britanniques (avec Land Rover) ou les Japonais s’engouffrer dans ce créneau. Quelques hommes solitaires, comme Cournil ou Dangel, pensaient pourtant qu’il existait un marché pour ce type de véhicule, et qu’on pouvait proposer des produits de qualité pour un tarif raisonnable. C’est en tout cas l’idée d’Henry Dangel qui va développer et breveter un système de transmission intégrale adaptable à une propulsion. Cela tombe bien, puisque la 504 conserve cette architecture. Elle a déjà bien établi sa réputation de robustesse, et dispose de carrosseries break et pick up : c’est la voiture idéale pour adapter le système Dangel.

Peugeot va d’ailleurs rapidement voir son intérêt à travailler officiellement avec Henry Dangel : grâce à l’offre 4×4 Dangel, Peugeot peut à moindre frais proposer une solution aux professionnels encore sensible à l’aspect patriotique, et tenter de résister aux assauts des 4×4 japonais en Afrique. En 1980, et avec le soutien de Peugeot, Henry Dangel créé donc sa société en Alsace, et la production des versions 4×4 commence en juillet 1981. Pour promouvoir ce nouveau tout-terrain français, rien de tel que le Dakar, même si pour cette année 82, seul le pick up n°228 de Marty et Cazalot termine la course, à la 49ème place.

Peu importe, les 504 Dangel étaient désormais connus. Sur le terrain, avec leurs 2 litres essence de 96 ch ou 2.3 diesel de 70 ch, les Dangel faisaient des merveilles et rivalisaient avec de « vrais 4×4 ». Bien sûr, le train arrière demandait un peu de doigté (surtout pour la version pick up), mais les capacités de franchissement de l’engin prouvaient qu’il ne s’agissait pas de bricolage à la va vite dans un petit atelier. Le soutien de Peugeot permit d’ailleurs à la société Dangel de se développer : elle existe encore aujourd’hui et continue à transformer des Peugeot en 4×4 (essentiellement des utilitaires Partner). Mais l’organisation industrielle (les 504 était fabriquées par Peugeot puis transformées par Dangel) empêchait une réelle production de masse : les 504 restèrent donc confidentielles et cantonnées au monde militaire ou professionnel.

On en trouve facilement aujourd’hui, en plus ou moins bon état et avec des kilomètres au compteur. Beaucoup sont des véhicules militaires déclassés, et demanderont un certain travail de restauration. Mais l’avantage, c’est qu’il s’agit d’une 504 : c’est increvable, et la transformation Dangel, c’est du costaud. Bref, si l’occasion se présente, n’hésitez pas, histoire de vous faire plaisir, de posséder un véhicule relativement rare, et de regarder de haut la plèbe en berline et les parvenus en SUV de luxe.

 

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18 commentaires

Olivier

Le 31/01/2017 à 12:33

La version pick-up rouge présentée en photo est me semble-t-il une série spéciale baptisée California.

Olivier

Le 31/01/2017 à 12:36

Qui se distingue notamment par ses grilles de protections des phares et des feux, et ses bandes (peintes ou autocollants ?) sur la carrosserie.

Michel

Le 31/01/2017 à 15:44

Il est étonnant, entre savoir faire de DANGEL dans le 4×4, et les liens très étroits avec Sochaux, que PEUGEOT, ait raté le marché du 4×4 et SUV (jusqu’a la sortie du 2008 – 3008)

Olivier

Le 31/01/2017 à 17:42

La collaboration Peugeot Citroen avec Dangel existe toujours … mais oui, bizarre

Antoine

Le 31/01/2017 à 16:10

504, 505, la panoplie des Dangel vintages est presque au complet dans BR… il ne manque plus qu’à mêler le génie de l’adaptation du 4×4 à la francaise avec l’utilitaire culte de nos campagnes. L’Attila des chemins boueux, le dandy des cours de fermes, le terrasseur de bouses molles : notre C15 Dangel national !

Quentin

Le 31/01/2017 à 16:21

Au début des années 50, ils avaient préparé une sorte de Jeep sur une base de 203, à laquelle l’armée a préféré les Jeep Hotchkiss et dans une moindre mesure Delahaye VLR. Cela a suffit à stopper le projet, car il n’y avait pas d’autre débouchés en France : le pouvoir d’achat des agriculteurs et artisans était trop faible, et le réseau routier en trop bon état (et même là où il ne l’était pas, une bonne vielle Traction suffisait souvent). Il aurait fallut pousser sur l’exportation, et pour un bien maigre gain, alors que la 203 était suffisante pour occuper toutes les forces de l’entreprise. Au passage, la Renault Colorale avait déjà fait un four.

Quentin R.

