Peugeot 504 : le si discret best-seller du Lion

Vendredi 28 octobre 2016
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Les automobiles des années 60 et 70 ont souvent marqué l’imaginaire des gamins de l’époque (des quadra/quinqua d’aujourd’hui quoi). Cette période marque le réveil de l’industrie automobile française qui devient enfin conquérante et élargit ses gammes après avoir passé les années 50 à reconstruire et à reprendre pieds. A cette époque, le marché était moins « marketé » qu’aujourd’hui, moins segmenté, et les marques nationales se payaient la part du Lion dans leurs pays respectifs. En France, après la disparition de Panhard en 1965, il reste 4 marques généralistes : Renault, Peugeot, Citroën et Simca qui se tirent la bourre à coup de lancements plus ou moins spectaculaires.

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Pendant que Citroën continue d’étonner avec sa DS, et tente de monter en gamme, en puissance (lire aussi: Citroën SM) et en technologies avec des modèles à moteur Wankel (lire aussi : Citroën M35 et Citroën GS Birotor), et tandis que Renault innove en jouant la carte du hayon (lire aussi : Renault 16), Peugeot de son côté frappe discrètement un grand coup en lançant en 1968 sa nouvelle berline haut de gamme (en attendant la 604), la fameuse 504.

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Sérieuse et statutaire, la 504 semble terriblement classique face à ses concurrentes, et on pourrait croire que la marque au Lion fera de la figuration sur un marché automobile avide de nouveautés, d’avancées technologiques et de design modernes. Erreur : cette grande berline qui succède à la 404 sera l’un des best-seller de Peugeot. Avec 3,7 millions d’exemplaires produits entre la fin 1968 et… 2005, la 504 ne sera dépassée que par la 205 et la 206 au palmarès de Sochaux ! Discrètement, lentement, mais sûrement, elle jouera sur ses qualités intrinsèques pour se faire une place sur toutes les routes du globe, et durant de nombreuses années, marquant à jamais l’esprit des petits français, mais aussi des argentins, des africains, et même des américains (dans une moindre mesure il est vrai).

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La 504 est en quelque sorte la première voiture « mondiale » de Peugeot. Elle sera fabriquée en France certes (ainsi qu’au Portugal pour l’Europe), mais aussi au Nigeria (lire aussi : La 504 au Nigeria), au Kenya, en Afrique du Sud, en Tunisie et en Egypte pour l’Afrique ; en Chine (lire aussi : Peugeot en Chine) et à Taïwan pour l’Asie ; en Australie et en Nouvelle-Zélande pour l’Océanie ; et enfin au Chili et surtout en Argentine (lire aussi : La Peugeot 504 en Argentine) pour l’Amérique du Sud. Elle sera aussi commercialisée aux USA (mais fabriquée en France), avec un certain succès, notamment en tant que taxi ! Bref, un succès que son physique passe-partout ne laissait pas augurer… Et pourtant.

La 504 connaîtra un certain succès outre-Atlantique
La 504 connaîtra un certain succès outre-Atlantique

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Petite anecdote, en 1998, il se vend encore près de 8000 exemplaires de 504 dans le monde, à comparer aux 3900 exemplaires de la 605 la même année : tout simplement le double. D’ailleurs, les usines de Sochaux vont continuer à fabriquer des coques, des pièces et des moteurs de 504 jusqu’en 2005, envoyés par bateaux ou avions au Nigeria. En France, malgré le lancement de sa remplaçante en 1979, les 504 breaks, berlines, coupés et cabriolets survivront jusqu’en 1983, tandis que le pick up sera, lui, vendu jusqu’en 1996 (importé d’Argentine pour les deux dernières années). Avec la 504, Peugeot sera des années durant le roi de l’Afrique, qu’elle soit fabriquée sur place ou importée d’occasion de France.

La version pick up sera vendue jusqu'en 1996 en France
La version pick up sera vendue jusqu’en 1996 en France

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Comment expliquer ce succès incroyable ? Loin de l’innovation, de l’exubérance et des designs alambiqués de ses concurrents, Peugeot a joué sur ses qualités : la 504 est le fruit de l’expérience, de la prudence, et du sérieux d’un constructeur bourgeois (réactionnaire?), provincial et conformiste, et ce qui aurait pu être un handicap certain s’est transformé en avantage concurrentiel : la robustesse de la 504, sa fiabilité, sa simplicité, en feront la voiture idéale tant en France que sur les pistes africaines. En outre, Peugeot va décliner son modèle en de nombreuses variantes permettant de toucher toutes les franges de la population, à l’heure où les grandes berlines ne sont pas seulement des hauts de gamme, mais aussi des voitures familiales et donc populaires. De la 504 L de base à la V6, de l’essence au diesel (dont Peugeot se fait le champion), de la berline au break, au coupé (lire aussi : Peugeot 504 Coupé), au cabriolet, au pick-up, et même aux versions 4×4 préparées par Dangel, il y en a pour tous les goûts, les couleurs, et surtout les budgets. Et contrairement à ses concurrents, Peugeot reste fidèle à la propulsion, ce qui donne à la 504 un charme certain aujourd’hui (tout comme la 505, ultime « propu » du Lion).