Le 01/02/2017 à 01:14

Avant de se spécialiser dans le 4×4, Henry Dangel faisait dans la barquette de course et à même été importateur jusqu’en 1976 des jantes BBS avant d’en assurer la fabrication un temps en Alsace.
Pour en revenir à la 504 qui nous occupent, au départ il aurait été question d’un simple kit. Voulant avoir l’aval du constructeur, il contacta ce dernier qui se montra intéresser par son projet. De là vient une légende que Mr Dangel nia pourtant: lors d’une réunion chez Peugeot destinée à présenter dans le détail son projet aux ingénieurs du constructeur, il se vit remercié, leur porte-parole lui expliquant que ces solutions ont déjà étaient inventoriés puis rejetés car un véhicule ainsi équipé ne peut fonctionner. Dangel insista timidement mais l’homme de chez Peugeot lui répéta qu’il n’avait pas de temps à perdre et que sa voiture ne peut marcher… A cela, Dangel répondit: « Monsieur, ma voiture ne marche peut-être pas mais je suis quand même venu vous voir à son volant!». Puis vint un lourd silence dans l’assistance… De là débuta l’aventure des 4×4 Dangel qui se poursuit encore de nos jours.
Pour compléter la gamme 4×4 au côtés des 504 puis 505 (qui, perso, ne connurent pas le succès qu’elles méritaient…), Dangel avait proposer des versions à quatre roues motrices des 305, 309 et même 205 GTI!!! Pour cette dernière, regrets éternels snif :’-( …
Au sujet des Dangel du Dakar,certaines d’entre-elles notamment le pick-up n°228 évoqué dans l’article était me semble t’il animée par un V6 PRV délivrant dans les 200ch… Fallait au moins ça pour attaquer le Ténéré 😉

Pierre-François

Le 01/02/2017 à 18:22

La 505 Dangel avait vraiment une sacrée gueule ! Je la préfère à la 504 car plus « racée ». Et on ne m enlèvera pas de l esprit que les créateurs des « cross country » « xc » et autre allroad avaient sûrement les créations Dangel dans un coin de leurs têtes… Même si l usage de ces véhicules ne sont pas les mêmes ! Je ne connaissais pas les projets sur base 309 et 205 , mais une gti 1,9 transmission intégrale aurait été aussi fabuleuse qu imbattable ! Surtout avec une culasse 16s… Regrets effectivement !

Quentin

Le 01/02/2017 à 20:08

Attention, pour un niveau de puissance pas énorme, la transmission intégrale n’est pas forcément l’arme ultime, surtout à l’époque, à cause du poids. La Renault 21 Turbo Quadra s’est assez peu vendue car elle était jugée moins dynamique que la traction. Qui plus est, les transmissions Dangel sont plus orientées franchissement que performance.

Nabuchodonosor

Le 02/02/2017 à 15:51

« L’organisation industrielle (les 504 étai(ent)(merci pour elles) 🙂 fabriquées par Peugeot puis transformées par Dangel) empêchait une réelle production de masse »
Je garde aussi le souvenir tenace que, si elles étaient efficaces par temps de neige ou sur les chemins boueux, les transmissions Dangel faisaient bouffer du pneu à tire-larigot sur route et, sauf à avoir un portefeuille d’actions bien garni du côté de Clermont-Ferrand, l’intérêt pour un gros rouleur était plus que limité…
Selon moi ce n’est donc pas l’organisation industrielle qui empêchait le volume, mais la conception même de ces transmissions optionnelles, adaptées à des tâches bien spécifiques mais peu polyvalentes sur route.
Nabubendum.
🙂

pipom

Le 01/02/2017 à 18:56

Je veux bien en échanger une contre mon Niva, mais c’est un véhicule qui se fait bien rare .

Alain

Le 02/02/2017 à 15:02

D’après mon beau-père, plusieurs ont été abandonnées au fond d’une mine sur Caen à la fermeture de celle-ci…

Nabuchodonosor

Le 02/02/2017 à 16:00

Abandonné au fond de mine ? Attention, c’est Dangeleux !
🙂

Alain

Le 03/02/2017 à 02:43

La mine a été inondée.

Charly

Le 04/02/2017 à 13:54

« même si pour cette année 82, seul le pick up n°228 de Marty et Cazalot termine la course, à la 49ème place »

Une seule a l’arrivée sur 12 ? C’etait pas fiable ?

Guepe

Le 05/02/2017 à 16:53

J’ai travaillé avec un pick-up Dangel essence pendant des années. Il était tropicalisé et revenais d’une de nos bases au Sénégal. Double réservoir double roue de secours. Treuil, banc latéraux dans la benne. Un véhicule à tout faire puissant et capable de porter. Je préférais de loin le Dangel à la Niva pis au nissan diesel anémique qui l’a remplacé.
Je regrette son départ sur casse de la boîte de transfert suite à une mauvaise manipulation d’un collègue

Wallendorff Gérald

Le 23/06/2017 à 15:40

Véhicules correct à ne pas mettre dans les mains de n’importe qui et oui en prendre soins système dangel pour très très bon véhicule ci réducteur et bloquage transfert en option j’en ai eux deux 504 pickup D 1984 california

Pilip Orlik

Le 28/02/2017 à 19:38

En 1983 jeune VSN au Sahel le service du ministère de l’agriculture dans lequel j’avais été affecté avait été doté d’un Dangel pick up. C’était le véhicule qui résume toutes les insuffisances en matière de tout terrain. Pas de réducteur. Moteur essence à la peine. Peu de capacité de franchissement ou d’affronter le sable. Et surtout une fragilité extrême qui faisait que le train avant été écrasé à chaque mission en brousse. Le tout venant de l’approche initiale sans conception. Il est coûteux de bricoler un châssis conçu pour la route pour prétendre le transformer en 4X4 par l’ajout d’une boîte de transfert et d’une transmission sur le train avant.

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