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Côté moteur, on trouve de tout au fil des ans. Née avec le moteur 1.8 litres essence « carbu » (73 ch puis 78 ch) ou « injection » (97 ch), qui passera à 2 litres en 1971 (carbu 93 puis 97 ch, injection 103 puis 106 ch), elle recevra par la suite un diesel 2.1 (65 ch mais aussi 59 ch plus tard), un 1.9D (50, 56 ch puis 49ch) 2.3D (70 ch), le V6 PRV 2.7 litres (136 ch puis 144 avec le passage à l’injection, uniquement sur les cabriolets et coupés), et un 1.6 essence (62 ch, pour le pick up uniquement), je crois que le compte est bon. En tout cas, voilà la large palette de moteurs proposée par Peugeot pour sa 504.

Une autre façon de marquer les esprits
Une autre façon de marquer les esprits

Pour entretenir sa légende naissante, notamment sa robustesse, Peugeot va aussi jouer la carte du sport, avec des berlines ou des coupés, particulièrement sur les rallyes africains (Bandama, Maroc, Rallye Safari, Zaïre, Kenya, et même en Suède dans la catégorie diesel…). Autant de victoires, ou de fameuses prestations, qui assureront à la 504 sa réputation.

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Dès son lancement (malgré les retards dus aux « événements » de 1968 qui repoussèrent le lancement de juillet à novembre), la 504 trouvera son marché en France grâce aussi au contexte : avec une DS en bout de course, et une CX qui ne sortira qu’en 1974 (lire aussi : Citroën CX), une Renault 16 datant déjà de 1965, et dont le style pouvait rebuter une clientèle traditionnelle, la 504 s’offrait un boulevard. D’ailleurs, mon Grand-père, pourtant fidèle à Citroën depuis sa première Traction, et roulant en DS pendant toutes les années 60 (il fit une incartade du côte de Panhard après Suez pour disposer d’une voiture plus économique aux côtés de sa 11 Familiale, mais qui s’avéra plus souvent au garage que sur la route), n’hésita pas à passer chez Peugeot au début des années 70 et à s’offrir une 504 2 litres injection. La 504 était, malgré son conservatisme, un outil de conquête, taillant des croupières à Citroën et Renault (Simca restait en retrait sur ce marché, avec des 160/180 et 2 litres inadaptées au marché français).

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La 504 berline (je mets à part les Coupés et Cabriolets) est donc une voiture à collectionner avant tout le monde. Son importance dans la production automobile française, son confort (j’ai des souvenirs de voyages Bourges-Ile de Ré en 504 TI, bien installé sur cette banquette arrière moelleuse en velours brun, qui restent gravés dans ma mémoire), ses motorisations robustes à défaut d’être véloce (quoi qu’à l’époque, 100 ch sur une berline en faisaient une voiture puissante), et ses tarifs très doux aujourd’hui en font une voiture désirable. Enfin, si c’est l’originalité qui vous tente, pourquoi ne pas partir en quête d’une version « moderne » issue du Nigéria ou d’Argentine (avec restylage), ou même se la jouer comme un fameux journaliste de l’AFP qui pousse le vice jusqu’à posséder un modèle américain diesel (!). A vous de voir.

Pour en savoir plus sur la Peugeot 504: http://www.504.org/

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12 commentaires

GeoffGarit

Le 28/10/2016 à 12:51

Magnifique article, juste une question, qu’elle est la particularité du premier break à phares ronds ? J’avais pensé à de l’export (mais pas aux USA, 2 et non pas 4 phares, pare-chocs trop fins …), mais la plaque est française

Vavon205

Le 28/10/2016 à 15:13

Ça c’est la 504 Commerciale, la version ultra basique de la 504 Break.

Jota

Le 28/10/2016 à 15:27

On dirait une pré série. Dommage que Peugeot ne l’ai pas sortie avec le V6 PRV plutôt prévu pour la 604. J’aime bien le décroché original du coffre qui vient casser la tradition de la malle plate. Comme vous le soulignez la Ti était une assez bonne autoroutière particulièrement performante à une époque où avoir une «injection» était la panacée! Le poids était pas le même qu’une 508 aussi.

Guilhem

Le 28/10/2016 à 15:02

Drôle toutes ces photos de 504 immatriculées à Sarrebruck, où as-tu déniché ces images de 504 allemandes?

Vavon205

Le 28/10/2016 à 15:16

L’importateur Allemand de Peugeot se trouvait jusqu’à il y a très peu à Saarbrücken. Donc c’est sont des photos de presse de l’époque.

Germain

Le 28/10/2016 à 16:53

On a tous des souvenirs liés à cette caisse.
Pour moi c’est le vieux break diesel des parents d’un pote. Pourrie et chargée comme une mule par tous les cadeaux pour la famille, elle avait le cul qui trainait par terre (en même temps avec un frigo sur la galerie..).
Un sacré périple (Saint Denis-Marseille+le bateau+Alger-le bled vers Constantine).
Le père de mon pote il l’aimait sa « pijot », ambiance « tonton du bled » de 113

Gérald

Le 28/10/2016 à 18:13

Exact, moi mon souvenir c’est chez les scouts de France, et j’ai un souvenir très précis, on est pourtant dans les années 80…
Après un camp notre vénérable guide vient nous chercher avec la 504 break familiale, verte de mémoire. On est dimanche matin, on a pas pris de petit dèj et on crève la dalle…On doit étre plus 8 dans la pigeot et je crois que je suis avec mon pote sur les 2 sièges qui sont dans le coffre.
Et j’entends de loin notre guide qui conduit nous dire : vous avez déjeuner ? Aaah le rêve…j’imagine l’arrêt au café du village avec tartine et tout le reste…on répond tous en coeur : Nooooon !!!!
Et là, il nous sort tout fière : eh bien si vous en avez pas, il y en a plein des genêts sur le bord de la route…

Nabuchodonosor

Le 28/10/2016 à 18:47

La 504 c’est pour moi le souvenir des matchs de Hand le samedi quand l’équipe 1 des cadets jouait à l’extérieur. Dévoué à notre cause, le père d’Alain, un des joueurs, nous emmenait souvent dans sa 504. C’était un samedi d’hiver je me rappelle, la 504 était toute neuve mais la route longue et encombrée ne permettait pas vraiment d’en mesurer les performances, du coup on avait mis l’autoradio à fond et notre chauffeur qui suivait d’un peu trop près le véhicule précédent jouait sans cesse du lave-glace qui était couplé aux essuie-glaces, tant et si bien qu’il n’y eût bientôt plus une goutte d’eau dans le réservoir et qu’il fît presque toute la route du retour la tête dehors penchée au-dessus de la portière… J’ose à peine vous parler de tous ses coups de volant intempestifs pour remettre la 504 en ligne, qui du coup faisaient balancer la caisse latéralement, une fois à gauche, puis correction à droite…etc. Assis à l’arrière, on essayait de rire discrètement de la situation pour que cela ne tourne pas à la moquerie mais on sentait bien que cela l’agaçait de plus belle…
Grand moment, dont on reparla longtemps dans les vestiaires…
🙂

Jéjé

Le 29/10/2016 à 21:02

Ma petite madeleine de Proust ! Je me souviens de la 504 GL blanche de ma maman avec un intérieur bleu electrique terriblement seventie’s et du modèle identique de mon oncle (en diesel GLD et intérieur rouge flashy). J’aimais bien le tableau de bord habillé d’une sorte d’alu brossé (dans mon souvenir de gamin). C’était très qualitatif comme voiture, du solide, ils ne rechignaient pas sur la camelote chez Peugeot. La preuve, on en voit encore qui roulent en Afrique. Quel dommage que Peugeot ait abandonné sa place aux japonais dans ses errements des années 80 (quand on voyait le tableau de bord d’une 405 et sa qualité générale par rapport à ce qu’ils faisaient à l’époque des 504 et 505, c.était à pleurer). Heureusement, ils se reprennent depuis peu… 308 II, nouvelle 3008…

Emmanuel

Le 29/10/2016 à 22:29

Mon père a revendu la sienne à un algérien qui l’a ramenée en Algérie parce que « les Peugeot, ça se répare avec du bambou et de la ficelle » d’après ses dires.

Emmanuel

Le 29/10/2016 à 22:27

C’est la première voiture que j’ai connue. Mon père en possédait une blanche qu’il a remplacé ensuite par une Renault 25.
Je n’en ai que peu de souvenir vu que j’avais 5 ans mais je me rappelle des sièges en tissu rouge et de cet étrange coffre à couvercle « cassé ».

Quentin R.

Le 04/11/2016 à 11:49

Ah la 504… C’est par elle que ma passion pour l’automobile me serait venu…
Au début des années 90, mon grand-père roulait donc en 504 à une époque où elle n’était encore qu’une bagnole d’occase, qui succédé à une 404 et qui sera remplacé par une 505!!!
Et un jour, je devais avoir 2-3 ans, sur le parking de Carrefour à Bourges ac ma mère et ma grand-mère j’aurais pointé du doigt une 504 similaire à la sienne croyant la reconnaître.

C’est de là que tout commença…

Aujourd’hui, c’est bien dommage de ne pas en voir plus dans les concentres d’anciennes, la plupart étant partis au bled… ou en lambeaux dévoré par la rouille!!!
A noter qu’elle fut aussi fabriquée pendant un temps en Espagne dans l’usine Citroën de Vigo.

Dans le genre « world car » à la française, y’a aussi la Renault 12… pour bientôt peut-être?

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